‹ L'interprétation économique de l'histoireChapitre 2 sur 44 · PRÉFACE XXXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXXIII

welclien Arbeitsmitteln gemacht luird). Les instruments du travail sont les gradimètes du développement du travailleur {Gradmesser der Entwieklung der menchlichen Arheitskraft) et les exposants {Anzeiger) des rapports sociaux dans lesquels il travaille. 5 Marx donne ensuite le conseil d’attacher plus de prix comme caractères {Charaktermerkmale) spécifiques d’une époque aux appareils mécaniques qu’aux récipients ; c’est seulement de nos joui’s que la chimie a donné un rôle important aux vases.

Dans une note, il fait observer que les naturalistes ont classé les époques préhistoriques 1 d’après leur matériel i’armes et d’outils » ; s’agirait d’étendre cette méthode à toute l’ar chéologie (1).

La formule dont il a été question plus haut, perd tout caractère paradoxal quand on la replace dans cet ensemble. Marx a en vue la tion d'un musée archéologique social ; ii se demande comment on y constituera une classification satisfaisante ; il ne dit pas que les instruments déterminent la psychologie du travailleur, mais qu’ils permettent de mesurer ce qu’on peut tirer de la force des travailleurs ;

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il conseille de donner à chaque salle du musée un nom correspondant à l’avancement de la technique.

Tout cela est assez clair. Bien plus importante est une note célèbre dans laquelle Marx se réfère à cette belle pensée de Vico : que l’histoire de l’homme nous est plus accessible que la connaissance de la nature, parce que cette histoire est faite par nous. Il ajoute : « La technologie met à nu le mode d’action {entldilU das aldiue Verlialten) de l’homme vis-à-vis de la nature, le procès de production de la vie matérielle et par conséquent l’origine des rapports sociaux et des idées ou conceptions intellectuelles qui en découlent (den unmittelbareii Prodiildionsprocess seines Lehens, dainit auch seiner qesellschaftlichen Leheosuerhaeltnisse und der ihnen enfquellenden geisiigen Vorstellungen). • Il dit que cetfe étude peut être même utile pour l’histoire des religions (1). Le texte allemand n’a pas tout à l'ait le même aspect que la traduction française ; celle-ci semble, un peu trop, par l’emploi du mot « origine », faire dépendre toute l'histoire des moyens de travail.

(1) Marx, Capital^ loc. cit., p. 162, col. 1 ; texte allemand, p. 336. — Seligman reproduit ce fragment aux pages 48-49, mais d’après l’édition anglaise.

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En réalité, Marx ne dit ici rien de plus que ce qu'il avait dit dans une noie de la page que nous venons d’examiner plus haut. Il s’y plaignait de ce que les historiens ignorassent « la production matérielle, base de toute vie sociale et par conséquent de toute histoire réelle (Enhvicldung der materiellen Produktion, also die Grundlage ailes gesellschaftlichen Lebens und daher aller luirklichen Geschichte) » (1). Dans les deux textes, Marx déclare nécessaire de suivre les progrès de la technique, mais il ne prétend point que cette connaissance soit suffisante pour se représenter une économie passée.

Que l’économie soit beaucoup plus complexe que ne le disent ceux qui veulent tou" réduire à la connaissance des seules forces productives, c’est ce qui résulte d’un passage que l’on cite assez rarement : « Abstraction faite du mode social de production ( Von der mehr oder minder entivickelten Gestalt der gesellschaftlichen Produktion abgesehn) (2), la productivité du travail dépend des conditions naturelles au milieu desquelles il s’accomplit. Ces conditions

(1) Marx, loc. cit., p. 77, col. 2 ; texte allemand, p. 143.

(2) Il s’agit évidemment ici de l’atelier.

peuvent toutes se ramener : soit à la nature de l’homme lui-même, à sa race (1), etc., soit à la nature qui l’entoure. Les conditions naturelles externes se décomposent, au point de vue économique, en deux grandes classes : richesse naturelle en moyens de subsistance {nalürlichen Reichtkam an Lehemmitteln), c’est-à- dire fertilité du sol, eaux poissonneuses, etc. ; richesse naturelle en moyens de travail, tels que chutes d’eau vive, rivières navigables, bois, métaux, charbon et ainsi de suite » (2).

Je crois que l’on peut conclure de toute cette discussion que l’infrastrupture économique que Marx considère, est une économie complète, concrète et, au meideur sens du mot, une économie vivante (3).

(1) Marx attachait une sérieuse importance à la race ; par exemple, il dit que « les Slaves, surtout les Slaves occidentaux, sont une race essentiellement agricole > ; les Allemands conquièrent les pays slaves en y transportant Tindustrie; le commerce et Tusure y sont le monopole de Juifs germanisés (L’Allemagne en '1848^ trad. franç., pp. 82-83).

(2) Marx, CapitaU loc. cit., p. 220, col. 2; texte allemand, p. 476.

(3) Seligman cite, aux pages 50-51 de son livre, un passage important qui confirme mon appréciation et qu’on trouve dans la traduction française du Capital, tome III, 2® partie, pp. 387-388.

Ceci posé, je crois qu’on peut formuler le matérialisme historique de la manière suivanle : Ne jamais raisonner sur le droit, les institutions politiques, les idéolcg^ies de l’art, de la relig-ion ou de la philosophie, sans se représenter, dans toute sa réalité, la vie économique du peuple considéré, avec la division historique en classes, avec le développement des procédés techniques et avec les conditions naturelles de la productivité. Ce rapprochement, ainsi établi entre l’infrastructure d’une soeiété et sa superstructure, j ette une vive lumière sur les choses que renferme celle-ci et conduit souvent sur la voie qui permet de surprendre leur histoire (1). Dans chaque genre de questions, chaque historien devra développer sa propre ingéniosité, en vue de montrer comment se relient entre elles, en un temps donné, les parties les plus intéressantes de l’édifice social : aucune for-

(1) Benedetto Croce a défini le matérialisme historique comme je le fais : t Diriger notre attention sur l'infrastructure économique de la société, afin de mieux comprendre ses configurations et leurs changements » [Matérialisme historique et économie marxiste, trad. franç.,

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mule générale ne saurait être établie pour guider dans de pareilles recherches.

On a maintes fois regretté que le nom donné à cette philosophie fût de nature à égarer les esprits qui s’arrêtent aux mots ; au sens commun du terme, il n’y a point de matérialisme dans le système de Marx (1) ; mais nous savons que par matérialisme il entendait ce qui est susceptible d’être défini scientifiquement, ce qui possède la précision d’une connaissance naturelle (2). En prescrivant de partir de l’économie pour raisonner sur la superstructure, Marx avait la conviction qu’on obtiendrait ainsi des classifications autrement satisfaisantes que celles de Hegel (3), qui distinguait les grandes périodes de l’histoire par des attitudes de l’esprit.

Engels traitera, non sans quelque raison, de « verbiage » la théorie que Hegel donnait de l’histoire grecque considérée comme « élaboration des configurations de la beauté personnelle > (4).

(1) Benedetto Croce, op, cit., pp. 11-12

(2) Marx, Capital^ tome I, p. 162, col. 1, note.

(3) Dans la préface de 1859 Marx dit qu’il faut bien séparer la superstructure et les conditions de la production, dont les bouleversements peuvent être constatés comme des phénomènes de la nature.

(4) Engels, Religion, philosophie, socialisme, trad. franç. p. 216.

(1) Antonio Labriola, Essais sur la conception matérialiste de Vhistoire, trad. franç., édition, p. 239 et p. 242. Parmi les corrections malencontreuses que cet ingénieux écrivain a fait subir à la doctrine de Marx, il faut noter la substitution de la science à la philosophie,

(2) J’ai indiqué cette raison dans les Sozialistische Mo-

La préface de 1859 énumère les genres qui doivent être mis en relations avec l’économie ; il est nécessaire de s’en tenir à cette énumération, comme je l’ai fait dans la formule que j’ai donnée plus haut du matérialisme historique ; c’est donc bien à tort que des marxistes trop zélés ont essayé de faire entrer la morale dans ce système. Antonio Labriola a été fort embarrassé pour savoir quelle place il lui assignerait : tantôt il parle des « rapports rc-gulatifs du droit et de la morale », comme si celle-ci était, comme le droit, en contact immédiat avec l’économie ; tantôt il semble la tenir aussi éloignée de l’infrastructure que l'art et la religion (1).

La lacune que présente la philosophie historique de Marx est évidemment très grave ; il ne servirait à rien de chercher à se tromper sur l’existence de cette lacune ; il faut chercher à l’expliquer, Marx n’a point parlé de la morale parce qu’il n’avait jamais étudié le rôle historique de la famille (2).

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PRÉFACE

Après la mort de son ami, Engels a publié un livre dans lequel il a décrit de très anciennes relatior.s sexuelles que Lewis Morgan croyait avoir découvertes; il a dit que pour compléter le matérialisme historique, il faut non seulement considérer la production industrielle, mais aussi la reproduction de l’espèce ; mais il estimait que ce complément n’avait de grande importance que pour les temps primitifs (1). Engels s’est totalement mépris sur la question qu’il traitait : les thèses de Lewis Morgan sont fort contestables (2) ; mais fussent-elles vraies^ elles seraient absolument inutiles ; en effet, ce n’est point chez des peuples sauvages qu’il faut aller étudier la famille i our comprendre sa valeur historique ; chez de tels peuples tonte la vie est trop embourbée dans la fange de la magie pour que les institutions et les idéologies puissent apparaître avec leurs véritables caractères.

Georges Sorel.

nalshefte de septembre 1898, pp. 431-432. — Cf. ce que dit Seligman sur un livre de Sutherland relatif aux origines de l’instinct moral, pp. 128-129.

(1) Engels, Origine de la, famille,, de la propriété privée et de VEtat, trad. franç., pp. iii-iv.

(2) Le professeur Flach a longuement combattu les idées de Le'vsds Morgan dans ses cours du Collège de France. — Cf. Benedetto Croce, op. cit., p. 143.

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