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CHAPITRE IV

Les Exagérations de la Théorie.

Nous en venons maintenant au dernier chef d’accusation qui a été habituellement porté contre la théorie de l’interprétation économique. Il consiste dans l’objection que la théorie nous conduit à des exagérations absurdes. De la façon dont elle est habituellement présentée toutefois, et même si elle était vraie, ce serait une objection à côté.

C ’est, il est vrai, un fait, que quelques-uns des avocats enthousiastes de l’interprétation économique lui ont demandé trop, ou ont avancé des explications qui, pour le moment au moins, ne sont pas susceptibles de preuves. Ainsi, le plus brillant des économistes italiens, Achille Loria, a publié un certain nombre d’ouvrages (1), dans

1. — L^un de ces livres a été traduit (en anglais) par le professeur Keasbey, sous le titre The Economie foundation of the Society (1899). L ^ouvrage italien original a été publié en 1885, et une troisième édition a paru en 1902 sous le titre Ee Basi Eeonomiche délia Castelazione Sociale (traduit en français Les Bases économiques de

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lesquels il a essayé d’interpréter une ^ande quantité de phénomènes historiques du point de vue économique. Beaucoup de ses propositions sont exactes et ont été défendues avec succès contre les attaques de ses critiques; mais qiielques-unes de ses explications ne donnent évidemment pas satisfaction. Par-dessus tout, il a insisté avec trop de force sur l’influence de la terre dans la société moderne et il a ainsi dans quelques cas nui à la théorie générale de 1 interprétation économique plutôt qu’il ne l’a servi; seule l’application particulière de la théorie — quelque admirable quelle puisse être — est originale chez lui (1).

D’autres écrivains moins brillants se sont rendus coupables d’affirmations même encore plus extrêmes. C’est ainsi que quelques-uns ont essayé

la Constitution sociale, Paris 1902). Ses autres ouvrages les plus importants portant sur le même sujet général sont /Analisi délia Proprietà Capitalista (1889), et ses ouvrages les plus récents : La Sociologia, il suo Compito (1901), et II Capitalisme e la Scienza (1901).

I C^est une singulière preuve de Pindrfférenee dans

laquelle ont été tenus les éc.rits de Marx en dehors de rAllemagne, que tant de critiques en Angleterre, en France et en Italie aient pu considérer Loria comme le créateur de la doctrine de l’interprétation économique. Même le professeur Keasbey n’est pas entièrement exempt de cette erreur. Voir la préface du traducteur (p IX) de l’édition anglaise. Loria lui-même, cependant, n’a rien prétendu de tel, voir son livre récent sur Marx Marx et la sua dottrine (1902), spécialement, cap. 31, « Intorno ad alcune Criticlie deïl’ Engels ».

de faire dépendre la religion elle-même des forces économiques. Dans cette affirmation, il y a vraiment une parcelle de vérité. Nous savons que la religion d'un peuple pasteur est nécessairement différente de celle d’une communauté agricole. Marx lui-même fait ressortir que la nécessité de prédire la crue et la baisse du Nil a créé l’astronomie égyptienne et avec elle la domination des prêtres comme directeurs de l’agriculture (1). Un savant russe, partant d’une conception à peu près semblable, a montré que des conditions quelque peu analogues avaient déterminé les théocraties des autres nations orientales (2). Partant de là, on peut accorder qu’il y a un élément économique indubitable dans les religions du passé aussi bien que dans celles du présent (3). Toutefois, l’essai le plus frappant pour porter la théo-

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