‹ L'Internationale et le PangermanismeChapitre 90 sur 208 · Sylvain Humbert, les Possibilistes, p. 85 sqq · texte numérisé non relu

Sylvain Humbert, les Possibilistes, p. 85 sqq

Tel était l'esprit du possibilisme français; une lutte ardente allait désormais en opposer les partisans aux tenants du marxisme. Il est particulièrement intéressant de suivre les péripéties de cette lutte à travers la correspondance d'Engels avec Sorge : on peut y voir comment Engels et la Sozialdemokratie allemande prirent naturellement fait et cause contre les possibilistes, et comment leur ingérence fut continuelle dans les affaires de la classe ouvrière française. De Londres, l'Allemand Engels dirige toute la propagande et la politique du clan marxiste.

La propagande est d'abord doctrinale : Lafargue, Guesde, Dormoy font des conférences à Paris; Lafargue s'attache particulièrement à propager la conception matérialiste de l'histoire, et Deville les théories économiques du Capital. Des feuilles marxistes sont publiées à Reims, à Saint-Pierre-les-Calais^. Lorsqu'en 1886 commence à se constituer à la Chambre des députés, un parti ouvrier, Engels écrit avec satisfaction : « Il y a de nouveau en France un fameux mouvement, et le mieux est que ce sont nos gens (unsere Leute)^ Guesde, Lafargue, Deville qui sont les chefs au point de vue doctrinal^... » Pourtant les marxistes voient échapper à leur influence le journal le Cri dupeuple, et les ouvriers parisiens se montrent fort récalcitrants lorsqu'il s'agit d'accepter les idées allemandes : aussi Engels déclare-t-il avec humeur^ qu' « ils se sont à ce point abîmé l'estomac pendant cinquante ans avec leur socialisme de sectes et de phrases que pour le moment ils ne peuvent plus supporter une nourriture saine. Paris, centre des lumières, la ville des idées, est dégoûté d'idées » {sic).

1. Engels à Sorge, Londres, 7 mars 1884, Briefe an Sorge, p. 194.

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