SECTION
La section peut être, au point de vue de l'Internationale, assimilée à la commune. C'est là que sont réunis les ouvriers de tous les métiers, sans distinction, et que doivent être discutées lés questions intéressant la localité.
Les différentes sections sont reliées entre elles par les Conseils fédéraux ou fédérations, qui comprennent chacune un certain nombre de sections dont elles gèrent et administrent les intérêts.
Dans les localités où il n'existe qu'une seule section, on la rattache à la fédération située dans la ville la plus rapprochée.
Dans celles oii il existe plusieurs sections et qui ne possèdent pas de Conseil fédéral, on a soin de constituer un Comité local, qui sert d'intermédiaire entre les sections et > le Comité fédéral.
La plupart des localités ne possèdent pas de Conseil fédéral : son établissement ne devient nécessaire que lorsque les sections s'étant multipliées, il est indispensable de les relier entre elles, afin de former un centre commun d'action.
Dans les grandes agglomérations, il existe à la fois un Conseil fédéral et des sections; à Paris, par exemple, nous trouvons les sections de Vaugirard, de Meudon, de Clichy, dePiitcaux, desBatignolles, de Belleville, de l'Est (faubourg Saint-Denis) et de la Maison Blanche, etc.; c'est l'ensemble des sections qui constitue la fédération dont le ressort est plus ou moins étendu.
Tantôt une même section comprend plusieurs corporations; à Genève, par exemple, tous les ouvriers cliarj'ons, menuisiers en caisses, forgerons, limeurs, peintres en voitures, selliers-carrossiers, boui'reliersol maréchaux-lorrants ne forment qu'une seule section : d'autres fois, une seule corporation constitue à elle seule une section.
E\iste-t-il un Comité fédéral, il correspond seul avec Londres par l'intermédiaire du secrétaire de correspondance.
Chaque section a le droit d'envoyer des délégués au Congrès; si elle n'est pas assez nombreuse, elle peut s'unir avec les sections voisines et nommer un délégué eomuiun.
Il est permis à chaque section de rédiger des statuts particuliers et des règlements conformément aux circonstances locales et aux lois de son pays; mais ils ne doivent en rien être contraires aux statuts et règleuients généraux (Art. 14 du règlement général de l'Internationale.)
Chaque nouvelle section qui se forme doit annoncer immédiatement son adhésion au Conseil général. Le Conseil général a le droit de suspendre une section jusqu'à décision contraire du prochain Congrès, qui peut seul la supprimer .
Les démêlés qui peuvent s'élever entre les différentes sections sont réglés par le conseil général.
En Belgique, chaque section locale (celle d'Anvers, de Bruxelles, de Liège, etc.), est gérée par un Comité administraiif dont les membres sont nommés en assemblée générale à la majorité des voix; à côté de ce Comité, il y a le Comité, fédéral.
Les diver.-es sections belges se sont fédérées entre elles; tous les ans, les délégués de ces sections tiennent deux Congrès ouvriers belges, dans une ville quelconque; dans ce Congrès où se trouvent réunis des travailleurs de tous les points du pays, est nommé un Conseil chargé d'administrer l'ensemble de la fédération des sections belges : c'est ce Conseil, désigné sous le nom de Conseil général belge, qui est le point central où viennent aboutir toutes les fédérations.
Ce Conseil général belge communique seul avec le Conseil central, et reçoit ses communications qu'il transmet aux fédérations; celles-ci, à leur tour, en instruisent leurs
sections ou le Comité local, dans les localités où il en existe un.
On trouve de même la fédération des sections anglaises, celle des sections suisses, celle des sections allemandes; leur ensemble constitue l'Association internationale des travailleurs.
L'enchaînement est complet; les questions ne concernant qu'un corps de métier sont traitées dans les réunions de ce corps de métier; celles qui intéressent toute une localité, dans la section; celles qui embrassent les intérêts de toute une région, dans les assemblées de la fédération; celles qui intéressent tout un pays, dans les Congrès et réunions générales des délégués de toutes les fédérations ouvrières. Enfin, les affaires internationales soiît traitées par le Conseil central de Londres et dans les Congrès internationaux.
^'ous connaissons maintenant l'organisation de l'Internationale : nous pouvons juger de sa puissance.
Le journal V Internationale de Bruxelles, dans son numéro du 28 février 1869, a publié sur les institutions actuelles de l Internationale, au point de vue de l'avenir, un article qui mérite de fixer notre attention : sa lecture nous laissera convaincus que l'Internationale constituera bientôt un Etat dans l'Etat.
« VAssociation internationale des Travailleurs porte « dans ses flancs la régénéra ion sociale.
t 11 eu est beaucoup qui conviennent que si l'Associaa tion vient à réaliser son programme, elle aura effectivea ment in>iauré le règne de la justice, mais qui croient tt que certaines institutions actuellL's de l'Inlernatiouale « ne sont que temporaires et destinées à disparaître. Nous « voulons montrer que l'Intornationale olfre déjà le type « de la société à venir, et que ses diverses institutions, « avec les modifications vouiues» formeront l'ordre social « futur.
« Examinons donc sous quelle structure se présente u actuellement l'Association, en prenant les types les plus « co iiplets, car giand nombre de sections ne sont pas en- « core arrivées à une organisation parfaite.
« La Section est le type de la commune. Là sont réunis
et les ouvriers de tous les métiers sans distinction. Là doi- « vent être traitées les affaires qui intéi-essent tous les « travailleurs, quelle que soit leur profession.
« A la tête de la seetion est un Comité adminhtratif. qui « est chargé d'exécuter les mesures décrétées par la secce tion. Au lieu de commander, comme les administrations K actuelles, il obéit à ses administrés.
a Le Conseil fédéral, est composé des délégués des diffère rents groupes ouvriei-s; à lui les questions de rapports K entj'e les différents métiers, d'organisation du travail. « C'est là une lacune de nos gouvernements actuels, qui ne u représentent qu'une tourbe confuse d'individus au lieu c< de représenter des groupements d'mtérêts.
« Les différentes sociétés groupées au Conseil fédéral <i sont des sociétés de résistance. Ces sociétés appartien- < nent aussi bien à l'avenir qu'au présent. Groupant auc tour d'elles les ouvriers d'un même métier, leur apprête uant à discuter leurs intérêts, à calculer le prix de -V vente et le prix de revient pour baser là-dessus leurs u prétentions, la société de résistance est destinée à orga- '-- nisor le travail dans l'avenir, bien plus que la société de K production, qui, dans l'état actuel, ne peut guère prendre K d'extension. Rien de plus facile, lorsque le moment sera ;c venu, que de transformer les sociétés de résistance en K ateliers coopératifs, lorsque les ouvriers se seront cn- « tendus pour demander la liquidation de la société « actuelle, qui leur fait perpétuellement banqueroute.
« Les sociétés coopératives de consommation qui se sont «établies dans la plupart des scciions sont destinées à « remplacer un jour le commerce actuel, plein de fraudes « et d'embûches. Elles se transforuieroiit en bazars co;n- « munaux, où les différents produits seront exposés avec « indication exacte de leur prix de i-evicnt. Cette agence a recevra les demandes de l'intérieur et se chargera des a expéditions sans autre surtaxe que le payenieni des frais.
« Les caisses de secours mutuel et de prévoyance pron- « drontun plus vaste essor et deviendront des sociétés d'as- « surance universelle. Maladies, infirmités, vieillesse, veua vage, toutes ces sources actuelles de misère seront Vf écartées. Plus de bureaux de bienfaisance, l'assistance « publique déshonore; plus d'hôpitaux où l'on est admis
« par charité. Tous les soins que l'on recevra auront été a payés; il n'y aura plus de médecins des pauvres.
« L'ignorance, autre source de misère, disparaîtra de- « vant l'instruction donnée par chaque section. Il ne s'agit « pas de cette instruction que nos doctrinaires même ré- « clament à grands cris. Nous voulons former des hommes, « et l'on n'est' un homme complet que lorsqu'on est tra- « vailleur et savant en même temps; aussi tous les tra- « vailleurs réunis au Congrès de Bruxelles, en septembre a dernier, ont-ils réclamé Vinslruclion intégrale, quicom- « prend à la fois la science et l'apprentissage des métiers. « Cette instruction ne pouvant se donner actuellement, par a suite d'empêchements matériels, les sections y suppléent « du mieux qu'elles peuvent en organisant des meetings, a des conférences, en fondant des journaux, où l'on en- K seigne aux ouvriers les droits de l'homme, où on leur « apprend à les revendiquer, où enlin l'on rassemble les « matériaux pour l'édifiée de la société future.
« Le problème à' orijanisation de la justice est déjà « résolu au sein de l'Internationale. Les caisses de défense a remplissent cet objet. Elles ont leur côté d'actualité en « ce sens qu'après avoir examiné la cause, le Comité de « défense décide si l'affaire sera soutenue en justice, lors- (( qu'un ouvrier a à se plaindre d'une injustice commise « par un patron. Mais cette institution regarde aussi l'a- « venir, en ce qu'elle décide des contestations entre « membres au moyen d'un jury choisi par l'élection et re- « nouvelable dans un délai très-court. Dans l'avenir, plus « de cliicaniers, de juges, de procureurs, d'avocats. Le « même droit pour tous et la justice basée, non plus sur tel « ou tel texte plus ou moins embrouillé autour duquel on « dispute, mais sur la raison et la droiture,
« Les différentes sections sont reliées à leur tour en fé- « dération, par bassins, puis par pays. Ces fédérations « comprennent non-seulement un groupement pur sections, « mais encore un groupement par corps de métier, comme « cela existe pour les conununes. Ainsi seront facilitées les « relations enti-e les différents groupes, ainsi le travail « pourra être organisé, non pas seulement au sein des Œ communes, mais au sein du pays tout entier.
« De vastes institutions de crédit seront comme les
a artères et les veines de celte organisation. Le crédit ne « sera plus ce qu'il est aujourd'hui, un instrument de mort, ff car il sera basé sur l'égal échange : ce sera le crédit au a prix de revient.
a Si rinternationale n'a pu encore, dans l'état actuel, « fonder une inslitution de ce genre, au moins elle en a « déjà discuté les principes et les statuts aux Congrès de a Lausanne et de Bruxelles. A ce dernier Congrès, un « projet de banque d'échaufje a été présenté par la section a bruxelloise.
ce Enfin, les rapports entre les différents pays sont asa sures par un Conseil général international. Telle sera la « diplomatie future : plus d'attachés d'ambassade, plus de a fringants secrétaires de légation, plus de diplomatie, plus « de protocoles de guerre.
« Un bureau central de correspondance, de renseigne- « ments et de statistique, voilà tout ce qu'il faut pour relier « les nations unies par un lien fraternel.
u Nous croyons maintenant avoir montré que l'Interna- « tionale renferme en germe dans son sein toutes les insli- « tutions de l'avenir. Que dans chaque commune il s'éta- « blisse une section de l'Internationale, et la société « nouvelle sera formée, et l'ancienne s'écroulera d'un « souffle. Ainsi, lorsqu'une plaie se cicatrise, l'on voit au- « dessus se former une escarre, tandis que la chair se re- Œ forme lentement en dessous. Un beau jour, la croiite Œ tombe, et la chair apparaît fraîche et vermeille (1).
{V Internationale, de Bruxelles. Numéro du 28 février 1869.)
(Ij Cet article a été reproduit dans l'£ijalitc. numéro du 15 mai 1869 et le Progrès du Loch, 3 avril 1869.
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Moyens d'action. — Ressources de l'Internationale.
Les membres de rlnternationale sont tenus, chacun dans son pays, de faire tous leurs efforts pour réunir en une association nationale les diverses sociétrs ouvrières existantes. Ils doivent propager les principes de rlnternationale dans tous les corps de métier dont ils font partie ou dans lesquels ils exercent une. influence. Us sont puissamment secondés dans cette œuvre par le Conseil général de Londres, par les secrétaires de correspondance, par les conseils fédéraux et par les feuilles qui sont publiées par les soins de l'Internationale.
Diverses situations peuvent se présenter. Une section existe-t-elle déjà dans une localité, elle agit auprès des autres corporations, leur démontre l'utilité de l'inlernalionale, les secours qu'elle procure, le rôle qu'elle s'apprête à jouer, multiplie les réunions privées, provoque leur organisation en Sociétés, leur procure des projets de statuts, les met en rappoi-t avec les corporations siinilaii-os des autres villes, leur fait connaître la situation ouvrière, leur parle d'augmentation de salaire, de réduction des heures de travail, et parvient ainsi à les entraîner et à obtenir leur adhésion. Une grève vient-elle à éclater, les membres de l'Internationale en profilent pour travailler les grévistes, leur procurer des secours, les soutenirs et les encourager dans leur lutte contre leurs exploiteurs : des appels sont faits en leur faveur aux fédérations, au Conseil généi'al. On leur prête des sommes d'argent dont ils opéreront le renibouj-sement plus tard, loi'sque leur situation sera devenue prospère, et on achète ainsi leur atliliation.
S'agit-il, au contraire, de fonder une section dans une ville qui en est encore dépourvue, les membres des sections