‹ L'intervention de l'Autriche, decembre 1812-mai 1813Chapitre 18 sur 35 · LA MISSION DE SC HWARZENBEIIG A PARIS · texte numérisé non relu

LA MISSION DE SC HWARZENBEIIG A PARIS

bataille » ; cependant il « est impossible de ju^er quelles seraient les conditions de paix qu'il trouverait convenables; mais je ne puis m'empêcher de croire qu'à la tête de son armée (car il tient à ce que l'Europe sache qu'elle existe), avant une bataille même, il serait moins difficile qu'on ne le croirait peut-être, si l'Angleterre faisait des propositions acceptables. Pour faire des sacrifices sur le continent, il voudra pour se justifier et sauver sa gloire vis-à-vis de la France faire valoir des avantages maritimes et commerciaux. Une paix continentale sera difficile à obtenir autrement que très défavorable " . En tout cas l'Autriche pour imposer la paix devra avoir 80 000 hommes en Bohème. L'Empereur a hâte d'entrer en campagne pour produire un grand effet; néanmoins cette proposition d'armistice faite dès le début des opérations prouve qu'il désirerait la paix plutôt que « de courir les chances d'une nouvelle campagne " . Au point de vue militaire, le temps qu'il gagnera par cet armistice ne sera pas pour lui aussi avantageux qu'il se l'imagine, puisqu'il lui faut deux ou trois mois avant de pouvoir être rejoint par ses réserves, tandis qu'il faut quelques semaines à peine aux armées russes et prussiennes pour recevoir les leurs. " Enfin, note Schwarzenberg, tout le monde sans exception est fatigué de la guerre, on ne soupire qu'après la paix et la tranquillité; ce vœu est général et personne ne s'en cache. Le duc de Bassano parait être seul dans le secret de l'Empereur. Il soutient hautement le parti de la guerre, et c'est ce qui a contribué principalement à lui aliéner les esprits; ce ministre continue à me traiter sur le pied amical qui subsiste entre nous, j'en profite pour lui dire tous les jours les vérités les plus fortes, et je crois que mon langage calme et positif sur les affaires du jour l'embarrasse souvent. Le prince de Neuchâtel lui-même ne parait pas entièrement informé ; il désire la paix plus que tout autre, mais il est entièrement persuadé que l'Empereur gagnera une bataille dès que les armées seront en présence. Il

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faut avouer que les esprits sont bien montés, et que Paris a bien changé depuis onze mois; enfin tout dépend d'un^ seul homme, et c'est l'Empereur (l). »

Tandis que Schwarzenberg recevait à Paris communication des états de situation de l'armée, Bassano en transmettait des copies à Narbonne, sous le prétexte qu'à Vienne on ne connaissait pas » l'étendue des moyens de la France " . L'Empereur va partir, il sera entre le 20 et le 22 à Erfurt à la tête de 200 000 hommes, et aura sur sa gauche les 100 000 hommes du Vice-Roi, tout en laissant deux divisions à Magdebourg, et quatre dans la 32' division militaire. Tous ces chiffres résultent des sénatusconsultes " qui ont ordonné les levées " . Or, tous ces sénalus-consultes ont été publiés, et, comme preuve de ses dires, Bassano en envoie la liste. Le ministre compte 1 100 000 hommes sous les armes en Allemagne, dans les dépôts, dans les places et en Espagne. Comment supposer qu'avec de tels effectifs, l'issue de la campagne puisse être douteuse? et comment l'Autriche peut-elle encore rester hésitante? Tout au contraire, elle voudra contribuer au triomphe de son alliée; l'Empereur va donc donner au général Frimont l'ordre de dénoncer l'armistice : « Il est bon, Monsieur le comte, que M. de Metternich avertisse M. le général Frimont, afin d'ôter toute possibilité à un malentendu dont les conséquences seraient très fâcheuses (2) . »

Au moment où Schwarzenberg était arrivé à Paris, Bubna était parti pour Vienne avec une lettre de Napoléon annonçant à son beau-père qu'il quittait l^aris pour se mettre à la tête de son armée, et qu'il allait envoyer à Frimont l'ordre de dénoncer l'armistice (3). Le gouvernement de Vienne ne pouvait donc être mieux informé.

Quant à lui, il allait partir, mais avant de quitter Paris,

(1) Schwarzenberg à Metternich, 14 avril, n» C. (H. H. S. A. 306, Frankreich, Berichte von Schwarzenberg, 1813; IV-VI.)

(2) Bassano à Narbonne, 11 avril. (A. E. x\utriche, 394.)

(3) Napoléon à l'empereur François, 13 avril. (^Correspondance, 19859.)

LA MISSION DE SC HW ARZ ENBERG A PAIUS V*:\

il voulait revoir le prince Scliwarzenberjj; il lui accordait donc une nouvelle audience (l). Cette seconde audience se réduisait comme la première aune conversation, pendant laquelle Napoléon parlait » avec une confiance plus j'][rande encore » qu'il ne l'avait fait la première fois. Il s'adressait de nouveau au militaire, exposant que son départ immédiat était la conséquence du mouvement fait par le Vice-Roi, lorsqu'il avait abandonné l'Elbe pour se rapprocher du maréchal Ney. Il déclarait vouloir se rendre à Mayence pour obtenir des notions exactes sur l'ennemi, puis essayer de le tourner en manœuvrant sur son flanc droit : « Dans ce cas, avait-il dit, vous auriez des éclaboQSsures en Bohème (2) . » L'occasion s'offrait donc une seconde fois à Schwarzenberfj d'aborder l'objet de ses instructions; mais il ne le faisait pas.

L'Empereur ne lui avait-il pas permis de parler? L'ambassadeur n'avait-il pas osé le faire? L'audience se serait brusquement terminée sur cette boutade : « Vous avez le bâton de maréchal : le bâton veut dire schlaqen (battre) celui qu'on a devant soi. — Oui, Sire, aurait répondu le prince, il faut le désirer, il s'agit de le pouvoir (3) . "

Le lendemain 15, l'Empereur était parti à une heure du matin de Saint-Cloud pour Mayence. Ce départ ne pouvait plus laisser subsister d'hésitation, le sort en était jeté. Malgré ses déclarations favorables à un armistice, la hâte que Napoléon mettait à partir, semblait bien prouver que cet armistice ne se signerait qu'après une bataille dont l'issue ne pouvait être douteuse, et qui lui permet-

(1) D'après le journal de Floret cette audience aurait eu lieu le 14 ; peutêtre est-ce celle que mentionne le Moniteur, à la date du 13? mais alors comment expliquer que Schwarzenberg ne fasse pas mention d'une audience accordée la veille dans sa lettre du 14, puisqu'il note ses conversations avec 1 Empereur, Bassano et l'Impératrice.

(2) Journal remis par le Prince Schwarzenberg à Vienne, le 4 mai 1813, 14 avril. (11. H. S. A. 308. Frankreich, Berichte von Schwarzenberg, 1813; IV-VI.)

(3) PnoKKscu, 169.

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trait de parler à l'Europe en maître, comme il était hab tué à le faire.

Cependant la mission autrichienne restait encore à Paris ; le départ de l'Empereur ne devait pas empêcher les conversations entre le ministre et l'ambassadeur, mais il était évident que quelles que fussent les déclarations que ce dernier dût faire, on ne pouvait plus en attendre de résultat satisfaisant.

Le jour même du départ de l'Empereur, Schwarzenberg était allé à Saint-Cloud; il y avait vu l'Impératrice qu'il avait trouvée triste et résignée; elle était préoccupée, ses grands yeux bleus étaient rougis par les larmes, Jes armements de l'Empereur ne lui inspiraient plus la même confiance qu'autrefois, elle avait le pressentiment qu'une rupture entre Paris et Vienne allait éclater, elle suppliait qu'on eût pitié d'elle (I) . Pourtant elle montrait une résignation triste et touchante (2) : " Quel triste été je vais passer, écrivait-elle à son père (3). "

Metternich n'avait pas répondu immédiatement à la note de Narbonne du 7 ; il lui avait cependant promis une réponse pour le 12; or la journée du 12 s était passée «ans que Narbonne eût reçu cette pièce. Ce retard sans cesse renouvelé au dernier moment sans raisons sérieuses inquiète l'ambassadeur qui se livre sur ce sujet à une foule de conjectures, et confirme un soupçon qui déjà avait effleuré son esprit, c'est que les réponses officielles de l'Autriche « ne dévoileront rien sur ses véritables intentions " . Il est évident, pense-t-il, qu'en écoutant succes-

(1) IIklfert, 245.

(2) Bassano à l'Empereui-, 15 avril. (A. N., A. F. IV, 1676.)

(3) Marie-Eouise à rernpercurFrançois. (H. II. S.A., Ilof-Korrespondenz, Bricfe der Kaiserin Marie-Louise.)

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