T. A MISSION DE SCHWARZENBERG A PARIS
<i si ce projet de médiation devait avoir une influence immédiate sur la disposition du corps autrichien en Oalicie » .
Sur le premier point, la réponse de Schwarzenberg était très nette : « L'Autriche voulait pouvoir laisser entendre " qu'elle avait pris le parti de la médiation armée. (i Mais, ajoutait l'ambassadeur, il n'était point dans notre usage de donner de la publicité à de pareilles dispositions, et dans nos sentiments de précipiter aucune démarche sans que notre allié en ait été prévenu d'avance. » Toutefois, à côté de cette précision, l'ambassadeur avait une réticence, car il prétendait ignorer l'envoi de Stadion au quartier général russe, alors que ce choix était arrêté depuis le 20 mars, c'est-à-dire bien avant son départ de Vienne.
A la seconde question, l'ambassadeur répondait tout aussi catégoriquement. Le corps auxiliaire, « même s'il était forcé de rentrer en Galicie » , en sortirait « par l'ordre que donnerait Sa Majesté lorsque les opérations de guerre permettraient qu'il agisse, sans attirer sur lui les principales forces de l'ennemi » . C'était en somme la même réponse que celle qu'il avait déjà faite quelques jours auparavant au ministre. C'était l'assurance que le corps obéirait à l'Empereur, mais toujours avec la même restriction qui pouvait autoriser tout faux-fuyant au moment de l'exécution du mouvement. Schwarzenberg assurait également que, si la médiation ne devait pas aboutir, l'Autriche prendrait une part plus active dans la guerre comme partie principale ; il est vrai qu'il ne donnait cette assurance que comme reflétant ses opinions personnelles, et qu'elle ne pouvait engager sa cour, mais il n'hésitait pas à dire que rien ne serait décidé à Vienne tant qu'on n'y aurait pas reçu « les observations de la France » ; et il ajoutait que, « dans toutes les hypothèses, le corps auxiliaire obéirait à la forme du traité » . Parole positive, qui semblait précise, et qui pourtant ne l'était pas : car que signifiait cette expression la « forme du traité » ? Fallait-
il entendre par là linterprétalion infiniment restreinte que Metternich donnait au traité de 1812, et dont il avait expliqué le mécanisme dans ses instructions? C'était vraisemblable ; pourtant cette expression avait besoin d'être mise en lumière, et Schwarzenberg^ la laissait systématiquement dans l'ombre, par cette omission, il éjjarail Bassano; plus encore que Metternich, il était d'une duplicité extraordinaire. Il est vrai qu'il corrig^eait chacune de ses affirmations par une restriction, mais il le faisait d'une manière si subtile, qu'il était presque impossible d'apercevoir sa correction. Ainsi il déclarait « qu'il ne s'inquiétait pas de savoir comment on ])ouvait concilier le rôle de médiateur avec celui d'auxiliaire actif " ; on trouverait toujours moyen de s'arraufrer, pensait-il : «les <lispositions de sa cour étant d'une telle partialité vis-à-vis de la France « . Évidemment les dispositions affichées étaient partiales, mais que sig^nifiaient ces dispositions, si on mettait tout en jeu pour les rendre vaines! Aussi n'v avait-il rien d'étonnant si Bassano se trompait aussi complètement qu'il le faisait; en cela il était fort excusable (1).
Le soir du 22, l'ambassadeur « ignorant les communications reçues de Vienne « remettait à Bassano la note verbale que le ministre lui avait demandée. Cette note semblable à celle que Metternich avait remise à Narbonne, n'était que la copie des instructions de Schwarzenberg; elle " n'était en général que la copie des deux dépêches de M. le comte de Metternich réunies " . Cependant, l'ambassadeur ajoutait » certains détails sur la convention conclue avec le ministre de Saxe à Vienne, pour le passage éventuel des troupes polonaises et saxonnes sur le territoire autrichien, " et il la terminait par des considérations qui justifiaient les nouveaux armements de l'Autriche. " Dans cet ordre de choses, disait la note, il ne reste qu'un moyen à l'Empereur, c'est de ménager la bonne
(1) Bassano à l'Empereur. 23 avril. A. N., A F. fV, 1676.)