‹ L'intervention de l'Autriche, decembre 1812-mai 1813Chapitre 14 sur 35 · LA MISSION DE SC H WA H Z EN BERG A PARIS · texte numérisé non relu

LA MISSION DE SC H WA H Z EN BERG A PARIS

Ces paroles qui résumaient le point de vue autrichien n'avaient trouvé aucun écho. Elles avaient seulement été rapportées à Paris, et y avaient précédé l'ambassadeur : « C'était le renseignement le plus ahirmant qu'on y eut encore reçu sur 1 opinion à Vienne (1) ." Devant le ministre Montgelas, le langage de Schwarzenberg n avait pas été moins net : » La Bavière n'a rien à craindre de l'Autriche. Au lieu de reprendre ce qui lui a été enlevé, la Bavière recevra des compensations. Quant à lui | il porte à Paris un ultimatum capable de donner à l'Europe une paix durable (2). » Mais, là encore, les démarches de l'ambassadeur n'avaient pas eu de résultat. La Bavière ne voulait pas se compromettre.

A Stuttgart, l'action de Schwarzenberg avait été tout aussi négative, et pourtant le Roi y était plus hésitant encore qu à Munich. àS était-ce pas lui qui, au premier janvier, en guise de souhaits à l'Empereur, avait fait paraître dans les journaux la liste des pertes du corps wurtembergeois à la Grande Armée (3)? Sa correspondance avec Napoléon pendant tout le mois de janvier n'était-elle pas devenue aigre-douce? N'y avait-il pas défendu, en termes amers et blessants même pour l'Empereur, l'indépendance et la fidélité de «es peuples, » accoutumés à la famille de leurs princes, dont la plupart se trouvaient les sujets depuis huit cents ans (4)? " N'était-ce pas lui qui

(1) Mémoire de Mercy d Argenteau, 20 février 1831. (A. E. Bavière, 15.) BiGNON (XI, 334), et d'après Bignon, 0:<(;ke>, Lugkwald. Il est probable que Bignon (ou plutôt Ernouf, car c'est Ernouf qui a rédigé le volume XI après la mort de Bignon) généralement bien informé n"a pas écrit cette phrase sans raisons. II n'existe pas aux archives des A. E. de dépêche de Mercy d' Argenteau au moment du passage de Schwarzenberg rapportant ces paroles. Elles sont consignées dans un mémoire de cet ambassadeur de 1831 : « Je pus alors mettre sous les yeux de mon gouvernement les réflexions du prince « , écrit-il comme entrée en matière.

(2) Oncke:!, I. 339.

(3) Moutiers à Bassano, 19 janvier. (A. E. Wurtemberg, 48.)

(4) Frédéric à Napoléon, 26 janvier. (ScHLOSsitERGER, 267. Politische und militai-ische Korrespondenz Kuniq Frederichs von Wiirteniherc/ rjtit Aapoleon I".)

332 L'IINTERVEINTION DE L'AUTRICHE

était rauteiir de la formule suivante : « Les engagements des souverains de la Confédération ne sont obligatoires qu'autant que la France peut leur accorder la protection qu'elle leur a promise?" A côté du Roi, le prince héritier avait affiché des sentiments tout aussi douteux : au baron de Binder, chargé d'affaires d'Autriche, il avait déclaré être resté tout aussi Autrichien que lorsqu'il portait l'uniforme blanc, et le ministre Zeppelin avait assuré que les plus belles années de sa vie étaient celles qu'il avait passées au service de l'Autriche (l). Mais, à Paris, une sortie violente de l'Empereur contre le chargé d'affaires de Wurtemberg avait suffi pour tout faire rentrer dans l'ordre {'2\ et malgré les protestations du gouvernement à Schwarzenberg, à Hatzfeld (3), ses actes ne répondaient pas à ses déclarations. Le contingent était réorganisé. Il eût fallu, pour décider les princes de la Confédération, l'approche d'une armée autrichienne. Or l'Autriche n'était pas prête, et le Rhin était trop près.

Enfin, le 7 avril au soir, Schwarzenberg arrivait à Paris. Le lendemain 8, il était reçu par Bassano, qui l'accueillait avec cordialité, comme un ami vivement désiré après une longue séparation. Cependant, d'un côté comme de l'autre, on était sur ses gardes. On évitait de s'engager à fond. Chacun des deux adversaires se tenait sur la réserve, voulant laisser l'autre prendre l'initiative des confidences, mais aucun d'eux ne le faisait, et on ne disait que des choses générales sur les armements immenses de l'Empereur, sur la défection de la Prusse. De cette défection Bassano déduisait qu'il ne croyait pas aux intentions pacifiques du Tsar, sinon l'empereur Alexandre « n'eût pas compromis si gratuitement le sort futur de la Prusse» . Schwarzenberg, au contraire, soutenait que » la paix était entre les mains de l'empereur Napoléon " ,

(1) LcCKWALDT, 206.

(2) Moutiers à Bassano, 19 et 20 janvier. (A. E. Wurtemberg, 48.)

(3) Hatzfeld, lors de son retour de Paris, s'était arrêté à Stuttgart. (Onckes, I, 322.)

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