‹ L'intervention de l'Autriche, decembre 1812-mai 1813Chapitre 17 sur 35 · LA MISSION DE SCH \V ARZEN BERG A PARIS 33T · texte numérisé non relu

LA MISSION DE SCH \V ARZEN BERG A PARIS 33T

(i Ah! si j'étais malheureux, je ne répondrais de rien, je ne sais ce que deviendrait ma dynastie. Ce ne sont pas les Bourbons que j'ai à craindre, ce seraient les jacobins qui s'empareraient de la France, et alors on ne pourrait pas calculer où s'arrêterait la combustion. Je sais tout cela, aussi la guerre me répu(jne-t-elle. »

Schwarzenberg avait laissé parler l'Empereur presque sans l'interrompre, sans se servir de ses instructions : «J'ai préféré, écrivait-il, d'amener l'Empereur lui-même à un développement de ses idées sur les points qu'il vous importe d'éclaircir, et de ne lui développer les nôtres qu'autant qu'il était nécessaire d'après les circonstances. « Il avait eu l'impression très nette que Napoléon croyait " ne pouvoir faire autrement que de courir les chances d'une nouvelle campagne, mais j'ai trouvé, ajoutait-il, des indications assez prononcées, qu'il ne serait pas fâché de les éviter « .

Pendant le cours de l'audience, l'Empereur avait insisté sur ses armements, il était allé « chercher son livret » , où les étals de situation des corps étalent transcrits, et il avait déclaré à l'ambassadeur que les trois corps de Ney,. de Marnjont, de Bertrand, forts chacun de quatre divisions de 10 000 à 1 2 000 hommes, seraient rendus à la fin du mois de Wurzbourg, Hanau et Augsbourg, à Eisenach, Gotha et Cobourg, que lui-niême quitterait Paris, au plus tard le 19, pour se rendre à Mayence et à Erfurt, que les trois divisions de la garde et deux divisions d'alliés réunies aux troupes précédentes formeraient l'armée du Main, dont il prendrait le commandement, et qu'il marcherait avec toutes ces forces réunies en masse contre les armées ennemies, de manière à les forcer à repasser l'Elbe. Outre ces troupes, le Yice-Roi rassemblait autour de Magdebourg 80 000 hommes et 12 000 chevaux, qui formeraient l'armée de l'Elbe. Quant au maréchal Davout, il opérerait avec quatre divisions dans les départements réunis.

En terminant sa longue dépêche, Schwarzenberg cons-

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tatail que, pendant cette conversation, l'Empereur n'était plus le même homme que celui qu'il avait connu autrefois ; il n'avait plus créions hardis, d'emportements, dp phrases violentes, de colères soudaines : « J'ai trouvé l'Empereur, écrivait-il, pendant tout l'entretien qui dura plus de quatre heures, doux, prenant un air de confiance, se servant souvent de l'expression n mon cher ami » . mais plus pensiF et préoccupé qu'il ne m'avait paru encore. Son lanjjage était moins tranchant, comme toute son attitude moins assurée; il paraissait ressembler à un homme qui craig^nait d'être dépouillé aux yeux des autres du prestige dont il était entouré; son regard semblait me demander si je voyais encore le même homme en lui. Cette nuance se faisait surtout sentir quand il parlait d'une paix déshonorante et de l'impossibilité de taire de son côté les premières propositions. »

L'audience terminée, Schwarzenberg allait quitter Saint-Cloud, déjà il était sorti du château, quand il avait été rejoint par un chambellan qui le prévenait que l'Impératrice l'attendait. Quelques instants plus tard, il était reçu en tête à tête, et, pendant une heure, « Sa Majesté lui procurait le bonheur d'un entretien en langue allemande " , dans lequel elle lui parlait à « cœur ouvert des affaires du moment (1) » .

Le lendemain, Scliwarzenberg revoyait Bassano. Ce dernier l'entretenait de nouveau d'un congrès e( d'un armistice ; comme l'Empereur l'avait fait, il exprimait des doutes sur la jjossibilité d'une paix générale à cause de l'Angleterre; conmie la veille, Schwarzenberg ripostait que sa cour était d'une opinion toute différente, et que, sans avoir de notions précises, a elle était persuadée que l'Angleterre ne laisserait jamais la grande étendue des côtes avec les embouchures des rivières réunies depuis peu d'années entre les mains de la France, que, sans faire

(i) Schwarzenberg à Metternich, 14 avril, n» A. (H. H. S. A. 306, Frankreich, Berichte von Schwarzenberg, 1813; IV-VI. — Publié par Omckes, 11, 618.)

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de prétentions sur la Hollande, il lui suffirait qu'elle fût détachée de la France et (gouvernée par un prince indépendant, qu'elle pourrait désirer que l'Italie fut enraiement séparée de la France, et sous le g^ouvernement d'un souverain indépendant, que Venise entre les mains de la France lui inspirerait probablement de la jalousie, et qu'il semblait qu'elle ne se désisterait pas volontiers de la possession du cap de Bonne-Espérance et de Malte, mais qu'elle renoncerait aux colonies françaises » .

Bassano écoutait l'exposé de toutes ces combinaisons : elles étaient émises «comme de simples raisonnements» , et non comme « une suite d'ouvertures » ; il n'en paraissait nullement « effarouché » ; mais ce qui frappait Schwarzenberg, c'était que <i l'idée de séparer la paix russe de celle de l'Angleterre, manifestée tant de fois, n'était plus énoncée » . Et même il remarquait qu'à propos de la Suède, Bassano avait déclaré que l'Empereur ne se considérait pas comme en guerre avec cette nation, et qu'il admettait que, « puisque les Français avaient évacué la Poméranie, les Suédois avaient eu raison de l'occuper (l) " ; quant au Danemark, il admettait parfaitement qu'il restât neutre » dans un moment où il ne pouvait lui envoyer une armée de 40 000 hommes pour le secourir » .

Ce même jour Schwarzenberg étant en soirée chez le ministre était pris à l'écart par ce dernier qui lui confirmait toutes les conversations antérieures, soit les siennes, soit celles de l'Empereur; puis il lui donnait rendez-vous pour le lendemain, afin de lui communiquer les états de situation de l'armée française.

Le lendemain, en effet, il lui <• montrait le tableau de la situation de l'armée, il lui en donnait une copie, et le

(i) Dans la note remise par Bassano à M. d'Ohson, chargé d'affaires en Suède, on lisait : u Sa Majesté retardera autant qu'il est en elle l'éclat d'une rupture. Elle ne donne point ce nom à l'interruption des relations diplomatiques et commerciales. Elle ne croira à la guerre, que si la Suède la iléclarc, ou si, exécutant des projets qui sont représentés comme la suite de ces armements, elle attaque les côtes de la Baltique ou les possessions du Roi de Danemark. « (A. E. Suède, 298.)

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prévenait en même temps que l'Empereur allait donner l'ordre au g^énéral Frimont de dénoncer l'armistice (1) ».

Dans tous ces entretiens, l'Empereur avait considéré Schwarzenbergf plutôt comme un lieutenant venant chercher des ordres que comme un ambassadeur ; aussi lui avait-il parlé avec une franchise toute militaire. Il est vrai que l'Autriche avait tellement assurée Napoléon que le corps auxiliaire restait sous » son commandement immédiat (2) " , et lui avait tellement répété que l'envoi du commandant en chef du corps auxiliaire comme ambassadeur « permettait de prendre ses ordres pour une prochaine campag^ne (3) » , que l'Empereur était autorisé à agir ainsi. Il lui avait de plus laissé entendre qu'il comptait le voir reprendre sous peu son commandement, et qu'il espérait que l'Autriche donnerait à l'archiduc Charles celui du corps qui devait entrer en Silésie.

Ainsi, Schwarzenberg^ avait laissé parler l'Empereur et le ministre, sans essayer d'exposer le point de vue autrichien ; il avait réservé ses communications pour plus tard, sans se douter que le temps pressait, et que plus tard serait peut-être trop tard. Il n'avait pas cherché à dissiper les illusions qui ré(jnaient à Paris; peut-être n'avait-il pas osé le faire; en tout cas, après toutes ces conversations, il était à peu près renseigné; aussi le même jour pouvait-il écrire à Metternich :

« L'Empereur a été rassuré par mon arrivée à Paris; il ne craint rien tant qu'une rupture avec l'Autriche, il sent que la suite en serait une guerre dont la Hn est difficile à prévoir. » Il veut qu'on se persuade qu'il désire la paix, et « mesure soigneusement ses expressions » toutes les fois qu'on parle de la Prusse. Il voit d'une manière très nette « le danger qu'il court en perdant une

(1) Schnarzenberg à Metternich, 14 avril, n" B. (H. H. S. A. 306, Frankreich, Berichte von Schwarzenberg, 1813; IV-VI. — Publié par O^CKErf, II, 625.)

(2) Metternich à Bubna, 25 janvier. (Déjà cité, chap. m, page 105.

(3) L'empereur François à JJapoléon, 17 février. (Chap. ni, page 212.)

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