‹ L'Internationale: son origine, son but:Chapitre 42 sur 59 · P'. — EN FRANCE · texte numérisé non relu

P'. — EN FRANCE

Des sections existent à Paris, Marseille, Rouen, Roubaix, Besançon, Lille, Limoges, Aix, la Ciotat, Lyon, Saint- Etienne, Elheuf, Gonfaron (Var), Brest, le Mans, Fourchambault, le Creuzot, Vienne, etc., etc. On ne compte encore que quatre fédérations : Les Fédérations parisienne^ marseillaise, rouennai&e et lyonnaise. Ces fédérations et celles qui seront organisées dans la suite sont destinées à être reliées entre elles par un bureau central dont le siège sera probablement établi à Paris, et qui seul sera chargé de correspondre avec le Conseil général de Londres et d'.en recevoir les communications.

i" Fédération Parisienne. Une section fut définitivement constituée à Paris, au commencement de 1865; elle avait établi son siège rue des Gi-avillters, n" 44. Au l* décembre 1866, elle ne comptait que 600 membres; elle était alors dirigée par Murât, Varlin, Tolain, Fribourg et Ché-

nialc, qu'elle avait délégués quelques jours auparavant au Congrès de Genève (1).

Au Congrès de Lausanne, le nombre de ses délégués était encore plus considérable : Chémalé y donnait lecture de deux rapports, l'un sur l'équivalence des fonctions et l'autre relatif à l'influence des machines à coudre sur la vie des ouvrières; Tolain, Murât, de Beaumont, Marly, Garbe, Pioley et Ravmond se signalaient par la manière dont ils revendiquaient les droits des travailleurs. Les poursuites dirigées contre l'Internationale, en 1868, eurent pour résultat la dissolution de la commission parisienne; mais l'Association n'en continua pas moins d'exister, seulement les affiliations ne pouvaient se produire que très-difficilement. Tous les meml-res, dans leur impossibilité d'agir en collectivité, résolurent de continuer leur œuvre individudlemenl : Tolain, Flabaut, Dosbourg, Murât, Dclacour, Ansel, Pindy, Durand, Roussel et Theiz se rendirent à Bruxelles pour protester contre les condamnations prononcées par le tribunal de Paris, et affirmer que les tracasseries gouvernementales, loin de tuer l'Internationale en France, avaient contribué à lui donner un nouvel essor. Delacour et Tolain y discutaient l'effet des machines sur le salaire et la situation des travailleurs, et donnaient lecture d'un rapport présenté par la commission des relieurs de Paris sur l'éducation des classes ouvrières et la nécessité de l'instruction intégrale. Murât présidait la séance du 13 septembre.

Au mois de mars 1869, Drouchon, Soliveau et Theiz (2) iélaboraient un projet de statuts de chambre fédérale entre les diverses sociétés ouvrières. Cette chambre fédérale n'était définitivement constituée qu'au mois de décembre

(1") Tolain, Perrachon et Limousin assistaient au meeting tenu à Londres, le :i8 septembre 1864. En 18G7, le bureau de Paris était composé de Cbémalé, Murât, Tolain, Camclinat, Fribnurg, Héiigon, Bastien, Perrai-hon, Bellamy, Guiliard, Gérardin, Gautliier, Dauthier, Fournaise, Delorme, DeUilaye.

Gameliuat est devenu au' mois de mars 1871 Directeur communard de la Munnaie, et Delalaye, comptable de la Bibliothèque nationale.

(i) Theisz avait été nommé par la Commune directeur des Postes; il a rempli ces fonctions jusqu'au 23 mai.

suivant. Les préoccupations politiques des mois de mai et juin détournèrent alors les esprits en fournissant une utile diversion qui devait faciliter l'œuvre de propagande socialiste et. révolutionnaire et préparer les masses au travail de fédération dont on avait jeté les bases.

En attendant cette constitution définitive, A'arlin, Lmdrin, Dosbourg, Durand, Roussel, Flali.iut, Murât, Pin i\, Moliin, Franquin, Langlois, Dereure, Chémalé, Fruip n et Tartaret prenaient part aux discussions du Congrès ic Bâle.

De nouvelles corporations s'étaient organisées en sociétés et s'affiliaient à l'Internationale. Une seule section ne suffisait plus : on avait celles de Vaugirard, Meudon, Clichy Puteaux, Batignolles, Belleville, le Panthéon, Montmartre, Grenelle, La Villette, Montrouge, de l'Est (faubourg Saint- Denis), la Maison-Blanche, le Cercle d'études sociales, I< Cercle socialiste, le Cercle positiviste. Une fédération étal désormais nécessaire pour relier toutes ces sections : seî statuts furent adoptés dans une réunion, au mois de man 4870, discutés et soumis à une assemblée générale tenue 1( 48 avril 1870, sous la présidence de Varlin (1). La puissance des sections parisiennes s'était déjà affirmée lors de la grève de Creuzot : elles étaient en relations avec les sections des autres villes. Varlin assistait à la réunion générale de la fédération lyonnaise (13 mars 1870), dont il était nommé président par acclamation : il apportait à ses meni-^ bres des carnets de l'Internationale qu'il avait fait imi)rimei à Paris. La tolérance et la longanimité du gouvernemeni produisait ses fruits (2).

Paris possèilc une chambre fédérale des sociétés ouvrières, une caisse fédérative des cinq centinies et une fédération des sections parisiennes. La chambre fédérale (Theisz, rue de Jessaint, 12, secrétaire) compte quarante sociétés : la caisse fédérative (Lombart, secrétaire, rue Saint-Martiilj

(1) Ces statuts ont été publié> tlans la Ih'-forme sociale, numéro du 24 avril 1870; nous les avons reproduits, i âges 110 et suiv. "

Un compte ren lu (U cette assemblée générale a été publié par 1^ Solidarité du 23 avril 1870.

(-2) La fédération parisienne avait établi son siège place de Corderie-du-Temple .

AS), vingt sociétés; et la fédération (Langevin, secrétaire, ue (le l'Eglise, 60), vingt-cinq sociétés.

Presque toutes les sociétés ouvrières se sont fédérées et dhèrent à l'Internationale Nous citerons les imprimeursithographes, les imprimeurs sur étoffes, les ferblantiers, es mécaniciens, les balanciers, les bronziers, les bijoutiers, es dessinateurs, les ouvriers en bâtiment, les l'elieurs, les ourneurs sur métaux et repousseurs, les selliers, les lioureliers, les marbriers, les robinettiers, les mégissiors, les lenuisiers, les porcelainiers, les ébénistes, les cordonniers, !S charpentiers, les passeinentiers, les dessinateurs sur toffes, les opticiens, les cuisiniers, les décatisseurs, les eintres, les argileurs-niineiirs, les tailleurs de piern', le yndicat des ouvriers tapissiers, le cercle d'études sociales, es travailleurs unis, le Cercle parisien des prolétaires ositivistes (adhésion du 23 janvier 1870). Il existe à la )is à Paris des sections et des groupes corporatifs; les roupes corporatifs tels que : relieurs, lithographes, coronniers, etc., etc., n'admettent que des ouvriers d'une lême profession; les sections, au contraire, comprennent ;s travailleurs de toutes professions, habitant un même uartier.

Une section Allemande vient d'être constituée à Paris : Ue a fait paraître l'adresse suivante :

« L'Association Internationale des Travailleurs aux ouvriers allemands :

« Des travailleurs allemands résidant à Paris ont pris la ^solution d'adhérer au programme de l'Association interationale des Travailleurs en formant une section, conaincus qu'ils sont que ce n'est que par l'u-iuon frulei-iielle es travailleurs que la classé ouvrière pourra s'émanciper e son assujettissement au capital et de la servitude morale t matérielle qui en résulte. Un motif particulier nous ppc'lle vers cette association : c'est que son prochain ongrès doit se tenir à Paris, selon la résolution du Conrès de Baie. Ce Congrès au profit du travail sera plus imortant que tous les Congrès tenus par les faiseurs politiues. Les admissions sont reçues chez Peterson, quai d'An- )U, 29; Stade, rue de la Michaudière, 3; Ratz, rue de la

Victoire, 21 ; Bacliriick, rue de l'Echiquier, 23 ; Frankel, (Léon), rue Saint-SébasUeu, SI.— [Réforme sociale, 3 avrî

Les membres influents de l'Internationale à Paris sont , Variin, Landiin, Henri, Durand, Roussel, Mangold,FéroM Foucault, Malon, Combault, Chalin, Héligon, Giot, Delvm court, Chanleau, Franquin, Reynard, Rivière, Mézière Robin, Avrial, Langcvin, Berden, Delacour, Frankel, Murat et Bachbruck (section allemande), iMollm, Granjon, Gharbonnaud, Chémalé, Tolain, Pindy Marly, Garbe Humbert,.Pioley, Raymond, Flahaut, Dosbourg Pindy Theisz Ansel, Carie, Alard, Leblanc, Fournaise, J. Johac nard (2), Labourdy, Pagnerre, Bobin (3), Fnbourg, Bour don Dcreure, Fruneau, Tartaret, Soliveau, Drouchon^ Lév'y (LfHzare), Jaillen, Houel, Avizard, Gauthier, Harlé, Parent Terrel, Langlois, CoUot, Lafargue, Rocher, Chalain, Laporte, l'Heureux et Aymanin, du cercle positiviste^

La plupart de ces individus ont fait partie de la Commune au mois de mars 1871 : Variin, Pindy, Murât, Avrial, Dereure, Frankel, Malon, notamment, ont joué un. rol« très-hnportant. Deux d'entre eux avaient été envovéj comme émissaires à Lvon, Albert Leblanc, actuellement dér tenu (1) et Rocher, ex-rédacteur de la Marseillaise, corn

(i\ Le 17 février 1870, ceUe section a adressé au ciloyen Barborel gérant de la Marseillaise, une proh-stalion fonire rarreslaUou d Win; elle a été reproduite dans l'Égalité du 2b fevcier 18-0. ; Yoici les noms des signataires : , x t, i i c •«•

Henri Bachrutch. 12, rue de l'EchiqurT; Léo Frankel. rue Sam\ Sébastien, 37; L. Péterzen, Ladwig; ^^ytzka• Oik. Tietzo; Lmcs Lante Pùlippe Pétera; Auguste Funke ; 1' Stade; Haubold ; St.ber A Curtar H Lamp.>; E. Hunger; J. Katz; C. Schnn.lt; Edouar Lndxvig; Frédéric ViUner; Jos. Werding; Otto Ludwig; Stossel

"^^(2) johan.iard était secrétaire- correspondant pour litalie; il siené en cette qualité un grand nombre de cartes d a miiat ion.

^(3^ Bobin, ancien secrétaire du Conseil gén-^ral belge a été e^ipuls de Belgique à l'occasion des événements de Seramg et du Boni!a,"e Un meeting contre cette expulsion a été teiiU a BrUxelles par 1 Conseil "éuéral bel!]çe,.le 2 août 1809. , . . , > -J

(i) Albert Leblanc était porteur d'un mandat imprimé sur parcliomir lui donnant pleins pouvoirs pour s'entendre avec les groupe^ revo lulio>mairesde la province. Co mandat est signe au nom du (,on seil fédéral des sections parisiennes par Henri boulle, secrciairc-

promis dans l'insurrection du 23 mars et arrêté plus tard à Issoudim.

Fédération lyonnaise. — Historique. En 1866, un comité s'était formé à Lyon : la direction en avait été confiée à une coninn'ssion executive composée d'Albert Richard, (délégué au congrès de Genève) ; Blanc, Scliettel, Palix, Faure et Doublé ; Blanc, Chanoz, Carnal, Vindry, Bret, et Aristide Cormier étaient à cette époque les membres imporlants de la section.

La section Lyonnaise avait songé à s'organiser en société industrielle et commerciale des Travailleurs lyonnais adhérents à V Association internationale : un projet de statuts avait été élaboré par la commission executive, mais cette idée n'eut pas de suite. Fn 1867, Schettel et Palix étaient délégués au Congrès de Lausanne. A cette époque, llnternationale comptait à Lyon sept ou huit cents adliérents, appartenant à des corporations diverses et formant dix-huit groupes {groupes de la Buire, de la rue de Chartres, de la Villette, des Chartreux, de la rue Sainte-Elisabeth, de Pierre-Scize, du nord de Serin, de Saint-Just, de la Cité du Rhône, de Saint-Clair, etc., etc. Ces groupes qui avaient pour correspondant à Londres Schettel se réunissaient dans leurs quartiers respectifs; mais cette organisation ne pouvait manquer de péricliter. Les réunions générales n'étaient plus permises; l'isolement des groupes et surtout le manque de direction devaient rendre l'œuvre de l'Internationale bien difficile. Bientôt la division se mit dans les rangs "de ses membres : la commission executive abdiqua ses pouvoirs et fut remplacée par une nouvelle (1). Dès lors, la scission devint complète : le Conseil général s'en émut, et Eugène Dupont fut chargé d'intervenir; il écrivit au correspondant lyonnais une lettre, communiquée à tous les membres, dans laquelle il déplorait une scission aussi regrettable, de nature à compromettre l'ave-

(1) Nous devons observer que les éléments qui composaient alors rinternalionale à Lyon, étaient beaucoup plus politiques que socialistes: les réunions , étaient pour la plupart consacrées à la eliscussion des événemeHts du jour et de l'attitude de la classe ouvrière vis-àvis de la question Romaine,

nii' de linlernationalc en France (l). Ces observations furent impuissantes à empêcher la désorganisation de la section lyonnaise ; ses discordes journalières l'avaient rendue inévitable, et lorsque le jugement du tribunal de Paris des 6 mars et 22 mai 1868 eut condamné la Conimissicn Parisienne, la section de Lyon cessa de fonctionner, et les divers éléments qui la composaient ne tardèrent pas à se séparer. Tout se borna désormais à des rapports verbaux entre les chefs de quelques groupes ; mais bientôt ceux-ci se désagrégèi-ent à leur tour, et quelques citoyens à peine restèrent fidèles à l'Internationale. Aucun lien n'existait plus entre eux ; ils agissaient isolément, individuellement, se communiquant mutuellement tout ce qui pouvait intéresser l'Association. Albert Richard, qui aspirait à jouer un rôle important dans l'Internationale, attendait l'occasion de se mettre à la tête du mouvement; il correspondait avec le conseil général de Londres, avec les sections Suisses, aftirmait ses doctrines socialistes et venait prendre part aux travaux du Congrès de Bruxelles (2).

Une première tentative de réorganisation eut lieu dans les premiers mois de 1869; elle devait être pins heureuse que les précédentes, et sous l'impulsion d'un chef aussi actif que Richard , des résultats ne pouvaient manquer d'être obtenus. Les événements, d'ailleurs, devaient faciliter l'œuvre qu'il entreprenait; les^^rèves se multipliaient, des secours étaient accordés aux grévistes, et les corporations reconnaissantes s'affiliaient à l'Internationale, dont l'intervention avait assuré le triomplie de leur cause. Au

(1) Le groupe de la rue Sainte-Elisabetli se réunissait ciiez Chalot, cafetier et mé'tanicien, même rue. Les membres du bureau étaient : Sipel, président; Résouctie, vice-président; Dciauzun, secrétaire.

La Commission executive se réunissait chez Gremet, rue Stella; elle a tenu sa dernière réunion le 11 novembre 1867.

(2i Les premières divergences s'étaient manifestées au sein de la section de Lyon , lors de l'envoi des délégués au ConjrrOs de Lausanne; il s'agissait de savoir si le correspondant devait être délégué de droit au Cougrts où s'il ne pouvait l'être que sur un vote conforme de la section. Quelques adhérents soutenaient que lé correspondant était un simple membre n'ayant pas plus de droit à la délégation que les autres : de là des discussions ffui s'envenimèrent et se traduisirent par une rupture complète.

mois de juin 1869, ce sont les ovalistes et les menuisiers; au mois de juillet, les bronziers et les marbriers; au mois d'août , les passementiers dont l'adhésion avait eu lieu à l'unanimité dans une réunion généi-ale de leur corporation. Le Conseil général de Londres ne pouvait rester indifférent; il déléguait ses pleins pouvoirs au citoyen Richard qu'il accréditait auprès des corporations en qualité de représentant. Le 28 août 1869, Dupont lui accusait réception de l'adhésion des passementiers et des cotisations versées par les ovalistes et par ces derniers.

Quatre" délégués étaient envoyés au Congrès de Bàle par les corporations nouvcllemeiit affiliées ; ajoutons que Richard s'y déclarait contre le droit d'héritage et la propriété individuelle. Au mois d'octobre, une réunion générale avait lieu au cercle des menuisiers, rue Grolée, 59. On y agitait la question de la formation d'un comité fédératif de toutes les industries de la ville de Lyon, et les délégués du Congrès de Râle (1) insistaient sur la nécessité de s'organiser et de réunir en un seul faisceau les forces éparses. Le moment él^ait propice ; l'Internationale avait gagné du teri-ain, et il était temps d'affirmer son existence et son action par une active propagande. Cette proposition fut ac- . cueillie avec enthousiasme ; •on se mit en rapport avec Varlin, Aubry, Bastelica, James Guillaume, Perron ; les conciliabules se multiplièrent, et hienlôtV Egalité (numéro du 27 novembre 1869), « annonçait que toutes les sociétés a ouvrières de Lyon venaient de former une fédération « dans le but de solidariser leurs intérêts moraux et ma- « tériels : c'était satis bruit et smis ostentation , ajoutait- « elle, que cette idée depuis longtemps méditée avait été « mise à exécution {F édéracion, 6 décemhve 1869). »

Quelques jours plus tard, le 5 décembre, les adeptes lyonnais recevaient la visite de Guillaume et de Bastelica, qui venaient stinmler leur zèle, leur expliquer les moyens à mettre &n œuvre et leur démontrer combien leur concours pourrait être utile , si les événements répondaient à leur attente. Les grèves ne discontinuaient pas et la tension des

(1) Ces dclégués étaient Bourseau, Ouihier, Ricliard et Palix.

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rapports entre le capital et le travail s'accroissiit tous les jours. Toutes les corporations travaillaient à se constituer en sociétés pour s'affilier ensuite à l'Internationale et lui apporter un nouvel élément de force; l'avenir de l'Internationale était assuré à Lyon. On lisait, en effet, dans V Internationale (numéro du 2 janvier 1870) ce passage : « l'Asa sociatibn à Lyon a déjà, dans la fleur de son âge, conquis a une si brillante renommée et une si redoutable puissance « que nous pouvons tout attendre d'elle. Ce qu'il faut à a Lyon pour la faire réussir, c'est avant tout et surtout de «c la prudence, puis une attitude digne, calme, ferme. Par « des agissements répétés, par des sollicitations, des nia- « nœuvres, nous aurions compromis son succès. »

Le 23 janvier, les adhérents lyonnais aux principes de l'Association Internationale, assemblés on réunion privée, rue Cliarlemagne, 7o, désignaient une commission d'initiative composée de 20 membres et chargée de diriger et de développer dans la mesure légalelcmomemanl d'adhésion aux principes de l'Association; un appel était adressé à tous les citoyens disposés à apporter leur concours à l'œuvre de propagande entreprise par la Commission.

Cette nouvelle commissioiyse réunissait (1) le 23 janvier, et répartissait entre ses membres les fonctions qui lui étaient attribuées.

Furent désignés : pour la rédaction et la correspondance, les citoyens Placet, graveur; G. Blanc, employé; Palix , tailleur; Ctiol (2), cordonnier et Albert Richard. Pour la comptabilité : les citoyens Louis Maitin, passementier; Doublé, tisseur ; Marmonnier, passementier; Artliur Martin, sculpteur; Saignier, tisseur. Pour le contiôle : les citoyens Michallet, tenturier; PuUiat, tisseur; Pichot, tuUiste; Du-

(1) Les réunions avaient lieu rue Cliarlemagne, 73; plus tard, elles se tinrent au café Brochier, angle Je la place Kléber et de la rue Charleinagne.

(2) Cliol, devenu au 4 seplembrc membre du Comité de salut public, 01 plus tard commissaire central à Lyon, a été condauuié à la dcporlation perpétuelle pour excitation à la gneire civile (Affaire Arnaud). C'est à lui et à son prédécesseur Timon que revient la gloire de toutes les arrestations illégales opérées à Lyon pendant le mois de septembre 1870.

puis, tailleur; Bret, tisseur. Pour la propagande : les citoyens Bourseaii, bronzier ; Beauvoir, commerçant; Vernaz, cordonnier; Deville, passementier et Ginet, tulliste.

Les membres de cette Commission étaient étroitement solidaires et parfaitement éi,'aux. Ils n'avaient point de président ordinaire ni de secrétaire général. A chaque séance, un président d'office était nommé ; les secrétaires se partageaient le travail. Seuls, les membres désignés pour la comptabilité avaient besoin d'un trésorier spécial. Ce titre fut confié au citoyen Louis Martin, passementier.

Les cinq membres suivants : Chol , cordonnier; G. .Blanc (1), employé; Louis Martin, passementier; Bourseau et Albert Richard étaient inamovibles jusqu'à une décision spéciale et non prévue de la section. Les autres étaient révocables aussi bien que rééligibles par la prochaine Assemblée générale. — {Internationale, 30 janvier 1870.)

Une communication à cet effet fut adressée aux journaux Vitalité, le Progrès, la Mirabeau ^ la. Fédéracion et VE- * gtiaglianza de Naples.

Le 30 janvier, nouvelle réunion de la Commission : des mandataires sont désignés pour se mettre en relations avec les commissions des divej'ses sociétés ouvrières et tâcher de les entraîner dans la fédération. A partir de ce moment, la propagande se fait sur une vaste échelle : les corporations se réunissent et adhèrent en mas.se à l'Internationale ; les membres de la Commission redoublent d'efforts et déploient une activité dévorante. Une première assemblée préparatoire, dite réunion privée, a lieu le 13 février, chez Guillerme, rue Sainte-Elisabeth, 108. Plusieurs corporations y sont représentées. On y expose le but, les principes et les moyens d'action de l'Internationale. Une nouvelle réunion est tenue, le 27 février, dans la salle des Folies-Lyonnaises. Il est donné lecture d'un rapport sur les travaux de la Commission, sur les adhésions recueillies, sur les résultats obtenus et le succès toujours croissant de la Fédération lyonnaise. On décide qu'une assemblée générale de toutes les corporations aura

(1) Gaspard Blanc est l'un des héros du mouvement insurrecliounel du 28 septembre : au 23 mars, il était à la tète de la commission provisoire installée par la Commune à l'hôtel de ville de Lyon.

lieu à la Rotonde le 13 mars; que (1) les sections de Paris, Rouen, Marseille, Neuchâtel, Limoges, Bruxelles et Saint- Etienne seront invitées à y envoyer des délégués. La Commission d'initiative multiplie ses séances (1 "''^ mars, 4 mars, 8 mars, 11 mars) : son œuvre grandit et se développe. Le 13 mars, une commission fédérale lui succède ; elle est appelée désormais à défendre les intérêts de la Fédéi*ation définitivement constituée.

Elle se composait de quinze membres nommés tous les ans en assemblée générale et auxquels devaient venir s'adjoindre deux délégués de chaque corporation déjà affiliée ou qui s'affilierait dans la suite ; enfin des statuts sont, élaborés par cette Commission et adoptés par tous les adhérents.

Voici les noms de ces quinze membres :

Doublé, Richard, Placet, Blanc, Busqué, Cliol, Arthur Martin, Louis Martin, Marmonnier, Garnier, Régipas, Cevelinge, Ginet, Dupuis et Dumartheray (2). ^

La Fédération Lyonnaise s'était même occupée de la publication d'un organe spécial qui aurait été imprimé à Genève; mais ce projet paraît avoir été abandonné.

Cet historique de l'organisation de la Fédération Lyonnaise nous montre avec quelle prodigieuse rapidité elle a réuni, dans un vaste faisceau, toutes les corporations. Au mois de juin 1869, l'Internationale comptait à peine quelques adhérents dont l'activité ne s'était encore signalée que par une protestation (3) contre les massacres de Se-

(1) L'assemblée générale du 13 mars 1870 était présidée par Varlin 'de Paris ; L. Martin et Didier étaient assesseurs. Voici la liste des délégués appartenant à des sections ou fédérations étrangères qui a-^sistaient à cette réunion : Aubry, délégué de la Fédéiatiou rouennaise; Pacini, délégué de la Fédération marseillaise; Bastelica, délégué de la Fédération marseillaise et de la Cioiat ; Coquillat, délé'iué de la Chambre syndicale des ouvriers ohapelicrs d'Aix; Ailloud et Vaganey, de la section de Vienne ; J. Fucillon, délégué de Dijon; Schvitzguébel, délégué des montagnes neurliàt'Ucises.

{Int., 27 mars 1870. — Éijalité, 2 avril 1870.)

(2) Les noms des membres de celte commission ont été publiés par V Internationale du 27 mars 1870 et la Réforme sociale du 3 avril 1870.

(3) Cette protestation a été inibiiée dans Vin 1er nationale, numéro du 2 mai 1869 : elle était signée par Richard, Ch. Monies, Richard père, Bret, Virginie, Barbet, Roset, Jules Beniez, .Vndré, Henri, Dupuis, Beniez. Nous l'avons reproduite aux annexes).

raiiig. La tolérance de l'adminislration n'a pas été étrangère à son immense développement; elle compte à peine quelques mois d'existence, et déjà le nombre de ses adhérents est très-considérable. Plus de 30 corps de métiers sont actuellement aftiliés.

Ce sont :

Les chaiilTeurs mécaniciens, les ouvriers sur mét;^ux, les sculpteurs, les tailleurs de pierres, les doreurs, les marbriers, les graveurs, les tanneurs, les corroyeurs, les elievriers, les bronziers, les passementiers, les apprêteurs de tulles, les menuisiers en fauteuils, les tapissiers, les menuisiers, les plâtriers, les peintres, les ouvriers apprêteurs et teinturiers en chapeaux, les tuUistes, les ouvriers apprêteurs d'étoffes de soie, les peigners, les fondeurs, les tailleurs, les charpentiers, les tisseurs, les relieurs, les verriers et cristalliers, les coupeurs en chaussures, les teinturiers. — {Internationale, 27 mars 1870. — Réforme sociale, numéro du 27 février 1870.) — Chacune de ces corporations est représentée au sein de la commission fé* dérale par un ou plusieurs délégués suivant le nombre dt ses membres.

Quelques-unes de ces corporations, notamment les passementiers, les verriers, les tisseurs, se sont organisées en sociétés de prévoyance et de solidarité, sous l'impulsion de l'Internationale, et possèdent des statuts particuliers; d'autres sont encore en voie d'organisation. — Des démarches ont été également faites auprès des bijoutiers, des imprimeurs, des chaudronniers, des garçons de salle et des balanciers d'OuUins. Des mandats écrits ont été à cet effet délivrés aux membres de l'Internationale, mais jusqu'ici ces différents corps n'ont pas donné leur adhésion (1).

Section stéphanoise. — La ville de Lyon ne suffisait pas à l'activité des Internationaux. Ils avaieut désiré établir

(1) Les lullistes dont la corporation est très-nombreuse sont divisés en dix svries : cliaqiv série en\oie deux délégués au sein de la Fédération Lyonnaise. Il existe une série centrale des tullisics qui sert de lieu entre toutes les autres.

un centre d'action à Saint-Etienne, où ils pouvaient compter sur le concours éventuel d'une énorme population ouvrière. Au mois d'octobre 1869, un comité initiateur y était organisé par les soins du correspondant de la section lyonnaise ; des livrets et des cartes étaient distribués aux nouveaux membres (1).

La nouvelle de la formation de cette section était annoncée en ces termes dans VEgalité (numéro du 27 novembre 18G9) : — « Encore une autre bonue nouvelle : « Nous avons fondé à Saint-Etienne une solide section de ce l'Association Internationale. Les premiers éléments de « cette section sont des passementiers et des mineurs, tous « gens dévoués et résolus. Ils ont dû écrire au Conseil a général pour lui annoncer leur formation. » {Internationale, numéro du 21 novembre 1869. — FédérarAon, numéro du 6 décembre 1869.) (2).

Au mois de décembre, cette section faisait insérer dans le Progrès du Locle une protestation contre les calomniateurs d'Albert Ricbard (numéro du 22 janvier 1870) : elle adressait le montant des cotisations à ce dernier, qui était chargé de les faire parvenir au Conseil général. Plus tard, elle était rattachée définitivement à la Fédération Lyonnaise. Une réunion générale avait lieu, le 10 avril, dans la rotonde Saint-Charles.

La commission Fédérale Lyonnaise y avait délégué deux de ses membres, L. Martin ei Richard.

A cette réunion, les principes et les -moyens d'action de riniernationale étaient longuement exposés , et, séance tenante, on adoptait le projet de former une société de

(1) 11 résulte d'une déclaration insérée dans le Progrès du Locle (22 janvier 1870 , que les sieurs Blanci Clianoz, Scheliel, Carnal, Vindry et Cormier ont éto expulsés des sections stépliaiioise et lyonnaise pou'" indignité et trait ison,s'éla,al faits les siccnres des Bancel, de la franc- maçonnerie, des libres-penseurs bourgeois et autres ennemis du socialisme. Ce même journal nous fait conri;ùire que les ouviieis siéphauois s'étaut réunis au nombre île quinze, en décembre 1868, noinmèrenl un dclégué, le citoyen Gérard, cliar^'é d'aller à Lyon preiidrL' des renseijj;ne.iients sur l'Internationak'. Cette protestation est signée par tous les membres de la section stéphanoise et par Clienet, correspondant de celte section.

(2) Conespimdance de Lyon (14 novembre 1869), sous la signature Albert Uicliard.

pi'évoyanee et de solidarité des passementiers stéphanois, adhérente à rintcrnationale {Solidarik', numéro du 23 avril 1870). — Cette socti-on compte aujourd'hui cent membres envii-on : à sa tète se trouve un coniité central composé de neuf membres, obéissant à l'impulsion d'un correspondant. — {Salidarité, 23 avril 1870.)

Givors (Rhône). — Lors de leur grève, les ouvriers verriers de Givors ont tenu une réunion générale à laquelle assistaient deux délégués de la Fédération lyonnaise, et oîi a été nommé un comité initiateur de onze membres chargé d'élaborer un projet de statuts de société de prévoyance adhérente aux principes de l'Internationale (1).

NeuviUe-sur-Saône est une des premières villes où l'Internationale ait eu des adhérents lors de son apparition en France. Elle y avait organisé une société coopérative de consommation. Celte section devenait assez importante pour envoyer un délégué au Congrès de Lausanne, chargé d'y émettre plusieurs vœux en faveur de l'avenir de l'Association (2). Elle était représentée à celui de Bruxelles par le citoyen Richard. Cette section smait vu se désorganiser sa sœur aînée, la section de Lyon ; elle en avait ressenti le contre-coup : cet état d'isolement devait nuire à son activité. Elle ne se réveillait de son apathie que pendant la grève des ouvriers imprimeurs : au nom de la solidarité, elle sollicitait "des secours de tous côtés. Elle s'adressait au Conseil général, aux sections de la Suisse romande, aux sections belges; nous avons déjà vu les sacritlces que s'étaient imposés les Internationaux Genevois pour soutenir leurs frères de Neuville (3).

A Vienne, une section de l'Internationale avait été fon-

(1) L'Egalité (numéro du 19 juin 1869) nous annonçait qu'une petite section de l'Internationale venait d'être constituée à Grenoble.

{-2'' Ce délégué était Louis Rubaud, imprimeur sur étoffes.

[3) Le 22 novemijre 1869. Eugène Dupunt écrivait à la société des imprimeurs pour leur recommander la numination d'un correspondant, afin d'être en communication continuelle avec le conseil cen-' tral de Londres. Ce correspondant a été nommé, c'est le citoyen Kalliod, à q\ii une lettre était adressée le 3 janvier 1870, en qualité de secréiaire correspondant de la société des imprimeurs sur étoffes prùs le Conseil général.

dée en 1866 avec un noyau de 52 membres; en 1867, elle comptait déjàoOO membres et envoyait comme dcleîgué au congrès de Lausanne le citoyen Ailloud (Alphonse). A partir de cette époque, nous la voyons périclitei-. Le contre-coup des poursuites dirigées contre l'Internationale s'était fait sentir dans toutes les villes oii des sections: avaient été établies : quelques membres restés fidèles à l'Internationale attendaient le réveil du mouvement des masses ouvrières pour afiirmer leurs principes. L'existence d'une section à Vienne se traduisait de nouveau, au mois de mars 1870, par l'envoi de trois délégués à la rôunion générale de la fédération lyonnaise : c'étaient les citoyens Vaganey,Cluzel et Ailloud ([}. {Internationale du'^l marslSH).) Les ovalistes de Saint-Symphorien d'Ozon s'étaient également organisés en section ; leur délégué, le citoyen Monier, chapelier à Saint-Symphorien (rue Montesquieu, 53), prenait part aux travaux du Congrès de Bâle.

Fédération rouennaise. — La ville de Piouen voyait une section se former «dans ses murs dès l'année 1866. A la tête de cette section se trouvait un homme énergique, versé depuis longtemps dans l'étude des questions sociales et économiques, et qui devait apporter dans le développement des principes de l'Internationale un dévouement et une activité infatigables. Il assistait aux Congrès de Genève, de Lausanne et de BruxidU-s, oîi il faisait connaîti-e la situation des ouvriers rouennais et présentait des rapports sur les questions soumises à la discussion. Il s'efforçait de répandre les idées de solidarité et de mutualité, de provoquer la fondation de sociétés coopératives et d'organiser sur des bases solides la fédération du travail. La section de Rouen lui doit d'avoir survécu à la dissolution de celle de Paris et à la chute de celle de Lyon, et d'avoir triomphé de

(l)'Ce dernier avait reçu une lettre d'invitation de Palix. l'engageant à venir représenter la section de Vienne. Ajoutons (jue I'/hternai ionale du !23 janvier 1870 annonçait que la section do Vienne était en train de se réorganiser.

On lit dans le compte rendu publié par ce journal : qu'à la réunion générale du 13 mars 1870, « In section de ]'ienne était repré- « sentée par les citoyens .\lloud, Vaganez et un autre dont le nom « échappe au correspondant. »

tous les obstacles qui avaient pu pendant quelque temps paralyser son influence : les grèves d'Elbœuf, de Darnetal et de Sotteville-lez-Rouen lui permettaient de montrer la puissance de l'Internationale. Il adressait des appels à toutes les sections, publiait des manifestes et procurait des secours aux grévistes : ces grèves avaient pour résultat d'augmenter le nombre des affiliés.

Une fédération s'organisait sous l'habile impulsion d'Aubry : elle était destinée àj'elier par un lien commun les diverses corporations déjà affiliées à l'Internationale. C'étaient les calicotiers de l'arrondissement de Rouen, les tisseurs et tisseuses, les tanneurs, les corroyeurs, les charpentiers, les lithographes, les fileurs de coton du canton de Saint-Sever et du canton de Grand-Couronne, les tisseurs de bretelles de l'arrondissement de Rouen, etc. Un journal, la Uéfurme sociale, était fondé par celte section, qui était devenue l'une des plus puissantes de France; elle convoquait même un Congrès national qui devait se tenir à Rouen le 15 mai; Aubry, son secrétaire correspondant, avait puissamment contribué à son succès. Candidat aux élections de 1869, délégué au Congrès de Râle et à la réunion générale de la Rotonde, à Lyon, le 13 mars 1870, il n'avait cessé un seul instant de se consacrer à « Vœuvre de r émancipation du travail (1) :o. Sous ses auspices et avec son concours, les fileurs de laine de Louviers (Eure) s'étaient organisés en corporation; un comité avait été nommé, et une réunion générale avait lieu, le 27 février, au salon de l'Industrie, sous sa présidence, afin d'exposer les principes de la solidarité à tous les ouvriers non encore adhérents (2).

Les membres importants de la Fédération rouennaise sont : Aubry, J. Julien, caissier de la Fédération; Pâques, Cornillot, Fritsch, Fouet et Saval, secrétaires du Comité Fédéral; Creuzol, fileur, délégué de l'Association des fileurs de Rouen au Congrès de Bâle ; Boulanger, caissier du comité des charpentiers; Mulet. {Réforme sociale, 10 avril 1870.)

(1) La Fédération rouennaise tient une réunion générale tous les mois, où assistent tous les groupes corporatifs.

(2) Cette assemblée générule était annoncée dans la. fié for me sociale de Rouen, numéro du 27 février 1870.

Lille. — L'Internationale y compte à peine quelques jours d'existence : c'est Varlin lui-même qui, « désireux de s'assurer du concours de la province », s'est cliar^'6 d'y faire de la propagande. Il résulte, en effet, d'une lettre écrite par lui, le 11 avril dernier, aux compagnons du Conseil général belge, que, dans les réunions privées tenues à Lille, il a exposé aux travailleurs l'organisation des syndicats ouvriers et la nécessité pour eux de se grouper et d'unir leur> efforts pour défendre leurs intérêts contre les détenteurs du capital. On avait décidé, ajoutait-il, la constitution immédiate d'une forte sec4ion, destinée à fonder des syndicats ouvriers dans tous les corps de métiers et à servir ensuite de lien fédéi-atif entre les corporations organisées. Cette section devait être administrée par un Conseil fédéral composé de neuf membres élus par l'assemblée générale de tous les adhérents et de deux délégués de chaque corporation fédérée. Les adliérents isolés étaient tenus de verser 10 centimes par semaine; les membres des sociétés, 5 centimes par semaine {Internationale, numéro du 17 avril 1870). On lisait quelques mois auparavant dans le journal la Piéforme sociale (numéro du 27 février), cette lettre adressée à Aubry par le citoyen Vaillant, de Lille : a J'ai reçu tous « les documents relatifs à la formation des corporations

« rouennaises Je vous annonce officiellement la fonda-

« tion du Cercle des ouvriers Lillois, dont le siège est rue « Saint-Nicolas, 21. 11 se fait eu ce moment un mouvement « sérieux parmi les ouvriers des villes du Nord. C'est le « réveil du lion, fatigué «le travailler toujours au profit des a autres. Fraternelles salutations à la Fédération roucn- «c naise entière de la part de celle de Lille : Signé, Vail- « lant.y> Le citoyen Patrice est l'un des membres importants de cette section.

Fédération marseillaise, — Marseille ne pouvait manquer d'être le point de mire des adeptes de l'Internationale : une section y était organisée au mois de juillet 1867. Ce résultat était dû à la courageuse propagande du citoyen Vasseur, ferblantier, rue des Petits-Pères, 24; à peine constituée, cette section l'envoyait connue dé égué au Congrès de Lausanne. Plus tard, elle se faisait encore représenter à celui de Bruxelles par Alexandre Lemonnier,

tailleur. En 1869, le nombre des adh(''i'ents s'augmentait : les corporations s'affiliaient, les menuisiers, les boulangers, les maçons, les tailleurs de pierre et les vanniers entraient dans la Fcdéralion : leurs délégués, les eitoyens Fourreau el Tolain, témoignaient au Congrès de Bâle des progrès déjà réalisés par l'Internationale à Marseille. A la ti'te de la Fédération se trouve un emplo\é de commerce, Bastelica, dont le nom a été mêlé aux événements d'avril 1870 (complot Guérin, Roussel et auti'cs) ; il remplit les fonctions de secrétaire correspondant. C'est lui qui, de concert avec Guillaume de Neuchâtel, est venu, le o décembre, à Lyon, jeter définitivement les bases de la Fédération lyonnaise; il était fidèle à la ligne de conduite que lui traçait Varlin au mois d'octobre et qui consistait à s'assurer du concours de Lyon. Il visitait en même temps Aix, Auriol et la Ciotat, travaillait à organiser les corporations, sollicitait leurs adhésions et démontrait aux ouvriers la nécessité de s'affirmer en vue du mouvement socialiste dont il fallait à tout prix assurer le triomphe (1).

Au mois d'avril, la Fédération comptait déjà 27 sociétés adhérentes (2) : dans ce nombre se trouvent les coidoimiers, les vanniers, les layettiers, les ouvriers paveurs, les tailleurs, la Chambre syndicale des matelots de commerce qiii a l'intention de fonder un organe sous le titre de : la Réforme maritime, destiné à propager les principes de l'Internationale, et qui a adressé à tous les matelots français un appel pour les engager à imiter son exemple. [Mirabeau^

(1) Lors de la grève des commis parisiens, la section de Marseille adressait la proclamation suivante aux employés de nouveautés de cette ville : « Vos frères de Paris sont en grève; les journaux con- « tiennent des réclames pompeuses en faveur djs jeunes provinciaux a qui voudraient aller remplir les places inoccupées. Les pairons ut comptent sans doute sans la solidarité. — Nous engageons donc « vivement les employés de province, au nom de la morale, à ne pas a venir en aide au\ pairons parisiens qui otit engagé la lutte avec a leurs salariés. » (Intiniationale du 21 novembre 1869, el Rappel du 4 novendjre 1869.)

(■i) Paciiii, délégué de cette fédération, dans un discours prononcé à la réuiiiou générale de la Hotondo, à Lyon, déclarait que : l'œuvre était bien uvanci'è à Marseille, el que la'Fcdération comptait -21 corporations a'Uu'rentes à l'Associntion internationale, (internationale 27 mars 1870 et 28 janvier 1870.)

13 mars 1870.) Cet appel, signé Massât, matelot, sous la date du 8 novembre 1869, a été reproduit dans le Travail, iournal de Paris, et dans la Federacion[mmero du b décembre 1869). - Egalité, 2 avril 1870; Internationale, So octobre 1869; Federacion, 13 ma.;s 1870. Le citoyen Combet est secrétaire de la Chambre fédéra e des sociétés ouvrières de Marseille. La section de Marseille avait envoyé deux délégués à la réunion générale de la Rotonde le 13 mars 1870 : Bastelica, et Pacini,. tapissier en meubles.

Aix possède un Conseil fédéral. La Chambre syndicale des ouvriers chapeliers d'Aix avait envoyé comme délégué k la réunion générale de la Fédération lyonnaise le citoyen Coauillat kUCiotat, toutes les corporations ont adhère à l'Internationale. Bastelica avait reçu de cette section un mandat de délégation pour la représenter a Lyon, a la réunion du mois de mars. Bellon est l'un des membres importants de la section de la G\otat.

La ville de Brest à vu une section se former dans ses murs à l'instigation et sous l'impulsion du citoyen Pmdy, de Paris : Ledoré est l'âme de cette section dont il est le secrétaire correspondant.

Mulhouse possède également une section qui a pour correspondant le citoyen Eugène Weis, rue du Rourg, 3 ; cet e secS)n, lors de la grève du Creuzot a pub hé un mamfeste reproduit dans la Marseillaise du 13 avril 18/0.

Tie<iancon — La Béforme sociale de Rouen, dans son numéro du 27' février 1870, publiait une lettre des ouvriers de Besançon annonçant leur intention d'adhrer en bloc a l'Internationale. Ce projet ne devait pas tarder a être mis l'eTcuUr; à l'insti'gation du citoyen Robert une réunion solennelle avait lieu dans cette ville, le 13 mars i»/u, pour y exposer les prncipes de l'Internationale e un Srand nombre d'ouvriers y donnaient leur adhes on (ikforme sociale, 3 avril 1870. - Federacion, 1 / avril 18/0.)

vii,euf — La grève des fileurs de laine d'Elbeuf, au mois de septembre 1869, fournissait à la Fédération rouenna.se fe moyerde se mettre en rapport avec les ouvriers de cette

ville; elle eu profilait pour leur expliquer les principes de la solidarité : une section y était l'ondée. Le citoyen Piéton, son délégué, assistait au Congrès de Bàle; Tlioinas, Vimont, Baillemont, Régnier et Piélon sont les incnibies iniporlants de cette section. {Réforme sociale, 10 avril 1870.)

Limoges. — La section de Limoges a envoyé coninio délégué au Congrès de Bàle, le citoyen Boudet, fabricant de flanelles : les cordonniers font partie de l'Internationale depuis celte époque. Au mois de mars 1870, la Société civile de crédit mutuel et de solidarité des ouvriers de la céramique de Paris (adhérente à l'internationale) déléguait deux de ses membres, les citoyens Benoit GiUot et Minet, auprès de la corporation des porcelainiers de Limoges, ' Meliun-sur-Sèvre, Boui-ges, etc., pour aider ceux-ci à se constituer en association et pour préparer en commun les bases d'une alliance fraternelle entre tous les travailleurs de l'industrie de la céramique. Cette entreprise a été couronnée de succès : à l'iiLstigation des délégués parisiens, les peintres sur porcelaine, les porcelainiers, les ébénistes, les tapissiers, les employés de commerce, les mégissiers, les cordonniers et les sabotiers de Limoges se sont réunis par corporation et se sont constitués en Société de solidarité. [Egalité, numéro du 2 avril 1870.)

Roubaix. — Pendant que ce mouvement s'accomplissait dans les autres villes, les ouvriers roubaisiens ne restaient pas inactifs. Ils prenaient eux-mêmes l'initiative de leur amélioration morale cl intellectuelle. Un Comité d'action était organisé : une réunion avait lieu, le 27 février 1870, sous la piésidence de Ch. Junker, et l'on pi'océdait à la conslilulion détinitive d'une assoiiation adliérenie à l'iuternationale. (Egal té, numéro du 2 avril 1870.)

Ch. Lécluse, pruiriiomme ouvrier de Roubaix, csl un des membres importants du mouvement ouvrier dans cette ville.

A Cambrai, au Ma)is, rinternationale compte des arlhérents. Au mois d'avril, le citoyen Trous; ard, du M.ns, demandait à la Fédération Rouennaise des spécimens de sla-

tuts corporatifs pour organiser la solidarité dans sa localité. & {Solidarité y numéro du 3 avril 1870.)

Reims. — Une section de l'Internationale a été organisée dans cette ville ; un comité y a été établi sous la présidence du citoyen Huart. Il compte des adhérents à Rethel et à Saint-Quentin, et propage activement TAssociation à Sedan et dans les autres centres industriels, tels que Bazancourt, Boult-sur-Suippe, Pont-Favergé, Hcutrégiville. Les organisateurs de cette section sont les nonnnésLoth, bonnetier à Rethel, rue. du Sorbon ; Sauvageot, de Saint-Quentin; Thomas (Désiré), de Boult-sur-Suippe et Iluart, de Reims (1), correspondant de l'Internationale. Les ouviùlm-s de Rethel sont en relation avec Malon, correspondant de rinternalionale à Paris.

Au mois de janvier dernier, une section était en voie de formafion à Gonfaroji (Var) : la Fédération lyonnaise lui envoyait les renseignements nécessaires pour son organisation, et la mettait en rapport avec la Fédération marseillaise pour sa constitution définitive. A la niC'me époque, la chambre syndicale des employés de Dijon s'affiliait à l'Internationale et envoyait comme délégué à la réunion de la Rotonde son secrétaire, le citoyen Focillon (Auguste); des sections étaient formées à Cosne, Tourcoing, le Creuzot^ et Fcurchambuult.

Une section reliée au Comité fédéi'al de Reims était fondée, au mois d'avril, à Suint-Quentin, sous la prési lence de Sauvageot ; cette nouvelle section comptait à cette époque cinq cents adhérents ; elle se composait de collecteurs, d'uu secrétaire, de deux assesseurs et d'uu président.

Ajoutous-pour compléter ce tableau, qu'e;i 1867 Bor~ deaux et Viïiefranche (^Rhônc) possédaient une section de rintei'nationale, qui réunissait à peine une cinquantaine de membres: ces sections ne sont pas eticore réorganisées (2).

A la même époque, Fuveau (Bouches-du-Rhône) voyait

(1) Pour les poursuites exercées contre les affiliés de Saint-Quentin, voir Gazelle des Tribunniix, numéros Jes 2i et i'5 mai 1870.

(2) La section de Bordeaux a été réi<rgaiiisée depuis le mois de janvi r 1871 : elle a pour secrétaire correspomlaut P. Lafargue, et pour président le citoyen Vésinaud, cordonnier.

s mineurs, dont une récente grève avait éprouvé le courage, adhérer en masse à rinternationalc. Une section se formait également h Tuurnon (Ardècbe) et à Crest (I)rôme) par l'intermédiaire de la section de Lyon et des sections voisines. [Compte rendu du Congrès de Lausanne.)

A Caen, l'union des travailleurs s'affirmait de jour en jour: les ouvriers de Condé- sur-Noireau (Calvados) se groupaient et s'affiliaient. Ces deux sections étaient représentées au\ Congrès de Lausanne et de Bruxelles par le journaliste Charles Longuet, ancien rédacteur de la Rive gauche^ actuellement membre de la section de Paris (1).

L'InternHtionale, en France, était, comme on le voit, dans une situation des plus prospères, lorsque des poursuites sont venues interrompre le cours de son développement et arrêter la marche de la grande Fédération des travailleurs.

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