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long processus dans lequel les forces sociales ont joué le rôle principal.

Telle est Torigine du sens moral dont Texistence et Taetivité sont des faits incontestables de la vie humaine. Il exerce une influence profonde sur l’individu parce qu’il est la cristallisation de siècles d’influences sociales. Si lente toutefois a été la force accumulée de ces influences que l’individu oublie complètement son origine sociale et son importance. Mais,, quoique la conscience existe comme une catégorie séparée, elle ne conduit pas à une vie entièrement indépendante. C’est comme l’instinct avec les animaux — des siècles d’expérience chèrement achetée ont servi à donner une empreinte presque indélébile aux habitudes des animaux jusqu’à ce qu ’un certain mode d ’action soit suivi instinctivement (1). Toutefois l’empreinte n’est pas absolument indélébile. De même que l’instinct est

1. — Ce n’est pas ici le lieu de discuter les diverses théorie de l’instinct. On peut trouver une discussion élémentaire dans Danuinism, d’Alfred Bussel Wallace, p. 441, en une plus technique dans Essays on Heredity, de Weissmann, et dans Eahit and Instinct, de C. L. Morgan. Il suffira ici d’extraire cette citation de Eomanes : « On peut montrer avec une grande évidence que les intérêts peuvent provenir soit d’une sélection naturelle fixant des habitudes sans but, qui ont la chance d’être profitables, convertissant ainsi ces habitudes en instinct sans que l’intelligence intervienne à aucun moment dans ce processus; ou d’habitudes, originairement intelligentes, devenant automatiques par répétition. » Mental Evolution in Ammals, p. 267.

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dans son origine un produit historique, il sera d'une façon inévitable lentement modelé par les expériences à venir. L'instinct de conservation de la vie subsiste, mais la méthode particulière qu'il suit instinctivement change de temps en temps. L'instinct persiste mais sa forme est modifiée. Ainsi l'existence de la conscience morale chez l'homme et celle de la vie morale et intellectuelle dans la société civilisée sont indubita-bles, mais le contenu de cette conscience morale change sous l'influence des mêmes forces qui lui ont originairement donné naissance.

Il serait par suite absurde de nier que Jes honunes individuellement, comme les masses d'hommes sont mus par des considérations éthiques. Au contraire, tout progrès consiste essayer de réaliser l'inaccessible, l'idéal, la perfection morale. L'histoire est pleine d'exemples dans lesquelles les notions comme les individus ont agi sans égoïsme, et ont suivi les mobiles généreux de la vie supérieure. Les maîtres moralistes et religieux n'ont pas travaillé en vain. Montrer l'influence de la vie intellectuelle dans le développement individuel et social serait aussi facile que cela est inutile. Ce que l'on oublie généralement cependant, et ce qu'il est utile de répéter toujours et encore, est, non seulement que^ le contenu de la conception de moralité est un produit social, mais aussi que parmi les influences sociales complexes qui coopèrent à la produire, les facteurs économiques ont été souvent

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d’tine importance capitale, que la morale pure ou l’idéalisme religieux ne se sont fait sentir que dans les limites des conditions économiques exis- "fc 9.11^08

Le matériel, comme nous l’avons vu, a presque toujours précédé l’éthique. Les actions individuelles comme les actions sociales possèdent une signification matérielle longtemps avant d’acquerir un sens éthique. L’étymologie nous aide ici comme elle l’a fait dans la discussion du sens de la moralité elle-même. Une chose était originairement un bien dans le sens matériel dans lequel nous parlons encore de biens et de produits (goods and comniodities) -, sens éthique du bien comme opposé à ce qui est mauvais vient beaucoup plus tard. Dans le langage populaire, nous disons toujours d’un clou brisé qu’il n a pas de valeur (1) sans prétendre émettre aucun jugement sur sa valeur morale. Le sens original de cher (dear) n’était pas éthique mais économique ; un produit peut encore être a cher »

même si nous ne l’aimons pas. Aujourd hui, nous estimons quelqu’un ; originairement, nous lui attribuions une valeur en monnaie {oestiniare de

1 ((In popular parlance ice still speak of a brolcen

as « no good » without desiring to pass any moral judgement on ü. » Le sens exact de la phrase est u“PO® sible à rendre en français, le mot good ayant a la fois la^signification morale de bon, et comme Seligman le rapnelk dans la phrase précédente, le sens economique de Cchandise. ^ Traducteur.)

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œs, monnaie). A Pépoqne moderne, nous apprécions une qualité ; originairement nous donnions un prix (adpretium). Partout le substratum matériel, physique, a été reconnu longtemps avant que son sens correspondant éthique ait été aperçu.

Puisque le matériel a précédé Péthique, nous ne serons pas surpris d'apprendre que les conditions matérielles de la société — c 'est-à-dire dans le sens le plus large, les conditions économiques — modifient continuellement le contenu de la conception éthique. Prenons quelques illustrations au hasard. L'esclavage par exemple n'était pas considéré comme blâmable par les grands moralistes grecs, dont les vues éthiques sur beaucoup d'autres sujets étaient au moins au niveau de celles des temps modernes. De même les colons anglais qui chez eux auraient repoussé avec indignation l'idée même de l'esclavage, devinrent très rapidement dans les Etats du Sud de l'Amérique les plus ardents et les plus sincères avocats du système; même les clergymen du Sud refusèrent de bonne foi de considérer l'esclavage comme un péché. Si les Etats du Nord et de l'Ouest avaient été soumis au même climat et aux mêmes conditions économiques, il est peu douteux que, au moins dans la mesure où ils auraient pu euxmêmes se soustraire au contact de la civilisation industrielle plus avancée de l'Europe, ils auraient complètement partagé les vues morales de leurs confrères du Sud. Les hommes sont ce que

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les conditions les font, et les idéals éthiques ne sont pas exempts de la même loi inexorable du milieu.

A ceux qui enseignaient la morale au Moyen- Age les droits féodaux ne semblaient pas blâmables. Les hardis pionniers de la Nouvelle-Angleterre avaient besoin d’autres vertus que celles que leurs successeurs, à une époque plus douce, ont acquises ; l’essai pour soumettre les Indiens par l’amour, la charité et la persuasion n’auraient pas eu tant pour résultat la disparition du mal que celle des colons. L’idéal moral d’une société de transition est aussi légitime du point de vue de ses besoins (que l’idéal bien différent d’un stade plus avancé de la société. La vertu de l’hospitalité a beaucoup plus d’importance dans l’état pastoral que dans l’état industriel. Les rapports moraux du maître et des ouvriers dans le système manufacturier ne sont pas les mêmes que dans le système des guildes. L’idée de l’honneur et la nécessité du duel comme satisfaction lorsqu’il est violé est particulière à une classe aristocratique ou militaire, avec le changement des conditions économiques qui produisent la démocratie et l’industrialisme, le contenu des conceptions change. On nous parle beaucoup du développement du droit international et de l’application des principes éthiques aux rapports internationaux. Nous oublions que de tels principes ne peuvent naître que lorsque les conditions sont mûres. La paix universelle ne peut exister

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que lorsqu’un pays est si puissant qu’il domine tous les autres — comme dans le cas de la Rome impériale — ou lorsique les principales nations ont grandi de façon à être sur un tel pied d’égalité que personne n’ose offenser son voisin et que les pays moins importants sont protégés par les jalousies mutuelles des grandes puissances.

Les morales politiques sont exactement les mêmes que les morales privées. La vengeance individuelle ne disparaît pas avant que tous les citoyens soient soumis au pouvoir d’un tyran puissant, ou jusqu’à ce que le peuple consente à s’en rapporter à la décision du tribunal, par suite de la conviction que tous sont égaux devant la loi. Le droit international commença lorsque les forces économiques au xvi® et au xvii® siècles firent les premiers pas vers l’égalité en transformant les minuscules principautés hétérogènes en grandes nations ; la justice internationale et la paix universelle ne viendront que lorsque les changements économiques actuellement en train auront converti les nations en lutte à l’heure actuelle en un petit nombre de grands empires, se partageant entre eux, et civilisant graduellement les possessions coloniales restées en dehors, et parvenant ainsi à une condition d’égalité économique relative. L’égalité économique parmi les individus crée les vertus démocratiques ; l’égalité économique parmi les nations peut seule préparer la voie à la paix internationale et à la justice.

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Ainsi l’interprétation économique de l’histoire comprise correctement ne cherche pas le moins du monde à nier ou à diminuer l’importance des forces éthiques et intellectuelles dans l’histoire. Elle précise seulement le domaine dans lequel les forces éthiques peuvent à n’importe quel moment particulier agir avec succès. Chanter les louanges de la pitié et de l’amour à une bande de sauvages maraudeurs, serait futile. Mais lorsque les anciennes conditions de la guerre ne sont plus réellement nécessaires pour la défense personnelle, l’éducateur moral peut accomplir une grande œuvre en introduisant des pratiques plus civilisées, qui seront en harmonie avec les besoins réels de la société nouvelle; c’est toujours sur la ligne frontière de la transition de la vieille nécessité sociale à la nouvelle convenance sociale que le réformateur moral fait sentir son influence. Avec le changement perpétuel dans les conditions humaines, il y a toujours une sorte de ligne frontière, et ainsi il y a toujours besoin d’un réformateur moral pour montrer l’idéal plus élevé et la voie du progrès. Toutefois, à moins que les conditions sociales soient mûres pour le changement, la demande du réformateur moral sera vaine. C ’est seulement si les conditions sont mûres que la réforme sera effectuée.

Les idéals moraux sont ainsi continuellement l’objectif des luttes pour le progrès. Le réformateur moral est l’éclaireur et l’avant-garde de la société ; mais il ne sera suivi que s’il bénéficie

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de la confiance du peuple, et la vraie bataille sera combattue par le corps même des forces sociales parmi 16SC[ug11gs Igs conditions GCononiiquGs sont Gn dGrniGr rGSSort si souvGnt décisivGs. Il y a nn dévGloppGmGnt moral dans la société comme dans rindividu. Plus la société est civilisée plus moral est son mode d'existence. Mais pour devenir plus civilisée, pour permettre aux idéals moraux de filtrer continuellement a travers les couches plus basses de la population, nous devons avoir une base économique qui le rende possible. Avec chaque amélioration dans les conditions matérielles d'une si grande masse de population, il y aura une occasion de développer une vie morale plus haute ; mais jusqu'à ce que les conditions économiques de la société deviennent beaucoup plus idéales, le développement moral de l'individu n'aura pas un champ libre pour un progrès sans limite. Alors seulement sera-t-il possible de négliger le facteur économique qui peut jusqu'à ce moment être considéré comme une constante ; alors seulement Pinterprétation économique de l'histoire sera-t-elle l'affaire des archéologues plus que des historiens.

Les forces morales, à la vérité, n'ont pas moins d'influence dans la société humaine que les forces juridiques et politiques. Mais de même que le système juridique comme le système politique se conforment au fond aux conditions économiques, le système particulier de l'éthique ou code de moralité a été très largement, à toute période

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donnée, un produit de la vie sociale et en particulier de la vie économique. Si par matérialisme nous entendons une négation du pouvoir des forces spirituelles dans Thumanité, Tinterprétation économique de Thistoire n'est pas réellement matérialiste. Mais si par interprétation économique nous entendons — ce que nous devons seulement entendre — que les forces éthiques elles-mêmes sont essentiellement sociales dans leur origine et largement conditionnées dans leur sphère réelle d'opérations par les rapports économiques de la société, il n'y a pas d'antagonisme réel entre la vie économique et la vie morale.

L'interprétation économique de l'histoire, dans le sens raisonnable et modéré du terme, ne subordonne pas un instant la vie morale à la vie économique ; elle ne soutient même pas que dans un seul individu il y ait une relation nécessaire entre ses modèles moraux et son bien-être économique ; par dessus tout elle ne conteste pas qu'il y ait une interprétation des institutions économiques par les influences morales ou religieuses. Elle s'efforce seulement de montrer que dans les leçons du passé le progrès moral de l'humanité a été étroitement lié à son progrès économique et social et que les idéals éthiques de la société, qui peuvent seuls amener une avance durable de la civilisation, ont été élevés et rendus possibles par le solide fondement de la prospérité matérielle. En résumé, la conception économique de l'histoire convenablement interprétée ne néglige pas

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les forces intellectuelles en histoire ; elle cherche seulement à faire ressortir les conditions auxquelles la vie intellectuelle a jusqu’ici été capable de porter tous ses fruits.

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