V. suprà, p
2. — Cfr. spécialement la controverse soutenue entre Panglais Bax et ^allemand Kautsky, dans Die N eue Zeit. Pour Bax, voir vol. XV, pp. 175, 685; pour Kautsky, voir vol. XIV, p. 652, et vol. XV, pp. 231, 260. Cfr.
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Néanmoins devant im examen plus serré, cette critique elle aussi en vient à être, à certains points de vue, de moins de poids qu’on ne Ta souvent supposé.
En effet, quel est, après tout, le domaine des forces spirituelles ou éthiques ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de distinguer entre l’existence de la loi morale et sa genèse. L’inobservation de cette distinction est largement responsable de la confusion de pensée qui prévaut encore. Du point de vue historique, il n’est plus permis désormais raisonnablement de douter que toute l’éthique individuelle est le produit des forces sociales. Les actions morales sont de deux sortes : celles qui affectent directement les autres individus, et celles qui affectent seulement 1 individu lui-nieme. Dans la première classe comprenant aujourd’hui la grande masse des activités auxquelles nous appliquons la dénomination d’(( éthiques », la sanction était originairement de caractère social. La conception du pêché ou de l’immoralité n’est pas la conception primitive.
également Mehring, Die Leasing-Le g ende, p. 463, et Tessai de Bernstein, dans Lie N eue Zeit, vol XI, p. 782. Bernstein a aussi traite le sujet dans ses plus récents ouvrages.
Pour les socialistes français, voir Labriola, Essais sur la Conception Matérialiste de l ^Histoire (1897); Lafargue Idéalisme et Matérialisme (1895); et Deville, Erinâpes Socialistes (1896).
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Historiquement, nous trouvons d’abord des crimes et des délits^ c’est-à-dire des offenses contre la société dans son ensemble ou contre les individus faisant partie de la société; c’est seulement d’une époque beaucoup plus tardive que l’idée se fait jour d’une offense contre Dieu ou contre la loi morale telle quelle est reflétée dans la conscience individuelle. Une fois que l’on fut parvenu à la conception du pêché, celle-ci. fut, il est vrai, graduellement élargie, de façon à comprendre les autres offenses; à tel point que, aujourd’hui, l’accomplissement d’un crime ou d’un délit constitue un pêché. Mais, historiquement, les pêchés ne furent pas reconnus comme tels avant les délits et les crimes.
Parmi les brutes, il n’y a suivant toutes probabilités rien de semblable à la moralité, aucune conception du bien ou du mal (1). La femelle
1. — La raison pour laquelle il n ^est pas prudent de contester catégoriquement Inexistence de la moralité parmi les animaux est que Pancienne affirmation d^une différence psychique essentielle entre Phonmie et les animaux s^est effacée devant le résultat des recherches nouvelles. La biologie comparative a prouvé que le phénomène psychologique se rencontre très bas dans la vie animale. Quelques auteurs professent même qu ^ils le trouvent chez les classes les plus basses des êtres — si basses vraiment que même la question de savoir s ’ils appartiennent au règne végétal ou animal est douteuse. Pour un exposé de vulgarisation, voir Binet, The Psychie life of micro-organism (1894). Les opinions de Binet ne sont toutefois pas partagées par' les biologistes les plus conservateurs.
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peut protéger ses petits par instinct ; mais soutenir que ceci est une action morale e^t, c’est le moins qu’on puisse dire, prématuré. Il conduit sans doute à la perpétuation de l’espèce et est ainsi un facteur puissant de sélection naturelle ; mais il n’y a rien de moral dans l’action, à moins que nous ne veuillons appliquer le terme « moral » à tout acte — instinctif ou de volition — qui est fait en vue de la permanence de l’espèce. A la vérité, la moralité dans son origine implique l’utilité; mais l’utilité n’entraîne pas nécessairement la moralité. Même si nous croyons à la moralité des animaux, il n’en est pas moins que les chercheurs de l’avenir expliqueront son origine suivant des données très semblables à celles de la moralité humaine.
En ce qui concerne l’institution de la société humaine, nous sommes sur une base plus sûre, et nous pouvons suivre 1 ’éclosion d ’un développement moral. Chez les peuples primitifs, ceci existe encore presque à tous les degrés de sauvagerie, les seules fautes qui soient reconnues sont, même aujourd’hui, les fautes contre la horde ou le clan, c’est-à-dire ce que nous appellerions les fautes publiques {'public offenses) ou crimes.
La trahison, l’inceste et la sorcellerie sont les trois grands crimes typiques que l’on trouve presque universellement. Ce sont des fautes contre la société, parce que, d’après le jugement du peuple, elles mettent en péril l’existence même
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de la société. Au début, il n'y a pas de notions de pêché en dehors de ces fautes. Les mots « bons » ou (( mauvais » sont invariablement appliqués aux seules actions qui 'affectent le groupe social. La conception même du mal est une conception sociale. Certaines actions viennent à être considérées comme mauvaises, parce qu'elles sont socialement nuisibles. Elles sont punies par la société dans son ensemble, et la cause de leur punition se trouvera en ce que la société a conscience que ce sont des infractions aux coutumes sociales fondamentales qui ont été si laborieusement développées. Car ces coutumes sont « les enseignements de la mère nature passant par des générations innombrables d'ancêtres sauvages. Ce sont des enseignements de nécessité sociale, de sélection sociale, et en ces matières faillir à comprendre ou refuser d'obéir signifie la destruction inévitable du groupe social, signifie la mort sociale (1).
Ce qui a été dit des crimes s'applique aussi aux délits. La première faute du sauvage primitif à l'égard de son compagnon n'emportait pas avec elle plus de signification morale que ne le fait aujourd'hui le meurtre d'un animal par un autre. L'action violente et la représaille étaient originairement chez les hommes ce qu'elles sont
1. — Hall, Crime in its relation to social Progress. — ColumMa üniversity Studies in Eistory Economies and Public Law, XV (1902), p. 55.
encore avec les brutes, la forme recouverte par le désir de la domination physique. La lutte de Lanimal pour Lexistence n’est ni morale ni immorale, elle est amorale. Toutefois, aussitôt que la faute d’un homme à l’égard d’un autre homme a été prise en considération par la société, aussitôt que la représaille a été réglementée par la coutume sociale ou la loi, la punition a été consacrée par une sanction sociale, et l’acte continue à être regardé comme répréhensible. Lorsque les êtres humains s’aperçurent que certaines actions dirigées contre leurs compagnons étaient suivies d’une réprobation sociale, ou d’une vengeance individuelle soutenue par l’approbation sociale, il ne leur fallut pas longtemps pour apprendre que s’ils tenaient à leur existence dans la société, il leur fallait s’abstenir de telles actions. Dans les contestations d’homme à homme, chaque individu a toujours une chance de victoire. C’est pourquoi il n’a pas la certitude qu’un acte donné sera suivi d’une conséquence dommageable pour lui. Mais contre un groupe social, l’individu est sans pouvoir et sa chance d’échapper du châtiment est légère.
Au cours des âges, les coutumes sociales deviennent si rigides que toute déviation de l’usage habituel en vient à être regardé non seulement comme extraordinaire, mais comme positivement dangereux et par suite répréhensible. La crainte de la désapprobation sociale et l’espoir de l’approbation sociale deviennent les forces qui con-
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duisent aux idées originales de bien et de mal appliquées aux actions sociales de 1 ^individu.
Il n’y a pas lieu de discuter ici la question de savoir si c’est la conception du délit ou celle du crime qui est historiquement la première. La plupart des écrivains soutiennent que les délits ont précédé les crimes, et il est incontestablement vrai que beaucoup de délits sont graduellement transformés en crimes. D’un autre côté, il est presque également certain que quelques crimes ont précédé les délits. L’adultère était un crime comme l’inceste avant d’être un délit. Quoi qu’il en soit, le point important pour nous, c’est que, à la fois, les délits et les crimes sont des fautes comportant une sanction sociale et que avant ique la sanction sociale existât, il n’y avait pas d’idée semblable à celle de pêché ou d’immoralité applicable aux actions d’un homme envers un autre.
Les études philologiques elles-mêmes fournissent une indication claire de 1 ’origine sociale de la conception de moralité. Le mot éthique (( ethical » est dérivé de o o ç, qui signifie coutume sociale ou usage; de même que le mot moral que Cicéron nous dit avoir forgé à l’imitation du grec (1), es^t dérivé de nios, signifiant précisément la même chose que r;0oç. De même, le terme allemand signifiant moral, sitüich