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CHAPITRE III

Genèse et développement de la théorie.

Arrivons-en maintenant à illustrer le développement de la nouvelle doctrine à Paide des écrits de Marx lui-même. Il sera opportun de faire de nombreuses citations parce que ces premiers ouvrages de Marx sont peu connus, même en Allemagne, et sont presque inconnus en dehors de PAllemagne (1). Pourtant, ils sont de la plus haute importance en ce quhls montrent la genèse d’une idée qui déchaîne aujourd’hui tant d’orages, non seulement dans les discussions économiques et sociales, mais aussi philosophiques.

Dans ses premiers essais, nous voyons seulement le réformateur politique radical. A l’âge de vingt-quatre ans, il était appelé en 1842 à

1. — Au moment même où ces lignes partaient à Pimpression on annonçait la publication en trois volumes des essais les plus importants de Marx entre 1841 et 1850, sous le titre : Aus dem Literarischen NacMass von Karl Marx, Friedrich Engels und Ferdinand Lasalle. Herausgegeben von Franz Mehring. Gesammelte Schriften von Karl Marx und Friedrich Engels 1841 his 1850. Erster Band : Yon Mârz, 1841 bis Marz 1844. Stuttgart, Dietz 1901-

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diriger le Bheinische Zeihing^ un journal quotidien créé à Cologne, par quelques Jeunes-Hégéliens, qui appartenaient au parti radical. Tandis que Marx combattait pour des réformes politiques, son attention fut attirée pour la première fois par les iquestions économiques. Il critiqua sévèrement Pécole des historiens du droit parce quhls regardaient toutes les institutions existant légalement comme le résultat nécessaire et, par conséquent, raisonnable d’une longue évolution. A leur conservatisme optimiste, Marx opposa 1 ’idée hégélienne de liberté.

Ce ne fut, toutefois, qu’après la suspension du Bheinische Zeitung, en 1843, par le gouvernement, que Marx alla à Paris (1) et devint socialiste — largement influencé par Saint Simon et Proudhon et, peut être aussi, par le célèbre livre de Lorenz Stein, paru Tannée précédente, sur le mouvement socialiste et communiste en France (2). A Paris, Marx publia, en 1844, en

1- — A la même époque, il publia un violent article sur la censure prussienne dans 1 ’Anelcdota zur Neuesten Deutschen Philosophie und Publicistik, von Bruno Bauer, Ludiüig Feuerbach, Friedrich Kôppen, Karl Nauwerk, Arnold Buge und einigen TJngenannten 1843. L^m des « TJngenannten » était Karl Marx, qui écrivit sous le pseudonyme de un « Rheinlànder ». L’article se trouve dans le volume I, pp. 56-88.

2. — Il est plus que probable, toutefois, que Marx fut entièrement converti au socialisme par les écrivains français, qui exercèrent eux-mêmes une si grande influence sur Stein. Cfr. la Correspondance d’Arnold Ruge, vol. I.

GENÈSE ET DÉVELOPPExMENT DE LA THEORIE 29

collaboration avec un antre chef des Jennes-Hégéliens, Arnold Euge, le Deutsch-Franzôsische- Jdli7'’bücliGr, Là, le commencement de Topposition aux communistes français est perceptible, car dans rintroduction éditoriale, on nous dit que ce qui a sauvé PAllemagne de « la métaphysique et des idées fantastiques de Lamennais, Proudhon, Saint Simon et Fourier )), c’est la logique hégélienne (1). Néanmoins, Tinfluence de Feurbach se manifesta dans un article où Marx critiqua la Philosophie du Droit de Hegel, et dans lequel il chercha à prouver comment la critique théologique était maintenant nécessairement remplacée par la critique politique.

Marx, il est vrai, fit un pas de plus et développa la nécessité d’une révolution du «quatrième état, le prolétariat. Il commençait à formuler ses idées sur les questions économiques. « Le rapport de l’industrie et du monde de la richesse, en général, ou monde politique est le problème capital des temps modernes » (2). A un autre endroit, il nous dit que « les révolutions ont besoin d’un

1, — De 7 ifsch-Franzôsische JahrMiclier, Herausgegeheii von Arnold Uuge und Karl Marx, erste und zweite Lieferung, 1844, p. 8. — Cfr. également : « Tins Deutsche liât... von der WiWcür und Phantastilc das Hegelsche System hefreit. »

2. — « Das Verhâltniss der Industrie, überhaupt der Welt des ReicMliums zu der , politischen Welt ist ein Haiq)tprobleni der modernen Zeit. » {Ihid., p. 75).

élément passif, crime base matérielle » (1). Dans un essai ultérieur, du même périodic[ue, sur la (( question Juive » dans lequel il attaque les vues de Bnmo Bauer, Marx prétend que nous devons nous émanciper nous-même avant de pouvoir émanciper les autres (2). Il cherche à montrer que rimportancé de^ la Révolution française a consisté à libérer, non seulement les forces politi- ✓ de la société, mais aussi la base économique sur laquelle reposait la superstructure politiqhe (3).

Le changement politique était en un certain sens de Tidéalisme; mais il marquait en même temps le matérialisme de là société (4). Le numéro double du Deidsch-Franzosische Jalirhucher fut le seul ciui parut. Ruge et Marx ne purent se mettre d’accord sur leur attitude vis-à-vis de la question du communisme. Pendant qu’il était à Paris, toutefois, Marx se lia intimement avec l’ami

1. — « Die Revolutionen bedürfen nàmlich eines passiven Elementes, einer materiellen Grundlage... Die Théorie wird in einem Volke immer nur so weit verwireklicht als sie die Verwircklichung seiner Bedürfnisse ist. » (Deutsch- Franzôsisclie Jahrhücher, p. 80.)

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