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CHAPITRE PREMIER

L'enseignement musical. — Le Conservatoire national de musique et de déclamation. — Les succursales du Conservatoire et les écoles de musique dans les départements.

Une des raisons qui nous ont fait justifier l’intervention de l'État, c’est qu’il lui appartient d'aider, dans la plus large mesure possible, toute œuvre d’éducation artistique et moralisatrice et de contribuer au développement des jeunes talents. Cette éducation doit commencer à l’école maternelle et dans les salles d’asile, pour se continuer loujours : or, comment obtenir pratiquement cette cultüre en ce qui concerne l’Art musical?

M. Charles Couyba dans son ouvrage : l’Art à

l'École, nous indique les moyens les plus efficaces :

Te

« 1° En introduisant une épreuve de musique dans le programme de l’examen de sortie de l’école normale ; 2° En comprenant la musique parmi les matières imposées pour l’obtention du certificat d’études primaires, Mais, pour que l’éducation musicale porte ses fruits, il faut que l’enfant puisse entretenir son éducation première; ce but serait atteint, si, dans chaque école, des cours du soir, des séances musicales offertes aux parents, procuraient aux jeunes gens l’occasion de se réunir pour interpréter de belles œuvres, et, par cette communion de sentiments élevés, de contribuer à leur propre perfectionnement moral, tout en répandant autour d’eux les idées de beauté, de bonté et de concorde, sources véritables de toutes les aspirations nobles et généreuses. »

« Un budget des Beaux-Arts, écrit encore M. Louis Buyat dans son dernier rapport à la Chambre, ne peut se justifier sous un régime comme le nôtre, que si l'État y voit le complément de son œuvre d’éducation dans ce qu’elle a de plus élevé. »

De fait, l’éducation musicale est à l’heure actuelle assez répandue parmi la jeunesse française ; nombreuses sont les écoles qui organisent des cours de solfège, d'instruments et de chant. Ces notions premières inculquées à des natures musicalement douées, les préparent efficacement à l’enseignement du Conservatoire.

Le Conservatoire national de musique et de décla-

mation est consacré à l’enseignement de la musique vocale et instrumentale et de la déclamation dramatique et lyrique.

On retrouve son origine dans la musique de la garde républicaine organisée en 1789, transformée en école de musique municipale en 1792, puis en Institut national de musique en 1793.

Le Conservatoire, qui eut pour fondateur Bernard Sarrette, fut définitivement constitué sous le titre actuel en 1795 et ouvrit le 22 octobre 1796.

Son organisation est réglée par un décret du 9 septembre 1878 et par un arrêté ministériel du 11 septembre suivant.

Le Conservatoire est placé sous l’autorité d’un directeur nommé par décret du président de la République sur la proposition du ministre.

Le corps enseignant se compose de professeurs titulaires, de professeurs agrégés et d’accompagnateurs chargés de l’étude des rôles, tous nommés par le ministre,sur la présentation du directeur du Conservatoire et sur la proposition du directeur des Beaux- Arts, et de répétiteurs nommés par le directeur du Conservatoire.

L'enseignement donné gratuitement se divise en neuf parties : 1” solfège et théorie musicale ; 2° harmonie orgue et composition ;3° chant et déclamation lyrique ; 4° piano et harpe ; 5° instruments à archet;

G° instrument à vent; 7° classes d'ensemble ; 8° lec-

ture à haute voix, diction et déclamation dramatique ; 9° histoire générale de la musique, histoire et littérature dramatique.

Il y a deux conseils d'enseignement, présidés par le ministre ou par le directeur des Beaux-Arts, et en leur absence par le directeur du Conservatoire; l’un, pour les études musicales, dont font partie les membres de la section de musique de l’Institut et les professeurs de composition au Conservatoire, et l’autre pour les études dramatiques dont font partie trois auteurs dramatiques membres de l’Académie française désignés par le ministre, et le doyen des professeurs de déclamation dramatique au Conservatoire.

Pour chaque section de l’enseignement, il est institué un jury d’admission, composé des membres du conseil d'enseignement et des professeurs titulaires spéciaux ; il existe également pour chaque section un comité d’examen composé, outre les membres du conseil d'enseignement pour les études musicales, de six membres choisis par le ministre parmi les professeurs titulaires du Conservatoire et parmi les artistes étrangers à l’école.

Les jurys des concours se composent, en plus du directeur du Conservatoire président, de huit ou dix membres, pris pour la moitié au moins parmi les personnes étrangères au Conservatoire. À la suite des concours annuels, sont décernées des récompenses

qui constituent Les seuls titres que les élèves rempor-

tent de l’enseignement reçu ; chaque lauréat obtient un diplôme, les premiers et seconds prix reçoivent une médaille d'argent.

D’après l’article 48 du règlement du 11 septembre 1878, les élèves ne peuvent s’engager dans aucun théâtre avant d’avoir terminé leurs études : après leur sortie, ils doivent se tenir pendant deux ans à la disposition du ministre des Beaux-Arts et prêter leur concours pendant le même laps de temps aux théäâtres subventionnés dans lecas où ils seraient réclamés par eux. De plus, en échange d’exemption militaire et des soins, frais et dépenses nécessités par leur instruction, les élèves s’engagent à « donner leur concours aux théâtres nationaux ».

La dérogation à ces engagements a donné lieu à quelques arrêts : Tribunal de la Seine, 4 février 1881, 30 mai 1888.

Le Conservatoire national a des suceursales dans les départements, non pas que ces établissements en dépendent à proprement parler, mais ils ont en partie du moins les mêmes programmes et les mêmes méthodes d’enseignement.

Le but de l’enseignement du Conservatoire peut amener aussi au concours pour le grand prix de Rome ; il y a autant de concours qu'il y a de branches d’enseignement à l’école des Beaux-Arts, c’est-à-dire cinq, dont la musique. Jusqu'en 1863,l Académie des Beaux-

Arts avait toujours été seule chargée du jugement de

a RU (Es

ces concours annuels, lorsqu'un décret du 13 novembre 1863 vint retirer ce jugement à l’Académie pour le confier à un jury spécial dont il déterminait la composition : l’Académie se pourvut devant le conseil d’État qui rejeta sa requête par un arrêt du 21 juillet 1864. Un décret du 13 novembre 1871 a rendu à l’Académie des Beaux-Arts une partie des attributions que le décret de 1863 lui avait enlevées ; désormais les concours pour le grand prix de Rome se font sous la direction de l’Académie.

Pour la musique, le concours d’essai comporte une fugue vocale à quatre portées el un chœur, à quatre voix au moins avec orchestre: le concours définitif consiste à mettre en musique une scène lyrique à deux ou trois voix aulant que possible. Les concours pour la musique se font au Conservatoire ; les concours définitifs ont lieu en loges, dans les conditions déterminées par le règlement de l’Académie des Beaux-Arts. La durée du concours musical est de vingt-cinq jours à partir de l’entrée en loge.

Les élèves de Rome grand prix de composition musicale ont un privilège pour être joués sur la scène de l’Académie nationale de musique : ce privilège est exposé dans l’article 15 du cahier des charges : « La partition de l’ouvrage (opéra ou ballet) en un, deux ou trois actes devra être écrite une fois en deux ans par un élève de Rome grand prix de composition

musicale. »

Le compositeur de cet ouvrage sera désigné par le ministre après avis des directeurs, sur une liste de cinq noms présentée par la section de musique de l'Académie des Beaux-Arts. La désignation de ce compositeur se fera à la requête des directeurs un an au moins avant l’époque où la partition complètement

terminée devra être livrée.

En cas de non-exécution de cet article, les auteurs du dit ouvrage recevront des directeurs une indem-

nité de 5.000 francs par acte.

Depuis 1878, plusieurs décrets vinrent modifier l’organisation du Conservatoire dans ses clauses accessoires ; un remaniement assez important fut proposé en 1892 sur le rapport de M. Henry Marcel ; il contenait un vœu de sectionnement du Conservatoire en deux écoles : l’une pour l’Art musical, l’autre pour l’Art dramatique ; il réclamait en outre : le relèvement des traitements des professeurs par la création de deux classes nouvelles, l'augmentation des appointements de début des répétiteurs, la dotation de six nouveaux cours à raison de 1.500 francs de traitement minimum des professeurs par cours, la suppression de classes préparatoires de piano et de clavier ; soit en tout une augmentation annuelle de dépenses

de 26.800 francs.

Un décret du 6 août 1894 institua une seconde classe d'Opéra, modifia l’âge d'admission et créa de

, PA DESACHÉ é

M nouvelles dispositions relatives aux limites d'âge, nombre d’années d’études, etc.

De 1902 à 1906, de nombreux décrets, instructions, arrêtés, vinrent réglementer le fonctionnement du Conservatoire.

Un arrêté du 30 novembre 1902 porte de 10 à 12 le nombre maximum des élèves dans les classes préparatoires de plusieurs instruments.

Un décret du 3 novembre 1905 crée deux emplois de professeurs supplémentaires de chant, sans traitements. Un arrêté du 3 novembre de la même année porte de huit à dix le nombre des classes de vocalisation et de chant.

Une instruction en date du 5 novembre 1905 modifie les conditions générales de l’enseignement du chant.

Un décret du 3 février 1906 crée une sixième catégorie de professeurs : les professeurs supplémentaires sans traitement, nommés par le ministre dans les mêmes conditions que les professeurs titulaires. Un arrêté, en date du même jour, crée une classe de prosodie lyrique et la rend obligatoire pour tous les élèves des classes de déclamation lyrique.

Un arrêté en date du 30 mars 1906 apporte quelques modifications relatives : au nombre maximum des élèves à admettre dans certaines classes, aux élèves susceptibles d’être incorporés, et aux élèves étrangers.

Par décret du 3 avril 1906, voix « délibératrice » est

conférée au secrétaire général du Conservatoire, dans les séances du Conseil supérieur d'enseignement des jurys d'admission, des comités d'examens des classes et des jurys de concours.

D’après ces décrets, l’on voit que le Conservatoire est sujet à de nombreuses et fréquentes modifications, nous n’approfondirons pas davantage ces remaniements successifs, nous réservant à la fin de ce chapitre de juger et d'apprécier les résultats obtenus.

Depuis une dizaine d'années, la subvention au Conservatoire national n’a pas beaucoup varié : notons cependant une légère augmentation d’ailleurs pas encore suffisante.

En 1902, le crédit voté pour le personnel était de 193.200 francs et pour le matériel de 63.500 francs.

En 1905 nous retrouvons les mêmes sommes, pour le personnel comme pour le matériel.

En 1906, les crédits augmentent : du rapport de M. Albert Gérard au Sénat, nous extrayons ces chif-

res":

Pour le personnel.

Crédit demandé pour 1906 . . . . . . . 193.200 fr. Crédit voté par la Chambre des députés. . . 194.100

Différence en plus . + . + . . . 900

Crédit proposé par la commission des finances. 194,100 fr

Pour le matériel.

Crédit pour 190602 OL 3e eee » 2 10-000

Crédit voté poup 1900: 2 475 008.00 "00 DiHéFOnC tits. de 6.500

Crédit voté par la Chambre des députés. . . 69.100 fr. Différence en moins . , +. « .".. 900

Crédit proposé par la commission des finances. 69.100 fr.

Cette augmentation de 6.500 francs n’est qu'apparente : elle est prélevée sur le chapitre 51 (matériel de conservation des palais nationaux), en vue de permettre l’organisation des concours publies du Conservatoire dans la salle de l’Opéra-Comique.

Quant à la différence de 900 francs entre le crédit demandé et le crédit voté par la Chambre des députés, elle n’est que le résultat du transfert de pareille somme au chapitre 15 du budget des Beaux-Arts (Conservatoire national de musique et de déclamation. Personnel).

Depuis 1906, les crédits ont encore augmenté, pour se maintenir à peu près slationnaires durant ces deux dernières années : le rapport à la Chambre des dépulés pour l’année 1910 de M. Louis Buyat nous

fournit les chiffres suivants :

Personnel

Crédit demandé par le Gouvernement . . . 199.300 fr.

Crédit accordé pour 1909 . . . . . . . 199,300

Crédit proposé par la commission, . . . . 199,300 Matériel

Crédit proposé par la commission, . , . . 68.600

Crédit demandé par le Gouvernement . . . 68.600

Grédit accordé pour 1909. . . . . :., . 69.100

Le crédit du chapitre 16 (matériel) a été réduit d’une somme de 500 francs qui est transférée au crédit de l’Institut, chargé de pourvoir à toutes les dépenses des concours pour le prix de Rome.

La place déjà importante que tient le Conservatoire dans le budget des Beaux-Arts, n’est peut-être pas encore suffisante : nous verrons plus loin les critiques qui lui sont adressées et qui nécessiteraient de nouveaux crédits.

En province, il existe également un enseignement musical subventionné par l’État : il figure au chapiire 17 du budget des Beaux-Arts sous le titre: «Succursales du Conservatoire et écoles nationales de

musique dans les départements. »

SE

Les Écoles de musique succursales du Conservatoire, et les Ecoles nationales, ne dépendent pas du Conservatoire national de musique,elles ressortissent directement du ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, qui les fait inspecter périodiquement: elles ont des règlements spéciaux approuvés par le ministre et reçoivent une subvention proportionnée à leur importance.

A l’origine, ce sont des écoles de musique municipales : leur rattachement au budget des Beaux-Arts est accordé après enquête, sur la demande des municipalités, dans les conditions résultant d'une convention passée entre la ville etle gouvernement, convention qui prévoit :

La transformation de l’école de musique municipale en école de musique nationale.

L'’approbation du budget de l’école par le ministre.

L'engagement par la ville de fournir l’école et le local.

La soumission à un règlement approuvé par le ministre.

La nomination par le ministre du directeur présenté par le préfet, avec avis du maire.

L'envoi tous les trois mois au ministre d’un état de la situation financière et du personnel.

Outre ces deux sortes d’écoles, l'État prévoit au budget un certain nombre de bourses de 500 à 600 fr.,

chacune destinées aux élèves des écoles nationales

LS de musique des départements, admis au Conservatoire national de musique.

Il nous faut encore citer, comme émargeant au budget, l’école de musique classique fondée en 1853 par M. L. Niedermeyer pour former par l'étude des chefsd'œuvre classiques des grands maîtres des xv°, xvi° et xvir° siècles, des chanteurs et des compositeurs de musique qui, à une profonde connaissance de leur art, unissent toutes les qualités d’une bonne éducation littéraire.

Par décret du 3 novembre 1853, 36 bourses de 500 francs chacune ont été instituées en faveur de l’école et sont accordées à des élèves désignés par le ministre de lInstruction publique et des Beaux- Arts.

Les succursales du Conservatoire national sont de fondation relativement ancienne ; les écoles nationales de musique datent seulement des trente dernières années.

Les succursales du Conservatoire national reçoivent une subvention de l’État selon leur importance : cette subvention vient s’ajouter à celle que fournit la ville. Ces subventions n’ont pas toujours eu la même importance : pour la ville de Lyon par exemple : le Conservatoire fondé en 1872 reçoit 4.000 fr. de l’État et 15.000 francs de la ville; en 1882, l’État alloue 5.000 francs, la ville 21.800 francs. Plus tard,

en 1884, intervient une convention entre l'État et la

Te ville : la ville maintient 21.800 francs mais l'Etat accorde 10.000 francs.

Voici d’ailleurs le taux des crédits alloués aux succursales du Conservatoire national et aux écoles

nationales de musique.

Succursales du Conservatoire national

Etat Ville

Lillew. + 010:000 fr..82.500.fr.

Lyon « . . . 10.000 21.800

Nancy... «+ 6.000 28.420 Nantes ee C0 0 15.400 département 1.000 fr.

Nimes ee 200 14,000 Rennes "0017000 19.500 département 1.000 fr.

Etat DIODES; TS. 6.000 fr.

Montpellier ess er out PETDISHANT A eu M NS A U0 Roubaix pen ce ea

Ecoles nationales de musique.

Etat

ARR SU OR RO D DORE AMENER LU ee 2 NS 3,000

Ansoulémenne eh 1084.000! fr:

Péronne LE us tante 24500 Boulogne-sur-Mer . . . . 3.500

Celle sin: RAC 000

Chambéry . « 2.000 LT ST RE SE LR CR RE SRE 1 HAN TANAL Er Me a ee. 22. 4.000 NOUS MR Medium à 34000 BAR OMIOTe em 4 ess ve De 00 OUR A ee + ee ns OU) NA ICRGIERTES ES RO TS 000

Les crédits proposés pour 1910 figurent au chapitre XVII du budget des Beaux-Arts et sont les sui-

vanis :

Succursales du Conservatoire et écoles nationales

de musique dans les départemenis:

Crédit proposé par la commission . . . . 173.000 fr. Crédit demandé par le Gouvernement, . . 173.000 Crédibaccordé. pour 1009. 0.1.2 00077173: 000

Ces institutions, écrit le rapporteur du budget de 1910,obtiennent de bons résultats et on ne peut que les encourager, notamment les écoles nationales de musique, qui ont peut-être moins de prétentions que

les conservatoires mais qui rendent de réels services.

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