‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 71 sur 208 · Ibid., 22 février iqio · texte numérisé non relu

Ibid., 22 février iqio

borait des projets de conquête aussi minutieux que ceux du grand état-major allemand, et ne manquait pas de donner à point nommé le coup de pouce pour aider rérolution « nécessaire ».

Mais l'emprise allemande sur l'Internationale a aussi des causes plus générales. On a vu plus haut avec quelle admiration béate d'éminents socialistes français parlaient de 1' « organisation de la Sozialdemokratie ». La victoire est, suivant un mot célèbre, avec les gros bataillons. La primauté dans le mouvement ouvrier international paraissait devoir appartenir de droit au parti socialdémocrate allemand, parce que celui-ci avait les adhérents les plus nombreux, les syndicats les plus riches, les journaux les plus puissants. On ne se demandait pas si une âme animait ce corps puissant. On ne recherchait pas les raisons de cette prospérité matérielle. On ne voulait pas voir quelles relations, les unes avouables et les autres inavouables, avec la machine impériale elle-même rendaient compte de certains succès. On se réjouissait du nombre considérable de socialdémocrates qui faisaient partie du Reichstag sans rechercher si ces socialdémocrates étaient vraiment des socialistes; on ne savait aucun gré à des socialistes français honnêtes et indépendants de scruter la doctrine des socialdémocrates et de recenser leurs votes impérialistes : et il s'est trouvé que parmi les députés socialdémocrates dont on acclamait le succès se trouvaient des agents de la Chancellerie allemande qui, des le 4 août 1914, partaient chez les neutres faire de la propagande pangermaniste.

On se réjouissait d'apprendre les formidables effectifs et les riches encaisses ^ des syndicats allemands,

I. L'encaisse totale des fédérations syndicales allemandes s'élevait, en 1906, à environ 16 millions de marks. Le syndicat le plus riche, celui des imprimeurs, avait une encaisse de 4374013 marks, la Fédérationdes maçons, 2091 681 mk., la Fédé-

parce que l'on se refusait à voir ce que tous les observateurs impartiaux avaient signalé bien avant la guerre, le fait que les syndicats allemands n'avaient aucun esprit révolutionnaire et qu'ils constituaient la Grande- Armée de l'impérialisme ouvrier. On voyait dans les syndicats allemands les séminaires de la Révolution sociale, alors qu'ils étaient des écoles préparatoires à la caserne et que V organisation syndicale elle-même était en Allemagne V auxiliaire de V organisation militaire. ((La paix conclue à Francfort en 1871 n'était pas une paix, écrit Paul Lensch, mais une trêve : tout fut orienté vers la guerre future : technique, science, inventions, finance, politique ouvrière^ » . Le socialdémocrate Heinemann est encore plus net et plus instructif : (( Tout le monde comprend aujourd'hui, dit-il, que le sentiment de solidarité inculqué par les syndicats allemands à leurs membres, leur organisation rigide, ont constitué une véritable école préparatoire pour la solution des tâches immenses proposées par notre administration militaire au peuple allemand-. » Dans un numéro spécial paru au moment de la déclaration de la guerre, l'organe officiel de la Commission générale des Syndicats allemands, le Korrespondenzhlatt , écrivait, à l'usage des membres des syndicats qui partaient pour leurs

ration des métallurgistes, i 543353 mk. ; celle des travailleurs du bois, 1452215 mk. (Karl Kautsky, Der neue Tarif der Buchdrucker , Neue Zeit, 2S' année, vol. I, n" 4, p. 129). Malgré plusieurs années de crise économique et l'importance des secours de chômage, les ressources financières des syndicats allemands avaient encore augmenté depuis 1906. En 1909, celles des imprimeurs s'élevaient à 7929257 mk. ; celles des maçons à 6364647 mk. ; celles des métallurgistes à 6248251 mk., celles des travailleurs du bois à 3434314 mk. {Statistisches Jahrbuch fur dus deutsche Reich, 2>V année, 1910, p. 376-377). Cit. R. Michels, Zur Soziologie des Partenuesens, p. 358, note.

1. 'Leusch, Diedeutsche Sozidldemokratieundder Weltkrieg, p. 56.

2. Hugo Heinemann, Die sosialistischen Errungenschaften der Kriegsseit, Chemnitz, Landgraf, s. d., p. 6.

corps : (( Ce n'est pas en vain que l'Allemagne est le pays des organisations les plus développées dans tous les domaines. Organisation, cela veut dire exaltation des forces sociales par la subordination des intérêts personnels aux intérêts communs et des volontés individuelles à la volonté collective. Un peuple bien organisé est toujours prêt à la guerre et en cas de besoin toujours plus fort qu'un peuple sans organisation. Les fortes organisations des ouvriers allemands sont-elles aussi un facteur essentiel pour la défense [militaire] du pays » : elles ont, en effet, comme l'expliquait longuement l'organe syndical allemand, appris aux ouvriers la « discipline de fer » indispensable à la victoire*.

Dans le même sens, le Vorwàrts disait triomphalement après la prise de Mons et de Charleroi par les les armées du kaiser : « Aucun autre État n'a, comme r Allemagne , mis toutes ses forces, non seulement les matérielles, mais les intellectuelles, au service de l'organisation militaire. De même que V Allemagne dispose de la meilleure organisation syndicale et politique, elle a aussi le meilleur appreil de guerre et de domination {Herrschaftsapparat). A cela s'ajoutent la supériorité de la technique et la prépondérance de notre grand peuple-. ))

C'est la puissance de syndicats animés de cet esprit que l'on considérait naïvement dans l'Internationale, et particulièrement en France, comme un obstacle infranchissable opposé aux desseins du militarisme allemand! On attendait un grand mouvement de protestation contre <( l'aventure sanglante », des mêmes hommes qui, à la veille du 4 août, ont envoyé aux députés socialistes au Reichstag mandat impératif de voter les crédits de guerre et qui ont célébré comme une grande

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