CHAPITRE IV
Les subventions municipales. — Le concours de la ville de Paris. — La question du théâtre populaire. — Le théâtre lyrique municipal.
Au début de notre étude, nous avons vu que non seulement l'État intervenait pour soutenir l'Art musical, mais encore que les conseils municipaux ne se désintéressaient pas de cette question.
Il semble bien que l'intervention municipale soit une question absolument vitale pour le théâtre en province, et plus encore pour le théâtre de musique qui exige de plus grands frais. Paris, en effet, disposant pour ses théâtres de budgets importants, fait un tort énorme à la province qui ne peut monter les ouvrages avec tout le soin et tout le luxe de mise en scène réclamés aujourd’hui par le public ; d'autre part, la rapidité des communications avec Paris et l’augmentation du bien-être, font que les provinciaux vont au spectacle à Paris et abandonnent leurs théâtres.
De plus, pour un directeur de théâtre en province,
trouver des commanditaires n’est pas chose facile : il faut donc que ce soit la ville qui vienne à son secours par son intervention.
Le système d'intervention le plus généralement employé par les municipalités est celui de la subvention : il y a bien eu quelques essais de régie directe mais la plupart ont donné des résultats lamentables.
L’allocation de la subvention fait l’objet d’un contrat passé entre le maire et le directeur.
La subvention est accordée sous diverses conditions contenues dans les cahiers des charges qui diffèrent de ville à ville (nombre d’actes à monter, de représentations à donner, etc.).
Le droit à la subvention est alloué au directeur pour une exploitation d’une durée déterminée et ne lui est acquis que si cette exploitation est continuée pendant la période ordinaire.
Les subventions accordées par les villes à des directeurs de théâtre, doivent avant tout être employées suivant leur destination, et les créanciers ordinaires des directeurs n’y peuvent avoir aucun droit tant que les artistes n’ont pas été payés. (Rouen, 2 avril
Ainsi, dans le cas de faillite d’un directeur, celui
qui l’a remplacé a seul le droit de toucher la subvention, lorsque, ayant été obligé de solder les appointements des artistes engagés par le directeur failli,
il se trouve à découvert d’une somme qui excède
l'importance de la subvention afférente à l’exercice du directeur failli (Rouen, 1862).
Le cautionnement versé à la ville par le directeur d’un théâtre municipal et affecté à la garantie des obligations imposées par le cahier des charges constitue un gage régulier qui oblige les contractants et lie les tiers.
En conséquence, si le directeur du théâtre est mis en élat de liquidation judiciaire, la ville doit être autorisée à se faire payer par privilège sur le montant du cautionnement, des créances nées à son profit contre le directeur du fait de l’exploitation théâtrale (Aix, 11 janvier 1899) (Toulon, 1900).
Aïnsi, le cautionnement garantit à la ville le remboursement des sommes par elle payées à la décharge du directeur, en vertu des stipulations du cahier des charges, pour l'éclairage de la salle et les primes d'assurances, sans qu'il y ait lieu pour cette dernière créance de distinguer entre les frais s’appliquant aux représentations antérieures ou postérieures à l’expiration des six mois d'exercice prévus par le contrat : le privilège du gagiste, s’étendant de plein droit à toute dette du.directeur résultant d'engagements contractés à sa décharge par la ville, avant l'extinction de la dette primitive et la cessation des paiements.
Il en est de mème pour la créance résultant au profit de la ville des dégâts matériels mis à la charge
du directeur par son contrat.
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Lorsque le cahier des charges d’une concession théâtrale subventionnée stipule : qu’à défaut par le directeur de justifier mensuellement, dans un délai déterminé, du paiement des appointements dus par lui au petit personnel du théâtre, il y sera procédé par le receveur municipal au moyen d’un prélèvement sur la partie de la subvention alors exigible ; les paiements ainsi effectués par la ville, font naître au profit de cette dernière, une créance contre le directeur qui se compense immédiatement de plein droit et jusqu’à due concurrence avec la dette de la vilie résultant de la subvention; sans qu’il y ait lieu de rechercher sur quels fonds la créance a été solpée et si les employés payés étaient privilégiés.
Dès lors, la ville se trouve libérée par compensation et n’est plus débitrice aux regards de la liquidation judiciaire, que du reliquat dela subvention, diminuée des sommes régulièrement acquiltées par elle à la décharge du directeur.
D'ailleurs, au cas où la subvention serait épuisée entre ses mains, la ville aurait le droit de prélever sa créance privilégiée sur le montant du cautionnement, celui-ci ayant précisément pour objet de garantir l'exécution des obligations imposées au directeur.
Le directeur de théâtre qui s’est obligé vis-à-vis d’une ville, à payer une indemnité fixée d'avance, pour le cas où il abandonnerait l’exploitation théâtrale au cours de la campagne, ne peut, bien qu'il ait exploité
DESACHÉ $
pendant quelque temps, obtenir une réduction de la peine encourue s’il cesse son exploitation par sa faute et en dehors de toute force majeure (Nantes, 10 décembre 1890).
Il en est surtout ainsi s’il est établi que l'exécution partielle de l'obligation n’a pas profité au créancier (même arrêt).
Telles sont quelques-unes des clauses qui règlent les rapports entre les directeurs de théâire et les municipalités: bien qu'ayant déjà abordé cette question dans un chapitre précédent, il nous a semblé intéressant d’y revenir à propos des subventions municipales.
Malgré que l'État soutienne à Paris un certain nombre d'institutions musicales, la ville ne s’est pas désintéressée de la question : nous relèverons, à son actif, deux encouragements qu’elle donne à l’Art musical: le concours de la ville de Paris, et le théâtre lyrique municipal.
Le concours de la ville de Paris fut fondé en 1875 par Herold : il consiste en une symphonie avec soli et chœurs, et est réservé aux musiciens français.
Le prix consiste en une somme de 10.000 francs et l'exécution de l’ouvrage aux frais de la ville.
À son origine,ce concours jouissait d’une certaine faveur : à cette époque, les jeunes compositeurs n'avaient place ni au théâtre, ni au concert ; les dra-
mes lyriques de Wagner bouleversant le répertoire
habituel, obligèrent peu à peu les directeurs et le public à accepter la pensée nouvelle: les portes des scènes devinrent plus accessibles aux jeunes. De là semble venir l'espèce d’oubli dans lequel tomba bien vite ce concours.
Mais la foule se montre particulièrement injuste pour les inconnus, et il est rare qu'elle les accueille avec enthousiasme.
Le prestige qui s’attache au prix de la ville de Paris donne à un compositeur une notoriété qui le sort du rang et le désigne à l’attention.
« Je voudrais, écrit M. Alfred Bruneau, que les musiciens s’inspirassent de ces vérités et qu’ils rendissent à notre concours son éclat d'autrefois. Ils y trouveront : la liberté absolue quant au sujet, au genre à choisir par eux, la nette assurance d’être jugé de la façon la plus loyale et aussi (pourquoi pas!) la gloire que je leur souhaite de tout cœur. »
Le théâtre lyrique municipal, tel qu’il existe actuellement, semble être un acheminement vers ce « théâtre populaire » depuis si longtemps réclamé: aussi, est-il utile avant de traiter la question du « lyrique municipal » de rappeler quelques-unes des discussions qui ont entouré la question du théâtre populaire.
Les tentatives de « démocratisation musicale »,jusqu'à ces dernières années, n’ont pas été favorisées par le succès. Créer une troisième scène lyrique sem-
blait s’exposer à une faillite certaine: de fait, un
opéra national, fondé en 1847 par Adolphe Adam, fermé en 1848, et transporté depuis dans différents locaux sous le nom de théâtre lyrique par d’autres directeurs, subventionné depuis 1865, avait sombré en 1878 au milieu de désastres financiers.
D'autre part, l’organisation de représentations populaires, à prix réduit, n’obtient pas toujours les résultats espérés, Nous avons vu qu'à lOpéra Ja direction Bertrand, qui avait acceplé un cahier des charges, stipulant trente-deux représentations d’un nouvel abonnement à prix réduits et quarante reprcsentations populaires le dimanche, en arriva au bout de quinze mois à un déficit de 550.000 francs.
Quant aux « lundis populaires » de l'Opéra-Comique, pour s’en faire une idée, il suffit de rappeler ce qu'écrivait jadis M. Albert Gérard dans son rapport au Sénat :
« Aujourd'hui, le directeur de l’Opéra-Comique doit ètre édifié sur lefficacité de son initiative généreuse en faveur d’un public qu’elle n’a pas atteint. Comme jadis M. Bertrand à l'Opéra, M. Carré avait spontanément offert au ministre, de porter à 40 le nombre annuel des soirées à tarif diminué. En échange, et à litre de compensation, l'administration des Beaux-Arts lui donnait le droit d'organiser tous les ans, 20 représentations de gala avec un tarif majoré, ou de prolonger de quinze jours la fermeture annuelle.
« Sans avoir voulu protiter d'aucun de ces deux
avantages, la direction a donné scrupuleusement ces 30 représentations supplémentaires, diminuées ainsi de toute compensation; chacune d’elles coûce de 1.000 à 1.500 francs, chiffre calculé sur la moyenne des frais, ou de 2.000 à 2.500 francs si l’on envisage la moyenne des recettes.
«Au moins ces représentations du lundi donnentelles satisfaction à la clientèle pauvre? Pas le moins du monde! Les expériences « populaires » de l'Opéra démontraient déjà que ce n’est pas le peuple qui vient payer 4 francs par place. Celles de l'Opéra- Comique confirment cette assertion. Les « lundis » ne profitent qu'à une clientèle bourgeoise, riche mais économe, qui recherche les spectacles à meilleur marché. |
« Observez, pour vous en convaincre, un lundi soir, les abords de l’Opéra-Comique vers la fin de la représentation ; dans les rues avoisinantes stationnent en longues files les automobiles et les voitures de maître d’une clientèle favorisée et fidèle, à qui le théâtre sacrifie tous les ans 40.000 francs ; cette somme grève lourdement la gestion de l’'Opéra-Comique et ce n’est pas la modeste bourse du peuple qu'elle allège, selon les vœux du directeur et du gouvernement.
« Ainsi, une fois de plus, l’expérience est concluante. M. Millevoye en signale dans son rapport l'inutilité.
Dès lors, une équité élémentaire exige le retour im-
médiat aux précédentes prescriptions du cahier des charges: l’offre généreuse mais imprudente de M. Albert Carré doit être déclinée pour l’avenir. Dix représentations annuelles à prix réduits suffiront aux soirées « pour le peuple » qui n’y viendrasans doute pas davantage, mais qu’on ne saurait frustrer d’une libéralité à maintenir, pour le principe, tant qu’un théâtre spécial ne fonctionnera pas à Paris. »
Le théâtre populaire sera-t-il uniquement lyrique ? les compositeurs le voudraient ainsi, prétexlant qu'ils arrivent plus difficilement que les auteurs dramatiques à faire connaître leurs œuvres, et que le peuple préfère la musique à la comédie ; mais l’opinion prédominante semble pencher plutôt pour le théâtre mixte. A ce propos, l’examen de quelques projets nous parait intéressant.
En 1881,un projet d’Opéra populaire avait été déposé (Chambre des députés, 3 juillet 1881), pour «remédier à l'impuissance où se trouvent l'Opéra et l’Opéra-Comique de faire connaître les ouvrages des jeunes musiciens dont le talent n’a pas été consacré par de précédents succès, et mettre pour la première fois le grand art à la portée de toutes les bourses en offrant à la population parisienne la musique à bon marché ».
Mais des pourparlers engagés avec la ville pour en obtenir une subvention n'ayant pu aboutir, ce pro-
jet fut abandonné: toutefois, pendant trois ans, un
crédit de 200.000 francs a été maintenu à la disposition du ministre des Beaux-Arts, en prévision du rétablissement d’un théâtre lyrique.
Dans son rapport de 1902, M. Charles Couyba expose ainsi la question du théâtre populaire :
«Maintes fois, dit-il, les initiatives privées ontessayé d'établir un théâtre populaire lyrique ou dramatique, et chaque fois, elles ont échoué, faute d'argent, de protections, d'encouragements matériels où moraux : or, il n’est pas juste que le pauvre soit privé des joies artistiques et l’État ne doit pas se désintéresser de son éducation en cette matière.
M. Leygues lui-même, alors ministre de l’Instruction publique, avait reconnu cette nécessité.
Étant donné le prix des places, les chefs-d’œuvre de l’art lyrique et de l’art dramatique ne sont réservés qu'aux riches. L'État et le Parlement ont donc le devoir d'imposer aux directeurs des théâtres et concerts subventionnés, l'obligation de faire goûter au peuple et à bon marché les chefs-d'œuvre de l'art classique et moderne.
La commission du budget a compris ce devoir, et elle a décidé qu’à l’avenir, les cahiers des charges des théâtres et concerts subventionnés, un an au moins avant l'expiration de leurs baux, devraient être soumis pour un nouveau traité, à l’approbation du Parlement.
C’est là une mesure de sage contrôle qui en appelle
AD
une autre: la création officielle d’un théâtre du peuple. Cette mesure serait d'autant plus favorablement accueillie par l'opinion, qu’elle ne coûterait que les frais de direction, d'exécution et de location de-salles: le personnel et le matériel devant être fournis par les théâtres subventionnés. L'installation de ce théâtre pourrait être consentie à bon compte par la ville de Paris dans le vaste local du Châtelei.
Chaque soir, il y aurait représentation populaire à prix réduits : 2 francs, 1 franc et 0 fr. 50. Le spectacle commencerait à 8 h. 1/2 pour finir à 11 h. 1/2.Le
théâtre chômerait du 15 juillet au 15 octobre.
Les fonds du répertoire classique et moderne, seraient empruntés aux quatre théâtres subventionnés, pour quatre représentations hebdomadaires: Dimanche, Comédie-Française ; jeudi, Odéon; mardi, Opéra; et samedi, Opéra-Comique.
Les troupes de ces théâires seraient mises gracieusement, ou de par leurs cahiers des charges même, à la disposition du directeur du théâire du peuple par les directeurs des théâtres subventionnés qui, dès aujourd’hui, promettent leur concours.
Les bénéfices seraient affectés au payement des frais généraux et à l’organisation matérielle des représentations des trois autres jours : lundi, mer-
credi, vendredi.
Le lundi pourrait être consacré à des conférences
populaires, littéraires et scientifiques, avec auditions, récitations, projections.
Le mercredi serait consacré aux grandes auditions musicales avec le concours des sociétés actuellement subventionnées : Conservatoire, concerts Colonne, Chevillard, et la Société nationale de Vincent d’Indy.
Le vendredi, enfin, quittant les hauteurs de la symphonie ou de l’oratorio, le théâtre du peuple deviendrait le théâtre de la poésie et de la chanson française ; de la bonne chanson contemporaine, qu'il ne faut pas confondre avec les inepties des cafésconcerts. |
Bref, il y aurait dans cette institution du théâtre populaire,une éducation du goût du public, supérieure à celle des écoles, des lycées et des collèges.
Chacun sait les avantages d’une pareille institution sociale, ils sont d’une telle importance, que les obstacles matériels se rapetissent et disparaissent devant eux, et qu’ils valent le sacrifice d’un crédit de 100.000 francs.
Nul doute que directeurs et artistes ne se fassent un plaisir d'interpréter nos chefs-d'œuvre de l’art français et étranger sur la scène de ces théâtres ; il y aurait là, pour les artistes, une source d’émulation et la consécration la plus noble de leurs efforts et de leurs talents : celle du peuple français. »
A la suite d’une interpellation de M. Millevoye, dé-
puté de Paris, une commission consultative fut insti-
tuée au sous-secrétariat d'État des Beaux-Arts, par arrêté en date du 7 juin 1905, en vue d'examiner les mesures à prendre, pour favoriser les intérêts de l’art dramatique et lyrique et le développement des théätre populaires.
Cette commission se divisa en deux sous-commissions ; l’une chargée de l’examen des différents projets de création de théâtres populaires à Paris; l’autre, de l’organisation des représentations populaires à Paris et dans les départements.
Chacune des deux sous-commissions nomma un rapporteur : M. Turot pour la première ; M. Millevoye pour la deuxième.
Nous passserons en revue quelques-uns des projets cités dans le remarquable rapport de M. Turot.
Proposition de MM. Gastinel et Pfeiffer :
Demandant qu’en cas de création d’un grand théäire populaire, on aide cette entreprise à devenir théâtre lyrique en autorisant l'Opéra et l’Opéra-Comique à lui prêter leurs répertoires inutilisés et les fractions inemployées de leurs troupes.
Projet Debruyère :
Expose un programme de grande entreprise éclectique et un plan de ressources supposant les frais de création payés par une société financière, qu’un pourcentage sur les bénéfices rembourserait en cinquanie ans.
Projet Mariette :
Construction d’une grande salle en amphithéâtre, dont les frais d'établissement seraient payés par un emprunt public en 1.800 actions de 1.000 francs; l’unique contribution demandée à l’État serait l’abandon des décors anciens et des costumes défraîchis mis en réserve par l'Opéra, la Comédie-Française et lOdéon.
Projet Catulle-Mendès :
Théâtre démontable et transportable. Transport facile d’un point de la capitale à l’autre, en choisissant pour emplacement les grands carrefours et les grands squares des quartiers populaires. Troupe autonome avec un minimum d'administration et un comité d’artistes participant aux bénéfices.
Projet Grasset:
Construction d’une grande salle sur l'emplacement du temple.
Projet Feine et Herscher :
Ouvrir en contre-bas des jardins du Carrousel un amphithéâtre de 6.000 places à ciel ouvert, avec plafond mobile et transparent, et y donner de somptueuses fêtes civiques dans un décor grandiose avec un concours dramatique et lyrique de grande mise en scène, comportant de colossales masses architecturales. Les frais d’établissement seraient de 7.300.000 francs environ.
Projet Camille de Sainte-Croix :
« L’exposé du plan de conception-type discuté et
adopté par mes collègues, écrit M. Henri Turot, établit qu’il y a en quelque sorte identité entre les principes du projet Camille de Sainte-Croix et les conclusions votées à l'unanimité. »
Le projet Camille de Sainte-Croix s’inspirait du principe : Le théâtre populaire doit être à la fois dramatique et lyrique.
Voici quelles furent les résolutions adoptées par la Commission :
1° Quatre théâtres populaires seront créés à Paris : l’un au centre et trois à la périphérie, au cœur des quartiers ouvriers.
2 L’(Æuvre des théâtres populaires aura sa troupe autonome.
3° Il sera pourvu aux ressources financières par une loterie ou une émission de bons à lots.
4° Une subvention considérable sera réservée sur le produit de la loterie, pour de grandes représentations populaires et des créations de pièces nouvelles dans les départements. :
Dans la séance du 15 février 1906, le sous-secrétaire d’État des Beaux-Arts porta ces résolutions à la connaissance de la Chambre des députés qui adopta l’ordre du jour suivant,
« La Chambre, approuvant les déclarations du gouvernement, l'invite, en s'inspirant des conclusions de la commission des théâtres populaires, à déposer
un projet de loi organisant les théâtres populaires
ice à Paris et dans les départements, et passe à l’ordre du jour. »
Pour répondre au vœu de la Chambre, irois commissions consultalives ont été instituées : il faut espérer qu'elles arriveront à organiser le théâtre populaire attendu depuis si longtemps.
La solution de la question n’est pas chose facile ; faire concorder l’augmentation du prix de la vie et par suite l'élévation du taux des salaires, le luxe de mise en scène devenu indispensable aujourd'hui, avec un tarif très bon marché, ressemble. au désir de l’'Avare de Molière, qui voulait « faire bonne chère avec peu d'argent ».
Quoi qu’il en soit, le peuple ne pouvant aller à l'Opéra, il faut que l'Opéra aille au peuple; et c’est ce qu'écrivait en 1906 M. Charles Couyba : « Il faut insiiluer un théâire d’essai, un théâtre lyrique populaire, à côté de l’Académie nationale de musique, avec l’aide de la ville de Paris. Il faut que l’article 1° du futur cahier des charges, oblige le direcieur, quel qu'il soit, à prèter une partie de sa troupe et de son matériel, aux théâtres populaires dont profiteront Paris et la province. Les quatre théäâires seront soumis à ceite loi que les directeurs accepieront volontiers. Voilà une première rançon des privilège. »
Cet appel a été en partie eniendu. En 1907, grâce à une nouvelle rédaction du cahier des charges de
l'Opéra, grâce au concours moral et matériel du Con-
seil municipal de Paris, à l’obligeance de MM. Albert Carré, Messager et Broussan et à l’active initiative de MM. Isola frères, a été fondé le Théâtre lyrique municipal de Paris, avec l’aide du personnel et du matériel de l'Opéra-Comique et de l'Opéra.
C’est un essai fort heureux de théâtre populaire: mais ce n’est pas tout le théâtre populaire, tel que l’État se doit de l’organiser conformément aux vœux de la nation et de la commission extra-parlementaire de 1905-1907.
L’agitation qui se fit autour du théâtre populaire eut sa répercussion au Conseil municipal de Paris : ce dernier quis’était déjà occupé de la question en 1884, émit en 4905 par l'intermédiaire de la deuxième souscommission des théâtres populaires le vœu :
1° Que le Conseil municipal inscrive la question à l’ordre du jour de ses délibérations.
2 Qu'une subvention soit votée par la ville de Paris pour l’organisation des représentations populaires.
3° Donne mandat à M. Quentin-Banchart de porter ce vœu devant le Conseil municipal de Paris.
Il appartenait à MM. Émile Massard et Deville de faire aboutir en partie ces résolutions.
En 1907, ils déposaient sur le bureau du Conseil municipal des conclusions tendant à la solution du lyrique municipal : MM. Isola frères, directeurs de la
Gaïeté, étaient dispensés de payer à la ville de Paris
le loyer fixé par le bail ancien (100.000 francs), à parür de l’affectation de ce théâtre à des représentations populaires, pendant que durerait cette exploitation.
Le Conseil municipal adopta ces conclusions.
Le cahier des charges de l’Opéra prévoyait la collaboraiion de ce théâtre aux représentations du lyrique municipal ; celui de l'Opéra-Comique ne contenait rien sur ce sujet. Par suite, MM. Isola frères traitèrent directement avec M. Albert Carré.
Après quelques discussions, le bail consenti par la ville de Paris à MM. Isola frères, directeurs du théitre lyrique municipal, fut définitivement rédigé de la manière suivante dans ses parties les plus générales :
Article premier. — MM. Émile et Vincent Isola sont autorisés à organiser au théâtre lyrique de la Gaïieté, des représentations lyriques populaires comportant le répertoire d'opéra et d’opéra-comique et exceptionnellement de concerts symphoniques, étant entendu que ces concerts ne pourront représenter plus d’un sixième des dites représentations.
Ces représentations devront se succéder d'une façon continue et sans interruption tous les jours et toutes les matinées d'usage des dimanches et fêtes pendant une série ininterrompue de 300 représentations au minimum qui devront commencer entre le 1° septembre et le 1“ octobre de chaque année.
Lorsque ces 300 représentations populaires auront
été données, MM. Isola auront le choix soit de s’en
tenir aux représentations lyriques populaires, soit d'organiser des spectacles d’un autre ordre; mais dans ce dernier cas, ils devraient prévenir la ville de Paris au moins huit jours à l’avance.
MM. Isola auront la faculté de fermer leur théâtre, mais seulement durant une période ne dépassant pas trois mois : une représentaiation gratuite devant toujours avoir lieu le 14 juillet.
Art. 2. — Pour les représentations populaires faisant l’objet de la présente convention, les prix des places du théâtre seront fixés selon un tarif allant de 4 francs au maximum par place à 0 fr. 50, sauf pour les places de premières loges et d’avant-scène, les 8 premiers rangs des fauteuils d'orchestre et les fauteuils de balcon, pour lesquelles les prix pourront être élevés à 5 francs.
Les places à 0 fr. 50 ne seront pas données en location ; sur les autres, un tiers réparti normalement dans diverses catégories, sera toujours laissé à la disposition du public aux guichets. Les autres places ne pourront donner lieu à une perception pour location supérieure à 0 fr. 50 sur les places à 4 francs et 3 fr. 50, 0 fr. 25 pour les places de 1 fr. 50 à 3 francs et 0 fr. 10 pour les places à 1 franc.
Art. 3. — MM. Isola dirigeront personnellement le théâtre et ne pourront vendre, céder, ni transporter leur droit au bail, ni consentir aucune sous-loca-
tion ni aucun traité d'association pour la direction
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