‹ L'intervention de l'Autriche, decembre 1812-mai 1813Chapitre 21 sur 35 · LA MISSION DE SC HWARZEN BERG A PARIS · texte numérisé non relu

LA MISSION DE SC HWARZEN BERG A PARIS

volonté de In nation, comme la base la plus précieuse de ses ressources. I*our y arriver, il n'v a qu'une manière, ■c'est de déclarer qu'il arme uniquement pour obtenir une paix prompte et solide (l) . "

La remise de cette note avait été l'occasion d'un nouvel entretien entre le ministre et l'ambassadeur. Mais Schwarzenber.'T s'était de nouveau dérobé à toute tentative de la part de Bassano : " Il avait évité tout ce qui l'aurait mis dans le cas de s'expliquer davantajje (2). »

Cependant, miApré tout, le ministre avait recueilli des indices qui auraient dû troubler sa superbe quiétude, et le mettre en g^arde contre les assurances trop rassurantes de l'ambassadeur. Il avait reçu les dernières lettres de Narbonne, il avait entendu des conversations non olficielles de l'ambassadeur qui étaient inquiétantes. Car souvent, ambassadeur et ministre se retrouvaient dans ce Paris où Schwarzenberg avait vécu de lon.fjues années; et comme ils avaient négocié ensemble l'alliance de famille et l'alliance politique, il s'était formé entre eux des liens d'amitié et de camaraderie, qui permettaient certaiues conversations plus intimes et plus confidentielles. Or, il était arrivé <jue, pendant une de ces conversations, " une émotion soudaine avait saisi l'ambassadeur, et que ces mots mal articulés s'étaient échappés involontairement de ses lèvres : Ah! le mariage! la politique... " Schwarzenberg n'avait pas achevé, et « Bassano avait paru n'avoir pas entendu cette phrase" . 11 s'était efforcé de détourner adroitement la conversation, pour «faire oublier à son interlocuteur î) ses paroles imprudentes. « La conférence s'était terminée par des assurances réciproques d'affection. » A la suite ■de cet entretien Bassano avait écrit à rEmj)ereur. » Le compte rendu que le duc de Bassano rendit à l'Empereur,

(1) Note verbale de Scliwarzcnberg. (A. E. Auliichc, 390. — Publié par Faix, I, 455 et le Moniteur du 5 octobre )

(2) Bassano à l'Empereur, 23 avril (déjà cité). A remarquer que le journal de Floret n'est pas complètement d'accord sur ces points avec les ■liépéchcs de Bassano.

prétend Ernouf dans sa vie de Maret, fut sincère en ce qu'il ne dissimula pas l'impression qu'il avait reçue, mais il passa sous silence les paroles si-^nificatives dont le ressentiment, s'il n'eût pas mis obstacle aux nég^ociations avec l'Autriche, y aurait porté une aig^reur propre à en rendre la marche difficile et à en compromettre le résultat. Il fallait, écrivait le ministre, se hâter de se mettre en mesure de traiter, profiter du moment où l'Autriche pouvait hésiter encore, et où rien ne l'empêchait de croire qu'une heureuse issue attribuée à ses efforts maintiendrait les deux puissances dans les rapports que le sang et la politique avaient formés, et qu'un service aussi important resserrerait plus étroitement que jamais (I). »

En tout cas, Sclnvarzenberg était à la veille de son départ. Le 2 4, il avait pris congé de l'Impératrice à Saint- Gloud et de Joséphine à Malmaison, et le 25 il quittait Paris.

Sa mission était donc terminée et le résultat en avait été négatif; ayant été chargé de porter des paroles de paix, il était reparti sans avoir pu exposer l'objet de son oyage. Au dernier moment, les mots s'étaient figés sur ses lèvres et le geste de menace, dont il eût fallu les accompagner, n'avait pas été fait; il s'était immobilisé dans une attitude d'attente. Évidemment, ce n'était pas le résultat escompté. Il avait, il est vrai, annoncé « la médiation armée de l'Autriche » , et il n'avait pas caché

(1) EnsotiF, 528. — D'où Ernouf tire-t-il les détails de cet incident Nous ne le savons pas; car ni dans la correspondance du ministre con servée aux AN., ni dans le journal de Floret qui se trouve aux H. H S. A., il n'en est que.slion. A la date du 26 nous trouvons 'une lettre de Bassano dans laquelle on lit : « Scliwarzenberg a persisté à éviter toute nouvelle conversation un peu approfondie sur les vues de sa cour, il en éprouvait un embarras dans ses rapports avec moi, et une sorte d'humeur dans son intérieur qu'il n'a pas dissimulés. On lui a fait tenir beaucoup de propos qu'il n'a pas tenus, et qu'il désavouera. Je crois qu'il part dans les mêmes sentiments politiques que nous lui connaissions. » Est-ce là le compte rendu sincère fait à l'Empereur? Les lettres de Bassano du 21, du 22, du 23, du 24, du 2.5 et du 26, ne font pas allusion aux conclusion» qu'Ernouf place sous la plume du ministre.

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