PA5QUIER. II
(3) Otlo à Bassano, 18 janvier (A. E. Autriche, 394) : les mêmes sentiments sont e.vprimés dans une lettre de Mctternich à Floret. (25 janvier, n° 4, H. H. S. A., 308, Frankrcich, Wcisungen an Florct. 1813; I.)
LES i>i;emikhes démauciies de i/Aurr. icii e los
affaires de l'Ég^lise. Le Pape paraît être très satisfait; il est depuis ce matin très joyeux et très g^ai : il vient de signer le traité, il y a un quart d'heure (1). "
Le lendemain, l'Empereur écrit lui-même à son beaupère, et Bassano à Metternich (2), en même temps qu'une analyse du document part pour Vienne. Ce concordat de 1813 refile surtout la question de l'investiture des évoques, mais implicilement porte la renonciation au pouvoir temporel (3). C'est un succès pour l'Empereur, mais ce succès ne doit pas durer, car le Pape va écrire quelques jours plus tard : " Nous reconnaissons que cet écrit est vicieux et mal fait, et comme tel, avec l'aide du Seigneur, nous voulons qu'il soit réformé, afin qu'il n'en résulte aucun dommage pour 1 Église, ni aucun préjudice pour notre âme (4) . »
Mais Napoléon n'attend pas ces scrupules, à peine est-il en possession de la pièce, qu'il la fait publier au Moniteur du 7 février, et l'envoie à tous ses ministres auprès des cours étrangères. A Vienne, Otto demande à l'Empereur d'Autriche une audience pour la lui remettre, et le lendemain il écrit : » L'Empereur a témoigné la plus vive satisfaction. Il m'a dit qu'il avait toujours désiré cet arrangement comme une des bases essentielles de la
(1) Marie-Louise à l'empereur François, 24 janvier. (H. H. S. A., Hof. Korrespondenz, Hrefe (1er Kaiserin Marie-I^ouise, 1813.)
(2) L'Empereur à l'cuipereur François : Fontainebleau, 25 janvier. (^Correspondance. 19511.) — Bassano à Metternieh, 25 janvier. (A. E. Autriche,. 396.) — Bassano à Otlo, 25 janvier. (A. E. Autriche, 394.)
(3) Texte du concordai. Faix, I, 195. — Moniteur du 14 février. — u La souveraineté de Home n'a point été remise en question. L'Etat romain a été réuni à l'empire, il ne peut en être séparé : ce principe est invariable. » Bassano à .VIetternich, 25 janvier (déjà cité). — Pourtant le soir mcrne Napoléon dictait la note suivante. « jN'ayant jamais cru devoir demander la renonciation, je ne puis donc entendre que Votre Sainteté ait renoncé directement ou indirectement par les dits articles à la souveraineté des Etals romains, et je n'ai entendu traiter avec vous qu'en votre qualité do chef de l'Eglise dans les choses spirituelles. » (Wki-Schisger. Le Pape et t Empereur, 358.)
(4) Le pape Pie VII à l'empereur Napoléon. Fontainebleau, 2'f mars. (Publié par NoRVix,s, Portefeuille de 1813, I, 59.)
104 L'IÎNTERVENTION DE L'AUTRICHE
tranquillité publique en France et dans les autres parties de l'Europe. J'en ai parlé à votre maître, a-t-il dit, pendant mon séjour à Dresde, l'influence des opinions religieuses est beaucoup trop puissante pour ne pas devenir chez vous, comme ailleurs, un des principaux mobiles de politique intérieure. J'en au^jure bien pour la pacification dont je suis charg^é (1). "
Quelques jours plus tard, l'Empereur fait publier dans le Moniteur le sénatus-consulte instituant la régence ; il en envoie à Vienne le texte, qui est immédiatement inséré dans les journaux autrichiens (2).
Ainsi l'Empereur se prépare à la guerre; il ne veut rien laisser en souffrance derrière lui, il ne veut pas avoir une nouvelle surprise, il ne veut pas d'une seconde affaire Malet. Il prévoit que la campagne de 1813 sera, comme celle de 1812, pleine d'imprévus; le hasard une première fois s'est tourné contre lui; aussi maintenant préparet-il son départ méthodiquement, il ménage ses alliés, il est plein de prévenances pour eux : ce ne sont plus des inférieurs qu'on commande, ce sont des égaux avec lesquels on traite.
Metternich s'est parfaitement rendu compte de cette situation; à l'aisance avec laquelle il manœuvre, à la désinvolture avec laquelle il reprend son indépendance, il est aisé de voir que ce n'est plus le même homme que celui qui en mars 1812 donnait les pleins pouvoirs pour signer le traité. Il est intimement convaincu que toutes les mesures que prend Napoléon dénotent un état politique intérieur assez peu satisfaisant; il ne se gêne pas pour dire, le jour même où il reçoit le Concordat, qu'il le considère comme une duperie, et déclare au comte Hardenberg qu'il renferme des clauses que le Pape ne pourra pas tenir, et que de ce fait il devient inapplicable (3).
(1) Otto à Bassano, Vienne, 8 février. (A. E. Autriche, 394- )
(2) Bassano à Otto, Paris, 10 février. (Id.) — Oesteneichcr Beohaehtcr, 17 février 1813.
(3) Flardenberg à Munster, 9 février. (O.mjkks, II, 113.)
LES PREMIKllES DEMARCHES DE I/AUTRICHE 105
Aussi ses instructions se ressentent-elles de cet état d'esprit : il s'enhardit de plus en plus ; le 25 janvier, en transmettant à Bubna la lettre de l'empereur François à Napoléon, il insiste sur certains points qui n'ont été traités ni dans la lettre impériale, ni dans la lettre à Bassano. «L'alliance du 14 mars 1812 n'a été qu'une alliance de paix » ; dans la guerre actuelle, l'Autriche « n'est que l'auxiliaire de la France » ; le jour où « la présente guerre changerait de nature » , ce ne serait pas à 60 000 hommes qu'elle bornerait son contingent, elle y emploierait toutes les forces de la monarchie; et pour ne pas créer de malentendu sur ce sujet, le ministre déclare que : « Augmenter notre contingent serait quitter cette attitude; mais, continue-t-il, il est réservé à l'Empereur des Français de nous faire regarder la présente guerre comme autrichienne, le premier pas est fait; il a accepté notre inierveniion (mot dont vous voudrez bien soigneusement vous servir, en toute occasion, au lieu de celui de médiation). Que les conditions sur lesquelles il voudra se prêter soient de nature à prouver à l'Empereur d'Autriche et à la nation que la cause de noire allié est la noire, et nous répondrons d'un secours bien au delà des désirs actuels de l'empereur Napoléon. »
Quelles que soient les circonstances, jamais l'Autriche n'acceptera un subside de la France, comme il lui a été proposé ; d'ailleurs, si l'Autriche augmentait son corps auxiliaire, ce ne serait pas en vertu du traité de 1812. Le corps auxiliaire n'est qu'un prêt à la France, il ne faut pas l'oublier; il en résulte que, « si jamais dans une guerre future l'Autriche se trouvait dans l'attitude d'une puissance principale, la France compenserait nos efforts actuels par une égale prestation de 30 000 hommes. Si nous voulions rester fidèles à l'esprit de notre alliance qui repose sur la plus entière réciprocité, et augmenter notre contingent, il faudrait donc stipuler une augmentation pareille à la charge de la France, mais ce changement de stipulation dans le moment actuel ne serait-il
106 LIINTERVEINTION DE L'AUTRICHE
pas re(5;artlé à juste titre par la Russie comme un chanj'jement de rôle (1) " ?
Cette interprétation cUi traité de 1812, qui n^est plus considéré que comme un simple contrat de prêt, est singulièrement hardie; c'est une de ces nuances auxquelles se complaît la politique de Metternich; c'est une de ces conceptions imprévues qui lui sont propres et qui sont souvent difficiles à saisir, parce que tout en étant recouvertes d un voile assez transparent pour permettre de voir à travers, elles laissent planer un doute sur les conséquences que leur auteur espère en tirer.
En même temps qu'il écrivait ces instructions pour Pfubna, Metternich invitait Stackelbergà revenir à Vienne. L'ambassadeur de Russie avait passé l'hiver à Gratz à l'affût des occasions de retour qui pouvaient se présenter. Aussi accueillit-il avec joie la lettre du 16 janvier par laquelle le ministre autrichien lui donnait rendezvous.
Au cours de l'entretien qui suivit son retour, l'ambassadeur exposa les idées du gouvernement russe; il soutint que le Tzar était disposé à aider les Puissances de l'Europe contre la France, il fit ressortir les avantages que l'Autriche retirerait d Une alliance qui lui permettrait de (i reconquérir ses provinces perdues (2) « ; mais en même temps il reconnut que l'Autriche, étant donné ses frontières ouvertes et ses armements encore insuffisants, devait agir avec beaucoup de prudence. A la suite de cette conversation, Stackelberg envoyait à sa cour une dépèche résumant ses impressions. H y prétendait que l'empereur François croyait Napoléon » disposé à de très grands sacrifices » , et que par suite il ne voulait pas modifier sa ligne
(1) Mctlcrnicli à Bubna, 25 janvier, (li. 11. S. A , 309, Frankreich, VVeisungen an Bubna, 1813; I-IH), publié par Oncre-n, I, ^02. — l'éjà le 19y3i décembre, iSesselrode écrivant à Stackelberg émettait la tnème opinion. (H. H. S. A. Russiand, Varia, 1813. j
(2j Otto à Bassano, 27 janvier (A. E. Aulriclic, 394), publié par F.vix,. I, 301.
LES Pr.EMIERES DEMAUCHES DE LADll'.ICHE 107
de conduite; mais l'ambassadeur pensait qu'en cas de refus de la part de la France d'accepter des conditions; raisonnables, l'Autricbc cbang^erait de système. Ce cbanj^iement lui paraissait certain, bien que pour le moment les démarches de cette puissance pouvaient inspirer de l'inquiétude. Cette opinion reposait sur le fait que la cour de Vienne avait reconquis son indépendance, et qu'elle poussait la Russie à ne pas se laisser arrêter par ses propres démarches dans des opérations militaires que l'empereur François voudrait, au contraire, voir activer. Stackelberg notait également que Metternich insistait auprès de lui pour que la Russie ne rejetât pas « ses ouvertures pacifiques communes à l'Angleterre, " afin de ne pas faire le jeu de Napoléon, qui certainement tirerait de ce refus " des arguments auprès de sa propre nation (i) . »
Profitant de celte entrevue, le ministre autrichien arrachait à l'ambassadeur une note écrite, dans laquelle Stackelberg déclarait que " l'Empereur de Russie était inséparable de son alliance avec l'Angleterre" , que la Russie ne voulait que d'une paix stable, et qu'elle accueillerait favorablement toute personne que l'Empereur d'Autriche voudrait lui envoyer (2.)
Cette note importante était aussitôt communiquée à Paris (3J . Ainsi la Russie ne se sépare pas de l'Angleterre. Par la bouche de Stackelberg, elle déclare qu'elle veut une paix générale et non une paix particulière. Met-
(1) Extrait de la dépcclie du comte Stackelberg, Vienne. 13^25 janvier (H. H. S. A., Russland, Varia ad mission Lebzeltern, 1813.)
(2) Note russe. (A. E., Autriche, 394. — tl. H. S A , 308, Frankreich, Weisungen an Fioret, 1813; l.) Celte note semble avoir été composée de concert entre Metternich et Stackelberg pour les besoins de la cause.
(3j Genlz écrivait à Nesseirode à cette date : « J ai été très mortifié d'apprendre que M. de Stackelberg ait accepté au moins en termes générau.x. l'intervention de l'Autriche, dans ce simulacre de négociations que l'on veut mettre sur pied, et qu'il ait accepté sans faire ses conditions. Cependant sa déclaration préalable ne liera pas les mains de l'Empereur. (Nk.s- SELnODE, V, 18.)
108 L'INTERVENTION DE L'AUTIUCHE
ternich n'a plus de crainte à avoir à ce sujet; et dans ces conditions la médiation de l'Autriche s'impose fatalement; la paix ne peut se faire que par son intermédiaire; elle ne peut être conclue directement entre la France et la Russie. Par sa marche tortueuse, par sa politique à double face, Metternich a posé la base de sa médiation; désormais il doit chercher à la développer. Autour de la table sur laquelle se joue la partie diplomatique, il a gagné la première manche; va-t-il également gagner la seconde? Il a les atouts dans son jeu et il a la main.