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sivement les deux partis opposés, le cabinet de Vienne peut tromper l'un et l'autre ; aussi est-ce dans les conversations journalières, dans une observation » sérieuse et constante >» , qu'il est nécessaire de recueillir les éléments propres à se former une opinion. En demandant à l'Autriche sa coopération, l'Empereur l'a autorisée à négocier et à armer. Elle peut donc le faire librement, <i comme en conformité avec les intentions de Sa Majesté » , mais ensuite quels seront ses projets? Actuellement " les opinions les plus modérées semblent lui prescrire le rôle de médiatrice armée " . Sans doute dans ses conversations Metlernich a toujours évité <' beaucoup plus soigneusement le mot que l'idée" , mais Stackelberg colporte partout le mot, et le ministre ne fait rien pour le d«3mentir. Or, il est évident que si Stackelberg «ne craint pas de faire connaître son contentement et sa joie n , c'est que « ses raisons ne manqueront pas de poids auprès d'un arbitre si désiré que l'Autriche » . De toutes ces considérations, il résulte qu'elle ne fera rien « en faveur de la France » avant une bataille, et que toute négociation se terminera par » des paroles sans résultat » . Le gouvernement d'ailleurs ne peut pas agir autrement, sans attirer sur lui
« l'animadversion universelle» . 11 n'est pas «le maître de résister à l'impulsion de l'esprit public; les sentiments d'union et d'affection pour la France, que l'Empereur conserve avec plus de constance que de fermeté, ne suffisent pas pour l'élever au-dessus des passions exaspérées de la multitude » . Le seul remède à employer à celte situation serait d'accorder à l'Autriche « une neutralité entière et absolue « , mais il resterait à examiner
" quelle serait la garantie d'une semblable neutralité (l) ). .
Narbonne n'avait pas achevé d'écrire ces lignes, qu'on lui apportait la réponse attendue de Metternich; et de même que la note du 7 n'avait été que la copie des ins-
(1) Narbonne à Bassano, Vienne, IV avril. (A. E. Auliiclio, 394.)
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triiclions de Bassano, de même la réponse du 12 n'est que la copie des instructions à Schwarzenberg.
Elle est claire et précise. Metlernich va droit au but, sans détours; il passe en revue les quatre points sur lesquels on lui demande une réponse.
Le premier vise la conduite que suivrait l'Autriche pour amener une néjjociation de paix, et celle qu'elle adopterait pendant cette négociation. Metternich répond que Napoléon trouvant que l'Autriche s'est trop engagée dans le sens de la paix sans avoir pris une couleur prononcée, elle va se transformer en médiatrice armée. Désormais, elle <i en tiendra le langage vis-à-vis des cours alliées, et ne négligera rien pour donner tout le poids à son langage » . A propos de la conduite à adopter pendant la négociation, l'Autriche déclare qu'elle est heureuse de constater qu'elle est du même avis que la France sur la question d'une réunion de plénipotentiaires, mais qu'elle voudrait savoir si la France va nommer immédiatement ses plénipotentiaires, ou si elle désire qu'une » demande uniforme » ait été auparavant adressée aux cours intéressées; Wessenberg, arrivant en ce moment à Londres, doit faire savoir si l'Angleterre admet cette manière de procéder; si oui, la Russie et la Prusse n'auront pas de raisons pour retarder le choix de leurs délégués, si non, une paix continentale se substituera au rêve caressé d'une paix générale.
Sur le second point : « Sur l'accord entre les deux cours d'Autriche et de France, sur les arrangements généraux de pacification » , la note ne donne pas de solution autrichienne; elle a été rédigée « avant les premiers rapports de Paris " . Il faut donc «attendre ces rapports pour pouvoir entrer en détail sur ces objets importants » .
Le troisième point est relatif à « l'attitude de l'Autriche dans le cas que la négociation ne doive pas amener la paix » . L'Autriche répond très nettement à la question, en déclarant que, dans les conditions présentes, elle ne peut pas » prendre part à la guerre comme puissance
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simplement auxiliaire » . Son raisonnement est simple. En 1812 l'armée alliée comptait 400000 hommes, et la ligne de frontière autrichienne menacée était infiniment restreinte; à ce moment, un «corps d'observation inférieur en nombre à notre corps auxiliaire avait suffi » . Mais actuellement « la marche des événements, le rapprochement du théàlre de la g^uerre » exijreut au moins 100 000 hommes «pour couvrir l'immense frontière touchant au théâtre présumable de la g^uerre " . Dans ces conditions, si la médiation est repoussée, il ne restera plus à 1 Autriche que deux partis, « ou celui de se retirer derrière ses frontières en neutralisant son territoire, ou celui de prendre une part plus active à la guerre comme partie principale. Sa Majesté — [autrichienne] — ne peut donc que partager l'opinion de Sa Majesté l'Empereur des Français, que les stipulations des secours limités de notre traité d'alliance ne sont plus applicables aux circonstances du moment » .
Le quatrième point a trait « aux opérations militaires » en cas de guerre. Sur ce sujet Metternich est moins affirmatif que sur les précédents : il se dérobe. Il parle du corps auxiliaire qui, après » s'être assuré, par une suspension d'armes momentanée, la possibilité d occuper le dernier point du duché de Varsovie, a été dans le cas d'admettre dans son rayon les restes de l'armée polonaise pour les soustraire à la supériorité des Russes 1) . 11 accuse cette armée d avoir « excité l'attention des Russes par d'inutiles provocations " . Aussi, ajoute-il, depuis quelque temps « ces derniers semblent avoir pris le parti de déloger ce foyer d'insurrection — [les Polonais] — placé sur leur flanc et dans leur dos » . Dans ces conditions, l'Empereur a résolu de ne pas sacrifier inutilement des hommes pour conserver une région qui n'a aucune utilité militaire, puisqu'elle est complètement épuisée, et il a envoyé au général Frimont, dans le cas de la dénonciation de l'armistice, l'ordre de rentrer en Galicie, et les instructions nécessaires à l'exécution de ce
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mouvement. Or, la Galicie ne saurait nourrir à la fols le corps du général Frlmont, une partie de celui du prince de Reuss et les Polonais, d un autre côté ces derniers ne peuvent être autorisés à séjourner en Autriche; aussi la cour de Vienne vient-elle de si^jner avec le général Watzdorf une convention pour régler le passage des Polonais à travers les " États héréditaires » .
Cet exposé fait, la note continue : « L'Empereur, notre auguste maître, restera fidèle à son caractère. Il ne bornera pas ses démarches en faveur de la cause qu'il croit devoir plaider, celle de la paix, à de simples paroles, et si des exagérations possibles dans les vues des cabinets alliés devaient prévaloir sur celles de la raison et de la modération que ne cessera de professer Sa Majesté Impériale, elle mettra sans hésiter une imposante force dans la balance de la puissance que nous regarderons, abstraction faite même des complications immenses du moment, comme notre alliée la plus naturelle. Nous devons, ainsi que je vous l'ai déjà dit plus haut, attendre la première explication entre l'Empereur des Français et le prince Schwarzenberg sur des bases générales, avant de pouvoir même songer à proposer aux alliés un armistice. Cette démarche n'offrirait dans la position actuelle des choses, et sans être accompagnée d'explications quelconques de notre part, que des compromissions d'autant plus gratuites pour nous et pour la France, que les alliés prendraient pareille demande pour une simple preuve de faiblesse, et que, comme telle, loin de servir l'empereur Napoléon, elle placerait en pure perte son attitude et la nôtre dans un jour entièrement faux, en rehaussant prodigieusement aux yeux des peuples de l'Europe celle des alliés (l). "
(1) Extrait d'une dépêche de M. le comte de Metternich à M. le prince de Schwarzenberg, 12 avril. (A. E. Autriche, 394 et 396 ) — Instructions pour le prince de Schwarzenberg, 14 avril, n° 1 et n° 2. (II. II. S. A. 309, Frankreich, Weisungen fur Schwarzenberg, 1813.) En même tetnps que cette instruction, Metternich envoyait à Schwarzenberg le texte de la convention avec la Saxe au sujet du corps auxiliaire.
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Si la note du 7 avril avait été d'une franchise un peu brutale, la réponse était d'une remarquable ironie. Metternich avait des sophismes déroutants, des déductions imprévues et singulières. Ainsi, les demandes successives de l'Empereur d'augmenter les troupes autrichiennes en Pologne, en Bohême, d'entrer dans la guerre comme partie principale l'avaient amené à conclure que le traité de 1812, qu'il avait toujours considéré comme «limité » , n'était plus applicable aux circonstances actuelles! Cette théorie rendait à l'Autriche toute sa liberté! Elle lui permettait de se déclarer « médiatrice armée » sans violer le traité! et, très hardiment, le ministre ne cachait pas que cette nouvelle attitude l'amènerait fatalement à se déclarer pour celui des adversaires qui lui offrirait le plus de garanties. L'Autriche était désormais déliée de tout engagement antérieur, et cela par la volonté même de l'Empereur.
Cette note n" 1 était accompagnée d'une note n" 2, dans laquelle Metternich déclarait que la base du traité de 1812 était celle de la plus entière réciprocité, que ce traité n'était pas un traité analogue à ceux que la France avait signés depuis la Révolution, que si les conditions de réciprocité changeaient, le traité changeait de nature par le fait même, et qu'ainsi on pouvait, sans scrupules, « suspendre les restrictions portées d'après le texte du traité aux rapports militaires, dans une guerre qui avait changé entièrement de nature, et même de terrain m . C'était déclarer qu'à Vienne, on considérait le traité comme pouvant être suspendu au point de vue militaire; mais Metternich ajoutait aussitôt après que l'Autriche « n'en étendrait pas moins sa tâche militaire, si les puissances ne devaient pas se prêter à des arrangements raisonnables Il , et que, malgré cette suspension d'une des clauses du traité, les autres subsisteraient comme par le passé; le traité reprendrait donc toute sa valeur, une fois la guerre terminée. Conception étrange que celle qui admettait la suspension d'un traité pour un cas déterminé!
Un traité qui existerait sans exister! Subtilité tellement ténue qu'elle avait chance de ne pas être comprise!
Celte note était envoyée à Schwarzenberg, et devait lui servir d'instructions. Elle était datée du 14 avril.
Cependant, à Paris, Bassano et Schwarzenberg continuaient des conversations que le départ de l'Empereur n'avait pas interrompues. Les dépêches de Bignon et de PoniatoAvski annonçant les conditions mises par l'Autriche à la traversée des «États héréditaires" par les Polonais, avaient été lues par l'Empereur pendant un arrêt à Châlons, et avaient été ensuite dirig^ées sur Paris. Par elles, Napoléon et Bassano avaient appris l'ordre donné aux Autrichiens de ne pas se battre, et celui de u régler leurs mouvements de manière à ce que leur corps se trouvât tout entier et en masse derrière la Vistule avant l'expiration du dernier jour du délai convenu" (I) . Ils avaient également appris (i que, si le corps polonais se retirait aussi sur la Galicie, il devait traverser le pays en mettant bas les armes sur des chariots » . Aussitôt Bassano, sur Tordre de son maître, avait interrogé Schwarzenberg (2). L'ambassadeur avait répondu qu'il n'avait aucune connaissance de ces ordres; il s'était contenté de reparler au ministre delà convention du 30 janvier, de déclarer que, grâce à cette convention, les Autrichiens étaient parvenus à sauver jusqu'à maintenant les débris polonais; mais il avait fait entrevoir en même temps que les Russes pourraient être amenés, d'un moment à l'autre, à dénoncer l'armistice. En vue de cette éventualité, les Autrichiens avaient pris des mesures non seulement pour leur propre corps, mais encore pour le corps polonais. A cette annonce, Bassano avait demandé si le général Frimont dénoncerait l'armistice, quand 1 Empereur lui en donnerait l'ordre. « Le prince répondit que sans doute on dénoncerait l'armistice, mais qu'il était bien persuadé que l'Empereur n'exigerait
(1) Bijjnon à Bassano, 2 avril. — Poniatowski à Bassano, 5 avril. — Bignon à Bassano, 6 avril. (A. E. Pologne, 334 )
(2) Bassano à Narbonne, 17 avril. (A. E. Autriche, 394.)
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pas cette tlénonciation avant que son armée ne fut à la hauteur de l'armée autrichienne; car, sans cela, il aventurerait sa position, et à près de 200 lieues éloignés de tout secours, les Autrichiens risqueraient que les cosaques et les levées prussiennes vinssent jusqu'en Moravie, ce qui donnerait la dernière secousse à l'opinion déjà si prononcée contre cette guerre ; que l'Empereur savait que dans aucun cas le corps autrichien ne pouvait être augmenté, et qu'il n'était pas assez fort pour pouvoir agir à une si grande distance de l'armée avec succès contre des ennemis supérieurs; qu'une dénonciation prématurée de l'armistice ne serait d'aucune utilité pour l'Empereur, tandis qu'elle compromettait immanquablement les Autrichiens (1). »
Eln transmettant cette réponse à l'Empereur, Bassano écrivait : " Le prince de Schwarzenberg a répondu affirmativement. Cependant, Sire, il résulte de tout ce qu'il m'a dit, qu'on est tellement agité à Vienne delà crainte d'attirer l'ennemi sur le territoire autrichien, et de compromettre le corps auxiliaire avant que le mouvement de la grande armée fut complètement développé, et la guerre assez vivement engagée pour qu'on puisse espérer de combiner les opérations, que j'oserai représenter à Votre Majesté qu'il ne serait pas sans utilité, que les ordres qu'Elle donnera au général Frimont soient transmis de manière à ne laisser aucun prétexte d'évasion (2). "
La réponse de Schwarzenberg était habile et nullement compromettante; car si la première partie était un engagement formel et précis, sa portée était singulièrement réduite par la seconde. Il était, en effet, vraisemblable qu'avant que l'armée française fut arrivée à la hauteur du eorps auxiliaire, les événements seraient devenus tels, que l'Autriche aurait nettement pris parti soit pour la France, soit pour les alliés. Jusqu'à cette date, que d'événements pouvaient surgir qui changeraient la face des choses! et
(1) Journal de Fiorr-t, Ki avril. (Il H. S. A. 306, Frankreich, Berlclue Ton Schwarzenberf», 1813: IV-VI.)
(2) Bassano à l'Empereur, 10 avril. (A. ]S., A. F. IV, 1676.)
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alors l'affirmation de Schwarzenberg n'aurait plus sa raison d'être. Mais si Schwarzenberfj avait fait la réponse qui est reproduite dans le journal de Floret, Bassano n'en avait pas entendu la fin, puisqu'il se contentait d'écrire à l'Empereur : « Le prince de Schwarzenberg^ a répondu affirmativement. » A Narbonne, le ministre écrivait la même phrase. 11 est vrai que, malgré tout, il avait l'impression qu'à Vienne » on ne serait pas fâché de trouver un prétexte d'évasion (1) » . Aussi chargeait-il l'ambassadeur «d'éclaircir cette affaire " . Mais dans sa pensée l'affirmation de Schwarzenberg n'en subsistait pas moins; il était convaincu que sa valeur était absolue, tandis qu'elle n'était que relative, qu elle était une hypothèse, qui ne deviendrait une réalité que si les troupes françaises commençaient un mouvement en avant. Ce malentendu allait peser lourdement sur les conversations suivantes.
Le 2 1 , un courrier autrichien apportait à Schvvarzenberg les instructions du 14. A peine les avait-il reçues, qu'il allait trouver Bassano, pour lui donner lecture de ces documents. Le ministre écoutait avec la plus grande attention, demandant avec quelques explications sur ces divers points une note écrite. Quelques instants plus tard, arrivaient les dépêches de Narbonne, et avec elles la note verbale de Metternich du 12. Ainsi documenté, Bassano engageait immédiatement une conversation sur ces sujets, mais alors Schwarzenberg se dérobait, prétextant qu'il ne savait pas autre chose que ce qui était contenu dans ses dépêches, et qu' " en les communiquant en entier, il avait donné tout ce qu'il avait » . Ces affirmations ne satisfaisaient pas Bassano qui demandait des précisions complémentaires sur des points qui l'inquiétaient. 11 voulait savoir si l'Autriche allait annoncer officiellement la médiation armée, avant que Narbonne « put recevoir des ordres " ; il voulait également savoir
(1) Bassano à l'Empereur, 16 avril (déjà cité). — Id. à Narbonne, 17 avril. (A. E. Autriche, 394.)