LA MISSION DE SC H WARZEN BEI'. G A PARIS
même surprenait Schwarzenberg : » Les Prussiens n'en ont jamais fait d'autres; ils ont abandonné la France à Prajjue, au moment où ils étaient sûrs d'avoir la Silésie, ils s'en sont allés sans dire gare; bonsoir et tout était dit. Ce n'a jamais été une nation ; même le grand Frédéric se jouait de ses engagements. Il est sans doute malheureux qu'ils aient pris ce parti, cela augmente les complications, ils pouvaient rester neutres et tranquilles en Silésie, cela ne m aurait rien fait. Si vous aviez pu les empêcher, vous auriez bien fait, et je crois que vous l'auriez pu, si vous aviez déployé plus d'énergie. Ce n'est pas que je veuille vous en faire un reproche, chaque gouvernement doit savoir ce qu'il a à faire; mais c'est une affaire faite, ils veulent courir les chances de la guerre, il Faut savoir ce qui en arrivera; s'ils ont des succès, il est sur qu'ils pourront venir jusqu'au Rhin; si les chances sont pour eux, mon parti est arrêté ; il est vrai qu on ne peut pas partager la peau de l'ours avant qu'il ne soit pris, mais, dans ce cas-là, je disposerai de leurs Etats, et voilà comment je partagerai les cinq millions qui forment la population actuelle de la Prusse. » Et alors l'Empereur, « parlant vite et entre ses dents » , d'une manière assez inintelligible, reprenait le partage de la Prusse en trois lots. Schwarzenberg entendait mal, et n'osait pas faire répéter, mais il saisissait pourtant que la Silésie reviendrait à l'Autriche, « la partie orientale peut-être à la Pologne, et les cent vingt mille âmes qui resteraient serviraient à faire des indemnités » . Aussitôt l'ambassadeur protestait : ces vues étaient contraires à celles de son maître. L'Empereur profitait de cette interruption pour déclarer qu'il n'avait pas voulu la guerre de 1812, qu'actuellement encore il était prêt à signer un armistice, que « rien n'empêcherait de négocier pendant les opérations " , que si les Russes ne voulaient pas d'armistice, on pouvait réunir un congrès, mais que, pour cela, il fallait que l'Autriche rassemblât une armée en Bohème, de manière à pouvoir dire : « Voilà les conditions sur lesquelles on
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peut s'arranger, si vous ne voulez pas, je marche contre vous. »
Ce sujet amenait naturellement celui du concours de rAutriche à la guerre; TEmpereur envisageait trois solutions : ou l'Autriche s'unirait à la Russie, ce qui serait un grand malheur. » Il serait bien cruel pour moi de faire la guerre à l'Autriche, au père de ma femme, à la puissance dont je croyais m'être fait une amie... Cette défection agirait puissamment sur l'opinion de mes peuples, qui m'accuseraient d'avoir adopté un faux système politique, en m'alliant à l'Autriche par des liens de famille et par des traités. " Ou bien l'Autriche continuerait à être fidèle à l'alliance. Il faudrait dans ce cas qu elle dénonçât l'armistice dès qu'il serait arrivé de sa personne sur l'Elbe ; l'Empereur comptait qu'alors le corps d'occupation de la Galicie pourrait venir renforcer le corps auxiliaire. Fort habilement Schwarzenberg éludait toute question indiscrète à ce sujet, en répondant que le corps d'observation ne pourrait servir de renfort, car il fallait toujours " un noyau d'où l'on pourrait tirer les moyens de réparer les pertes " . Enfin le troisième parti serait celui de la neutralité; l'Empereur ne cachait pas à l'ambassadeur que l'Autriche perdrait ainsi l'occasion d'acquérir la Silésie et l'Illyrie.
La conversation pendant cette longue audience avait été hachée; l'Empereur sautait d'un sujet à un autre, et revenait souvent sur des questions déjà traitées. Ainsi la question de la paix avait été reprise plusieurs fois : » On a tort, chez vous disait-il, de croire que je ne veux pas la paix de bonne foi, mais ma position est difficile; si je faisais une paix déshonorante, je me perdrais; un ancien gouvernement où les liens entre le peuple et le souverain sont établis depuis des siècles peut, si l'empire des circonstances l'exige, souscrire à des conditions onéreuses. Je suis nouveau, j'ai plus de ménagements à garder pour l'opinion, parce que j'en ai besoin. » A une interruption de Schwarzenberg, Napoléon avait déclaré avec émotion :