‹ L'Intervention Administrative dans l'Art MusicalChapitre 22 sur 25 · TE AS · texte numérisé non relu

TE AS

du théâtre sans l’autorisation du Conseil municipal.

Dans le cas où ils voudraient quitter la direction du théâtre, ils devront préalablement faire agréer par le Conseil municipal un successeur réunissant toutes les qualités voulues pour cette direction.

Toute infraction à cette clause comme à celles qui précèdent, entraînerait de plein droit la résiliation du bail. Cette résiliation serait prononcée par simple arrêté préfectoral, dix jours après une mise en demeure administrative restée infructueuse. En cas de cession ou de substitution régulièrement autorisée, le cédant restera garant solidairement avec le cessionnaire, tant envers la ville de Paris qu’envers les tiers, du parfait accomplissement de toutes les clauses et conditions de la présente convention.

Art. 4. — MM. Isola sont dispensés de payer le loyer de 100.000 francs par an du théâtre de la Gaîté, pendant tout le temps que dureront les représentations populaires, mais sous la condition expresse de la continuité des représentations populaires quotidiennes matinées comprises, aux tarifs réduits susindiqués et sous les autres réserves ci-après stipulées. Cette dispense de loyer s’appliquera également aux trois mois de relâche prévus, pourvu que les représentations populaires à prix réduits se soient continuces sans interruption durant toute la série fixée dans les conditions déterminées ci-dessus.

Ils seront également dispensés, dans les mêmes

DESACHE

conditions et sous les mêmes réserves, de payer à la ville le loyer de la partie de l’ancien marché des Gobelins dont ils sont locataires et qui est affectée à un magasin de décors du théâtre de la Gaîté, sous la condition que cette location conservera son caractère de précarité, et que la ville de Paris pourra la dénoncer dans les conditions prévues à l’acte de location en cours.

Si l'exploitation populaire était interrompue ou arrêtée pour quelque cause que ce fût, avec ou sans consentement de la ville, le loyer de 100.000 francs par an reprendrait son cours et serait payé proportionnellement au temps d’interruption, à raison de 300 francs par jour, chiffre fixé forfaitairement en prévision de cette éveniualité.

Il en serait de même du paiement du loyer de l’ancien marché des Gobelins.

Art. 5. — Dans le cas où les receites brutes, sans déduction du droit des pauvres, des représentations lyriques à prix réduits dépasseraient 1.200.000 francs, la ville prélèverait sur les dites recettes excédant ce chiffre une redevance proportionnelle de 10 °/., à moins qu’il n'y ait d’un commun accord abaissement du prix des places.

Pour la bonne exécution de cette clause, MM. Isola devront se soumettre en tout temps aux vérifications et contrôles nécessaires de la part de l’Administra-

tion, et fournir à cette dernière tous relevés de re-

cettes et autres justifications qui pourraient être jugés

utiles.

Pour le calcul des recettes, les années d’exploitation seront comptées du 1° septembre au 31 août de l’année suivante.

Art. 6. — Pour tout le surplus, MM. Émile et Vincent Isola resteront soumis aux clauses et conditions du bail en cours en ce qu’elles n’ont rien de contraire à la présente convention.

Art. 7. — La présente convention aura un effet rétroactif à compter du 7 janvier 1908, date à partir de laquelle MM. Isola ont commencé à donner au théätre de la Gaîté des représentations lyriques populaires.

Art.8. — Le bail en cours, modifié par la présente convention, est prorogé aux mêmes clauses et conditions au profit de MM. Isola, jusqu’au 6 janvier 1918.

Art. 9.— Les frais de timbre, d’enregistrement et tous autres pouvant résulter du présent acte seront à la charge exclusive de MM. Isola.

Telle est l’œuvre accomplie par la ville de Paris pour seconder l’action de l'État relativement aux théâtres lyriques.

La subvention accordée consiste surtout dans l’action de certains avantages, et principalement la dispense de payer le loyer du théâtre. Il semble que la ville de Paris aurait dû se montrer plus généreuse encore, et affecter un crédit au lyrique municipal.

Les directeurs du lyrique populaire comptaient

bien qu’un jour le conseil municipal porterait la subvention à 200.000 francs.

Nous croyons savoir en effet que le conseil muni. cipal a pris en considération la demande de MM. Isola et que sa commission des théâtres serait disposée à faire figurer au budget de 1911 une subvention pour le lyrique populaire. Cette subvention ne serait pas celle que MM. Isola avaient espérée ; elle serait cependant appréciable, puisqu'il s'agirait d’une somme de 25.000 francs à titre d'indication.

« Il faudrait, disait M. Gustave Rivet, que la ville de Paris ne se contentât point de prêter une salle, mais qu'elle donnât une subvention.

« Elle est moralement obligée de ne pas laisser disparaître une œuvre que l'opinion publique considère comme une œuvre populaire nationale.

« Grâce à cette subvention, le théâtre lyrique de la Gaîté qui a déjà une bonne troupe, des décors pittoresques, un cadre de chœurs suffisant, pourrait renforcer son orchestre un peu trop faible pour les composilions musicales modernes.

« L’orchestre est aujourd hui la grande voix expressive de la musique ; les audiloires populaires y sont particulièrementsensibles. faut mettreles directeurs de la Gaîté à mème d’accroître leur phalange d’instrumentistes si vaillamment dirigés.

« Tout sera dès lors pour Ie mieux dans le meilleur

des théâtres lyriques populaires. »

L'œuvre de MM. Isola est en tous points digne d’éloges : moyen d'éducation musicale pour le peuple et même la bourgeoisie étant donné le choix et l’excellente exécution des ouvrages, le « Lyrique municipal » est aussi un débouché pour les jeunes compositeurs ; cependant la ville de Paris n'a pas imposé cette clause de protection pour les jeunes, comme l’a esquissé l’État dans les cahiers des charges de l’Opéra et de l’Opéra-Comique : il est à souhaiter qu'elle la mette comme condition, à l’allocation de crédit au théâtre lyrique.

Dans son rapport sur le budget des Beaux-Arts de 1910, M. Louis Buyat loue sans réserves la sage et énergique administration de ce nouveau théâtre populaire de musique.

« Après l’avoir si souvent réclamé, et après avoir à tant de reprises éprouvé de navrantes déconvenues, les artistes peuvent maintenant se réjouir ; la chimère insaisissable est devenue la réalité : le théâtre lyrique est définitivement fondé.

« Le voici qui entre victorieusement dans sa troisième année d'existence et qui, ainsi que nous le souhaitions, vit et prospère par ses propres moyens. »

Puis il conclut :

« Et nous sommes au théâtre lyrique de la Gaîté, qui, par la sage administration, par la foi artistique et l’activité féconde de ses directeurs, a accompli ce miracle de faire, au prix de véritables charges finan-

cières, de l’art, et même du grand art et de répandre de la beauté dans le peuple ; de lui offrir, à des prix accessibles aux bourses les plus humbles, les magnifiques et réconfortants spectacles auxquels il a droit et dont il a été jusqu'alors privé, ne pouvant s’imposer le lourd sacrifice d’argent, nécessaire pour goûter ces joies, réservées semblait-il au seul public fortuné. C’est donc par excellence une œuvre démocra-

tique digne d’éloges. »

Si le théâtre lyrique de la Gaîté a obtenu de si splendides résultats, sans le réconfort d'aucun secours officiel, que ne serons-nous pas en droit d'attendre de lui, le jour où le parlement aura reconnu que ses efforts méritent d’être, non pas platoniquement encouragés, mais soutenus de la façon la plus effective par une subvention officielle, qui lui donnera parmi les théâtres d’État, ce droit de cité qu'il a courageusement et légitimement conquis par le seul mérite de ses directeurs ? MM. Isola que d’aucuns traitaient naguère un peu légèrement, peuvent montrer avec quelque fierté leur œuvre : elle justifie les plus ambitieuses espérances,et ce n’est que justice de le cons-

tater.

Nous ne pouvons mieux terminer cette étude sur le théâtre lyrique municipal, qu’en citant quelques passages d’un article paru dans Le Figaro du 1* oc-

tobre 1910 et signé des « Frères Isola ».

Il est intitulé : Le théâtre lyrique (les services qu'il rend à l’art musical).

Pourquoi nous l’avons fait, Comment nous le comprenons.

« Nous l'avons fait, parce que tout le monde le réclamait: jeunes musiciens avides de produire et anxieux de savoir où faire jouer leurs œuvres ; gens, de bourse modeste, désireux d’entendre de la musique bien chantée, bien exécutée, sans grever trop onéreusement leur budget. Nous l’avons fait aussi, parce que beaucoup avant nous avaient tenté sans succès l’expérience. Elle nous semblait réalisable cependant,et devait à notre avis, dans une ville comme Paris si fertile en ressources de toutes sortes, trouver les éléments nécessaires à sa réussite.

« Nous avions le local, un grand et beau local, bien placé, au centre d’un quartier populeux, et par conséquent tout désigné pour en faire un « théâtre lyrique populaire >. Nous décidâmes de tenter l’aventure ! Mais s’il fallait de l’audace, il fallait aussi de la prudence. C’est pourquoi, nous donnâmes un premier coup de sonde en 1903 lors des représentations lyriques d’AHérodiade, de Messaline, avec l'interprétation magistrale de M** Emma Calvé, Félia Litvinne, de MM. Renaud, Duc, etc.

« L'épreuve fut concluante; le public avait répondu à l'appel, il y avait place désormais pour un troisième

théâtre de musique.

« C’est pourquoi nous n’avons pas hésité à nous consacrer uniquement à ce « théâtre Iyrique » dont la direction exigeait tout notre temps et tous nos soins. Le conseil municipal, aux désirs duquel répondaient nos desseins, les accueillit favorablement et voulut bien leur donner l’estampille officielle : le « théâtre lyrique » devenu « municipal » ouvrit ses portes le 7 janvier 1908 et depuis lors, nous ne nous sommes pas écartés un seul moment, du plan de conduite que nous avions adopté.

« Ce plan, le voici: c’est à un article de M. Pierre Lalo, publié dans Le Temps à la date du 29 octobre 1908, que nous empruntons les passages saillants qui le résument. L’éminent critique a, en quelque sorte, rédigé lui-même la charte constitutionnelle du « théâtre lyrique ».

« On peut s’étonner, écrivait-il, que dans une société prétendue démocratique, le peuple soit si soigneusement tenu à l'écart de l’un des principaux divertissements publics. Il a le droit de posséder un théâtre où il puisse aller, une scène sur laquelle on représente des ouvrages de son goût... On ne peut offrir à un auditoire populaire des ouvrages qui n’ont aucune chance d’être compris par lui. Si, avec cela, ce théâtre représente au cours de la saison une des œuvres classiques d'une qualité plus haute, et donne ainsi un gage de sa bonne volonté et de son attache-

ment à la musique, si, par surcroît, il fait connaître un

ouvrage nouveau bien choisi, il a accompli sa tâche : on n’a droit de lui réclamer rien de plus. »

« On ne saurait mieux dire, et ce programme est, nous le répétons, la charte que nous nous sommes efforcés de respecter fidèlement. »

Suit le tableau des spectacles donnés ; et MM. Isola concluent :

« Les encouragements qui nous viennent de toutes parts nous donnent pleine confiance dans l’avenir du «théâtre lyrique » que nous avons fondé, et, à côté d'œuvres d’art très haut et très pur que nous avons données et que nous donnerons encore, nous nous félicitons de nous en remettre aussi quelquefois «aux décisions de la multitude qui comprend », dit notre grand Molière, «non seulement les délicats et les raffinés, mais aussi ceux qui se laissent aller de bonne foi, aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchent point de raisonnements pour s’empècher d’avoir du plaisir. »

« C'est bien là, croyons-nous, la tâche d’un « théätre lyrique populaire ». Nous avons cherché à l’accomplir de notre mieux, à d’autres qu'à nous de dire

si nous avons réussi. »

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