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LE SOCIALISME ESPAGNOL

Aux ouvriers des autres pays.

« Là société est remplie de maux funestes.

«Jusqu'à ce jour ont seuls gouverné la société et occupe le <r pouvoir la classe aristocratique, le clergé et la classe moyenne, « c'est-à-dire les classes privilégiées.

« Une fois au pouvoir, > lies ont été accumulant maux sur maux, « abus sur abus, iniquités sur iniquités ; en un mot, la ty- « rannie a seulement chan^t'é de forme, elle est toujours restée la « même. . ,

« Elles vous ont paru quelquefois divisées; et pour se vaincre les « unes les autres elles ont invuqné le peuple, réclamant son appui « au son masique du mot Liberté. Pour la liberté, qui e^t sa vie, le « peuple n'èp'argue pas son sang; mais en le prodiguant au\ classes « privilégiées, if n'a jamais obtenu que des résultais contraires a la « liberté. , . , ,• - i

« Les classes privilégiées ont tout monopolise : la politique, la « religion, les capitaux, la propriété, et jusqu'aux droits naturels « de l'homme.

« Mais déjà le peuple les connaît. Les classes prmiégiées sont « à leur agonie, et elles mourront quand les ouvriers le voudront ; « quand les classes productrices se lèveront pour ace miplir la révo- « lution sociale, inévitable conséquence de la révolutiai poliiique; a lorsque enfin, non conlents de dire : A bas les Bourbons, à bas « les Bonaparte, les Mastaï, les Cobourg, les Lorraine, les Savoie, « nous dirons : .1 bas l'cxploilatiun de r homme par l'Iiomme !

« Dans celle sainte révolution sociale, dont les premiers signes « se montrent déjà à l'horizon politique, aura plus à perdre qui- K conque aura plus fait le mal, quiconque se sera plus lavé le visage « avec la sueur du pauvre, quicomiue aura été plus éloigné en « pensée cl en action de la belle et nécessaire formule Liberté, « Égalité, Fraternité, jointe à son complément la Solidarité.

« Le peuple qui aime avec délire celte formule ; l'ouvrioi , « l'esclave moderne, qui ne possède ni ne demande aucun pri- « vilége, n'a rien à craindre de la révolution : il a tout à espérer « d'elle.

« Au moment même où se réaliseront les idées nouvelles, toute « tyrannie aura cessé dans le monde.

« Cflui qui aura le plus contribué à l'émancipation de la classe « ouvrière, sera son meilleur ami; il sera le véritable ami de « l'humanité.

a Pensons toujours que les rois ne sont pas les seuls tyrans de a la terre.

« Nous vous saluons, ouvriers illustres des pays qu'on appelle '< étrangers.

« Pour nous, qui vivons du travail, qui ne voulons d'aulre patrie '< que la grande patrie du travail, source de tout bien, vos pays ne « sont pas étrangers, vous n'êtes point des étrangers vous-mêmes : « vous êtes nos véritables frin^s. A bas les frontières!

« Vers vous nous tenons nos regards dirigés ; vers vous nous diri- « geons nos pensées, alin que de vous notre intelligence reçoive « utie meilleur nourriture en quantité et en qualité.

« Les idées nouvelles viennent de vous. L'émancipation ûu « peuple travailleur a été commencée par vous. Salut, donc, saiut « fraternel.

« Le peuple espagnol, frères, est susceptible de devenir un grand « peuple ; et il le sera, parce qu'il veut l'être.

« Considérez que jusqu'à cette heure il a été opprimé par la lèpre « bourbo»nien7ie et cléricale ; considérez que jusqu'à celle heure, « il a pu à peine saluer les nouvelles id'ées, voir li nouvelle « lumière; considérez que c'est aujourJ'iuii seulement qu'il vient de n naître à la véritable \ie sociale : et malgré tout, vo.ez combien « il est avide et préoccupé de s'instruire, de s'associer, de se fé- « dérer.

« Les. classes travailleuses vous saluent fraternellement, vous qai K soulenez tout l'énorme poids de la classe moyenne et de ses pri- ,< viléges créés avec le dur labeur du peuplé ouvrier, du véritable « travailleur.

« Tremblez, tyrans de tous les pays : les ouvriers s'éveillent déjà « de la funeste léthargie où vulre despotisme les tenait a^^soupis. « Sacliez bien que le grand principe de la.Solidaritc est déjà connu

« déjà pratiqué par les ouvriers. Comprenez Lien que le peuple, « las de souffrir tant de vexations, trouve que depuis assez long- « temps sur lui seul pèsent tous les devoirs, et qu'il veut jouir enfin « de tous les droits. Entendez-le bien, classes privilégiées : tous a les droits.

a La rédemption du proîé'ariat approche.

« Les ouvriers de tous les pays sont fieras.

■< Salut et fraternité. »

(Extrait de la Legalidad.)

■j' Aux Membres de l'Association ïk ter nationale de Naples.

'■<■ Fi ères ,

H Les persécutions injustes et illégales auxquelles l'Association « internationale de Naples a été en butte, ainsi que les arrestations « brutales des citoyens Caporusso, Ganibuzzi et Forte Francesco, « nous ont vivement blessés, mais non surpris.

a En effet, nous voyons partout le capital dominateur, spéculait teur, en guerre contre l'ouvrier. Les capitalistes d'aujourd'hui sont « les successeurs des propriétaires d'esclaves des anciens temps et « des seigneurs féotlaux du moyen âge. Après avoir tenté de nous « séduire par les mensongrs et par la fausseté de leur prétendue « science économique, faite entièrement en leur faveur, ils se voient « forcés de battre en retraite devant le bon sens de la classe « ouvrière' ayant par devers elle la véritable loi économique du trait vail. Un seul moyen d'agir leur restiiit, qui est la fdrce brutale ; « ainsi, ces seigneurs, avec tuus les avantages de bien-être, d'édutt cation, d'une civilisation séculaire, se trouvent réduits à combattre a le raisonnement de pauvres ouvriers sans instruction et sans une tt connaissance bien sensible de leurs droits humains, et cela par « la force et la misère.

<t Mais l'expérience est faite depuis longemps, el partout les ou- « rriers font des réunions, s'organisent pour s'entendre .sur leur « triste position et sur les inojens à employer pour se délivrer « de leur esclavage moderne. Que les gouvernements actuels oppri- « ment plus ou moins, ils sont toujours eux-mêmes sous la pres- « sion de la force motrice et dominante de la minorité privilégiée « de la société actuelle, c'est-à-dire du capital. Les gouvernements « actuels trouvent toujours le moyen de se prononcer en faveur de <t celui-ci contre le travail et l'ouvrier, et c'est à l'aide des lois « existantes faites par la bourgeoisie qu'ils font arrêter, emprison- « ner, exiler comme en France, et fusiller ainsi que cela s'est fait t» en Belgique.

a Mais, vains efforts! résistance inutile! l'aveuglement des goûte vernemenls et des classes favorisées n'a jamais pu empêcher (t l'humanité de marcher en avant. Qu'importent leurs moyens brutaux ft et féroces pour vouloir nous bannir de la société ! cela ne fait « rien. Le règne de ces tripoteurs el exploiteurs sera bientôt fini, tt car nous nous approchons vers un étal social, dans lequel il y

« aura place pour tous , pour tous les travailleurs voulant vivre « honnt'lenient ilu produit de leur travail ; mais rien pour ceux qui « voudraient le faire aux dépens d'autrui.

« Courage, frères !

« Les injures, les calomnies, les persécutions, les défaites pour- K ront ne pas vous manquer ; mais la force ouvrière, les travailleurs « unis se réveillant dans le seniinieni de revendication de leurs « droits humains et de citoyens, saura Lien vaincre tous les obsta- « clés, et -urtout par l'invincihle force d'une idée régénératrice contre « le capital coalisé.

a C'est alois, que nous, pauvres ouvriers déshérités de l'humanité, « nous dirons qu'il ne peut plus y avoir d'amnistie pour eux, puis- « que de leur part jamais aucune concession à notre égard. Nous a voulons doi:c établir la société sur les La^cs de la justice, de l'hu- « maiiilé : des droits et devoirs égaux pour tous. Ces sentiments-là « ne sont p.s seulement les nôtres, ma:s aussi ceux de tous les « iXTErixATioxAix de Genè\e, et de tous les milliers de nos frères « du monde entier.

a Que les gouvernements continuent leurs brutalités et moyens a illégaux; nous continuerons à organiser toutes nos forces ouvriè- «c res, et un jour viendra où nous établirons la balance de noscomp- Œ tes, en fondant la société nouvelle sur la base de la justice etl'é- « galité pour tous.

a En attendant, nous avons cru devoir vous envoyer ces quelques a lignes de reconnaissance, en raison de votre fermeté et conduite K devant nos communs adversaires. Recevez le salut fraternel, avec « l'espoir de la sainte alliance des travailleurs.

« VIVE LIISTERNATIOMLE !

« Au nom de l'assemblée générale de la section ceitralc italienne « fondée à Genève.

« Genève, le 26 mars 1870.

« Le président, B. Rossetti.

« Le secrétaire, G. Ghali.n'o. »

{Mirabeau, 17 avril 1870.)

Pièce Y.

MAMFESTE DEÎi SECTIONS PARISIENNES DE l'aSSOCUTION INTERNATIONALE DES TRAVAILLECRS, AU SLJET DE LA GRÈVE DU CREL'ZOT (1).

« Douze mille ouvriers du Crtuzot sont en grève. Ils demandent a la gestion de leur société de secours mutuels, la rcinlégraiion dans a l'ai' lier de leurs camarades renvoyés «ans motifs, el le renvoi d'un a conducteur de travaux, cause principale du conflit.

a Comme toujours en pareil cas, le directeur a demandé et obtenu « le concours delà force militaire. Ainsi, comme à Lépine, comme à a Dour, commeàSeraing. commeà Frameries, comme à la Ricamarie, a comme à Carmaux, l'armée e^t mise en face d'ouvriers que sa préce se.'jce trouble el exaspère.

a Quelles en seront les conséquences? Sera-ce une nouvelle héca- «c tombe de proléiaires?

« Nous ne saurions trop protester contre la prétention bien singu- « lière de ces gens qui, non contents de détenir toutes les f<irces écoa nomiques, veulent encore disposer, et effi-ctivement disposent, de «toutes les forces sociales (armée, police, tribunaux, etc.), pour le o maintien de leurs iniques privilé,i,'es.

« Telles sont les conséquences Je l'égoïste et bourgeoise doctrine oc de l'é-onomie politique.

« Les économistes, en effet, méconnaissant la complexité des pbé- « nomènes sociaux, et, négligeant l'aspect intellectuel et surtout l'asa pect moral, ont réduit la »■ ience sociale aux seules- considérations « du marclié. De là est résulté Vinduslrialisme. Sur celte pente, l'alo tération du sentiment social en est déjà arrivée à un point que les « industriels, tout en piônant l'anarchique laissez fairejai.-sez pas- « ser, méconnaissent, en fait, le droit ilu travailleur, dan- l'état aca tuel, de refuser son concours à un travail par trop oppressif et par «< trop mal rémuréré.

« 'l'oul-puissanls devant un ouvrier isolé, ils l'oppriment au nom « de la prétendue liberté économique; mais auss.tôt qu'ils sont en a face d'une brce ouvrière colleclive, ils demandent la répr^sion au a nom de l'ordre. Leur élroitesse de %ues leur fait-elle croire que

(1} Ce manifeste a été publié lors de la première grèyc;.

« l'ordre véritable n'est autre cliise que l'écrasement des produc- « leurs et réiouiremeni de loui»- asiiiraiion léjii'.inie?

a En prt'seni-t> de ce fait, ordinaire, du reste, dans notre étal d'opa pression politique et d'anarcliie industrielle, dans cet étal qui livre « à la misère ceuK h même qui ont produit l'immense accumulation « de capitaux suflisants pour créer h' bien-èlrepliysique et moral, si a une justf répartit oa des produits existait, — nous avons cru de- X voir élever la voi>;.

« Après avoir une fois de plus constaté l'iniquité de notre régime K économique et s-s déploral)les résult.its, nous venons telicii'M' nos i< frères du Creuzot de leur calme revendication et de la dii-'Uilé de

leur attitude.

■■c B. Malov, correspondant des Travailleurs-Unis (banlieue de Paris;, siège de Aanterre, 24, à Puleaux. — G. Molli\, correspondant pour la France du Cercle inirisien des prolétaires pisitivi^tes, impasse Suin'-Sèliastien, 8 — Mlrat, du (>ercle mutnellistc, fondé de pouvoirs du Consril général du Cercle de rAs>ocialion internalionale, 200, rue S;iint-Maur. — E. "Varlix, secrélairecorres) ondant delà s(H-lion ces ouvriers relieurs de Paris. — À. CoMBAL'LT, correspondant delà section de Vaugirard. — A. Harlk, secrétaire correspondant du Cercle d'études sociales. »

(£(jaUlé<\u 5 février 1870; Marseillaise, STjau'.ier 1S70.)

Pièce Zc

ADRESSE DES SECTIONS DE BALE ET DES ENVIRONS, Al" -LJET DE LA CRÈVE DES RUBAXIERS.

Les Présidents el les iléhUjués des Sections de i'Associatiou internationale des Travidlleurs de Bàle et des enviions.

Aux ouvriers de tous les pays!

« Frères confédérés,

.( ^*ous venons, confiants dans vos principes de solidarité, vous donner quelques explications détaillées sur notre position et sur « la situation actuelle.

« Bàle, celle ville commerciale si grande, si riche et si dévole, « cache ilans son sein el aux environs un prolétariat affamé qui dé- « pend non-seulement de la marche des affaires en général, mais en- « core du bon plaisir, de chaque cuprice du fabricant. L'industrie

a principal* esl la fabricalion des rubans de soie. Par suite îles lluc- « tualions continuelles de celte industrie, le salaire de l'ouvrier a a tellement baissé, que, même dans les temps les plus favorables et a quand les denrées sont à bon marché, l'ouvrier arrive à peine à ga- « gner le strict nécessaire, sans pouvoir jamais penser à faire des a économies. (Le salaire ordinaire des teinturiers, par exemple, est « de 12 fr. par semaine pour l'ouvrier ordinaire, de 18 fr. pourlou- « vrier excellent; les rubaniers gagnent de 9 à 17 fr. par semaine.)

« Pour vi\re, il faut à l'ouvrier célibataire de 12 à 13 fr. par se- « raaine, à l'homme marié, de 23 à 30 fr. L'homme, la femme, les « enfants, tous doivent travailler incessamment s'ils veulent seule- Œ ment gagner ce qu'il faut pour payi>r les énormes loyers et les « choses de première nécessité. Cette misère, qui ne finit jamais, qui « renaît chaque jour, celte lutte continuelle et désespérée contre la a faim, a bien d'autres conséquences fâcheuses que les privations a phy.siques.

« Les jours se passent dans une résignation morne d'un inal r'^a gardé comme inévitable, et bientôt l'être qui souffre devient indif- « férent, impassible, hébété, et quand les quelques rayons de bon- « heur qui ont éclairé les jours de sa jeunesse, — et qui sont bien « rares encore, parce que le besoin et la misère s'emparent môme de « l'enfant et le forcent à Inivailler, — quand ces rayons de bonheur « ont disparu, il ne reste à l'ouvrier qu'un aveuir de misère, de « souffrance, qui ne finit qu'au moment où le corps, harassé de fa- « tigues et rompu par un travail incessant, s'affaisse enfin dans la « mort.

« Et, en face de cette lutte inutile contre la misère et la faim, que « font les classes riches de Bâle, que font ces grands propriétaires « dont on envie tant les richesses ? Ils assistent tranquillement à ce « spectacle; ils le regardent avec un sang froid complet ; celte bour- « gpoisie flère et égoïste laisse périr impitoyablement des centaine^ « d'êtres humains; mais jamais il ne lui est arrivé d'ouvtir toi; <c cœur et de tendre une main secourable à ceux que la misère eu- « gloulit.

« N'ayant d'autre ressource, d'autre espoir qu'en nous-mêmes, nous « avons dû. tenter de nous aider nous-mêmes; vous savez plus on '< moins, frères, quel en a été le résultat. A la suite de celle lutte, « les ruJjaniers et les teinturiers, qui nous ont soutenus franchement « et fidèlement, se sont ^us priser de travail, et, par conséquent, de « pain. Jusqu'à l'heure où ilous écrivons ceci, ils n'ont pu réussir à « fléchir la dureté de cœur des fabricants et à. s'assurer un sort plus ic favorable. Mis à la porte au milieu de l'hiver, sans pain, leur ruine M serait certaine sans votre assisliince fraternelle. Mais cette ruine « n'est plus possiljle : N<jus sommes niembre* de l'Association inler- <c nationale des Travailleurs. Cette pensée nous anime et nous for- <« tifie, et c'est pleins de confiance que nous faisons appel à votre « assistance.

« Frères! jusqu'ici nous avons été secourus généreusement prr « nos frères de tous les pays, surtout par ceux de Genève, à qui « nous adressons nos remeVcîments bien sincères. ISe nous aban- « donnez pas dans notre mallieur. Souvenez-vous que nous combat-

<t tons pour une cause juste et sacrée, que nous souffrons pour votre a droit comme pour le nôtre.

a Plus de 300 pères de famille, avec leurs femmes et leurs enfants, « se trouvent dans une misère complète, sans pain. Assistez-nous donc, a prouvez par les faits que nous sommes des frères qui se secourent « mutuellement. Les patrons — c'est là le pire — les^ patrons ont a résolu d'un commun accord de ne plus donner d'ouvrage aux « grévistes.

« Notre salut fraternel au nom des sections de Bàle et des envi- « rons.

Œ Bàle, janvier 1869.

a Le Conseil <radmiuùtration de l'AsiOcialion Internalionale des Travailleurs :

« J.-H. Frey. — R. St.^bke. — Haeffli.

« Pour le Comité d'assistance :

« J. Steffen. — Maurer.

a N. Z?. Adresser les dons au Bureau principal de l'Association Internationale à Bàle : R. Starke, GrilnpfahUjasse, 5. »

[Égalité, — 30 janvier 1869.)

Pièce W

AHicle publié par le journal /'Egalité au sujet des grèves de Genève (au mois de mars de 1869).

• « Que méditent les bourgt^ois ? Veulent-ils vraiment nous forcer de a descendre aussi dans la rue les armes à la main ? Oui, ils le veulent. « Et pourquoi le veulent-ils? La raison est toute simple : ils veulent a tuer l'inlernationale.

« Il suflit de lire les journaux bourgeois, c'est-à-dire presque tous a les journaux de tous les pays, pour se persuader que s'il y a aujour- « d'hui une chose qui, plus que toute autre, soit un objet de crainte « et d'horreur pour la bourgeoisie en Europe, c'est l'Association a internationale des Travailleurs. Et comme il faut être juste avant « tout, juste même envers ses' adversaires les plus acharnés, nous « devons reconnaître que la bourgeoisie a mille fois raisoQ d'abhorrer « et de redouter celte formidable association.

« L'Association internationale des Travailleurs compte à peine « quatre ans et demi (rexislence et (léjà elle embrasse plusieurs a. cunlaines de mille adhérents disséminés et élruileinent alliés, « dans presque tous les pnys de V Europe el de l'Amérique aussi.

« Esl-ce une entreprise révolulidinaire? Oui cl non. Elle est « révolutionnaire en ce sens (|u'êlio tient à remplacer une société « fondée sur l'iniquité, sur l'exploiluiion de l' immense majorité des a hommes par une minorité o[ipressive, sur le privilège, sur l'oisi- « veté et sur une autorité protecinee de toutes ces jolies choses, par a une société fondée sur cc<(e justice égale pour tous et sur la liberté a de tout le monde. Elle vent, en un mot. une organisation écono- « mique, politique et sociale, dans laquelle tout être humain, sans a préjudice pour ses particularités naturelles et individuelles, trouve « une égale po-sibilité de se (lévelopi)er, de s'instruire, de penser, « de travailler, d'agir et de jouir de la vie comme un homme. Oui, « elle veut cela, et, encore une fois, si ce qu'idle \eut est incumpaa |,ib!e avec l'organisation actuelle de cette société, tant pis pour cette « société!

« L'Association internationale est-elle révolutionnaire dans le sens « des barricades et d'un renversement violent de l'ordre politique « actuellement existant en Europe? Non : elle s'occupe fort peu de « cette politique, cl même elle ne s'en occupe pas du tout (1). Aussi « les révolutionnaires bourgeois lui en veulent-ils beaucoup pour a l'indifférence qu'elle témoigne à leurs aspirations et à tous leurs « projets. Si l'internationale n'avait pas compris depuis longtemps « que toute politique bourgeoi.^e, quelque rouge et révolutionnaire « qu'elle paraisse, tend non à l'émancipation des travailleurs, mais « à la Consolidation de leur esclavage, le jeu pitoyable que jouent « en ce mument les républicains et même les socialistes bourgeois a en Espagne suffirait pour lui ouvrir les yeux

« L'Association i/iternatitmale des Travailleurs faisant donc une a complele abstraction de loutes les intrigues politiques du jour, ne a connaît à cette heure qu'une seule politique, celle de sa propat gande, de son extension et de son organisation. — L<^ jour où la a grande majorité des travailleurs de l'Amérique et de l'Europe sera a entrée et se sera bien organisée dans son sein, il n'y aura plus ce besoin de révolution; sans violence la justice se fcra. Et « s'il y a alors des tètes cassées, c'est que les bourgeois l'auront bien a voulu.

« Encore quelques années de développement pacifique, et l'Associa- « lion imernationale deviendra une puissance contre laquelle il sera « ridicu'e de vouloir lutter. Voilà ce que les bourgeois ne comprennent « que irop bien, et voi i pourquoi ils nous provoquent aujourd'hui « à la lutte. Aujourd'hui, ils espèrent encore pouvoir nous écarter, « mais ils savent que demain ce sera trop lard. — Ils veulent donc « nous forcer à leur livrer bataille aujourd'hui.

a Tomberons-nous dans ce piège grossier, ouvriers? Non. —

^t; Les récents événements de Paris ont prouvé le contraire.

« Nous ferions trop de plaisir auK bourgeois et nons ruinerions noire «c cause pour longtemps. Nous avons pour nou^ la ju-lice, le droit, a mais notre force n'est pas encore suffisante pour lutter. Compri- K nions donc notre inilîjrnalion dans nos cœurs, restons fermes. « inébranl;ibles, mais calmes, quelles que soient les provocations a des bliDicft-becs ii)iperti)ients de la boHrijeoi>-ii\ — Souffrons encore; ce ne sommes-nous pas habitués à souffrir? — Souffrons, mais n'ou- « blions rien.

a El, en attendant, continuons, redoublons, étendons toujours « davantage le travail de noire propagande 11 faut que les travail- « leurs de tous les pays, les paysims des campagnes aussi bien que a les ouvriers des fabriques et des villes, sachent ce que veut l'As- « sociaiion internaiionale, et comprennent qu'en dehors de sou « triomphe il n'y a pcjur eux aucun autre moyen d'émancipation « sérieuse; que l'Association internationale est la patrie de tous les a traviàlleurs oiprimés, le seul refuge conire l'exploitation des bour- « geois, la seule puissance capable de renverser le pouvoir insolent ff des bourgeois.

a Orgai)i?oiis-nous, élargissons notre Association, mais en même « temps n'oublions pas de la consolider, aân que notre solidarité, « qui est toute notre puissance, devienne de jour en jour plus réelle. « Levenoiis de plus en plus solidaires dans l'étude, dans le travail, a di.ns l'artion publique, dans la vie. Associons-nous dans des enlre- « prises communes pour nous rendre l'existence un peu plus suppor- « table et moins difliciie; formons partout et autant qu'il nous sera « possible ces sociétés de consommation, de crédit mutuel et de a production, qui, tout incajiablt^s qu'elles sont de nous émanciper «» d'une manière suffisante et sérieuse dans 1rs conditions économiques « actuelles, habituent les ouvriers à la praiique des affaires et préci parent des germes précieux pour l'orgimisatiou de l'avenir.

a Cet avenir est proche. Que l'unité d'esclavage et de misère qui « embrasse aujourd liui les travailleurs du monde entier se trans- « forme pour nous tous en unité de pensée et de volonté, de but et a d'action, — et l'heure de la délivrance et de la justice pour tous, « l'heure de la revendication et de la pleine satijfaction sonnera. »

{Eijalitc. — 3 avril 1869.)

Pièce a.

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