I. Ernest Denis, o-p. cit., p
a. V. Basch, la Guerre de 1914 et le Droit, Paris, Rivière, p. 89.
3. Lagardelle, les Rapports personnels entre Marx et Bakounine. Mouvement socialiste, mai-juin 1914, p. 3i2.
aux socialistes français : et l'on peut seulement s'étonner que, l'ayant ressentie avec cette vivacité, cm s'en soit si longtemps accommodé. (( La guerre de i87« survint, dit M. Hervé*. La seconde Internationale ne naquit que vers 1889... Dès le premier jour, les socialisits allemands y eurent la direction. Aàitxx l'idéalisme révolutionnaire des socialistes français ! Le nouveau socialisme, pure question de ventre... Le nouvel évangile, de proche en proche, gagna toute l'Europe, jusqu'aux cerveaux les plus lucides, jusqu'aux âmes les plus délicates ! Dans les Congrès le socialisme idéaliste de l«, France révolutionnaire osait à peine élever la voix : nous y entrions avec une âme de vaincus. Nous étions le passé. Nous étions un peuple uni. Place aux forts! » Il est permis de regretter que des socialistes français aient cru devoir assister à des Congrès o\x ils « osaient à peine élever la voix » : car ces Congrès n'étaient plus dès lors des assemblées oii se discutaient les principales questions intéressant la classe ouvrière, mais des réunions oii la Sozialdemokratie allemande venait périodiquement recevoir l'humble hommage de ses vassaux et transmettre aux socialistes de tous les pays les ordres qu'ils allaient avoir, dans l'intervalle entre deux Congrès, à exécuter dans leurs patries respectives. La seconde Internationale n'a pas été une libre société de membres égaux; elle a été fondée essentiellement sur la subordination des socialistes de tous les pays à l'Allemagne. Rien n'indique que, si la guerre n'était venue briser cette institution germanisée, le joug allemand eût jamais été secoué par le socialisme. Mais Marx recule en même temps que von Klùck, et la bataille de la Marne rompt les chaînes qu'avait forgées Sedan.
I, Gustave Hervé^ la Guerre sociale, 18 février igiS.
Il fallait, avant de reprendre notre récit au point oè ftous l'avons laissé à la fin du précédent chapitre, signaler dans quel milieu favorable allaient désormais se produire les intrigues allemandes ' . Il y a des températures et des conditions atmosphériques nécessaires pour la prolifération de certains microbes. Nous ne pouvons d'ailleurs ici qu'indiquer très sommairement les débuts de l'emprise allemande sur le mouvement ouvrier dans certains pays d'Europe et d'Amérique ; nous n'insisterons avec quelques détails que sur l'histoire de la conquête socialdémocrate en France : mais là encore on comprendra, sans que nous ayons besoin d'en développer les raisons, que nous nous bornions à ce qui est absolument indispensable pour se rendre compte des origines de l'état de choses actuel: un trop grand nombre de personnalités encore vivantes ont été mêlées aux événements que nous allons avoir à retracer brièvement pour qu'il soit actuellement possible de tout dire.
En Italie t c'est dès 1876 que se font sentir les premiers signes de l'activité de Marx et de la Sozialdemokratie; sous l'influence de Bignami et de quelques autres se constitue la Fédération de l'Italie du Nord dont les sympathies avouées vont au socialisme allemand'^. On sait que jusqu'à ce moment tous les socialistes italiens avaient participé au mouvement autonomiste contre la dictature germanique : le Bulletin de la Fédération jurassienne ne manqua pas de souligner
1. Voir encore Brupbacher, Marx uni Bakunin, p. 178 : L'influence morale du mouvement socialdémocrate allemand m'eut pas seulement pour cause la croissance du mouvement ouvrier allemand ; le prestige de l'Allemagne, après sa victoire sur la France, contribua à un très haut deg^é au prestige du mouvement allemand.