‹ L'intervention de l'Autriche, decembre 1812-mai 1813Chapitre 15 sur 35 · LA MISSION DE SC H \VA II ZEN RERG A PARIS · texte numérisé non relu

LA MISSION DE SC H \VA II ZEN RERG A PARIS

mais il avait peur que, « voyant sa réputation attaquée par les événements de la dernière campag^ne, il ne voulût courir les chances d'une nouvelle pour la rétablir » ; et alors l'ambassadeur s'élevait violemment contre les conséquences d'une nouvelle g^uerre, tandis qu'il déclarait la nécessité d'un état d'équilibre en Europe, qui serait obtenu par » des puissances intermédiaires, fortes et indépendantes I) , séparant les deux grands empires de l'Est et de l'Ouest. « Il n'y a qu'à l'Autriche comme g^rande puissance du premier rang et à la Prusse, que ce rôle puisse être assigné. » Bassano écoutait sans interrompre; il laissait Schwarzenberg prendre position. Puis il prenait la parole à son tour et insistait longuement sur l'esprit d'insurrection iiqui s'était emparé du nord de l'Allemagne' . Aussitôt Schwarzenberg ripostait que celte tendance nouvelle des peuples était la conséquence du régime français qui était devenu odieux : « La paix seule peut prévenir les malheurs qui nous menacent, mais tant que vous ne rétablirez pas les États dans leurs droits, tant que vous ne reconnaîtrez pas que tout le monde est maître chez lui, que vous ne laisserez pas le commerce libre pour faire rentrer un peu d'argent dans la circulation, la paix même sera une chimère (1) . »

Le 9, l'ambassadeur était reçu par l'Empereur à Saint- Gloud, après le lever (2) . A peine introduit, Schwarzenberg remettait à Napoléon une lettre autographe de son maître (3) . L'Empereur s'enquerrait aussitôt après l'avoir lue de la santé de son beau-père, de celle de Metternich, puis il parlait rapidement des souffrances de l'armée pendant la dernière campagne, de sa réorganisation, et entrait enfin après ces préambules dans le vif du sujet. » Voilà quatre

(1) Schwarzenberg à Metternich, 14 avril, n" B. (H. H. S. A. 306, Frankreich, Berichte von Schwarzenberg, 1813; IV-VI. — Publié par Oncke>, 11,625.)

(2) Cette date du 9 ressort de la dépêche de Schwarzenberg et d'une dépêche de Bassano à Narbonne. Par contre le Moniteur donne la date du 14-, et Fain celle du 13.

(3) L'empereur François à Napoléon, 28 mars. (A. E. Autriche, 29.)

mois que Ton me parle de paix. Je n'ai pas hésité à accepter votre intervention avec plaisir; mais jusqu'ici à quoi a-t-elle amené? " Et après un silence : « Si j'avais prévu les retards qu'éprouveraient vos démarches, il n'aurait tenu qu'à moi d'entamer directement. Je suis prêt à faire la paix. Que medemande-t-on? Je ne puis pas prendre l'initiative, ce serait devoir capituler comme si j'étais dans un fort, c'est aux autres à me faire des propositions. — La manière dont Votre Majesté, reprenait Schwarzenberg, s'est expliquée dans les occasions publiques, les notes que j'ai lues dernièrement dans le Moniteur, ne peuvent pas paraître de bon augure à l'Empereur mon maître, dont le vœu le plus cher, et les soins les plus constants le portent à voir rendre le repos à l'Europe. — Mon cher ami, répliquait l'Empereur, on dit ces choses au Sénat, au public, mais cela ne prouve rien encore; c'est ainsi qu'il faut parler à la nation pour exciter ses efforts; mais ce n'est pas là le langage qu'on tient dans les cabinets en traitant... » Était-ce le désaveu de ses déclarations antérieures? Était-ce une tentative pour se concilier son interlocuteur?

Quoi qu'il en fût, l'Empereur parlait aussitôt après de l'Angleterre. Il ne croyait pas à la paix avec cette puissance. Lord Moira n'avait-il pas déclaré que toute paix avec la France était impossible, tant qu'elle aurait trente vaisseaux? Or cette condition était inacceptable. L'Angleterre, prétendait-il encore, était très montée contre lui : " Il n'y a sorte d'extravagances qu'on n'y débite, on me disait mort, en état de démence, on m'y a fait perdre mes jambes, et ma tête par-dessus le marché, ils croient que la France est écrasée, ils me demandent la Belgique! " La Belgique! non déclarait Schwarzenberg, mais la Hollande certainement. Malgré cette opinion, l'Empereur restait sceptique; car « les Anglais connaissaient trop bien l'importance de l'Escaut et d'Anvers » .

Après la question anglaise, l'Empereur abordait les questions prussienne et russe ; il était très calme. Ce calme

Page 1