RÈGLEMENT PROVISOIRE
Considérant :
Que l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes ; que les efforts des travailleurs pour conquérir leur émancipation ne doivent pas tendre à
constituer de nouveaux privilèges, mais à établir pour tous (les droits et des devoirs égaux et anéantir la domination de toute classe ;
Que rassujcttissement économique du travailleur aux détenteurs des moyens de travail, c'est-à-dire des sources de la vie, est la cause première de sa servitude politique, morale, matérielle;
Que l'émancipation économique des travailleurs est conséquennnent le grand but auquel tout mouvement politique doit être subordonnée comme moyen;
Que tous les efforts faits jusqu'ici ont échoué, faute de solidarité entre les ouvriers des diverses professions dans chaque pays, et d'une union fraternelle entre les travailleurs des diverses contrées ;
Que l'émancipation du travail n'étant un problème ni local ni national, mais social, embrasse tous les pays dans lesquels la vie moderne existe et nécessite pour sa solution leur concours théorique et pratique;
Que le mouvement qui reparaît parmi les ouvriers des pays les plus industrieux de l'Europe, en faisant naître de nouvelles espérances, donne un solennel avertissement de ne pas retomber dans les vieilles erpeurs et les pousse à combiner immédiatement leurs efforts encore isolés;
Par ces raisons :
Les soussignés, membres du Conseil élu par l'Assemblée tenue le 28 septembre 186i, à Saini-Martin's Hall, à Londres, ont pris les mesures nécessaires pour fonder: l'.-lssociation internationale des Travailleurs.
Ils déclarent que celte Association internationale, ainsi que toutes les sociétés ou individus y adl»^'ranl, reconnaîtront comme devant être la base de leur conduite envers tous les hoamies: la Vérité, lu Justice, la. Morale, sans distinction de couleur, de croyance ou de nationalité.
Ils considèi-ent comme un devoir de réclamer pour tous les droits d'homme et de citoyen. Pas de devoirs sans droits .
C'est dans cet esprit qu'ils ont rédigé le règlement provisoire de VAssociation internationale.
Article premier. — Une association est établie pour procurer un point central de communication et de coopération entre les ouvriers des différents pays aspirant au même but, savoir: le Concours mutuel, le Progrès elle complet Affranchissement delà classe ouvrière.
Art. 2. — Le nom de cette association sera: Association inlernationale des travailleurs. -
Art. 3. — En 1866, aura lieu la réunion d'un Coniçrès général. Ce Conférés devra faire connaître à l'Europe les comnmnes aspirations des ouvriers. Arrêter le règlement définitif de l'xVssociation internationale. Examiner les meilleurs moyens pour assurer le succès de son triivail et élire le Conseil central de l'Association. Le Congrès se réunira une fois l'an.
Art. 4. — Le Conseil central siégera à Londres et se composera d'ouvriers représentant les différentes nations faisant partie de l'Association internationale. II prendra dans son sein, selon les besoins de l'Association, les membres du bureau, tels que président, secrétaire g;énéral, trésorier et secrétaires particuliers pour les différents pays.
x\rt. o. — A chaque Congrès annuel, le Conseil général fera un rapport public des travaux de l'année. En cas d'urgence, il pourra convoquer le Congrès avant le terme fixé.
Art. 6. — Le Conseil général établira des relations avec les difféi'enles associations d'ouvriers, de telle sorte que les ouvriers de chaque pays soient constamment au courant des mouvements de leur classe dans les autres pays ; — Qu'une enquête sur l'état social soit faite simultanément et dans un même esprit ; — Que les questions proposées par une société, et dont la discussion est d'un intérêt général, soient examinées par toutes, et que lorsqu'une idée pratique ou iwc difficulté internationale réclamerait l'action de l'Association, celle-ci puisse agir d'uiie manière uniforme. Lorsque cela lui semblera nécessaire, le Conseil central prendra l'initiative des propositions à soumettre aux sociétés locales ou nationales."
Art. 7. — Puisque le succès du mouvement ouvrier ne peut être assuré dans chaque pays que par la force résultant de l'union et de l'association; — que, d'autre part,
l'utilité du Conseil central dépend de ses rapports avec les sociétés ouvrières, soit nationales ou locales, les membres de l'Association internationale devront faire tous leurs efforts, chacun dans son pays, pour réunir en une association nationale les diverses sociétés d'ouvriers existantes, ainsi que pour créer un or^'ane spécial.
Il est sous-entendu cependant que l'application de cet article dépendra des lois particulières de chaque pays, et que, abstraction faite de ces obstacles légaux, chaque Société locale indépeuflante aura le droit de correspondre directement avec le Conseil central de Londres.
Art. 8. — Jusqu'à la première réunion du Congrès ouvrier, le Conseil élu en scpiembre agii'a comme Consi'il central provisoire.il essayera de mettre en communication les Sociétés ouvrières de tous les pays. Il groupera les membres du Pioyaumc-Uni, Il prendra les mesures provisoires pour la convocation du Congrès général, il discutera avec les Sociétés locales ou nationales les questions qui devront être posées devantJe Congrès.
Art. 9. — Chaque membre de l'Association internationale, en changeant de pays, recevra l'appui fraternel des membres de l'Association.
Art. 10. — Quoique unies par un lien fraternel de solidarité et de coopération, les Sociétés ouvrières n'en continueront pas moins d'exister sur les bases qui leur sont particulières.
Pour le Conseil général de l'Association internationale des travailleurs:
Le président, Le secrétaire général. Le trésorier, ODGER. CREMER. WHEELER.
Cette Association a rapidement progressé. Chaque année elle a tenu des congrès internationaux, qui ont été comme autant d'étapes de la révolution sociale. En France, sous son imi)ulsion, les associations ouvrières se sont multipliées, et bientôt tout ce qu'il y avait d'énergique dans le
mouvement coopératif s'est fait « fermement révolutionnaire et largement socialiste. » Ce revirement s'est annoncé surtout par la manifestation ouvrière du 4 novembre 1867 conïl-e l'expédition romaine ; depuis il n'a fait que s'accroître. L'année 1868 a été l'année du « quos ego du vroh'tariat de Paris. » Les procès de l'Association internationale perniirent aux accusés d'exposer publiquement, devant les tribunaux, leurs opinions républicaines et socialistes ; les idées nouvelles allaient avoir leurs tribunes et leur auditoire : les réunions publiques devaient augmenter leur développement et entraîner la formation de nouvelles sociétés dans toutes lesprofessions qui jusqu'alors n'avaient pas encore songé à se solidariser.
Nous sommes amené maintenant à parler des tendances de r Internationale et des idées dont elle poursuit la réalisation .
But. — Caractères. — Principes et tendances de l'Internationale.
Il est de la plus haute importance que les principes et le but de l'Internationale soient signalés : il faut que la bourgeoisie sache que l'on veut à tout prix en finir avec elle, que sa condamnation est prononcée, que la classe ouvrière organise ses forces, qu'elle s'apprête à descendre dans l'arène et à triompher de ces frétendus exploiteurs. La victoire paraît déjà si assurée, que les prolétaires célèbrent la défaite des bourqeois dans des termes peu rassurants :
a: Les bourgeois, s'écrient-ils, ont la venette; la peur a leur fait pousser les hauts cris : en voyant cette formi- « dable puissance qui s'organise à leur nez et à leur barbe, (i et qui doit les engloutir un jour, ils ne savent plus à
« quel saint se vouer. Ils voient les privilèges du capital a disparaître : puissenl-ils mourir de leur belle mort ! —
a Ainsi soitil. »
(Extrait du journal l'Egalité, numéro du 23 janvier 1869.)
Et plus loin :
« L'Internationale, c'est le réveil, c'est la moralisation, « c'est la puissance, c est le triomphe prochain des traff vailleurs sur les ruines du capital monopolisé entre les a mains des bouryeois, c'est la moralisation forcée de ces tt derniers par le travail et la juste distribution de ses « produits. »
{Même numéro.)
« Quand la révolution sociale aura exproprié les bour- « geois pour cause d'utilité publique, comme ceux-ci « ont jadis exproprié la noblesse et le clergé, que devien- « dront-ils?
<t Nous ne pouvons pas répondre à coup siir, mais il est « probable que le nouvel ordre de choses leur donnera, (c selon l'expression d'un de nos amis, un bien infiniment a plus précieux, du travail bien payé, à discrétion, afin « qu'ils ne soient plus obligés de vivre du travail des au- « très, connne ils l'ont fait jusqu'à présent. En cas d'inca- « pacité de travail de leur part, ce qui sera le fait d'un « grand nombre, vu qu'ils w'ont guère appris à se servir « de leurs dix doigts, eh bien!..... Eh bien! on leur don- « nera des bons de soupe.
« Mais, c'est trop peu, hurleront les bourgeois.
a Trop peu, répondront les ouvriers, trop peu de trace vail hicn payé, à discrétion, et de la soupe pour les in- « valides! Diable! vous êtes difficiles, nous nous en serions « bien contentés dans le temps »
(Extrait de YEgaliie', numéro du 27 noTembro 1869.)
<c On raconte que Tomyris, reine des Massagètes, atta- «I quée par Cyrus, l'insatiable guerroyeur, eut la douleur
« de perdre son fils dans nne bataille. Elle jura de se ven- « gère parvint à s'emparer du bandit-conquérant Fie <r lin fit couper la tête et la jetant dans un seau nie n « d'eau, elle s'écria -.Tiens, monstre, ab''eia'e-m2 mf « ]ml^ne tu en es si friand ! ^'
- Ab! messieurs les bourgeois, vous faites fusiller les «^ ouvriers qui osent se soulever contre leurs eK.loileurs « vous aussi, vous aimez à verser le san- • Eh Mni' nn « vous fourrera le nez dedans et on t'ou^'s enLra^é^^^^ ■•• jusqu'au dernier vestige. » '
iExtrait àe l'Internationale, numéro au 3 avril 1870.)
. L'équivoque n'est plus possible : c'est l'avenir de nn^
T'C^^tT'^^ ^' '' notre'flVurquitt" fin l . ^^^?*^''ons rien : écoutez en effet le langage nue
S PuilLnr'lr-r,'^ l'Inlernationale et lestouni^ d n ]/ ''"'^''^^ les .discours qu'ils prononcent
d^n. leurs meetings, et vous serez convaincus du dan" r que présente une pareille association, pou qui le rlspec
P., li f ^^' ^"^^^''^ complètement morte et nui
« i^mïr'l'^-^i'T' n ^'P';'9y^'' du Locle (numéro du 29
« ini^f ïnS;^ tS^
révolution signifie la destruction complè e des nstitu tions bourgeoises et leur reuiplace.nLt pa. d'âut e
^ L s rî T '^' f "'"' ^'^^ ^I^^« "°"^ voulions. ,'•
« Les radicaux, les partis politiques même les dIus
« avances veulent siuipleinent replâtrer l'édifice socia en
i^im' témlïl ^î.^^'^f;'"^'^ ^« l'89, appliquanl le r'é- « Se F Von' 't."' "'/' ''^'' '* t"'"^ ivconstmire à « «aZ/Ys' „ "' ^''^''"' ^^'"^ sommes révolution-
Le passage suivant est encore peut-être plus explicite. Nous l'empruntons à ïlnterjiationale, organe officiel des sections belges (numérQ,clu 27 mars 1869) :
« Nous demandons la législation directe du peuple par
« le peuple, l'entrée du sol à la propriété collective, l'abo-
« lition du droit d'hérédité individuelle pour les capitaux
« et les instruments de travail, le développement des ate-
« liers coopératifs, l'organisation d'un enseignement donné
« à tous sans distinction, obligatoire, scientifique, indus-
« triel, l'impôt unique sur la richesse, etc., etc. »
Le Congrès de Baie (1869), s'est occupé de la question de la propriété et de celle du droit d'héritage. Les orateurs qui ont pris part à la discussion ont représenté la propriété individuelle comme « paralysant le développement de la société et consacrant l'injustica et l'inégalité. » Le Congrès, à la majorité de 34 voix contre 44, a déclaré : 1° que la société avait le droit d'abolir la propriété individuelle du sol et de le faire rentrer à la comumnauté; 2° qu'il y avait nécessité de faire rentrer la propriété du sol à la propriété collective.
« Tout propriétaire, disait ïartaret, qui veut louer un a immeuble, prouve par cela même qu'il n'eu a pas bsoin : « qu'on l'exproprie... Je demande, s'écria à son tour Ba- « kounine, la liquidation sociale, et par liquidation soft ciale, j'entends l'expropriation de tous les propriétaires « actuels. »
Sur la question du droit d'héritage dont on d^Miianda l'abolition complète et radicale, comme une des conditions indisiicnsables de l'affranchiss^-menl du travail, le con.u'rès n'a pris, il est vrai, aucune décision définitive; mais l'institution de l'hérédité y a été qualifiée û'antiégalitaire et (Vanlifratcrnelh'- (i).
(1) On peut ronsullpr, sur le droit d'hcrilage et la propriété, des éludes ijui ont éié publiéi;s diuis l'Egalité, — nuiucros des l" raui 1869, ti mars IStiO, 5 juin 18()9, J3 mars, 8 mai 1SG9.
Quelques mois avant la réunion de ce Congrès auquel il devait assister, un publiciste (1) écrivait sur cette matière un article dont il convient de rapporter ici quelques fragments :
« L'hérédité n'aurait-elle que le vice de perpétuer les <( aristocralics dont elle est le point de départ, en livrant « à une minorité oisive, parasite, le produit du travail « collectif, que ce serait déjà bien suffisant pour la rayer
« de notre organisation future : mais ce n'est pas tout
« L'hérédité c'est la chaîne de l'esclavage des peuples, a L'hérédité, source de querelles, de chicanes, c'est la a Californie du barreau, la ruine des familles et des indice vidus. Si l'on y regarde de près, on voit que c'est Vhéc^ redite encore qui a produit ce monstre qu'on appelle « l'égoïsme. Nous n'en finirions pas , si nous voulions « énuinérer tous les tristes effets de cette institution, vé- « ritable foyer de vices sociaux. » — {Egalité, numéro du « 12 juin 1869.)
Il publiait également dans le Progrès du Loch (numéros des 22 et 29 janvier 1870) des articles sur la justice, où il soutenait que la solidarité, étant la condition première de la justice, devait prendre l'homme au berceau. Il cijoutait :
« Si des parents plus actifs et plus intelligents que d'au- « très et qui auraient amassé quelque fortune, pouvaient, « en la léguant à leurs enfants, constituer un privilège « spécial pour eux, la solidarité serait attaquée au cœur. « Ce serait la déclarer inefficace, insuffisante, et par con- « séquent nier la justice dont elle est la conséquence pre.- « mière. De deux choses l'une : ou la solidarité est un « droit et une nécessité, ou bien c'est une chimère. Dans Vf le premier cas, il faut l'embrasser avec confiance ; dans « le second, il faut s'en remettre à ce que l'on a voulu « appeler la liberté individuelle, c'est-à-dire à l'égoïsme,
(\.\ Albert Ricliarrl, secrétaire correspondant de la Fédératiuii lyonnaise. Acclamé au 4 septembre^ membre du Comité de salut public ; l'un des béros, avec Cluseret, de l'écliaffourée du 28 septembre; condamné plus lard à six mois de prison comme réfractaire.
« à l'exclusivisme, à la division des intérêts, aux senti- « mciils étroits et absolus de la famille et du patriotisme. » a — Progrès du Locle, 29 janvier 1870. »
V Internationale du 5 septembre 1869 a soin de nous expliquer le motif qui a fait éliminer du programme de l'Internationale, en apparance du moins, et seulement en apparence, toute tendance politique :
a Nous pensons que les fondateurs de l'Association in- « ternationale ont agi avec une très-grande sagesse en « éliminant d'abord du programme de cette Association « toutes les questions politiques et religieuses. Sans doute, « ils n'ont point manqué eux-mêmes ni d'opinions politia ques, ni d'opinions antireligieuses bien marquées; mais « ils se sont abstenus de les émettre dans ce programme, « parce que leur but principal, c'était d'unir avant tout « les masses ouvrières du monde civilisé dans une action « commune. Us ont dû nécessairement chercher une base « commune, une série de simples principes sur lesquels « tous les ouvriers, quelles que soient d'ailleurs leurs « aberrations politiques et religieuses, pour peu qu'ils a soient ouvriers sérieux, c'est-à-dire des hommes durece ment exploités et souffrants, sont et doivent être d'ac- « cord.
« S'ils arboraient le drapeau d'un système politique ou « antii'cligieux, loin d'unir les ouvriers de l'Europe ils les a auraient encore plus divisés; parce que l'ignorance des « ouM-iers aidant, la propagande intéressée et au plus hau! a degré corruptrice des })rétres, des gouvernements et de « tous les partis poliliqueshouvgeois, sans en excepter les « plus rouges, a répandu une foule de fausses idées dans « les masses ouvrières, et que ces masses aveuglées se « passionnent malhcui'euscmcnt encore trop souvent pour « des mensonges qui n'ont d'autre but que de les faire « servir volonlairement et stujndement, au détriment de « leurs intérêts propres, ceux des classes privilégiées.
a D'ailleurs, il existe encore une ti'op giande différence « enti'c les degrés de développement industriel, politique, « intellectuel et moral des masses ouvi'ières dans les diffé- « rcnts pays, pour qu'il soit possible de les unir aujour-
« d'hui par un seul et même programme politique et anti- « religieux. Poser un tel programme comme celui de Fln- « ternationale ; en taire une condition absolue d'entrée « dans cette Association, ce serait vouloir organiser une « secte, non une association universelle, ce serait tuer l'In- (i ternationale.
« Il y a eu encore une autre raison qui a fait éliminer « d'abord du programme de l'Internationale, en apparence « dn moins, et seulement en apparence, toute tendance « politi(îuc.
« Jusqu'à ce jour, depuis le commencement de l'histoire, « il n'y a pas eu encore de politique du peuple, et nous « entendons par ce mot, le bas peuple, la canaille ouvrière «. qui nourrit le monde de son travail ; il n'y a eu que la a politique des classes privilégiées ; ces classes se sont « servi de la puissance musculaire du peuple pour se dé- « trôner mutuellement et pour se mettre à la place l'une « de l'autre. Le peuple à son tour n'a jamais pris parti « pour les unes contrôles autres que dans le vague espoir « qu'au moins l'une de ces révolutions politiques, dont « aucune n'a pu se faire sans lui, maisaucujie ne s'est faite « pour lui, apporterait quelque soulagement à sa misère et « à son esclavage séculaires. Il s'est tuujours trompé. Elle a a tué l'aristocratie nobiliaire et a mis à sa place la bour- (( geoisie. Le peuple ne s'appelle plus ni esclave ni serf, il « est proclamé né libre en droit, mais dans le fait son es- « clavagc et sa misère restent les mêmes.
« Et ils resteront toujours les mêmes tant que les masses « populaires continueront de servir d'instrument à la poli- « tique bourgeoise, que cette politique s'appelle conserva- « trice, libérale, progressive, radicale, et lors même qu'elle « se donnerait les allures les plus révolutionnaires du « monde. Car toute politique bourgeoise, quels que soient « sa couleur et son nom, ne peut avoir au fond qu'un seul « but : le maintien de la domination bourgeoise; et la « domination bourgeoise, c'est l'esclavage du prolétariat.
« Qu'a dû donc faire l'Internalionale? Elle a dû d'abord « détacher les masses ouvrières de toute politique bour- ' geoise, elle a dû éliminer de son programme tous les
programmes politiques bourgeois. Mais à l'époque de la « fondation, il n'y a pas eu dans le monde d'autre poli-
r- tique que celle de l'Eglise ou de la monarchie, ou de l'aris- « tocratie, ou de la bourgeoisie; la dernière, surtout celle a de la bourgeoisie radicale, était sans contredit plus libé- « raie et plus humaine que les autres, mais toutes égalece ment fondées sur l'exploitation des masses ouvrières et a n'ayant en réalité d'autre but que de se disputer le « monopole de cette exploitation. L'Internationale a donc « dû commencer par déblayer le terrain, et comme toute « politique, ait point de vue de l'émancipation du travail, c se trouvait alors entachée d'éléments réactionnaires, elle « a dû d'abord rejeter de son sein tous les systèmes politc tiques connus, afin de pouvoir fonder sur ces ruines du « monde bourgeois la vraie politique des travailleurs, la « politique de l'Association internationale. » — [VEgalilé de Genève.)
En 1868, au congrès de Bruxelles (1), Eugène Dupont, son président, répondait en ces termes aux républicains avancés qui reprochaient à l'Internationale de ne s'occuper que de questions oiseuses et de retarder ainsi la révolution :
« Si les ouvriers dédaignent la politique comme i'enœ tendent ceux qui nous font ces reproches, c'est parce « qu'ayant fait deux révolutions sans voir leur si (nation « s'améliorer, ils en ont recherché la cause, et ils ont vu « que 1830 et 1848 n'étaient que des révolutions de forme « et non de fond, qu'il fallait changer le fond même de la « société ; et que le véritable terrain de la révolution est la « question sociale.
« De Paepe, de Bruxelles, nous disait hier que les rois « et les empereurs sont des accidents; il disait vrai. Tous « les gouvernemenls actuels sont à l'état ti'ansiloire. Ce « que nous voulons renverser, ce n'est pas seulement le « tyran, c'est la tyrannie.
« Enfin, les cléricaux disent : Voyez ce congrès, il dé-
(1) Catalan s'écriait : «La révolution du siècle passé était conlenun « dans ces mots : Qu'est-ce que le tiers-étal? Rien. Que doit-il être? « Tout. De même on peut dire aujourd'hui, pour résumer le mouvea meut révolutionnaire : Qu'est -ce que le travailleur? Rien. Que « doit-il être? Tout. »
— lo —
"^ clare qu'il ne veut ni içouvernement, ni armée, ni religion. « Ils disent vrai; nous ne voulons plus de gouvernements, a car les gouverneinenls nous (écrasent d'impôts; nous ne a voulons plus d'impôts, nous ne voulons plus d'armées, « car les armées nous massacrent ; nous ne voulons plus « (le relujion, car les religions étouffent Vintellifjence. « Voyant leur influence perdue dans les villes, ils se rejet- « tent sur les paysans et nous disent : Vous êtes une miiio- « rite et nous avons avec nous le nombre. Ce n'est pas le « nombre qui fait leur force, c'csl l'ignorance; ils espèrent « semer la division entre nous et nos frères ; mais nous a jléclarons ici, solennellement, que l'affranchissement des a ouvriers des villes est inséparable de celui des ouvriers « des campagnes, car, ce que nous voulons tous, ici, c'est •« le droit à la vie pour tous, c'est-à-dire la justice dans « l'humanité. »
(Extrait d'un flisc'airs prononcé pir Eugène Dupont, à la clôture du concrrùs de Bruxelle?, le 13 septembre 1868. — Compte rendu ofiîciel publié par le journal le Peuple belge. — Page oO.)
De pareils discours se passent de tout commentaire : songez maintenant que chaque jour, dans toute l'Europe, l'on travaille avec une activité prodigieuse à l'organisation des classes ouvrières, que l'on associe les ouvriers par corporation, par localité, que l'on s'occupe de les fédérer de région à région, et de réunir en un seul faisceau tous ces groupes corporatifs et locaux, et vous apprécierez alors la gravité de la situation. D'aiileurs, il faut bien le reconnaître, les arguments que l'on emploie pour convaincre les ouvriers ne peuvent manquer d'avoir un succès complet ; on fait luire à leurs yeux les espérances les plus chimériques; on les berce des promesses les plus séduisantes; on leur parle du despotisme du gouvernement, des privilèges et faveurs réservés à la bourgeoisie, de l'exploitation dont ils sont l'objet de la part des capitalistes, de l'abaissement des salaires, de l'aggravation du travail, de leurs privations, de leur misère, de leur ignoi-ance, do l'envahissement du fonctionarisme, « celte lèpre sociale, » etc., etc. On leur représente «■ des millions d'hommes exténués de
privations et ahuris d'humihations, des familles entières
« avec leurs ménagères livides, des enfants rachitiquos « entassés dans des mansardes et s'y disputant des alimenis (c insuffisants, des vieillards à Ijarbe blanche allant mcn- « dier de porte en porte, des femmes avec leurs enfants « profitant de la nuit pour aller, dans quelque coin obscur, « tendre la main aux passants, dos ouvriers obligés'de se « suicider. » On soulève ainsi leur indignation; on leur montre qu'ils ne doivent plus supporter un spectacle si honteux, qu'ils doivent se soulever. Ou leur persuade alors que l'Internationale vient à leur secours; que c'est par elle qu'ils arriveront à leur é;nancij)ation; qu'ils ne doivent plus se laisser gouverner; qu'il importe de grouper les forces éparses ; que le jour approche où les sociétés ouvrières, organisées dans tous les pays et reliées entre elles par rinternationale, n'auront plus qu'à se lever pour conquérir leurs droits.
Les extraits suivants méritent encore d'être rapportés :
« Un cri a relcnli, immense et sympathique, qui se ré- « pète partout, au hameau, à la ville, dans les ateliers, a ainsi qu'en la mansarde. Il fait tressaillir l'un, encourage c( les autres et porte au cœur de tous l'espoir de voir bien- <! tôt le jour qui doit enfin nous i-endre tous nos droits et a notre liberté. — Ce cri qui nous transporte, fait la « crainte de ceux qui sont encore aujourd'hui nos maîtres « et nos bourreaux. Ce cri qui fait trembler les tyrans de « la terre, les exploiteurs rapaces qui nous sucent et nous « rongent, toutes ces bêtes féroces qu'on nomme Aristo- « craies ou bien Bourgeois repus; ce cri, c'est le courrier, « c'est même Tavant-courcur de cette amie du peuple qui « le couronne roi, lorsqu'on est fatigué de tous ces là- K ches-là.
« C'est la Révolution, maîtr<isse toujours fidèle ;\ ceux « qui succombent sous le joug de nos rois.
« Oui, la Révolution qui nous relèvera en les renversant « tous et, les mettant de côté, fera- place au travail, au « droit et à la liberté. »
lExlraU du Mirabeau. — 7 novembre 18G9.'i
« Pour à présent, le rôle de l'Internationale consiste « seulement à organiser, à associer les ouvriers par corpo- « ration, par localité, puis à les fédérer de région à région, a de nation à nation, et à réunir en un seul faisceau tous « ces groupes corporatifs et locaux.
« Au point de vue le plus restreint et le plus immédiat, « elle arrive ainsi à les soutenir les uns par les autres en « cas de grève (sociétés de résistance anglaises. — En a France, sociétés de prévoyance, chambres syndicales, « sociétés de crédit mutuel.) Au point de vue général, « ses moyens d'action sont les mêmes : elle a déjà ras- « semblé sous son -égide, en Europe et en Amérique, plu- « sieurs millions d'Ouvriers. Et il est facile de comprendre « que quand nous serons tous organisés, quand nous nous « tendrons tous la main d'un bout du monde à l'autre, nous a n'aurons qu'à nous lever pour conquérir nos droits, et a l'édifice bariolé de la tyrannie s'écroulera
« Nous ne sommes pas des socialistes à système, nous Il sommes purement et simplement des révolutionnaires, t nous faisons appel à la masse, et nous sommes con- « vaincus qu'elle seule a le secret de ses destinées, et « qu'elle seule peut donner le mot d'ordre de l'avenir. « Les droits des travailleurs, voilà notre principe : Vor- 3 ganisation des travailleurs, voilà notre moyen d'action : « la révolution sociale, voilà notre but. »
(ExU-ait de V Internationale, du !27 mars 1870.)
« Qu'est-ce que la Révolution?
« A ce mot de Révolution, les réactionnaires feignent « l'indignation et crient au despotisme et à la guillotine. a Ils savent que c'est pure calomnie, mais il ne leur en « coûte rien pour mentir. Ils vous parlent sans cesse de a 4793 et des guillotinadcs de Robespierre. Mais qui donc « était Robespierre? Un bourgeois, qui a fait périr les plus 'f'purs révolutionnaires. Les ouvriers, eux, ont souvent été " fusillés et guillotinés, mais /7s n'ont jamais guillotiné « personne. Ils n'ont jamais demandé qu'une chose, le « droit au travail, le droit à l'existence, lo droit à la liberté " et à la dignité; en un mot : Le droit à la justice.
« La Révolution, c'est un changement radical dans les « institutions, dans les rapports entre les hommes, dans <(. l'organisation du travail.
« Aussi n'est-elle pas l'œuvre d'un jour, le résultat d'un « coup de main. C'est une ofmvrc patiente qui demande « des efforts persévérants. Il ne s'agit pas de dresseï' des a barricades et de tuer des hommes, il s'agit de convaiDcre « les ouvriers, de leur montrer leurs véiitables intérêts, « de leur montrer que c'est par l'association qu'ils arrive- « ront à leur émancipation, de grouper en un seul faisceau oc toufes ces forces éparses. Une fois réunis, les ouvriers « s'éclaireront muluellement. En voyant que leurs misères « sont partout les mêmes, ils se convaincront que leurs « intérêts sont solidaires.
« Une fois groupés, comme les travailleurs font la grande « majorité de la nation, leurs destinées seront dans leurs a mains : tout ce qu'ils auront résolu, ils l'exécuteront.
« Mais, dira-t-on, croyez-vous que les privilégiés se « laisseront bénévolement dépouiller de leurs privilèges ?
« A cela nous n'avons qu'une chose à répondre : ce que « le peuple voudra, il l'exécutera. Ce qu'on ne voudra pas « lui accorder, il se l'accordera à lui-même. Si le petit « nombre qui aujourd'hui nous régente veut tenter une « prise d'armes, il subira la responsabilité de son écrase- « ment. Mais tout se fera régulièrement, parce que tout se- « fera par la grande majorité. Point de dictature de quel- « ques-uns, puisque c'est le peuple entier qui agira. Le « peuple suivra sa roule, envoyant dédaujnemement rouler a dans le ruisseau ceux qui voudront s'opposer à sa marche.
« C'est-à-dire que nous ne rejetons pas l'emploi de la « force, en tant que force collective, pression irrésistible de « la masse, mais que nous ne voulons pas du despotisme « d'une miuoi'ité, même pour le bien. Ce despotisme ne « peut engendrer que le despotisme, il ne saurait conduire « à la liberté.
« C'est ainsi qu'en 1789 la bourgeoisie a conquis son « émaucipatiou sur la noblesse, c'est ainsi que la fin du « dix-neuvième siècle verra naître l'émancipation du pro- « lélariat. » ' {L'Internationale.)
(Extrait* de \'E(jalUc, numéro du 13 février 1869.)
Manifeste de la section de Paris au sujet des troubles du mois de février.
œ La Souveraineté populaire est foulée aux pieds. L'in- « di^Miatiou est à son comble : de courageuses énergies « n'ont pas craint de se signaler.
« Pour la première fois, depuis dix-neuf ans, des barri- « cadcs se sont élevées; le sang de citoyens désarmés, « quelquefois d'enfants inoffensifs, a coulé sous les charges « de policiers féroces.
<t La Révolution morale est faite. A toutes opinions « honnêtes nous disons : la ruine, l'abaissement, la honte « vont finir. La Révolution, on peut le dire, en est à son « prologue.
Œ Dans des circonstances aussi solennelles, il est du ff devoir de tout bon citoyen d'exprimer hautement sa « pensée sur la ligne de conduite à suivre ; c'est ce que, (S pour notre compte, nous faisons.
« Décidés que nous sommes à payer de nos personnes le « succès de la Uévolution, nous le disons sincèrement, le Œ moment ne nous semble pas encore venu pour une action « décisive et immédiate.
« La Révolution marche à grands pas ; n'obstruons pas « sa route par une 'impatience bien légitime, mais qui « pourrait devenir désastreuse,
<i Au nom de cette Répuhlique sociale que nous voulons « tous, au nom du salut de la Démocratie, nous invitons <c nos amis à ne pas compromettre une telle situation.
Œ Chaque heure nous donne des chances nouvelles. Car a chaque heure diminue les forces du despotisme et aug- (i mente les nôtres.
« Nous touchons au but.
œ Ne restons pas inactifs. — Entre le bonapartisme et « la France, la scission est dénoncée. Agissons par la pro- « pagande , et surtout par l'organisation; en un mot,
« hâtons le triomphe définitif, mais ne le compromettons « pas par une action trop précipitée.
« Adam, Camille, gaînier; Chalain, Louis, tourneur en bronze ; Combault, Amédée, bijoutier; Davoust, Gabriel, tailleur de pierre; Johannaud, Jules, fcuillaglste; Landiun, Léon, .bronzier; Malo.n, Benoît, nacrier; Marto, Edouard, mécanicien ; Périn, Jean-Baptiste, sculpteur; Pindy, Louis, menuisier; tous membres de VAssociation internationale des Travailleurs (1). »
[Démocratie.)
(Extrait de l'EfjalUé, du 26 février 1870.)
Nous lisons encore dans le journal l'Egalité, de Genève (numéro du 6 février 1869), ce passage dont la portée ne saurait notis échapper :
« Que reste-t il à faire aux hommes d'action de la « France ? Il leur reste à unifier les principes, à établir le « progrannne de la Jeune Révolution, à dissiper le pres- « tige qui entoure encore quelques personnalités dont le « talent pourrait faire oublier les convictions douteuses; à « s'entendre avec les Fiévolutionnaires de toute l'Europe^ « enfin à dresser ces mille petites batteries masquées, qui, « sous la direction d'hommes intelligents, portent des « coups aussi sûrs que formidables. Voilà ce que l'on fait <r dans tous les grands centres français... C'est aussi ce « que fait l'Association internationale dont les princijies « conviennent à l'immense majorité des ouvriers et même « des paysans français, et qui est répandue k Paris, à « Lyon, à Marseille, à Rouen
« Quant à la propagande socialiste et républicaine, elle « n'est à faire que dans les campagnes qui, du reste, sui- « vront toujours avec la plus grande docilité la marche des '( villes. Nous avons, il est vrai, beaucoup de réactionnaires;
(I) ComhauU a\ail élé « acclamé » par les conimunards parisiens directeur griiéral des coniribulions indirectes; Pindy, Malon, Ciialain iLouisi, Johannard, membres de la Commune; Davoust, membre de la Commission communale du XVUe arrondissement.
« mais les réactionnaires français sont presque tous des cor- € rompus, prenant à peine le soin de caclier leur ég^ïsme « sous le voile de l'hypocrisie. »
Lors des élections générales du mois de mai 4869 , le correspondant parisien de l'Egalité lui écrivait (numéro du 1«^ mai 1869) :
« Les élections prochaines sont maintenant la préoc-
« cupation générale Une seule chose peut nous inté-
« resser, nous, travailleurs , membres de l'Association a Internationale , c'est le parti que prendra le parti socia- « liste, le parti du peuple, à propos de cette manifestation.
« Il est certain aujourd'hui que le parti socialiste s'af- « lirmera. Je vous adresse notre programme : il résume <t l'état de notre situation et de nos revendications (1).
« Aux ÉLECTEURS de 1869.
« Citoyens,
« Le moment est venu où le parti démocratique et so- « cialiste doit s'affirmer.
« L'époque des élections approche ; nous allons être ap- I « pclés^ de nouveau à élire les mandataires qui doivent « nous représenter.
a Ne suivons plus les errements d'autrefois.
« Au lieu de se rallier à des candidats qui ne serecom- « mandent à ses suffrages que par une notoriété plus ou «moins établie, le Peuple Souverain doit lui-mèine faire c son programme, dresser la liste des réformes dont il a a besoin, et ensuite choisir parmi les citoyens ceux qui « lui paraissent le plus aptes à exprimer sa volonté.
a En principe absolu, les mandataires devraient tou- « jours être révocables, à tout instant, dès qu'ils ne rem- « plissent pas leurs engagements ; mais , en présence des
(1) Ce programme a élé reproduit dans l'Internationale (numéro du 9 mai 1869), et l'Égalité (numéro du 1<t mai 1869).
« difficultés actuelles, nous devons demander, tout au « moins, qu'ils se tiennent constamment en relation avec « leurs mandats, et que, chaque ann^e, ils viennent se re- « tremper dans le suffrage universel. .
« Il n'y a pas de temps à perdre !
« Il faut que tous les groupes de socialistes formulent « leur programme au plus vile, et qu'ils se fassent les con- « cessions nécessaires, afin qu'une entente puisse s'établir « pour arrêter un programme comnmn.
« Quant à nous, voici les réformes que nous croyons K urgentes:
K i. Suppression des armées permanentes : armement « de tous les citoyens;
« 2 Suppression du budget des cultes ; séparation de a l'Eglise et de l'Etat : liberté de discussion religieuse et a philosophique;
« 3. Piéforme générale de la législation; élection de la « magistrature, temporairement et par le suffrage universel; « établissement du jury pour les affaires civiles et crimi- « ncllcs;
« 4. Instruction laïque et intégrale, obligatoire pour « tous, et à la charge de la Nation; indemnité alimentaire « à tous les enfants pendant la durée des études ;
« 5. Suppression des privilèges attachés aux grades uni- « versitaires;
« 6. Liberté d'association ;
« 7. Liberté de réunion sans restriction;
« 8. Liberté de la presse, de l'imprimerie et de la lift brairie; abolition du timbre et du cautionnement;
« 9. La liberté individuelle garantie par la responsabi- « lité effective et permanente de tous les fonctionnaires , a quel que sojt leur rang ;
« 10. Établissement de l'impôt progressif; suppression « de tous les impôts indirects, octrois ou autres;
« 41. Liquidation deladelte publique;
a 12. Expropriation de toutes les compagnies financières « et appropriation par la Nation, pour les transformer en « services publics, de la banque, des canaux, chemins de « fer, roulages, assurances , mines ;
« 13. Les communes, les départements et les colonies « affranchis de toute tutelle pour ce qui concerne leurs
intérêts locaux, et administrés par des mandataires librement élus.
AVIZARD, tourneur en cuivre, 32, rue de Malte; BOUR- « DON, graveur, 7, rue Louis-le-Grand; COLLOT, ou- « tiileur'en bois, 44, rue Erncsline ; A. DELACOURT, « relieur, 10, rue de la Parclicmineric ; DOUDEAU, (( marbrier. Mi, boulevard de Clicby ; E. DROSSE, <( graveur, 2:2, rue de la Banque ; J. DURAND, coupeur a de chaussures , 307 , rue Saint-Denis ; PRUNEAU, (.( charpentier, 15, rue de Charenton : T. GAUTHIER , « vannier, 2i, rue des Jardins -Saint-Paul; J.-P. ,CLÊ- « ROME, publiciste, 24, rue Feydeau ; A. HARLE, méc( canicien, 26, rue Sévigné ; J.-P. HELIGON, imprimeur « sur papiers peints, 4o. rue de la Grande-Truanderie ; u LÉVY-LAZARE , opticien, 26, rue Sévigné; A. LUCIE, « fabricant d'encres, 9, rue Saint-Paul; J- MINET, « peintre sur porcelaine, 29,. rue des Trois Bornes; PA- « RENT aîné, passementier, 28, rue de la Cbopinette; « G. SYLVESTRE, imprimeur en taille-douce, 187, rue « Saint-Jacques; SAUVA, tailleur, 31, rue Molière: G. « TERRET, mécanicien. 11, rue des 3Ioulins ; E. VAR- « LIN, 33, rue Dauphine. (Tous membres de l'Interna- « tionale.) »
Ce programme nous dévoile clairement les doctrines que professent les membres de l'Internationale : nous pouvons être convaincus que le jour où les forces révolutionnaires du.travail seront organisées, l'ouvrier revendiquera violemment ses droits. En attendant, l'œuvre de la solidarisation se continue, et elle commencera bientôt à porter ses fruits.
« Assez d'hésitations, s'écrie-t-on, assez de reculades, « assez de transactions et de compromis, // faut terrifier la « réaction, quel que soit la masque dont elle se couvre, « cléricalisme ou monarchisme, boiirgeoisisme ou libéra- « lisme. »
{Égalité, 23 jamier 1869.)
« Répétons sans cesse et partout notre mot d'ordre du « moment : organisation locale, coopérative, fédérative « et internationale des masses ouvrières.
« Les partisans d'une révolution politique immédiate « nous disent que cette révolution porterait le socialisme « dans ses flancs.
« Mais celle de 1848 portait aussi le socialisme dans ses « flancs, et comme elle a été simplement politique, quand « le socialisme a voulu se montrer, on l'a écrasé.
« Encore une leçon ([u'il ne faut pas oublier. Aussi « avons-nous lu avec plaisir le manifeste de nos amis de « Paris déconseillant les tentatives prématurées dans le « genre de celles qui ont échoué dernièrement (1).
« Désormais, soyons tout h notre grand travail d'orga- « nisation.... »
(Extrait de Ib. Ré forme sociale de Rouen, organe de l'affranchissement du Prolétariat, numéro du 27 février 1870.)
La même idée se trouve exprimée dans cette autre correspondance insérée dans le Mirabeau de Yerviers {numéro du 6 février 4870 (2) :
« Nous voulons une révolution : Il vous semble , m'ob- « jectera-t-on, que les révolutions se font à l'alambic pour « les esprits impatients, c'est-à-dire pour ceux qui aspi- « rentau triomphe immédiat de raffranchissement de notre « classe. Au premier abord, l'on pourrait cron-c que nous « procédons ainsi : nullement. Pourquoi prenons -nous « tant de précautions ? Ah ! c'est qu'une révolution dans « le sens absolu du mot ne s'accomplit qu'à la condition « que les matériaux qui la constituent soient bien et dû- « ment formés. Voilà pourquoi nous voudrions que les a éléments qui poursuivent la réalisation de l'émancipa- « tion connnune soient bien identiques et pour la forme et « pour le fond : autreîlient nos tentatives ne serviraient « qu'à donner à nos frères de cruelles déceptions.
(1) Ce manifeste a élé reproduit page 19.
(2) Cette correspondance esi du secrétaire de la fédération Rouennaise, Emile Aubry, lithographe, rue de l'Amitié, 12.
« Deux courants, nous dit V Egalité (numéro du 22jan- « vier 1870), existent encore dans le flot populaire : l'un, « formé des honnnes du passé, se laisserait aller à faire « une révolution quand même; l'autre, composé de la « jeune génération, ayant derrière elle l'expérience liisto- « rique, et se rapprochant de l'Internationale, ne veut pas « tenter l'aventure avant que les forces ouvrières ne soient « bien organisées, atin qu'une fois pour toutes la cause du « travail ue soit plus escamotée, j»
Le programme de la section de l'Alliance de la démocratie socialiste, à Genève, est la personnification la plus complète des tendances du prolétariat moderne. Cette section, qui a pour président le célèbre socialiste russe Michel Bakounine i^i), a été déclarée internationale par le Conseil général de Londres au mois de juillet 1869 (2).
1 . a L'Alliance se déclare athée ; elle veut l'abolition des cultes, la substitution de la science à la foi et de la
« justice humaine à la justice divine ; Vaboliticn du mariage ce en tant qu'institution politique, religieuse, juridique et * civile.