Jseckh, Die Internationale, Leipzig, 1904, p
2. Marx à F. Boite, Londres, 23 novembre 1871, in Briefe von f.-Ph. Becker, /. Dietsgen, Fr. Engels, Karl Marx und Anderen an F. A. S orge und andere (désormais cité Briefe an Serge), Stuttgart, Dietz, 1909, p. 38.
nationale, a très nettement marqué ce caractère français des premières années de l'Internationale et la solution de continuité qu'introduisit dans le développement de cette dernière l'introduction de la dictature marxiste : « Je tiens, écrivait-il en 1871, à ce que l'on sache bien que jamais un esprit honnête n'a pu concevoir la pensée de donner naissance à une société « de guerre et de haine », et à bien faire constater que l'histoire de V Internationale se divise en deux parties : à la première période, que f appellerai parisienne, correspondent la fondation et les deux premiers congres, Genève (1866) et Lausanne (1867). Pendant ce temps V Association est mutuelliste, c'est-à-dire ne demandant à la collectivité que la garantie d'exécution des contrats librement discutés, librement consentis. Cette première période, nous en acceptons la responsabilité tout entière... Dans la seconde période, dite russo-allemande, l'Internationale devient communiste, c'est-à-dire autoritaire. C'est contre toute idée de complicité avec cette secte, que nous avons toujours combattue, que mes amis et moi protestons, en qualité de membres fondateurs de l'Internationale ^ ».
Le jugement porté par Fribourg sur les premières années de l'Internationale, est d'autant plus intéressant qu'il émane d'un témoin oculaire des événements. Et il se trouve absolument con&rmé par les recherches historiques les plus récentes sur l'histoire de l'Internationale, et notamment par celles dont M. J. Puech a consigné les résultats dans son beau livre sur le Proudhonisme dans V Association internationale des travailleurs. M. Puech a écrit en quelque sorte « l'histoire de l'Internationale française » ; il a démontré que (( les deux premiers congrès de l'Internationale ont été tout entiers influencés par des groupements français de
I. Fribourg, V Association internationale des travailleurs y p. 2.
discipline proudhonienne... La période française de t Internationale^ c'est la période proudhonienne^ ».
Ce n'est point ici le lieu de résumer la doctrine économique de Proudhon : mieux on la connaît, plus on en saisit la richesse presque inûnie, et plus on comprend le profit que le socialisme français pourrait aujourd'hui même tirer de cette pensée si généreuse, si vaste et si profonde, si élevée à la fois et si pratique. Il ne nous est même pas possible ici de citer les projets, inspirés des idées mutuellistes, que les ouvriers français soumirent aux Congrès de l'Internationale 2. Signalons-en seulement le trait général; ils sont, comme l'écrit M. Andier, (( frappants par le socialisme libertaire et légalitaire qu'ils préconisent^ ». Socialisme (( libertaire » opposé à toute tyrannie étatiste et aux mesures qui, comme la mise en commun des capitaux, comme l'appropriation collective du sol et des instruments de travail, n'aboutiraient qu'à généraliser et à perpétuer l'oppression et la servitude. Socialisme (( légaliiaire » qui n'attend aucune amélioration réelle et aucune réforme profonde de la violence stérile et destructrice. Dans la pensée de ses fondateurs français, V Internationale ne devait s'immiscer dans la politique d'aucun pays; son objet n'était point de déchaîner des révolutions, de renverser des gouvernements ou des ministères, mais d'améliorer le sort des ouvriers par des projets pratiques et sérieusement étudiés sur les grands problèmes économiques. Bien que la plupart de ses fondateurs fussent républicains, ils ne voulaient à aucun prix subordonner le mouvement ouvrier à des théories politiques : « Ils combattaient, selon la formule de Fribourg*, toute ingérence d'un protectorat