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AUX TRAVAILLEURS DU CREUZOT

« Compagnons, ,

« Après plusieurs semaine d'une lutte Léroïque, sou- « tenue en dépit des menaces, de la présence des troupes, « des tribunaux, enfin, des nombreux moyens d'iiili iiida- « tion dont disposent les hauts barons de l'industrie, la « misère, la faim seules ont pu vous contraindre à céder.

« Les journaux réactionnaires de toutes nuances battent « des mains et chantent victoire : il se sont trop pressés a de chanter.

a Ce qu'ils considèrent comme une bataille décisive, ce

(1) Le 7 avril, Malou écrivait à ConiI)ault : " J'esppre, avant de « partir, asseoir sur des bases solides la section de l'Iiil rnaiionale « commencée par Varl n. [Gazette des tribunaux, l^r juillet 1870.) Le 19 du même mois, de Fourcliambault, il lui aanonçail que des sections nombreuses étaient fondées au Creuzot.

« n'est qu'un simple engagement d'avant-garde. Battus au- « jourd'liui, les socialistes recommencent la lutte demain, « et après-demain, et encore et toujours.

« Les deux grèves du Creuzot, bien loin que leur nontt réussite puisse nuire en quoi que ce soit à la cause « ouvrière, ont au contraire servi à montrer, dans toute sa Œ nudité cynique, ce despotisme industriel auprès duquel « le despotisme politique n'est qu'ii,n fantôme, et qui, ici, se « combine avec le despotisme politique. Toute l'Europe a <t su qu'en France il y a des localités industcielles où l'on « est redescendu plus bas qu'avant 89; qu'au Creuzot, un « M. SchneidtT, qui a ramassé une fortune scandaleuse « dans le sang des misérables, est seul maître souverain au Œ milieu de milliers d'esclaves^ que, caricature grotesque « d'Auguste qui avait réuni en lui toutes lus raagist!*atures, Œ seul, il distribue le tra^ail, c'est-à-dire la source de vie; « seul, il décide des salaires; seul, il décrèie les impôts; « seul, il donne à loger, à manger, à boire. C'est lui qui <t dre-se les plans des rues et des routes, coumie des juge- <c ments des magistrats ou des agissements de la police. « C'est lui qui fait mouvoir les troupes, et, au besoin, com- « mandera le feu. C'est lui qui nomme son conseil muui- Œ cipal. comme il se nomme lui-même député. Ce serait « risible, si ce n'était horrible : des milliers d'hommes sont a livrés pieds et poings liés à un vampire.

« C'est grâce à votre courageuse fermeté que la France et a l'Europe ont connu ces turpitudes, si honteusement gloœ rifiées par un jury, qui a dé' laré M. Schneider /jors con- « cours pour sa sollicitude envers les ouvri»!rs.

« Cette considération diminuera, nous l'espérons, les « douleurs et les angoisses de la défaite; elle soutiendra « dans leurs épreuves les victimes de la partialité des tric bunaux. La solidarité ouvrière, qui étend déjà ses ra- « meaux partout, s'efforcera autant que possible de soulage ger les maux résultant de la grève. A l'exemple de nos « frères de France, nous avons ouvert des souscripiions Œ pour vous venir en aide. Nous vous adressons un pre- « mior envoi de oO francs, provenant : 13 francs d'une « collecte faite parmi les bouilleurs du Borinage; 19 francs

« d'une collecte faite parmi les houilleurs du Centre (1) ; « 10 francs comnic première souscription de la section « bruxelloise.

« Nous comptons pouvoir vous envoyer prochainement « une plus forte somme.

<( Nous terminons en vous souhaitant bon courage, et avec « l'espoir que bientôt viendra le jour de la revanche.

« Salut et fraternité,

« Au nom du Conseil général belge de l'Association in- « ternationale des Travailleurs,

« Le Secrétaire (jénéraly « Eugène Hins. »

Bruxelles, le 19 avril 1870.

{Internaiionale du 24 avril 1870) (2).

Les ouvrières de Lyon envoyaient, elles aussi, leur adresse; elles y exposaient le programme de la Révolution sociale, et le rôle que les fcnnues sont appelées à y jouer. Cette adresse a été reproduite dans la Marseillaise et dans le journal \a. Solidarité dw 16 avril 1870.

a Citoyennes,

« Votre attitude ferme et énergique, en face des insolentes « provocations de la féodalité du jour, est vivement appré- <t cice par les travailleurs de tous les pays, et nous, nous « éprouvons le besoin de vous adresser nos félicitations.

« Ne faiblisst-z pas, citoyennes; montrez à cette ai'isto- « cratic impudente etrapace que les exploités, aujourd'hui « unis et solidaires, ne se laisseront plus intimider par ses a odieux procédés; on peut, encore aujourd'hui, les affa-

(l) Dans une réunion des sections ilii Cen'.re, à la Louvière, le 18 avril 1870. \'1\ Ce manifeste a paru dans la jlaiseillaise du 23 avril 1870.

ce mer, les emprisonner, mais non pas les dompter, car ils « savent que la dernière victoire leur appartient,

« Ce jour-là, les oppresseurs do toutes races auront « accumulé tant de griefs, soulevé tant d'indignation, que, « sans être prophète, on peut prévoir une éclatante re- « vanche.

« Et cependant nos gouvernants pouvaient parer à ces «f éventualités, en acceptant les réformes sociales et écoa nomiques à mesure qu'elles s'imposaient. Mais non; c pour régler les différends entre les exploiteurs et les « exploités, entre les parasites et les producteurs, l'Era- <t pire n'a rien trouvé de mieux que le chassepot, qu'il « vient de mettre à la disposition de la classe des capita- « listes, sa complice et son alliée, et celle-ci, derrière un « rempart de 800,000 poitrines de soldats, jette insolem- « ment le défi au monde travailleur!

tt Eli bien ! le défi est relevé, la guerre est désormais dé- « clarée, et elle ne cessera que le joui" où le prolétariat sera « vainqueur, oîi les mineurs pourront dire : A nous les « mines! les cultivateurs : A nous la terre! et les ouvriers « de tous les métiers : A nous l'atelier (1) !

« Vous le voyez, amies, cette lutte que vous soutenez si « vaillamment n'est que la première phase d'une révolu- « tion économique et sociale gigantesque dont l'histoire « n'offre aucun exemple; car sa devise est : Plusd'exploi- « teurs, rien que des travailleurs!

a Permettez-nous un conseil, citoyennes : vous êteséner- « giques, n'oubliez pas que vous êtes tilles du peuple, «mères de famille. Parlez le langage de la vérité aux « soldats qui vous entourent, victimes du malheur, courbés « comme vous sous le joug du despotisme. Dites à ces « malheureux enfants du peuple que ces honniies qu'ils a ont l'ordre de poursuivre ne sont pas, comme on le tt leur fait entendre, des fauteurs de troubles, gens sus- « pects, soudoyés par un parti politique quelconque, mais € bien vos pères, vos frères, vos époux, vos amis, d'hon- « nêtes citoyens, leurs frères dans l'ordre social, et « n'ayant commis d'autre crime que celui de revendiquer

(1) Ce passage a été reproduit par M. Jules Favre dans sa circuculairo.

« le droit le plus sacré de l'homme, celui de vivre en traa vaillant. De telles paroles, soAcz-en certaines, les ima pressionneront, les feront rélléchir sur le triste rôle <£ qu'on leur impose vis-à-vis de vous, et si vous pai-venez a à gagner à la cause des opprimés, qui est la leur, les « cinq mille soldais campés au Creuzot, vous aurez bien « mérité du prolétariat.

(( El maintenant, citoyennes, en attendant le triomphe « de la cause des travailleurs, nous vous serrons fraa ternellenient les mains et vous crions : Courage et « espoir

a Ont signé :

« Virginie Barbet. — Anaïs Aury. — Marie Guillot. — Louise Tailland. — Marie Pingeon. — Clotilde Comte. — Anne Jacquier.» — Louise Jacquier. — Félicie Jacquier. — Marie Maçon. — P. Maçon. — Eléonore Berlioz. — Marie Pieoud. — Marguerite

"Robergeon. — Femme Prost. — Femme Palix, etc. — {Solidarité, ■W avril 1870.) »

Pendant la grève de Fourchambault, Malon se rendait encore au|irès des grévistes; le 19 avril, il écrivait de cette ville à son ami Combault « que la grève était perdue, mais que des sections nombreuses étaient fondées à Fourchambault (i). .

Tous ces documents sont une preuve irrécusal^le du rôle que l'Infernationale joue chaque jour dans les grèves.

Nous avons prétenilu que, pour l'aire réussir les grèves, les ateliers étaient mis en interdit, que des amendes étaient prononcées contre les patrons, que les fabriques étaient mises à l'index et qu'il était défendu aux ouvriers de s'y embaucher avant le payement des amendes encourues par

(1) Nous devons ajouter que, le 27 janvier 1870, le Conseil pénéral envoyait 3,0U0 fnincs aux ouvriers du CrtMizol, et que plus de 50,000 francs ont été fournis par lui pour alimenter celle grève.

les chefs. Nos allégations sur ce point sont confirmées par cette pièce :

« La Commission executive dans la séance du

a pris la résoUilion suivante :

«Considérant la conduite que M... tient vis-à-vis des ouvriers en les renvoyant pour le seul niotii" qyiils font 'partie de la Société, déclare à tous les ouvriers de la corporation que son atelier est interdit, et les prie en même temps de s'abstenir de se présenter cliez lui.

« Avec l'autorisution de la Commission, les délégués soussignés [Suivent les signatures). »

Lorsque des ouvriers essaient de reprendre leur travail, ils sont déclarés traîtres; cette déclaration est rendue publique |»ar la voie des journaux de l'Internationale (1) et autres feuilles. VoiLà la situatinn qui est faite aux ouvi-iers timides ou laborieux. On les enchaîne par la peur et par des menaces.

Nous aurions pu examiner encore d'autres trrèves, étudier l'action de l'Interiiationale se, traduisant par des appela aux sections, des subventions, etc. ; mais comme ses procédés sont partout les niêmes, il suffira d'avoir cité quelques faits et rapporté quelques exemples pour que tout le monde soit convaincu des menées de l'Internationale en matière de grèves.

Un mot, en terminant, sur le mode d'emprunt contracté par les corporations qui se mettent en grève. Quand un appel de fonds est fait, le secrétaire correspondant de la fédération convoque immédiatement le Comité fédéral composé des délégués de toutes les corporations; séance tenante, le Comité se prononce, puis convoque toute la fédération, si c'est nécessaire ; le plus souvent on communique la demande à toutes les corporations affiliées et aux sections comprises dans le ressort de la fédération. Le prêt

(1) Une déclaration de ce genre a été insérée, lors de la grève des graveurs et guillocheurs du Lode, dans le Prurjrès de c^tie ville (numéro du 7 août 18(i9j. Il s'agissait de sept oii\riers qui avaient en le courage de rentrer daris leurs ateliers.

effectué, c'est la fédération tout entière qui se déclare garante de son remboursement, et non pas seulement la corporation qui emprunte.

Statuts de l'Internationale.

Nous avons déjà indiqué que, lors de l'organisation de l'Internationale, au mois de septembre 1864, un comité fut élu avec mission d'élaborer les statuts de l'Association; nous avons reproduit plus haut le règlement provisoire qui fut alors adopté. .

Les statuts généraux, encore un vigueur, ont été discutés et acceptes au Congrès de Genève de 1866, dans la séance du mercredi 5 septembre.

On nomma une commission composée de 13 membres, qui fut chargée d'élaborer le projet de statuts. Ces statuts furent discutés en séance publique. Une vive discussion s'engagea sur le point de savoir si les ouvriers de la pensée pouvaient être assimilés aux travailleurs et, à ce titre, admis dans l'Association. Les délégués français s'opposaient à leur admission; ils faisaient valoir la différence qui existe entre ces deux ordres du travail, et représentaient le danger qu'il y avait à laisser envahir l'Association par des ambitieux, par des hommes de partis, des avocats, dos journalistes, etc. Les délégués anglais, les délégués allemands et M. Vuillomier, délégué de la Chaux-de-Fonds, protestaient éncrgiquement contre cette exclusion ; leur opinion prévalut.

Voici les statuts présentés par la Commission et adopté-< définitivement par le Congrès. Nous ferons coimaître également le règlement qui fut alors établi.

Statuts généraux

de V Association internationale des travailleurs, adoptés par le Congrès de Genève, 1866.

Considérant :

Que l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, que les efforts des travailleurs pour conquérir leur émancipation ne doivent pas tendre à constituer de nouveaux privilèges, mais à établir pour tous les mêmes droits et les mêmes devoirs;

Que rassujettissement du travailleur au capital est la source de toute servitude politique, morale et matérielle;

Que, pour cette raison, l'émancipation économique des travailleurs est le grand but auquel doit être subordonné tout mouvement politique ;

Que tous les efforts faits jusqu'ici ont échoué, faute de solidarité entre les ouvriers des diverses professions dans chaque pays, et d'une union fraternelle entre les travailleurs des diverses contrées;

Que l'émancipation des travailleurs n'est pas un problème simplement local ou national; qu'au contraire ce problème intéresse toutes les nations civilisées, sa solution étant nécessairement subordonnée à leur concours théorique et pratique ;

Que le mouvement qui s'accomplit parmi les ouvriers des pays les plus industrieux de l'Europe, en faisant naître de nouvelles espérances, donne un solennel avertissement de ne pas retomber dîms les vieilles erreurs et conseille de combiner tous les efforts encore isolés ;

Par ces raisons :

Le Congrès de l'Association internationale des travailleurs, tenu à Genève le 3 septembre 1866, déclare que

cette association, ainsi que toutes les sociétés ou individus y adhérenis, reconnaîtront comme devant être la base de leur conduite envers tous les hommes, la Vérité, \ii Justice, la florale, sans distinction de couleur, de croyance ou de nationalité.

Le Congrès considère comme un devoir de réclamer nonseulement pour les membres de iWssociation les dioits de riionnne et du citoyen, mais encore pour quiconque accomplit ses devoirs. Pas de devoirs sans droits, pas de droits sans devoirs.

C'est dans ce^ esprit que le Congrès a adopté définitivement les statuts suivants de V Association internationale des Travailleurs:

Article premier. — Une association est établie pour procurer un point central de communication et de coopération entre les ouvriers des différents pays aspirant au même but, savoir : le concours mutuel, le progrès et le complet affrancliissement de la classe ouvrière.

Art. 2. — Le nom de cette association sera: Association internationale des Travailleurs.

Art. 3. — Le Conseil général se composera d'ouvriers représentant les différentes nations faisant partie de ÏAssocialinn internationale. Il prendra dans son sein, selon les besoins de l'Association, les membi'es du bureau, tels ~ que prés dent, secrétaire général, trésorier et secrétaires particnliei's pour différents pays.

Tous les ans, le Congrès réuni indiquera le siège du Conseil général, nommera ses membres et choisira le lieu de la prochaine réunion; A l'époque fixée pour le Congrès, et sans qu'il soit nécessaire d'une convocation spéciale, les délégués se réuniront de plein droit aux lieux et jours désignés. En cas d'impossibilité, le Conseil général pourra changer le lieu du Congrès, sans en changer toutefois la date.

Art. 4. — A chaque Congrès annuel, le Consoil général fera un rapport public dès travaux de l'année. En cas d'urgence, il pourra convoquer le Congrès avant le terme fixé.

Art. 5. — L". Conseil général établira des relations avec les différentes associations ouvrières, de telle sorte que les ouvriers de chaque pays soient constamment au courant des mouvements de leur classe dans los autres pays. —

Qu'une enquête sur l'état social soit faite simultanément et daus un môuie espiit. — Que les questions proposées par une Sociélé et tient la discussion est d'un inléi-iH général, soient examinées par toutes, et que, ]ors([u'une idée pratique ou une ditTiculléintei-nalionale réclame l'action de l'association, celle-ci puisse agir d'une manière unifoiMue. — Lorsque cela lui seniblei'a nécessaire, le Conseil général prendra l'initiative des propositions à sounietti'o aux Sociétés locales ou nationales.

Il publiera un bulletin pour faciliter ses communications avec les sections.

Art. G. — Puisque le succès du mouvement ouvrier ne peut être assuré dans cbaque pays que par la force résultant de l'union et de l'association;

Qie, d'autre part, l'utilité du Conseil général dépend de ses rapports avec les Sociétés ouvrières, soit nationales, soit locales, les membres de VAssociation internationale dewoid faire toua leurs efforfî, cbacun dans son pays, pour réunir en une association nationale l'S diverses sociétés ouvrières existantes. Il est bien entendu, toutefois, que l'application de cet article est subordonnée aux lois pai'ticulières qui régisse-nt chaque nation; mais, sauf les obstacles légaux, aucune Société locale n'est dispensée de correspondre directement avec le Conseil général à Londres.

Art. 7. — Chaque membre de l'Association internationale en changeant de pays recevra l'appui fraternel des membres de l'association. Par cet appui il a droit : a) aux renseignements relatifs à sa profession dans la localité où il se rend; b) au crédit dans les conditions déterminées \)uv le règlement de section, et sous la garantie de cette même section.

Art. 8. — Quiconque adopte et défend les principes de l'association peut en être reçu membre; mais cela, toutefois, sous la responsabilité de la section qui le recevra.

Art. 9. — Chaque section est souveraine pour nounner ses correspondants au Conseil général.

Art. 10. — Quoique unies par un lien fraternel de solidarité et de coopération, les Sociétés ouvrières n'en continueront pas moins d'exister sur les bases qui leur sont particulières.

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• — 100 — Art. 11. — Tout ce qui n'est pas prévu par les statuts sera dctcruiiné par les règlements revisibles à chaque con-

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