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Préface de la seconde édition

comme cause de devenir put donc être vraie seulement dans le sens de cause formelle de développement » (1). Pourtant, dans presque chaque section, il essaie d’établir le rapport entre la théorie philosophique particulière et les conditions économiques. Il n’y a pas besoin de dire que l’essai est loin d’avoir réussi. La philosophie sociale des grecs est vraiment un produit des conditions sociales comme on devait s’y attendre; mais la recherche des principes ultimes de la vie et de la pensée comme nous la trouvons chez les plus grands des penseurs grecs n’a pas de rapport concevable avec les conditions économiques réelles. Les explications d’Bleutheropôulos sont presque toujours ramenées de loin.

L’interprétation économique de la philosophie na pas été limitée à la période grecque. Un autre écrivain, vraisemblablement socialiste, a fourni une explication économique de la philosophie de von Hartmann en partant de ce que la 'bourgeo^sie allemande est en train de perdre sa conscience de classe (2).

Il ne vaut évidemment pas la peine de discuter cela sérieusement.

D’autres applications plus ou moins extrêmes de la théorie sont familières à tous. Parmi les

anciens écrivains qui florissaient avant que la théorie elle-même fut formulée, il suffira de mentionner Alison qui attribue la chute de Tempire romain aux difficultés monétaires de cette période et ces historiens espagnols qui font dépendre la décadence de l’Espagne de l’extension de l’alcavala — impôt général sur les ventes. Pour en venir à des auteurs plus récents, nous n’avons qu’à mentionner M. Brooks Adams (1) et le professeur Patfcen (2) qui, parmi beaucoup de choses suggestives, ont concentré respectivement leur attention sur les conditions économiques particulières de l’histoire de Borne et de l’Angleterre et leur ont attribué sur le développement national général une influence hors de toute proportion avec leur influence réelle.

Des applications aussi imparfaites de la théorie n’infirment pas nécessairement cependant la doctrine elle-même. Nous devons distinguer ici comme dans tout autre domaine de la recherche humaine entre l’emploi et l’abus d’un principe. La différence entre le savant et le fanatique est que le premier voit les limitations d’un principe, là ou l’autre n’en admet aucune. Eendre une science ou une théorie quelconques responsables de toutes les divagations de ses partisans ultraenthousiastes aurait bientôt pour résultat de dis-

— Brooks Adams, TTie law of Civilisation and Decay.. 2. — Patten, The development of English Thoughti

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créditer la science elle-même. Les hommes raisonnables ne jugent pas ime race par ses représentants les moins favorisés. Les critiques d’esprit équitable ne jugent pas de la valeur d’une doctrine par ses exagérations.

Il est important néanmoins de rappeler que les fondateurs de la théorie ont eux-mêmes appelé l’attention sur le danger de l’exagération. Vers la fin de sa carrière, Engels^ influencé sans aucun doute par le poids des critiques adverses, fit ressortir qu’on avait parfois demandé trop à la doctrine (( Marx et moi-même, écrit-il à nn auteur en 1890, sont en partie responsables du fait que ceux qui sont venus après nous ont parfois appuyé plus fortement sur le côté économique, qu’il ne convenait. En répondant aux attaques de nos adversaires, il était nécessaire pour nous d’accentuer le principe dominant contesté par eux. et nous n’avons pas toujours eu le temps, la place ou l’occasion de donner aux autres, facteurs qui étaient en jeu dans l’action de la réaction mutuelle, la place à laquelle ils avaient droit (1).

Dans une autre lettre, Engels explique sa pensée plus clairement :

(( Suivant le point de vue matérialiste de l’his-

1. — La lettre est imprimée dans Der Sozialistische Alcademilcer, U*' octobre 1893, et est citée par Greulich, TJe'ber die Materialistiche Gescliichts-Auffassung, 1897, p. 7, et par Masaryk, Die Grundlagen des Marxismus (1899), p. 104.

toire, le facteur qui en dernier ressort est décisif en histoire est la production et la reproduction de la vie matérielle. Marx, pas plus que moi, n'avons jamais affirmé au-delà de cela. Mais lorsque quelqu’un détourne cela au point de dire que le facteur économique est l’élément unique, il convertit la proposition en une phrase dépourvue de sens, abstraite, absurde. La condition économique est la base, mais les éléments variés de la superstructure, les formes politiques des luttes de classe et leurs résultats, les constitutions, les formes juridiques et aussi tous les reflets de ces luttes réelles dans les esprits de ceux qui y participent, les théories politiques, juridiques, philosophiques, les opinions religieuses, toutes ces choses exercent une influence sur le développement des luttes historiques et dans beaucoup de cas, déterminent leurs formes (1).

1. — « Nacli materialistisclier Gescliichts-auffassung ist das in letzter Instanz bestimmende Moment in der Geschichte die Produktion und Reproduktion des wirklichen Lebens. Melir liât weder Marx noch icli je bebauptet, Wenn nun jemand das dahin verdreht, das okonomische Moment sei das einzig bestimmende, so verwandelt er jenen Satz in eine nichtssagende, abstrakte, absurde Phrase. Die okonomische Lage ist die Basis, aber die vèrschiedenen Momente des Ueberbaues — politische Pormen des Klassenkampfes und seine Eesultate — Verfassungen, nach gewonnener Schlacht durch die siegende Klasse festgestellt, u. s. w. — Eechtsformen,^ und nun gar die EefLexe aller dieser wirklichen Kampfe im Gehirn der Beteiligten, politische, juristische, philosophische Theorien, religiose Anchauungen und dcren Weiter-

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Attribuer toute chose aux changements économiques est purement inadmissible, Engels lui-, même, montre dans un autre passage, qu'essayer d'expliquer chaque fait de l'histoire par ses fondements économiques est non seulement pédant mais ridicule (1). Les conditions politiques et les traditions nationales beaucoup plus souvent

rontwicklung zu Dogmensystemen, üben aucli ihre Einwirkung auf den Verlauf der gesehielitliclieii Kâmpfe aus und bestimmen in vielen Fâllen vorwiegend deren Form. Es ist eine Weehselwikung aller dieser Momente, worin schliesslicb durcb aile die unendHche Menge von Ziifâlligkeinten (d. b. von Dingen und Éreignissen, deren innerer Zusammenhang untereinander so entfernt oder so unnachweisbar ist, dass wir ihn als nicbt vorh^den betracbten, vernachlâssigen konnen) als Notwendigkeit die okonomiscbe Bewegung sicb durchsetzt. Sonst wâre die Anwendung der Théorie auf eine beliebige G-eschichtsperiode ja leichter als die Losung einer einfachen Gleichung ersten Grades. » T)6y So^iciUstischs AJ{'(id67ïi%k6T (Octobre 15, 1895), p. 351, réimprimé dans Woltmann, Der Historische Matei'ialismus (1900), p. .^239. Cfr. également Fopinion d'Engels sur l'importance dés éléments iédalistes dans une seconde lettre de 1890, imprimée dans la Leipziger Vollcszeitung (1895), n« 250 (réimprimée dans IVoltmann, p. 243) ; et dans une lettre ultérieure de 1893 imprimée dans la seconde édition de la Gesoliichte der Deutschen Sozialdemokratie, par Mehring 's, Zweiter Theil, p. 556.

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