‹ L'Intervention Administrative dans l'Art MusicalChapitre 16 sur 25 · ETES · texte numérisé non relu

ETES

L'Opéra, théâtre d'État, théâtre d’apparat, salle des fètes princières, salon diplomatique idéal, comment pourrait-il se « populariser »? Va-t-il mettre le prix de ses places au niveau de toutes les bourses? la logique dit : oui, l’expérience dit: non. Ellefut tentée naguère, cette expérience, par M. Bertrand l’ancien directeur : l'Opéra faillit sombrer; et l’État dut modifier le cahier des charges de la nouvelle direction dans un sens moins populaire.

« À qui la faute? écrit M. Charles Couyba : Moins à l’administration peut-être, qu’à l'architecture. Vu de dehors, l’Opéra est un monument somptueux. Soit! Vu en dedans, c’est un monstre colossal et terrible. » LÉ

M. le sénateur Gérard le disait jadis dans son rapport. « Il suffit pour se convaincre de l’énorme machine qu’est l'Opéra, de le visiter, de gravir du soussol à la coupole ses 20 étages, de traverser ses dédales de salles, ses ateliers de machines, ses forêts de décors, de poutres, de mâts et de cordages, de regarder et d’y voir clair!

Sur la scène toute seule — qui n'est qu’une petite parlie de l'édifice — le théâtre de l'Opéra-Comique tiendrait presque tout entier. Une seule pièce exigea 8.000 mètres de décors; une seule représentation 7.000 lampes électriques ; un seul drame lyrique, Polyeucte, coûta 268.000 francs au directeur, rien que

pourles toiles peintes,les accessoires et les costumes. »

opte

« Chaque fois que le rideau se lève, écrit encore M. Gérard, c’est une moyenne de 21.000 francs. La subvention officielle étant de 4.225 francs par soirée, c’est donc une recette moyenne de 16.800 francs qu’il faut à l'exploitation pour équilibrer son bilan!»

Allez donc, après cela, faire de l'Opéra un théâtre populaire, ou un théâtre d’essai pour les jeunes !

C’est de cette quasi impossibililé, qu'est né le théâtre lyrique municipal et que naîtra peut-être un jour prochain le théâtre populaire.

Les partisans de la « musique libre dans l'État libre » ont demandé la séparation de l'Opéra et de l'État.

Il semble au contraire, d’après ce que nous venons de voir, que l’Académie nationale de musique réclame plus que tout autre théâtre le secours de la subvention. Pour sauvegarder l'Opéra, on a proposé, non pas le retour à l’ancien régime de la régie, il serait antidémocratique, mais une combinaison mixte dela nature suivante :

Admettons que l'Opéra perde par exemple annuellement 400.000 francs ; l’État, dans cette hypothèse, porterait la subvention à 1.200.000 francs ; en ce cas, le directeur serait responsable des pertes et partagerait ses bénéfices avec l’État. Ce serait l'assurance de ne pas donner trop de subvention au directeur qui voudrait gagner trop d'argent, et l’État serait

ainsi garanti contre le directeur et contre les pertes.

Cette combinaison est ingénieuse ; mais, outre qu’elle instituerait une sorte de régie déguisée, elle ne garantirait pas le directeur des déficits forcés causés par les à coups de la vie politique et économique du pays.

La subvention telle qu’elle existe actuellement nous paraît justifiée étant donné que nous considérons l'Opéra comme ce qu'il doit être, c'est-à-dire un théâtre de consécration. Toutefois, les obligations imposées par le cahier des charges entravent la direction et demanderaient à être modifiées. C’est ce que rappelait M. Buyat dans son rapport de 1910 : « L'Opéra est grevé de nombreuses obligations: l’effectif mimimum, les traitements et salaires du personnel des services collectifs sont fixés par l’État. C’est ce que nous pourrions nommer le rachat de la sub-

vention dont il bénéficie. »

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