‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 74 sur 208 · M. Lima, O Primera de Maio, Lisboa, 1S94, p · texte numérisé non relu

M. Lima, O Primera de Maio, Lisboa, 1S94, p

4. Dithl, Uber Sosialismus^Konimunismus und Anarchismtis Jena, 1906, p. 226.

ment en Allemagne que s'est constitué un plus puissant parti socialiste qu'en aucun autre pays du monde, cela tient à tout le développement historique du parti ouvrier... Un certain manque de maturité politique, la facilité qu'il y a à contraindre les Allemands à la discipline et à la subordination, sont justement les facteurs qui ont permis à la Sozialdemoicratie de conquérir des adhérents si extraordinairement nombreux. »

Autrement dit, les socialistes allemands n'ont été les maîtres de toute l'Internationale que parce qu'ils avaient des âmes de valets.

La puissance de la Sozialdemokratie n'est pas la seule cause qui rende compte du fait de l'hégémonie allemande dans l'Internationale. Le prestige de la pensée marxiste y contribua également pour sa part. Nous n'aurons pas à examiner ici en elle-même la doctrine marxiste; sans nullement contester l'importance intrinsèque d'un livre comme \ç.Kapital,ç,\. l'effort considérable qu'il représente au double point de vue de l'assemblage des faits économiques et de leur élaboration scientifique, on montrerait aisément, £oit la dette immense, et trop souvent inavouée, que Marx contracta envers ses prédécesseurs anglais et français, soit la faiblesse de ses théories économiques fondamentales, soit l'insuffisance et les dangers de sa méthode. On le ferait d'autant plus facilement qu'aujourd'hui un très grand nombre de socialistes sont d'accord pour reconnaître les emprunts faits par Marx à la tradition du socialisme français et anglais, et conviennent d'autre part que la « dialectique marxiste » est surtout une maîtresse d'erreurs et que la théorie marxiste de la valeur est insoutenable et, d'ailleurs, probablement contradictoire en elle-même. Il est certain pour tout historien impartial que Marx

n'a fait en somme que traduire, en un langage inspiré par la philosophie hégélienne, les théories classiques de l'économie politique anglaise de Ricardo à Mill, sans toujours tenir compte des progrès réalisés par la science économique au moment même oià il écrirait *.

Aa reste la véritable question n'est pas là : car les marxistes ne se sont pas bornés à revendiquer pour l'œuvre de leur maître l'attention à laquelle a droit tout produit considérable de l'esprit humain ; ce qu'ils ont demandé, ou, pour mieux dire, ce qu'ils ont exigé, c'est la vénération et l'obéissance. Le Kapital n'a pas été présenté comme un livre important, mais comme un livre saint, « la Bible du socialisme » et avec tant d'insistance que des écrivains (( bourgeois » ont fini par en être eux-mêmes persuadés 2. Toute critique, tout examen indépendant du Marxisme ont fini par être considérés comme des actes sacrilèges, comme des crimes de lèse-majesté. Par cette religion marxiste c'est la liberté même de l'esprit et l'esprit de liberté qui ont été mortellement atteints. « On peut remarquer, a dit autrefois Georges Sorel ^ , dans une grande partie de la littérature marxiste, un effort constant pour reproduire des phrases du Kapiial,en sorte qu'on croirait quelquefois que ces auteurs sont plus familiers avec les livres des liturgistes qu'avec les méthodes scientifiques modernes. » Bien plus, l'orthodoxie marxiste ne permettait même pas aux socialistes d'approcher des écritures saintes du <( socialisme scientifique » pour essayer d'en vérifier les enseignements par l'étude de la réalité sociale ; l'adoration et le

1. Cf. Vilfredo Pareto, les Systèmes socialistes, t. II, p. 36o.

2. V. par exemple Darlu : «Karl Marx, qui a écrit la Bible du quatrième Etat... », EtucLes sur la fhilosofhie morale au XIX° siècle. Paris, Alcan, 1904, p. vi.

3. G. Sorel, la DécomposiLion du marxisme. Paris, Rivière, 1908, p. 8

psittacisme étaient les seules attitudes permises. L« jendre de Karl Marx, Paul Laf argue, n'hésitait pas à écrire ces lignes révélatrices de tout un état d'esprit : « Il est hardi, même pour les mettre hors de contestation, de toucher à l'œuvre [de Marx et d'Engels], de de ces deux géants de la pensée, dont les socialistes des deux mondes n'auront peut-être jusqu'à la transformation de la société capitaliste qii'à vulgariser les théories économiques et historiques ».

L'inconvénient de cette idolâtrie germanisante cet déjà été très grand, car, nous l'avons montré, le marxisme était un socialisme spécifiquement allemand^ et son influence théorique devait, de l'aveu et selon les espérances mêmes de Marx, entraîner à sa suite une hégémonie pratique. Mais le mal n'eût pas été complet si l'œuvre de Marx avait été seulement la source oii se seraient abreuvés les socialistes français : mais, peu certains de la bien comprendre et de la correctement interpréter, les marxistes de tous les pays tinrent pour évident que la Sozialdemokratie allemande était la seule véritable dépositaire des enseignements authentiques de Marx et d'Engels. Bebel n'avait-il pas reçu en personne les compliments de Marx? Liebknecht n'avait-il pas recueilli de la bouche même d'Engels la bonne parole? Bernstein n'avait-il pas écrit à Londres ses premiers articles sous la dictée d'Engels ? Dès lors, quand une grave question politique se posait dans un pays, étant admis en principe que les socialistes devaient la résoudre selon les doctrines marxistes, ils prirent l'habitude, au lieu de les discuter en toute liberté et d'en demander à leurs propres moyens la solution, d'implorer la consultation décisive de quelqu'un des grands théologiens marxistes; Karl Kautsky s'est trouvé être ainsi

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