I.ES FACTEURS SPIRITUELS EN HISTOIRE
idées au jugement social, c’est-à-dire crée en luimême le sentiment du droit ou de la faute.
Ainsi, ce qui est bon physiquement pour l’individu ne devient bon moralement que lorsque le témoignage social a été fourni. Puisque cette corroboration éthique est le résultat de forces sociales, il est clair que les actes qui n’ont originairement qu’une signification physique pour l’individu acquièrent graduellement une signification éthique par l’assurance qu’elles conduiront à certaines conséquences sociales. Un membre d’une société moderne qui continueUement acquerra certaines caractéristiques qui le rendront odieux à ses compagnons ou qui seront de mauvais exemples aux autres. Dans les deux cas, ce sont les considérations sociales qui attachent une signification morale à ce qui esit au fond simplement un acte physique individuel.
C’est seulement lorsque les hommes ont appris à vivre en société et lorsqu’ils en sont venus à craindre que quelque pratique individuelle ne réagisse sur leurs idées ou leurs actions par rapport aux autres individus qu’ils apprennent à attribuer une qualité morale, même à des actes qui au premier abord ne semblent intéresser personne d’autre. La même chose est vraie des actions des hommes envers les animaux. Le simple fait de tuer un animal, n’est en soi ni bon ni mauvais ; mais la cruauté envers les animaux est réprouvée à cause de son effet probable sur le caractère de l’homme qui commet cet acte. Ainsi,
tous les actes de Tindividu, soit qu’ils semblent n’aiïecter que lui seul ou les autres ne deviennent bons ou mauvais que par suite de considérations sociales.
Toute moralité individuelle est le produit et le reflet de la moralité sociale (1). La conscience elle-même ou l’aptitude à distinguer entre le bien et le mal est le produit historique des for-
1. — La théorie de Lorigine sociale de la moralité a été brillamment développée par von Ihering dans le second volume de son œuvre maîtresse, Ber Zweclc im Redit (1883; 2^ édit., 1886). Von Ihering n^essaie pas d ^appliquer la théorie à la doctrine générale envisagée ici. Dans la littérature anglaise, la lU’emière étude du sujet se trouve dans Darwin, Descent of Man, chap. IV. Sur une intéressante addition à la théorie de Poriginè sociale de la moralité, cfr. les passages brillants mais très incomplets de W. K. Clifford, dans ses articles « On tlie Scientific Basis of Morals » et « Riglit and Wrong », publiés originairement en 1875 et réimprimés dans ses Lectures and Essays, II (1879), spécialement pp. 111, 112, 114, 119-123, 169, 172-173. L’admirable ouvrage d ^Alexandre Sutherland, The origin and groivth of the moral instinct (1898), base le développement de la moralité sur la croissance de la sympathie dans la famille. Ainsi il nous dit que « avec les usages qui se sont développés à 1 intérieur de la famille s ’est constituée la moralité; ceux qui se sont établis entre les familles sont devenus la loi », II, p. 138; ou encore « la vraie moralité se développe à l’intérieur, de la famille », II, p. 146; ou encore « les règles morales relatives au sang versé, à 1 ’honnêteté, à la vérité, à la chasteté, sont toutes par naissance d’origine familiale », II, p. 151. Sutherland oublie cependant que dans la société primitive ce n’était pas la famille au sens moderne, mais la horde, le clan et la tribu qui formaient les groupes de l’ensemble de la société. Le
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ces sociales. C’est pourquoi nous devons être d’accord avec Sutherland, lorsqu’il définit l’instinct moral comme « ce penchant inconscient qui va grandissant dans les esprits humains en faveur de celles parmi nos émotions qui conduisent au bonheur social (1). Nous pouvons également souscrire à cette proposition qu’ « il n’y a pas de fondement d’aucune sorte à l’opinion soutenue par Kant Green et Sidgwiek avec tant d’autres, que ce sens intérieur (la conscience) est inné — un juge de notre conduite surnaturel, mystérieux et infaillible. Au contraire^ ce que la société loue, l’individu apprendra en général à le louer et ce qu’il loue chez les autres ,. il s’en inspirera lui-même » (2).
Quelque vérité qu’il puisse y avoir dans la théorie intuitive ou transcendantale de l’éthique qui la regarde comme une partie du schéma cosmique, il n’est pas douteux que la moralité appliquée aux êtres humains est le résultat d’un
livre de Sutherland néanmoins est le premier écrit en anglais qui fasse ressortir clairement que la théorie utilitaire (sociale) de Péthique n’a rien de « bas » ou de « sordide » en elle, mais est absolument compatible avec la vue la plus idéaliste de l’univers. Sur la première et la plus violente opposition des intuitionnistes, voir Miss Oobbes, « ^Dariüinism in Mordis » Theological Eeview Avril (1872), pp. 188, 191.
1. — Sutherland, The origin and growtli of the Moral Instinct, II, p. 306.