CHAPITRE IV
I Les clauses militaires du traité de 1S12. — Composition du corps autrichien. — Le feld-maréchal prince Charles de Schwarzenberg. — Composition du VII"" corps. — La marche de Schwarzenberg sur Minsk. — Premières dépêches de Bassano. — Nouvelles du désastre. — Composition des corps russes. — Ordres russes du 14 décembre. — Marche de» .\utrichiens sur Bialvstock. — Premiers ordres du Major général. — Metternich communique ses plans à Schwarzenberg. — Capitulation de Grodno. — Intentions de Schwarzenberg. — Procédés des Russes. — Première entrevue de Schwarzenberg et des Russes. — Marche sur Puitusk. — Murât. — Ses ordres de la fin de décembre.
II. Ordres de l'Empereur d Autriche du 20 décembre. — Conseil de guerre du 2 janvier. ! — Lettre de Schwarzenberg à l'Empereur d'Autriche du 2 janvier. — Entrevue d'Ostrow. — Retraite du VIP corps. — Ordres du Tzar du 13 décembre. — Observations de Murât. — Ordres de l'Empereur d'Autriche du 6 janvier. — Schwarzenberg songe à quitter le commandement. — Mouvements des Russes. — Changement de commandement dans l'armée française. — Lettre de l'Empereur d'Autriche du 10.
— La convention du 30 janvier.
Il[. Plans d'Eugène pour un mouvement offensif. — Schwarzenberg abandonne la région de Puitusk. — Mouvement projeté par Eugène.
— Objections de Schwarzenberg. — Mouvements des Russes. — - Concentration des Autrichiens autour de Varsovie. — Lettre de l'Empereur d'Autriche du 23. — Ordre du Vice-Roi de se replier sur Kalisch. — Réponse de Schwarzenberg. — Nouveau.v mouvements des Russes. — Évacuation de Varsovie. — Scliwarzenberg quitte l'armée.
Le traité du li mars 1812 avait stipulé qu'un corps de 30 000 hommes, dont 2 i 000 hommes d'infanterie et (> 000 hommes de cavalerie, serait mis par l'Autriche à la disposition de la France, et qu'il serait constamment entretenu au grand complet de guerre. Le même traité dans ses articles secrets prévoyait que ce corps serait com-
110 1/1NTERVE>ÏI0^^ DE L AUTRICHE
Tnandé par un général autrichien, qu'il serait placé sous les ordres directs de Napoléon et ne pourrait être divisé.
En conséquence, rAutriche avait fourni au commencement des hostilités un contingent, qui sous le nom de corps auxiliaire avait eu mission d'opérer sur l'aile droite de la Grande Armée.
Au début de la campagne ce corps avait compté ,34 148 hommes et (30 canons, répartis en 27 bataillons et 44 escadrons (l), mais à la suite de remaniements il s'élevait, à la fin de l'année 1812, à 32 bataillons, 50 escadrons, et 10 batteries; soit à 25 000 hommes et 59 canons 2^ .
(1) Ostkn-Sai:kes. Mililariscli-polilisf.lie-Gescliirhte îles Bffrritingsfnicr/es imJahre 1813 {\, 476.)
(2) Ibid., 483.
Composition du i^orps auxiliaire. Conimandaiit en chef : le général de cavalerie Prince Scliwarzenberg (plus tard feld-marécliar .
a) Corps d'avant-garde. Général-major Frohiich : 18 escad. de hussards, (6 du IV Empereur, G du IV Biankenstein, 6 du 11' Lichtensleinj.
i) Aile droite. Fcid-maréchal-lieutenant baron Trautenberg (p. i. généralmajor Pflacher).
(Tcnéral-major Sudon : 4 bat. (i bat. chasseurs (.5'), 1 ]yM. de frontière, 2 du R' de Beaulieu) ; 1 escad. hussards (Hesse-Hombourg .
Général-major Vinziau : 4 bat (2 du R' Duca; 2 du R' L. Lichlcnstein).
f) Centre. Feld-maréclial-lieutenant Bianchi.
Général-major prince de Hesse-Hombourg: 4 bat. (2 du R' Hiller, 2 du R' Colloredo).
Général-major Mariassy : 4 bat. (2 du R' Simborlien, 2 du R' Hesse-Hombourg).
Général-major prince A. Lichtenstcin : 6 bat. (2 du R' E.sterhazv, 2 du R' Dawidovitcii, 2 du R' Kirchenbeter-Obermayer).
(l) Aile gauche. Feld-maréchal-lieutenant baron Siegenthal.
Colonel Geiger : 4 bat. (2 du R' Empereur, 2 du R' Ivottuiinsky).
Général-major Androssy : 4 bat. (1 bat. chasseurs, 2 du R' Czartoryski, 1 Warasdiner Kreuzer) ; i escad. hussards (Hesse-Hombourgj.
(') Réserve. Feld-mai-échal-lieutenant Frimont.
Général-major de Wrède : 8 escadrons dragons (4 du R' Empire; 4 du R' IjCvas<;her ; 6 escadrons liussards (R' Kienmayer).
Général-major baron Zechmeistor : 12 escadrons clievau-légers (6 du R' O'Reilly, 6 du R' Hohenzollern),
/) Corps détaché. Général-major Mohr. 2 bat. (R' de Ligne); 4 escadrons hussards (R' Ilesse-Hondiourg).
(K. A., 899, F. A., 1812, XIII. — Rebodl, Campagne de 1813, I, 317. — Plotuo, Der Krieg in Deutschland und Fraukreich, I, appendice 16.)
LA lîKTI'.AITE DU CORPS AUXII.IAII'.E 111
Le commandement en avait été confié au jjénéral de ■cavalerie prince Charles de Schwarzenber^j. Napoléon eût désiré pour ce commandement rarchiduc Charles, mais la cour de Vienne s était refusé de satisfaire à ce désir, et avait nommé le prince Schwarzenberg^, alors ambassadeur à Paris. Il avait été l'un des principaux artisans du mariajje autrichien, aussi jouissait-il de toute la confiance de Tlimpereur des Français. Malheureusement, le général n'avait pas les qualités qui font les grands chefs militaires; il manquait de décision et d'initiative, il n'aimait pas les partis extrêmes, mais timide et timoré adoptait les solutions mixtes qui mettaient sa responsabilité à <;ouvert. il n avait pas le coup d'oeil qui fait saisir l'occasion et décide de la victoire. Ces qualités et ces défauts «n faisaient plutôt un civil qu'un militaire, un causeur qu'un homme d'action, un diplomate qu un général. C'est pourquoi les considérations politiques devaient toujours fortement influencer sa conduite.
8a campagne à l'aile droite de la Grande Armée n'avait pas été faite pour rehausser beaucoup son prestige militaire. Napoléon, cependant, avait demandé pour lui le bâton de feld-maréchal. C'était avec ce titre de feldmaréchal, qu'en décembre 1812 il commandait le corps •auxiliaire, et c'était la raison qui avait fait mettre sous ses ordres le YII' corps.
Le VIP corps (1) comptait alors deux divisions saxonnes, dont l'une était réduite à une simple brigade, et la divi-
(1) Vli'' corps. Général de division Reynier.
21* division (saxonne). (Tcnéral-lieutenant Lecoq,
Général-major Steindel : 5 liât., 8 canons (1 bat. de grenadiers de Liebenau, 2 bat. et 4 canons du R' du Prince-Clément; 2 bat. et 4 canons du R' du Prince-Frédéric).
Général-major von ISostitz : 4 bat., 4 canons (2 bat. et 4 canons du 11 du Prince-Antoine; 2 bat. du R' de Lecoq).
1 batterie, 6 canons.
22' division (saxonne).
(Tenéral-niajor Sahr : 4 bat. (bat. de grenadiers d Wnger; de Spiegel : 2 bal. du R' de Sahr).
Général-major Klengel : 2 bat. (bat. grenadiers d'Eiclielberg; bat de ^iie-
slon française incomplète Dunitte, formée d'éléments disparates, réfractaires, prisonniers espagnols et portug^ais. En décembre 1812, ce corps pouvait mettre en ligne 14 000 hommes et 64 bouches à feu.
Outre ces deux corps, quelques troupes polonaises se trouvaient encore dans la même région : elles avaient mission de défendre le Bug (1). Plus en arrière encore, à Varsovie, Poniatowski réorganisait le V corps.
Tel était, au commencement de décembre, l'effectif des troupes rassemblées dans le Grand-Duché. Sans compter les Polonais qui pouvaient s'élever à 2 ou 3 000 hommes, Schwarzenberg disposait donc de 39 000 hommes et de 123 bouches à feu pour opérer sur l'aile droite de la Grande Armée, en Pologne, et en Volhynie.
Après le succès de Wolkovvisk (2), au lieu de reprendre sa marche sur Minsk à la poursuite de Tschitschakov, le feld- maréchal avait laissé en observation à Slonim le
seineuscliel). Le reste de la brigade 1 Ijat., 6 canons avait été détruit le 27 juillet à Kobryn.
23" brigade de cavalerie (saxonne) : général-major von Gablenz; 14 escadrons (8 de hussards, 2 de uhlans, 4 de clievau-légers de Polenz); 1 batt. à cheval (6 canons).
Artillerie de réserve : 2 batt., 12 canons.
32' division (française) : général de division Durulte
Général de brigade Devaux : 6 bat. (3 du R' de Belle-Isle, 3 du IV de Wurtzbourg).
Général de brigade Jalras : 5 bat. (3 du R' de Walcheren, 2 du R' de Méditerranée dont 1 à Bialystock).
Général de brigade Jariy : 7 bat. (4 du R' de Méditerranée, 3 du R' de Ré dont 1 n'avait pas rejoint).
3 batt. à pied (24 pièces), 2 pièces de 6.
500 cavaliers polonais.
(OsTEs-S.\CKKX, I, 483. — RKnot:L, I, 7, pour la division Durutte.)
(1) Conseil des ministres du duché de Varsovie, 13 novembre. (A. E. Pologne, 332.)
(2) Tandis que Schwarzenberg poursuivait mollement Tschitschakov, qui par Minsk se dirigeait vers le nord et la Bérézina, Sacken harcelail 1 arrière-garde autrichienne : pris entre deux feux, celui des Autrichiens et celui des Saxons, Sacken était obligé de battre en retraite vers le sud : « La faute que commit Schwarzenberg en cessant de suivre Tschitschakov était si palpable, qu'il a été soupçonné de favoriser tacitement les opérations des Russes. » (LiSGERON, Mémoires, 83.)
LA IlETRAITE DU CORPS AUXILIAIRE 113
corps de Frimont, et s'était lancé dans le sud derrière Sacken. A Kobryn, une dépêche de Bassano du 2 décembre lui avait appris le passagfe de la Bérézina, la marche sur Vilna, et se terminait ainsi : « Je n'ai pas d'ordres à transmettre à Votre Excellence... Mais, à défaut d'instructions, Votre Excellence jugera ce qu'elle doit faire, elle considérera s'il ne conviendrait pas qu'elle se rapprochât du haut Niémen et du flanc droit de l'armée (1). »
A ces nouvelles, Schvvarzenberg faisait faire demitour à ses divisions; du 4- au 6, il abandonnait la région de Prujany pour se rapprocher de celle de Slonim, en même temps qu'il prescrivait à Frimont de pousser suila route de Minsk des détachements, et de se faire appuyer sur Nieswicz par l'infanterie du général Zeclimeister. Par ces mesures, écrivait-il à Bassano, « il me semble que le flanc gauche de l'armée russe se trouvera fortement alarmé... La saison est bien trop avancée, et la troupe trop fatiguée pour entreprendre une opération sérieuse (2) » .
Ainsi, à cette date du 6, le corps autrichien est concentré entre Slonim et Zelwa, couvert à l'est jusqu'à Nieswicz par Frimont, au nord jusqu'à Bielitza par Molir, et au sud par le VIP corps qui est à Rujana.
Ce même jour, Schwarzenberg recevait une nouvelle dépêche de Bassano, confirmant le succès de la Bérézina, mais avouant qu'il avait été chèrement acquis : « Sa Majesté est arrivée le 30 à Molodetchno, disait le ministre, elle m'écrit qu'elle attache la plus grande importance à ce que vous suiviez le mouvement de l'armée, et que vous manœuvriez dans le sens de sa position actuelle. Elle regarde la rapidité de votre marche comme devant avoir une grande importance sur l'état des affaires... L'inten-
(1) Bassano à Schwarzenberg. Vilna, 2 décembre. (K. A. 89 , F. A. 1812; XII. — A. G. Correspondance, 1812; XII. -— Publié par Reboul, I, 447.)
(2) Schwarzenberg à Rassano. Slonim, 5 décembre. (K. A. 898. F. A. 1812; XII — Publié par Rebocl, I, 448.)
IIV L'iNTERVENTlOrs' DE L'AUTIUCHK
lion de Sa Majesté est d'entrer en quartiers d'hiver et de donnera son armée, qui en a {jrand l)esoin, le temps de se remettre (1). »
Schwarzenberg répond immédiatement : " J'ai reçu hier soir la lettre de Votre Excellence du 4, où elle me dit que l'Empereur désire que je manœuvre dans le sens de la position actuelle de son armée. Il me semble que Sa Majesté marche sur Vilna, et alors je crois avoir prévenu ses ordres. Le (jros de mes troupes se trouve ici à la même hauteur, et mon avant-garde menace le flanc et les communications de l'ennemi. Il me semble que, vu l'impossibilité de prendre des quartiers d'hiver jusqu'à Bialystock faute de nourriture, et devant par consé(juent faire probablement celte marche, je détruirais infaillii)lement toute l'armée si je me portais vers Minsk malgré la rigueur de cette saison qui tue les hommes et les chevaux, .l'en aurais au moins pour trois ou quatre semaines de mouvements continuels, et, dans ce cas, je ne sauverais pas le quart de l'armée sans pouvoir être utile. J'attends au reste les ordres de Sa Majesté, que je m'empresserai d'exécuter (2). "
Ainsi Schwarzenberg établi à Slonim reste immobile; il croit que Bassano veut le porter sur Minsk, lui faire exécuter un mouvement oftensif sur les derrières de l'ennemi, un mouvement;! grande envergure, pour lequel il ne se sent ni assez d'audace, ni assez de décision, il aime mieux rester sur place (3), dans une situation intermédiaire qui ne peut être d'aucune utilité : un général
(1) Hassano à Schwarzeiilierjj. Vilna, 4 décembre. (A. G. Correspondance, 1812; XII. — K. A. 898. F. A. 1812; XII. — Pulilié par REnoLi,, 1,448.)
(2) Schwarzenberg à Bassano, Slonim, 7 d<?cembrc (K. A. 898. F. A. 1812; XII. — Publié par Ukboui., I, 449.)
(3) 1' Je trouve le sens de l'ordre que le ministre me transmet très éniginatique : quelle est la position actuelle de l'armée? II me sendile qu'elle n'en a pas, et qu'elle continue sa marche sur Vilna : alors nous serions bien à la même hauteur. » Schwarzenberg à Reynier, Slonim, 7 décembre. (A. G. Correspondance, 1812; XII.)
un peu audacieux se serait dirigé vers Minsk, ou aurait marché vers le nord. Lui-même d'ailleurs aperçoit la possibilité de ce mouvement, puisque quelques jours plus tard, écrivant à TEmpereur d'Autriche, il lui avoue que s'il avait su la réalité des choses, il aurait marché sur Bielitza et Lida : » Un tel mouvement aurait été bien plus log^iquc que celui du {jénéral Zechmeister sur Nieswicz, auquel m'avaient induit les renseignements inexacts <lu duc de Bassano (I). »
D'ailleurs, si Bassano cachait aux Autrichiens une partie de la vérité, s'il leur envoyait des instructions ambig^uës, Schwarzenberg savait pertinemment à quoi s'en tenir. L'Autriche avait au quartier général français un •envoyé, le général-major baron de Rothkirch, elle en avait également un au quartier général russe, et par eux Schwarzenberg était tenu au courant des événements. Il connaissait l'étendue du désastre, et les nouvelles qu'il recevait par ces correspondants n'étaient pas de nature à faire prendre des résolutions à un esprit aussi indécis.
Le 11 , les nouvelles arrivent encore plus mauvaises : Mohr lui fait savoir qu'un aide de camp du général Ozarowski s'était présenté à ses avant-postes, demandant à lui parler, et qu'ainsi il avait appris que les armées de Tschitschakov, Wittgenstein, Miloradovitch, sous le commandement de Kutusov, marchaient sur Vilna, que leur but était de séparer les Autrichiens des Français, de poursuivre seulement les Polonais, les Saxons et les Français et de ménager les Autrichiens. Il avait également entendu dire que Napoléon n'avait pu forcer le
(1) Schwarzenberg à l'Empereur d'Autriche, Slonim, 12 décembre. (K. A. 898. F. A. 1812; XII.) A rapprocher : « Si, au lieu de m'écrire des bulletins faits pour le public de l*aris, on m'eût parlé avec une franchise si essentielle dans une époque de crise, je me serais borné à observer Nieswicz par des détachements, et j'aurais poussé avant mon arrivée tout le corps un peu reposé du général Frimont à Lida. Le flanc de la Grande Armée eût «té couvert. » Id. à Reynier, Slonim, 12 décembre. (A. G. Correspondance, 1812, XII.)
116 T/iNTERVEISTION DE L'AUTUICHE
passage de la Bérézina qu'avec une partie de sa garde (1).
Deux jours plus tard, un capitaine du Kaiser-hussard lui mandait que Napoléon avait quitté Tarmée, avait traversé Vilna, et était en route pour Paris (2).
Ces faits nouveaux décident Schwarzenberg à sortir de son immobilité.
Les troupes russes du reste débouchent de partout : tandis que ^Vittgenstein, Tschitschakov, Platov se dirigent sur le bas Niémen, pour forcer Macdonald à la retraite (3) , que l'armée principale sous Tormassov s'arrête à Vilna, de nombreux corps se mettent en mouvement vers le sud pour donner la main aux troupes de Yolhynie, et opérer contre Schwarzenberg, afin de le forcer, lui aussi;, à la retraite.
Dans ce but des détachements de l'armée principale sous Ozarowski (4), Wassiltschikov (5), Dawydov(6) sont dirigés vers Nowogrodock pour assurer la liaison.
Le corps du général Tutschkov est à Keidanov, détachant à Minsk le colonel von Knorring (7), qui donne la
(1) Mohr à Sclnvarzenberg, 10 décembre. (K. H. 898. F. A 1812; XII.)
(2) Paulinv à Schwarzenberg. Novogrodock, 12 déretnbre 8'' soir. (K. A. 898 F. A. 1812; XII. ^
(3) D'UssEL. 81.
(4) Corps du ge'néral Ozarowski : R' de chasseurs n" 19 du VI° corps d'infanterie. — H' de hussards de Mariupol de la 3' D" de cavalerie. — 2 IV' de cosaques du Don. 2 R" de cosaques de Poltawa — 1/2 balt. à cheval. Soit 1500 hommes, 6 canons. (Ostes-Sackeh, Ï, 77.)
(5) Corps du général Wassiltschikov : 2 bat. du 33' R' de chasseurs du IV^ corps d'infant. — 2 R" de dragons. 1 R' de hussards. 1 R' de uhlans. — 1 R' de cosaques du Don. — 1/2 batt. à cheval Soit 2 000 hommes, (i canons. (Oste:<-Sacken, I, 77.)
(()) Corps du colonel Dawydov. — 1 II' de cosaques du Don 1 R' de cosaques du Bug. 70 cosaques détaches. — 30 hussards Soit 550*'. (Ostes- Sacken, I, 78.)
(7) Corps du général Tutschkov (IP corps de réserve) — 19 bat. de réserve : (2" B°° des 12, 15, 18, 26' D°°' d'infanterie). 4 bat. de recrues (8' D"" d'infant ) — 1 équipage de pont. — 16 escadrons de réserve (5', 9", 10'). — 4 R" de cosaques '2 R" du Don, 2 de Petite Russie). — 4 détachements de divers régiments. — 2 batt. d'artillerie lourde. — 1 canon pris aux Autrichiens.
Détachement du colonel v. Knorring. — De la IIP armée, 2 bat. (un R' de
LA l'.ETRAITE DU CORPS AUXILIAIRE 117
main à Ratt I). Sacken (2) est à Ljuboml et à Kowel, mais il est réduit à deux divisions, le corps du général baron von Essen III étant encore loin en arrière. Enfin sur le haut Bug, à l'extrême gauche de la ligne des Russes, se trouve Muffin Puschkin (3) .
Ainsi les Russes disposent contre Taile droite de la Grande Armée de 31 400 hommes et 121 canons (4).
Au quartier général russe, on était à ce moment très indécis. L'armée avait bien rejeté l'ennemi hors du territoire de l'empire, mais avec des pertes telles, que Ton pouvait se demander si elle était encore en état de continuer la campagne; les avis étaient partagés à ce sujet : les uns étaient partisans de la paix, les autres de la guerre à outrance. Au nombre des premiers se ran-
la 9' D°» dinfant). — 1 R' de uhlans. — 1/2 batt. — De lannée principale i/6 batt
Soit 25 bal., 1 équipage de pont; 24 escadrons : 4 R'* de cosaques 2 3/4 batt. — 8 900 h. : 1 100 cosaques : 33 canons. (Ostes-S.\ckes, I, 491.)
(1) Corps du général-lieutenant v. Ratt. — 8 bat. de réserve (2"' Bat.) soit 2000 \ (OsTEji-S.MiKE.-*, 1, 491.)
(2) II est assez difficile d'avoir des données exactes sur ce corps. Osten- Sackes (I, 492) lui attribue 27 OGOi" et 92 canons, répartis en 47 Bat. 32 escadrons, 6 R'' de cosaques, 8 batt. Après l'affaire de Wolkowisk il avait été réduit à 11 1/2 bat., 10 escad., 5 batt., mais des renforts l'avaient reporté à 14 500 h., 72 canons.
Corps du général-lieutenant baron v. d. Osten-Sacken.
a) Corps du général-lieutenant v. Essen III (plus tard général-lieutenant prince Wolkonski II) G 500 h., 48 canons; 12 1/2 bat. (8 bat. des S*" et 3" R". 4 1/2 bat. de la 22' D»") ; 12 escadrons (1 R' de hussards, 1 R' de uhlans): 5 R" de cosaques (2 du Don, 1 de l'Oural. 1 de l'Ukraine, 1 de Kahnucks) ; 4 batt.
6) Corps principal; 8 000 h., 24 canons.
Corps du général-major Bulatov ; 12 bat. (1 bat. des 13' et 3' R'", 5 bat. des 16' et %' R'", 1 bat. (?j, 5 bat. de la 22« D°" d'infant.); 8 escadrons. (1 R' de dragons, 1 R' de uhlans); 4 R" de cosaques (2 de l'Ukraine, 1 de Baskirs, i de Kalmuks) ; 1 batt.
Corps du général-major comte Lieven III; 11 bat. (9 bat. des lO' et 1" R"*; 2 bat. de la 22' D»°) ; 2 escadrons (1 R' de uhlans); 1 R' de cosaques (Ukraine), 1 batt.
(3) Corps du général-lieutenant comte MufHn Puschkin; 8 bat. (2 bat. du 3' R', et 2 R" et 1 bat. de la 16" D»-) ; 4 escadrons (2 R" de chasseurs) ; 4 R" de cosaques (Don) ; 3 détachements de cosaques divers ; 2 1/3 batt (Ostes-Sagres, I, 493 )
(4) Y compris le corps d'Essen.
lis LIMERVENTION DE L AUTRICHE
geait le général en chef, le feld-maréchal prince Kutusov (1). Ses ordres étaient donc hésitants, et il ne faisait poursuivre Tarmée ennemie que mollement; le 13 cependant, devant la volonté du Tzar, il se décidait à agir plus énergiquement et écrivait : « Le comte Tormassov prendra le commandement des détachements des généraux Tutschkov, Essen III et Ratt, comme aussi de celui du colonel Knorring, il assurera la liaison de l'armée principale avec le général Sacken; avec son aide il essaiera de repousser Schwarzenberg sur le territoire autrichien. En cas de besoin Tamiral Tschitschakov marchera pour le soutenir par Tykoczin et Varsovie. L'armée principale prendra ses quartiers entre Wilkomir et le Niémen supérieur, pour attendre ses convalescents et ses traînards, ainsi que la division du prince Urusov. Pour sa sûreté, les détachements des généraux comte Ozarowski et Wassiltschikov ainsi que du lieutenant-colonel Dawydov marcheront sur Biloi [BielitzaJ, Mosty et Grodno : plus tard l'armée principale prendra une position centrale autour de Grodno. » (2) Quant à Sacken, il doit marcher sur Brest-Litowski.
Ces ordres sont immédiatement mis à exécution. Leur principale conséquence est de diriger l'effort des Russes contre Schwarzenberg.
Aussi va-t-il se décider à changer de position. Le 14, il abandonne définitivement la marche sur Minsk, et se replie sur Rossa et Zelwa. H prévient l'Empereur son maître de cette résolution, en même temps qu'il se plaint vivement d'être tenu dans l'ignorance de ce qui se passe
(1) Le mauvais état de l'armée semble avoir été une des principalescauses de cette opinion : u L'armée principale, écrit-il le 19 à l'Empereur, par suite des opérations ininterrompues depuis deux mois, par suite de ses pertes en tués ou blessés, et plus encore en malades et en traînards, se trouve dans un tel état que sa diminution totale a dû être cachée non seulement à l'ennemi, mais aussi aux fonctionnaires qui suivent l'armée. » (Treuesfeld, JJas Jahr 1813 bis zur Schlacht l'on Gross Gorsclicn. Appendice, 36 )
(2) Ostem-Sackeh, I, 7V.
LA r.KÏHAlTE DU CUllPS AUXILIAlliE 119
à la (jrande Armée (I). Mêmes plaintes à Revnier, mêmes plaintes au Major Général : « Il y a bien longtemps que je suis absolument privé de nouvelles de Votre Altesse. .Tijjnore la direction et la position que prend la Grande Armée. » Il a envoyé, conformément à la lettre de Bassano du 2, des reconnaissances vers Minsk et Sluck, mais il n'a pas suivi avec le reste de ses troupes ces directions, parce qu'il attendait auparavant des ordres positifs qui ne lui sont pas arrivés, et qu'il semblait résulter de la lettre du 4 : « que Sa Majesté attacbait la plus g^rande importance à ce que je suive le mouvement actuel de l'armée, et que je manœuvre dans le sens de sa position actuelle » . Depuis lors, on lui a laissé ignorer cette position; cependant des voyajjeurs lui ont appris que la Grande Armée faisait un mouvement sur Kowno, aussi fait-il un mouvement parallèle sur Grodno (2).
Par cette marche, il se rapproche du Niémen et de Kowno : « Il sera encore à même, s'il en reçoit l'ordre, de se diriger sur Vilna » , et sera plus près de Bialystock, où il espère prendre ses quartiers d'hiver (3). »< 11 n'a pas chang^é ses habitudes, il a trouvé la solution moyenne, sans résultats, sans inconvénients, sauvegardant les apparences, il dégagée sa responsabilité (4). »
Ce parti pris, il concentre ses divisions. L'arrière-f^arde sera composée de la division Sieg^enthal et de la brig^ade Zechmeister, la division Bianchi et la brigade de Wrède formeront la colonne de gauche, la cavalerie de Frôhlich ira occuper Zclwa, la brigade Mohr se portera parallèlement de Bielitza sur Mosty, tandis que Reynier et lo VIP corps quitteront Rujana pour Nowi-Dwor.
(1) Schwaizenberg à l'eiiipcreur François, 12 décembre. (K A. 898. F. A 1812; XII )
(2) Schwarzenberg au Major Général. Slonim, 14 décem])re. (A. G; Corresf'ouflanre, 1812; XII; — K. A. 898. F. A. 1812; XII: — Publié par IIkboui., I, 450.)
(3) Schwarzcnberg à Reynier. Slonim, 12 décembre. (A. iî. Correspondance, 1812; XII.)
(4) Reboci., I, 326
120 l'i>^terventio:n de l Autriche
Le mouvement de retraite sur Mosly découvrait la place de Grodiio (1). Le général Brun qui la commandait avait fait part de ses inquiétudes le 14 à Reynier, et le 16 à Scliwarzenberg^. Le feld-maréchal n'avait pas attendu cette lettre, car dès le 15 il donnait à Frohiicli l'ordre de se porter sur Grodno avec la plus grande partie de sa cavalerie et sa batterie, u mais cela sans fatiguer les chevaux » ; et à Bianchi il prescrivait de diriger deux bataillons d'infanterie sur cette place. Frohllch, dès quil aurait été rejoint par cette infanterie, devait occuper la ville, la mettre à l'abri d'un coup de main, et s'y maintenir jusqu'au moment où il serait obligé de la défendre sérieusement; alors seulement il était autorisé à l'évacuer, et à la rendre par une capitulation : u Peut-être, disait la lettre, cette convention permettra-t-elle de causer avec l'ennemi et de garder l'ancienne frontière du duché de Varsovie; cependant le général n'oubliera pas qu'il n'a aucun plein pouvoir pour cela, il ne devra traiter que pour lui seul avec les chefs des avant-postes (2; . »
Cependant Schwarzenberg avait fini par recevoir les instructions du Major Général; ce dernier le prévenait que la Grande Armée allait repasser le Niémen pour prendre ses quartiers d'hiver : « Ce mouvement exige que vous manœuvriez en conséquence avec votre corps d'armée et celui du général Reynier, écrivait-il, afin de vous mettre en harmonie avec nous dans la nouvelle ligne que nous prendrons sur la rive gauche du Niémen. Comme l'intention de l'Empereur a été qu'avec votre corps et celui du général Reynier, vous couvriez le duché de Varsovie, Sa Majesté me charge de vous mander de manœuvrer sur Bialystock; mais Sa Majesté me charge en même
(i) Garnibon de Groilno : 20"^ IV d'infanterie; 4* B"" de chasseurs (polonais); 1 bat. de marche (français), gendarmerie; le 13, Brun avait arrêté une colonne l)avaroise en route sur Vilna. (Redocl, I, 319.)
(2) Schwarzenberg à Frohlich, Knemenitza, 15 décembre. (K. A. 898, F. A. 1812; XII.) — Frohlich était arrivé à Grodno avec 2 R** de hussards, 2 R" d'infanterie, 1 balt. (Schwarzenberg au Major Général, Bialystock, 21. A. G. Correspondance, 1812; XII.)
temps de vous faire connaître que votre mouvement doit se faire le plus lentement possible, à moins d'y être forcé par ceux de Tennemi (1). "
Ainsi les désirs de Schwarzenberg^ sont satisfaits; la marche sur Bialystock est non seulement approuvée, mais encore prescrite. Le même soir, il écrit à Reynier pour lui donner copie de ces ordres, et il ajoute : « Je suis bien persuadé que les Russes ne nous y (Bialystock) laisseront pas prendre nos quartiers d'hiver, car ils tiendront trop à la {jloriole d'avoir au moins regfa^jné leurs anciennes limites (2). » Il laissait ainsi percer son désir de reculer encore plus loin.
Deux jours après, nouvelle lettre du Major Général. " Notre éloignement du Niémen, laissant tout à fait notre flanc gauche à découvert, et ne pouvant pas nous lier à vous par des troupes intermédiaires, le Roi [de Naples] me charge de vous prévenir que vous accélériez votre mouvement et celui du général Reynier sur Bialystock, et (jue vous ne perdiez jamais de vue Varsovie que l'Empereur vous a chargé spécialement de couvrir et de défendre (3) . »
Quelques jours plus tard , l'approbation de Murât était plus explicite encore : " Répondez au prince de Schwarzenberg, écrit-il au Major Général, que vous avez reçu sa lettre du 14, et que j'approuve entièrement la résolution qu'il annonce de manœuvrer sur Grodno et sur Bialystock, et de couvrir et de défendre Varsovie. 11 verra, si vous lui rappelez le contenu des lettres que vous lui avez écrites, que ces dispositions se trouvent parfaite-
(1) Major Général à Schwarzenberg. Yilna, 7 décembre. (A. G. Correspondance, 1812; XII. — K. A. 898, F. A. 1812; XII. —Publié par Reboil, I, 450.) A remarquer que le Major Général ne parle pas du départ de l'Empereur, mais se sert du terme amphibologique de Sa Majesté. A rapprocher des ordres donnés ce même jour à Macdonald. (D'Ussel 78.)
(2) Schwarzenberg à Reynier, 15 décembre. (A. G. Correspondance, 1812; XII. — Publié par Rebodi., I, 452.)
(3) Major Général à Schwarzenberg. Kowno, 12 décembre. (K. A. 898. F. A. 1812; XII.) A rapprocher de l'ordre donné à Macdonald. (D'UssEï,, 79.)
122 L'iMTEIlVEr^JTION DE L'AUHWCUE
ment d accord avec les instructions qu il aurait dû recevoir. Annoncez-lui que l'armée va se rapprocher de la Vistule, afin de se reposer des (jrandes fatigues qu'elle a dû éprouver par de lon^jues marches, par un froid excessif, et par les nombreux combats qu'elle a eu à livrer, l'aiteslui connaître en même temps que le duc de Tarenle va se rapprocher du Niémen, et couvrira la partie nord du Grand-Duché et les États prussiens, que l'ennemi n'a montré en deçà du Niémen que quelques cosaques, que l'armée russe doit encore avoir plus besoin que nous de prendre ses quartiers d'hiver, et que tout annonce qu'elle emploiera le reste de l'hiver à se refaire et à se réorganiser. Annoncez-lui que tout le V corps va se réunir à Varsovie, et que le prince Poniatowski y est déjà arrivé pour recevoir 24 000 conscrits qui y sont réunis, et pour y organiser son artillerie (1). "
Schwarzenberg ne peut donc que se féliciter de la décision qu'il a prise de céder du terrain , et de se replier sur Bialystock.
En dehors de sa correspondance militaire, le feldmaréchal autrichien continue à écrire à Metternich. Ce dernier le tient au courant de ses projets d'avenir, il lui communique les instructions qu'il envoie à Floret, il lui dit ses rêves de paix, il lui demande de l'aider. Ainsi il ouvre à Schwarzenberg des aperçus nouveaux; le feld-maréchal sent que sa cour est fatiguée d'une guerre dont personne ne voit la fin, et qu'elle aspire à la paix; aussi moins que jamais a-t-il le désir de s'engager à fond, et est-il enchanté de pouvoir faire une démarche auprès de Bassano. La lettre qu'il vient de recevoir du grand quartier général, et qui lui avoue la position embarrassée de l'armée, lui offre l'occasion souhaitée; il écrit donc au ministre français, il ne lui cache pas les difficultés maté-
(1) Le Roi (le Napics au Major G<$néral, Stallupohnen, 17 décembre. (A. G. Correspondance, 1812; XII. — Publié par ISkdoci,, I, 452.) — Major Général au général lîevnier, ici. (A. G. Corresponchuice, 1812; XII), — id. à Schwarzenberg, id. {K. A. 898. F. A. 1812; XII.)
riellcs qui vont se présenter au début d'une nouvelle campa^jne; sans doute on trouvera des hommes et on constituera des batteries, mais la cavalerie sera mal remontée, et les chevaux mal nourris crèveront les uns après les antres, les ressources deviendront insuffisantes : pourquoi alors ne pas parler de paix? « L'empereur Napoléon, continue la lettre, est parvenu à un deg^ré de force qui lui permet de faire la paix à une époque telle que la présente. Il y a encore quelques années, le conquérant devait affermir le trône de l'Empereur, mais les temps ont chang^é, et actuellement c'est à l'Empereur de donner la loi au conquérant (I). »
Cependant le 18 Frohlich était arrivé à Grodno; mais presque au même moment, les cosaques franchissaient le Niémen. Cette circonstance faisait envisager au général autrichien la possibilité d'une capitulation. Avec cette perspective le général Brun le gênait, car les ordres du feld-maréchal prévoyaient une capitulation qui serait une convention particulière et secrète. Aussi demandait-il des instructions (2). Le lendemain heureusement. Brun évacuait la place, faisant filer les Bavarois sur Nowi-Dwor et Plock, et se dirigeant lui-même avec les Polonais sur Bialystock. Libre alors de toute surveillance étrangère, Frohlich signait le 20 une convention avec les Russes.
Aux termes de cet arrangement, il évacuerait à midi la ville et la rive gauche du Niémen; aucune troupe russe ne franchirait le fleuve, ni le lendemain ni le surlendemain, dans un rayon de trois milles soit à l'amont, soit à l'aval de la place. Les Autrichiens se replieraient lentement, à raison de deux à trois milles par jour, suivis par les Russes; les hostilités ne reprendraient qu'après une dénonciation faite quarante-huit heures à l'avance (3).
(1) Schwarzenbcrg à Bassano. llossa. 17 décembre. (IL H. S. A. 490. Ki'iegs-Acten, Bcrichte an Metternich, 1812; VI-XII.)
(2) Frohlich à Schwarzenberg. Groilno, 18 décembre. (K. A. 898. F. A. 1812; XII.)
(3) Convention du 20 décen.brc (K. A 898. F. A 1812; XII.)
J24 I/INTEIIVEINTION DE L'AUTRICHE
A cette nouvelle Schwaizenber^j se fâche. Il ne peut approuver cette convention, car en reculant indéfiniment, rien n'empécheraitles Autrichiens de passer toutleur hiver en marches? Aussi le (général Frôhlich doit-il s'arrêter à Tendroit où il recevra le présent ordre; il aurait dû, en évacuant la ville, prendre une position d'attente en arrière et brûler les mag^asins, puisque les Russes lui avaient lait savoir qu'ils ne l'attaqueraient pas avant quatre jours. Gomme direction de retraite, il se dirig^era sur Goniodz et la Bobra, de manière à assurer la liaison entre le corps autrichien et l'armée française. Cependant, continue Schwarzenberg^, on peut faire savoir aux Russes que le feld-maréchal a est prêt à signer avec eux une convention qui renfermerait des conditions qui ne seraient pas préjudiciables à l' aimée (l) ». Ainsi Schwarzenberg croit rester dans le sens des instructions de Metternich; rien ne l'autorise à signer une convention, mais elle lui semble devoir être la conséquence logique de la situation, puisque le ministre lui parle de paix : cette convention permettrait d'en attendre tranquillement le moment dans des quartiers d'hiver.
A cette lettre Frôhlich répond que, s'il a signé la convention, c'est parce que les cosaques ont déjà passé le Niémen, que le colonel Czienski qui les commande a exigé l'abandon de la rive gauche, et que d'ailleurs cette convention est avantageuse, puisque les cosaques, qui se sont approchés à moins de trois milles de la place, se sont retirés à la distance fixée, ce qui dégage complètement le détachement autrichien {2). Ces raisons lui paraissant suffisantes; Schwarzenberg finit par approuver l'arrangement signé; il apprend en même temps à ce f^énéral que les Russes essaient d'entamer des pourparlers avec le général Pflacher; mais toutes ces démarches sinmltanées le mettent en méfiance : » Je vais prendre les
(1) Schwarzenberj» à Frôhlich. Bialystok, 21 décembre. (K. A. 898. F. A. 1812: XII.)
(2) Fruhlich à Schwarzenberg. Janowa, 21 décembre. (I<IJ
choses en main, écrit-il... II n'y a pas à se fier à ces gens- là... Pour être certain que les Russes ne profiteront pas de CCS conversations pour marcher pendant ce temps contre notre flanc gfauclie, le g^énéral devra envoyer un détachement sur Augustowo (1). »
Toutes les nouvelles qu'il reçoit du quartier g^énéral du Roi de Naples, Schwarzenberg^ les communique à Reynier, bien qu'elles soient peu encourageantes; il se flatte cependant de voir l'ennemi s'arrêter à l'ancienne limite du Grand-Duché de Varsovie; et parlant de la convention qu'il a autorisé Frôhlich à signer, il écrit : « Je désire que cela réussisse, je serais très heureux si je pouvais obtenir, à condition d'abandonner entièrement la Lithuanie, l'avantage d'une tranquillité sur toute notre ligne, votre corps d'armée y compris. Je travaillerai dans ce sens, et vous informerai du résultat de mes démarches; ce qui me donne de l'espoir, c'est que le major Lovenstein s'est présenté il y a trois jours à Mosty en parlementaire, il témoigna au général Mohr son étonnement de le voir encore établi là, je l'avais même renforcé considérablement pour couvrir ma marche; il déclara au général qu'il était inutile de s'égorger sans but, et qu'ils [les Russes] avaient ordre de nous suivre tout doucement jusqu'à leur frontière. » Ces déclarations lui font espérer pouvoir prendre ses quartiers d'hiver à Pultusk, tandis que Reynier prendrait les siens à Sieldce (2).
Le '20, tout le corps auxiliaire se concentre à Bialystock, à Bialystock même, à Zabludowo, à Vasilkow ; Frôhlich est à Janowa, Zechmeister à Grodeck, un détachement occupe Augustowo ; dans ces positions le feld-maréchal espère se maintenir quelques jours. Il écrit au Major Général pour lui communiquer ses projets futurs. Il a marché sur Bialystock ainsi qu'il en avait reçu l'ordre
(1) Schwarzenbcrg à Frôhlich. Bialystock, 22 ilécembrc (K A. 898. F. A. 1812; XII )
(2) Schwarzenberg à Reynier, Bialystock, 20 dcceiiibre. (A. G. Correspondance, 1812 ; XII — Publié par Rkdoul, I, 453.)
126 L'iNTEUVExNTION DE I.'AUTRICHE
par la lettre du 9 : t< Je fais garder fortement la bordure des grands bois par de l'infanterie, pour empêcher rapproche des cosaques, et je compte ainsi gagner quelques jours pour faciliter l'évacuation des hôpitaux et des magasins, et donner un peu de repos aux troupes qui en ont grand besoin. » Le premier point de ses instructions se trouve ainsi rempli, reste le second : la défense de Varsovie. " Gomme les ordres portent expressément, annoncet-il, que la défense de Varsovie m'est recommandée comme le but principal, j'éviterai de m'engager sérieusement, en cas que je sois suivi par des forces considérables, et continuerai mon mouvement vers Pultusk : j'engagerai dans ce cas le général Reynier à manœuvrer sur Praga. »
Il rend conqite en outre au Major Général de l'incident <le Grodno, il lui apprend les intentions avouées par les Russes, ainsi que l'opinion de leurs généraux sur l'aile gauche du corps autrichien qu'ils trouvent absolument en l'air. La crainte d'être tourné par la gauche, et la défense de Varsovie vont être désormais les deux idées fixes du feld-maréchal ; elles vont lui faire perdre de vue la juste notion des choses, la compréhension claire et nette de la situation; il va tout leur sacrifier. Aussi, ajoute-t-il : a Si des parlementaires devaient se présenter, j'essaierais de proposer sur toute ma ligne d'adopter la frontière comme démarcation, et de ne pas se harceler réciproquement. Je crois que si je pouvais obtenir de cette manière une espèce d'armistice, il en résulterait un grand bien pour le Duché, et ce serait le seul moyen d'obtenir des quartiers d'hiver au corps d'armée que je commande. " A la fin de sa lettre, il revient sur la défense de Varsovie : il veut se concerter avec Poniatowski et le général Dutaillis gouverneur de la place : « S'ils pouvaient se garder du côté de Lublin, a|oute-t-il, le VIT' corps pourrait cantonner dans le département de Sieldce, et le corps auxiliaire d'Autriche entre le Narew et le Bug. J'établirais mon quartier général à Pultusk. il me semble que les
LA «ETr.AlTE DU COUPS AUXILIAIRE 127
forces étant ainsi disposées, on serait à portée de défendre Varsovie directement, et par des manœuvres dans le flanc de l'ennemi qui s'avancerait pour l'attaquer (l). "
Schwarzenber^'j envoie alors le colonel Latour au quartier g^énéral des Russes pour les sonder sur la possibilité d'un armistice, mais cette démarche n'amène aucun résultat (2) . Cependant cette nouvelle se répand vite au milieu des avant-postes, et l'idée d'un armistice circule partout; les conversations journalières entre Russes et Autrichiens lui donnent un certain degré de vraisemblance; il en résulte du relâchement; le feld-maréchal juge nécessaire de rétablir la discipline : « Il n'est pas question d'un armistice, annonce-t-il à ses généraux, et les précautions ordinaires ne doivent pas être abandonnées. Il faut interdire très sévèrement les conversations inutiles avec les parlementaires ennemis; il ne faut pas tolérer des entrevues aux avant-postes, entrevues qui ne peuvent que détruire l'esprit des troupes (3). »
Du reste ces manières d'agir des Autrichiens concordaient avec les paroles inconsidérées de l'ambassadeur de France à Varsovie, l'archevêque de Malines, M. de Pradt. Ce dernier avait en ce moment une attitude étrange : ses propos extraordinaires, qui se colportaient à Varsovie, ne pouvaient manquer d'arriver aux oreilles •de Schwarzenberg, et de l'encourager dans sa manière de voir. Ce bizarre personnage avait dit qu'il regardait " comme une barbarie inutile de sacrifier un homme de plus, que l'armée du prince Schwarzenberg devait se refuser à toute demande offensive, et se borner à suivre le mouvement g^énéral de la retraite, en réservant
(i) Schwarzenberj; au Major Général. Bialystock, 21 décembre. (A. G. Correspondance, 1812; XIL — K. A. 898. F. A. 1812; XII.)
(2) Cet envoi est signalé dans une lettre de Frohlich du 24 décembre ; •ce dernier, apprenant que la n)ission de l^atour n'a pas abouti, demande s'il ne faut pas dénoncer la convention qu'il a signée. (K.. A. 898. F. A. 1812; XII.)
(3) Scbwarzenberg à Frohlich, à Zechmeister, à Pflacher, à Rianchi, à Sie- ..genthal, Bialystock, 24 décendire. (K. A. 898. F. A. 1812; XII.)
128 L'INTERVENTION DE L'AUTllICllE
ses forces pour les services plus utiles auxquels elle pourrait être encore appelée (l) ». Au capitaine de Bohn, aide de camp du prince, il avait été jusqu'à dire que <i la soi-disant Grande Armée n'existait plus, qu'il n'y avait plus qu'un amas de mendiants moitié g^elés, marchant le bâton à la main, sans cavalerie et sans artillerie (2) » .
Ces conseils, Schwarzenberg va essayer de les mettre en pratique; s'il interdit les entrevues multiples aux avant-postes, il les recommande entre chefs de corps; il conseille des arrangements; à Frohlicli qui veut dénoncer la convention il fait savoir de bien se garder de cette démarche, car celte dénonciation n'aurait d'autres résultats que de fatiguer ses troupes; il l'encourage à continuer ses conversations, de manière à obtenir qu'en pratique, toute évacuation de position soit précédée d'une entrevue qui permette de gagner du temps (3). A Zechmeister, il écrit que s'il « a conçu le projet de tomber sur l'ennemi, et de le rejeter vigoureusement à la première occasion » , il peut le faire, mais qu'il est préférable de parlementer (4) .
Les Russes d'ailleurs manœuvrent admirablement : « quand ils désirent s'emparer d'une position, écrit Schwarzenberg à l'Empereur d'Autriche, tantôt ils reviennent maintes et maintes fois à la charge, jamais découragés par notre refus, tantôt ils tournent la localité avec des forces trois ou quatre fois supérieures aux nôtres,
(J) Big:<o>, XI, 203. Cet ambassacleur devait d'allleuis être rappelé quelques jours après. « J'ai été, on ne peut plus étonné, de tous les ridicules propos que m'a tenus l'abbé de Pradt pendant une heure. Je ne le lui ai pas fait sentir. Il paraît qu'il n'a rien de ce qu'il faut pour la place qu'il occupe. " (Napoléon à Bassano, Kutno, li décembre. Correspondance, 19384.)
(2) Résumé de la conversation tenue en présence de M. de Baum et du capitaine de Bohn. (II. H. S. A. il Russland, Berichte von Baum, 1812; IX-XII.)
(3) Schwarzenberg à Friililich. Andrejavicz, 26 décembre. (K. A. 898. F. A. 1812; XII.)
(4) Schwarzenberg à Zcchmeister, Pullusk, 30 décembre. (K. A. 898. F. A 1812; XII. — Publié par Rehocl, I, 339 )
LA IlETUAITE DU COUPS AUXILIAIRE 129
et font sifjnifier au commandant qu'il doit bien voir qu'il est pris, s'il ne se retire. Les commandants d'avant-postes ont déjà souvent déclaré qu'ils avaient Tordre en pareil cas, malgré leur répugnance, de résister par la force; sur quoi on leur répond que cela serait fort pénible pour les llusses, mais qu ils n'auraient rien à se reprocher ayant tout fait pour éviter des hostilités. Par ce moyen de douce violence, ils atteignent un double but : d abord la tranquillité de leurs troupes sans cesser de progresser, et cela quoique n'ayant pas assez de forces au total pour nous attaquer sérieusement, ensuite la défiance qu'ils font naître entre les troupes alliées (1). "
Aussi quand le général Wassiltschikov , qui était arrivé en face de Bialystock, avait proposé au feld-maréchal une entrevue, ce dernier l'avait-il acceptée, bien qu'il n'eut pas confiance dans son issue : "Je désire, écrivait-il à Reynier, que cela puisse amener un résultat favorable à nos quartiers d'hiver, mais j'ai tout lieu d'en douter. Les Russes semblent vouloir pousser jusqu'à la Vistule. et je crois que Varsovie les tente beaucoup (2) . » Cette entrevue avait eu lieu le 25, mais à la place de Wassiltschikov Schwarzenberg n'avait trouvé que le général de cosaques prince Schtscherbatov. Une chute de cheval, arrivée la veille, avait empêché Wassiltschikov de se rendre au rendez-vous. Schtscherbatov demandait aux Autrichiens d'évacuer Bialystock, car son chef avait reçu l'ordre d'occuper cette ville : «Je répondis, écrit Schwarzenberg au Major Général, que j'avais gardé ce poste aussi longtemps que l'ensemble des mouvements l'avait exigé, mais je ne lui cachais pas que je 1 abandonnerais dans deux jours pour prendre des quartiers d hiver, que je ne demandais pas mieux que d'éviter des chicanes inutiles, mais que si on me suivait de trop près, ou qu'on voulût me gêner dans
(1) Schwarzenberg à l'Empereur d'Autriche. Varsovie, 3 janvier. (K.. A. 924. F. A. 1813; I. — Publié par Reboul, I, 354.)
(2) Schwarzenberg à Reynier. Bialystock, 23 décembre. (A. G. Conespow (lance, 1812; XII.)
lao L'I^TEllVEJ>^TIO^^ de l'autiuche
mes cantonnements, je serais forcé malgré moi de mener au milieu de Thiver la {juerre la plus active. Je fis entrevoir qu'un arrangement tacite entre les commandants d avant-garde à quarante-huit heures de dénonciation pourrait éviter des combats inutiles, sans cej endant gêner les mouvements que les armées trouveraient à propos de faire; mais le prince ne voulut pas entrer en matière en m'assurant qu'il n'y était nullement autorisé. Il eut soin de me glisser que l'armée avait d'un commun accord sollicité auprès du prince Kutusov la continuation des opérations (1) . »
Cette première entrevue avait donc permis à Sclnvarzenberg de parler d'un arrangement tacite; il avait de lui-même soulevé la question, laissant entrevoir aux Russes la possibilité d'une pareille éventualité.
Comme il l'avait annoncé, le 25 Schwarzenberg évacuait Bialystock, et le 29 s'arrêtait dans la nouvelle position de Pultusk décrivant un arc de cercle entre le Narew et le Bug : Bianchi était à Pultusk et à Rozan, Trautenberg à OstroAv, Siegenthal à Wyskow, la cavalerie était plus en avant, Frohlich à Novogrod, Zechmeistcr à Zambrow, et Mohrà Brok (2) .
" Je tâcherai, écrit Schwarzenberg au Major Général, de conserver cette position pendant quelques jours au moins, je désirerais même pouvoir y prendre des quartiers d'hiver, je couvrirais une grande partie du Duché par cette position, et ne manquerais pas de moyens de subsistance, mais il me paraît que l'ennemi voudra pousser jusqu'à la rive droite de la Vistule. Les différentes divisions ont ordre de défendre leurs cantonnements et de ne se retirer que devant des forces supérieures. Si le
(1) Schwarzenberg à lleynier. Bialystock, 24 décembre. (A. G. Corrcsjiondaitce, 1812; XII.) — /(/. au Major Général, Varsovie, 2 janvier. (A. G. Correspondance, 1813; I. — K. A. 924. F. \. 1813; I. — Publié par IlEiiOUL, I, 456.)
(2) Schwarzenberg à Rcvnier. Bialystock, 24 et 27 (k'cenil^ie (.\. (i. Correspondance, 1812; Xll.j
bivouac n'achevait pas d'abîmer totalement des troupes fatig^uées après une lonjjue et aussi pénible campagne, je prendrais position à Pultusk, et en occupant Sierock j'attendrais ainsi l'approche de l'ennemi tranquillement pour jujjer sa force et régler ainsi mes opérations; cependant le but principal de ce corps devant être d'arriver près de Varsovie dans un état de forces suflisantes pour protéger vigoureusement ce poste qui sous le rapport militaire et politique offre un si grand intérêt, je dois, en évitant tout combat sérieux, me borner à arrêter l'ennemi aussi longtemps qu il ne m'oppose pas des forces considérables. En parlant de ce principe, je compte prendre, en cas de retraite, ma direction sur Modlin, où je passerai la Vistule pour établir mes cantonnements entre cette place et Varsovie, en laissant une forte avant-garde en avant de Modlin. Le général Reynier agira dans le même sens suivant les circonstances en se dirigeant vers Praga... Je crains bien que mes troupes devant être constamment prêtes à se mettre sous les armes ne finissent par s'affaiblir, au point de ne plus conserver alors assez <le forces pour combattre avec succès dans le cas où les Russes, dans quelque temps d'ici, entreprendraient un €Oup de main sur Varsovie. Il est certain que je ne pourrai me reposer un peu que sur la rive gauche de la Vistule ( I ) . "
Aussitôt Schvvarzenberg se met en rapport avec le ^général de Wrède, qui commande à Plock les restes du VP corps. 11 lui envoie le 4 un officier pour savoir si, en cas d'événements, il peut compter sur un soutien des Bavarois, et dans quelle direction ceux-ci se mettraient «n retraite lorsque les Autrichiens seraient forcés de repasser la Vistule. De Wrède répond que son corps étant en deuxième ligne n'a que 8 à 9 000 combattants, et qu'il n'est pas en état de prendre part à une opération offensive, parce qu'il manque de munitions, mais qu'il
( I j iSrhwarzciihei'g au Major Géiici'al. Varsovie, 2 janvier ^df'jà ché).
le porterait au-devant des Autrichiens pour soutenir leur flanc gauche (1) .
Ainsi Schwarzenberg veut reculer phis loin encore; ridée qu'il avait eue le 21 de défendre Varsovie par des manœuvres de flanc est déjà abandonnée : il ne songe plus qu'à repasser la Vistule, à se rapprocher davantage de cette capitale " sans se laisser entamer ». Il a peur d'une retraite qui se ferait en se battant : « Une retraite qui se fait en se battant finit bientôt par dissoudre les corps, écrit-il (2). » Il oublie complètement les avantages de la position de flanc qu'il occupe; la protection de Varsovie revient chez lui comme une idée fixe, et même il espère ne pas être obligé de prendre les mesures qui assureraient cette protection, il espère que les Russes s'arrêteront sur les anciennes limites du Duché : « Il serait bien désagréable de devoir se battre dans les premiers jours de janvier près de Varsovie (3) . »
Il est d'ailleurs complètement découragé, il ne sait que j)enser de la situation, elle lui parait inextricable. « Que la chute d'un grand homme est lourde, écrit-il confidentiellement à Mctternich, c'est bien le bon Dieu qui a pris ."^oùt de châtier en personne sa créature. Le Saint-Esprit, qui depuis longtemps était accusé de partialité, a été mis de côté pour le coup, aussi a-t-on remarqué pendant cette campagne son absence totale. Jamais pédagogue de la main la plus exercée n'a mieux travaillé son sujet, et il faut avouer que si le bon Dieu se mêle d'une affaire, il s'en acquitte en maitre. Il y a de la recherche dans le choix qu'il a fait de ses instruments, et c'est par là qu'il a trahi le prix qu'il mettait à ne pas partager sa gloire avec personne, car il se dit certainement : parmi le
(1) Extrait des rapports du général de \Vr.'(lc : I)a^olU au Major Général Thorn, 13 janvier. (A. G. Conespoiidancc, 1813; I.) — DeVVrèdeà Sclnvarzenberg, 5 janvier. (K. A. 924. F. A. 1813; I )
(2) Schwarzenberg à Rcynier, 27 décembre. (A, G. Correspondance, 1812;
(3) Schwarzcnlicrg au Major Général, 2 janvier (déjà cité).
nombre immense trimbéciles dont la terre abonde, {jrâce à mes soins, il n'y a cependant pas d'imbécile assez imbécile ponr attribuer les désastres inouïs de Napoléon à l'imbécile Kutusov et à son faible Souverain conseillé par un misérable ministre. Je ne sais trop comment je sortirai encore de cette position, mon cher ami, je tâcherai d'occuper les frontières du Duché, en refusant mon aile gauche qui n'a aucune communication. Je voudrais faire prendre les quartiers d'hiver aux troupes le lonjj du Bug, c'est-à-dire entre le Narew et le Bug, mais on dit que les Russes veulent faire une expédition sur Varsovie, comme j'ai Tordre de défendre cette ville, qui n'est pas à défendre en hiver où la Vistule est gelée, je crains d'être forcé de me battre au milieu de janvier, et alors je perds toute mon excellente armée par le froid seul; ma cavalerie comme de raison est réduite à bien peu de chevaux en état d'aller, il n'v a que le repos qui puisse la sauver d'une ruine totale... Les Russes nous ménagent infiniment depuis huit jours, ils nous renvoient des traînards, et j'ai permis qu'on leur renvoie des cosaques pris en patrouille. J'ordonne de redoubler d'attention puisque, comme vous le savez par le rapport à 1 Empereur, il n'existe pas d'armistice, et que je me méfie de la foi grecque (I) . "
Cependant ces hésitations allaient bientôt avoir un terme. Murât était arrivé à Kœnigsberg, il y était arrivé mécontent et démoralisé, mécontent d'avoir été obligé de prendre le commandement de la Grande Armée, démoralisé par un travail d'administration et de réorganisation pour lequel il n'avait pas d'aptitude. Il était de plus impatient de rentrer dans ses États dont le sort était devenu pour lui un sujet de préoccupation. Sous le climat du Nord, au milieu de l'hiver polonais tout blanc, cet homme du Midi avait le spleen; il rêvait aux intérêts qu'il avait
(i) Scliwarzenberg à Mettcrnicli. Bialystock, 24 décembre. (H. II. S. A. 490. Kriegs-Acten, Berichte von Schwarzenberg, 1812; Vl-XII.)
134 L'I^^TERVEINTION DE J/AUTKICHE
laissés là-bas sous le ciel bleu, au bord de la mer plus bleue encore. A ces souvenirs il s'était aig^ri, ces images étaient devenues pour lui une obsession, il n'avait plus la force de se détourner de ce mirag^e lointain, il était devenu incapable de regarder la situation avec sang-froid, et plus incapable encore d'y faire face. Gomme Schwarzenberg, il n'avait qu'un désir, prendre ses quartiers d'hiver le plus rapidement possible, quartiers d'hiver qui lui permettraient de fuir les brumes froides de la Prusse pour aller retrouver le soleil de Naples, quitter les pins de Lithuanie pour les vignes et les oliviers de (Japo di Monte. Il avait beau déclarer qu'il «était Roi de Naples, comme l'Empereur d'Autriche était Empereur d'Autriche (l) » ; sa couronne ne lui semblait pas solide sur sa tète ; il craignait que son impérial beau-frère ne traitât son royaume comme il avait déjà traité celui de Louis, il avait peur des agissements en sous main de Caroline, il avait peur d'un débarquement des Anglais ; aussi avait-il envoyé par avance à Naples son aide de camp de confiance, le prince Cariati,. et le duc Caraffa de Noja avec mission de s'arrêter à Vienne et d'y tàter le terrain (2j .
(1) Davoutau duc de Frioul. Custrin, 3 février. (A. N. A. F. IV, 1651.)
(2) Massos dans Napoléon et sa famille, VIII, 245, prétend qu'en repartant les deux envoyés « emporteront quelque chose de mieux que des politesses II , et il ajoute : « Dès 1821, un historien singulièrement hien informé a prétendu que dès lors le Roi de Naples était d'accord avec l'Autriche depuis plusieurs mois. » Dkmelitscu est du même avis. Analysant une lettre de Metternich à Mir du 15 décembre, dans laquelle le ministre s'étendait avec complaisance sur le courage de Murât, il écrit : « La lettre se termine par la louange du roi Joachim qui s'était couvert de gloire dans la campagne de Russie, comme amis et ennemis l'ont reconnu. Cette lettre confirme clairement qu'il était lié à ces derniers. » A notre connaissance, jusqu'à présent aucune a.chivc n'a encore livré le détail de ces négociations. " Murât rentre, qui sait s il ne va |)as s'arranger avec les Anglais, » note l'archiduc Jean dans son Journal, comme s'il avait des notions à ce sujet. (Archiduc Jeax, Taqebuch, 79.) — Il ne semble pourtant pas qu'il y ait eu à ce moment autre chose que des conversations, tout au plus des promesses; car le 12 mars le prince Cariati revient à Vienne, et Metternich écrit à Lebzeltern à cette date : « Je tiens de source très sûre que le Roi veut envoyer un agent secret à Vienne, pour voir si l'existence politique du royaume ne pourrait pas être stipulée dans les arrangements
Cet état d'esprit explique comment le Koi de Naples a pu écrire en marg^e du bulletin de renvoi à Berthier de la lettre de Schwarzeiiber^ du 21 décembre relative à un projet d'armistice : <i Répondre au prince que j'approuve ses dispositions, et que je serais charmé d'apprendre qu'il est parvenu à conclure un armistice (tacite et non écrit, qui de\ iendrait nul si les corps ennemis qu'il a en opposition marchaient sur un autre point,) qui lui permettrait de faire reposer ses troupes et celles du {général Reynier { 1 . »
Murât écrit, en outre, le jour même à Schwarzenberg : (i Le prince Major Général m'a communiqué toutes vos dépêches. J ai vu avec plaisir que non seulement vous avez reçu les miennes, mais encore que vous aviez prévenu toutes les instructions que je vous avais données, en manœuvrant de manière à déborder votre liane gauche et à couvrir Varsovie. Je ne puis qu'approuver aujourd'hui tous vos projets ultérieurs. Votre quartier général me paraît être bien placé à Pultusk. J'apprendrais surtout avec plaisir que vous avez conclu un armistice tacite et non écrit, qui vous mettrait à même de bien asseoir vos quartiers d'hiver et de vous y refaire de vos grandes fatigues (2). " Le lendemain, c'est le Major Général qui écrit, à ce sujet, au feld-maiéchal autrichien pour transmettre les ordres du Roi (3).
En même temps que ces ordres, Berthier envoie au prince une lettre particulière peu faite pour lui faire reprendre couKance. 11 dépeint l'état de la Grande Armée,
généraux qu'on croit devoir se faii-e sous la uiéillntion de lAutrichc. » Metternich à Lebzellern, 5,3 mars, n"3. (H. H. S. A. llussland. Wcisungen fiir I^ebzeltern.)
(i) Le Iloi de Naples au Major Général. Kœnigsberg, 23 décembre. (A. G. Correspondance, 1812; XII. — Publié par Reboul, I, 342.) Les mots entre parenthèses sont de la main même de Murât, et écrits en interligne : ils sont suivis des initiales J. N.
(2) Le Roi de Naples à Schwarzenberg. Kfpnigsberg, 23 décembre. (K. A. 924. F. A. 1813; I.)
(3) Major Général à Sclnvarzenberg. Kcenigsberg, 24 déccndjrc, arrivé le 28. (A. G. Correspondance, 1812; XII.)
il y parle du grand nombre de chevaux morts, de la nécessité de détruire l'artillerie et les baguages, des souffrances des étapes et des bivouacs, du manque de vivres, des morts par le froid : « Nos soldats mouraient devant nous sur les routes ; il leur prenait un étourdissement, il paraissait une goutte de sang au nez ou à la bouche, et ils tombaient morts. )> Après ce tableau tragique et démoralisant, il avoue que la Grande Armée ne compte plus que 10 000 hommes, et encore sont-ils débandés, n Les cadres seuls avec les officiers et sous-officiers et quelques grenadiers sont restés aux aigles. " Cependant des renforts vont arriver, et on espère pouvoir se maintenir sur le Niémen (l) .
Trois jours après, arrive une nouvelle lettre du Major Général. « Le Roi me charge de vous réitérer, prince, que si vous faites un armistice, vous ne fassiez rien par écrit, afin de pouvoir le rompre au premier mouvement que l'ennemi ferait, s'il se dégarnissait de votre côté pour se porter sur nous (2). »
Le feld-maréchal autrichien est donc bien à couvert; il a les coudées franches pour agir : comment dans ces conditions n'agirait-il pas?
Du reste il faut dire que le Roi de Naples ne croyait pas à la continuation de la guerre, qu'il jugeait le moment venu de prendre des quartiers d'iiiver; un armistice ne faisait donc que hâter l'approche de ce moment : « Quant à mon opinion, écrit-il à Revnier, c'est que l'ennemi a besoin aussi bien que nous de repos, et qu'il emploiera la saison d'hiver à se refaire de toutes ses fatigues et de ses pertes, et à se mettre à même de pouvoir rentrer en
(1) Major Général à Schwarzenbcrg, Kœnigsberg, 24 décembre (K. A. 898. F. A. 1812; XII — H. H. S. A. 496, Kriegs-Acten Berichte von Schwarzenberg. — Publié par Reboul, I, 455.)
(2) Id. Kœnigsberg, 27 décembre, arrivé le 31. (K. A. 898. F. A. 1812; X[I.) Le 28 Murât renouvelle ses ordres à Berthier au sujet de l'armistice. (A. G. 1812; XII.) Cependant les lettres du Major Général du 28 et du 29 à Schwarzenberg c(mservées à Vienne ne reparlent pas de laruiistice. (K A 924, F. A. 1813; I )
LA UETllAHE DU COUPS AUXILIAIRE 137
campagne avec succès : néanmoins, on doit raisonnablement lui supposer assez d'amour-propre, pour essayer de nous faire prendre des quartiers d'hiver hors de son territoire (1). » " Nous voilà maintenant dans nos quartiers d'hiver, » mande-t-il le 21 à l'Empereur (2).
Presque en même temps que ces ordres, Sclnvarzenberg recevait une lettre de l'Empereur d'Autriche. L Empereur lui communiquait les instructions qu'il avait envoyées le 9 décembre à Floret, instructions motivées par la retraite en deçà de la Yistule, et par l'impossibilité de faire subsister le corps auxiliaire dans le Duché. L'Empereur apprenait également au feld-maréchal les mouvements qu'il faisait faire à ses troupes en Buckovine et en Transylvanie a6n de renforcer l'armée de Galicie, puisque cette province devenait pour lui un sujet d'inquiétude. « Aussi, continuait-il, je me suis décidé à envoyer M. de Bubna à Paris; vous verrez par la troisième annexe que je fais des démarches pour que mon corps auxiliaire forme l'aile droite de la Grande Armée, ou que s'il était nécessaire de constituer un corps détaché pour couvrir cette aile, comme cela avait eu lieu jusqu'à présent, ce rôle ne soit attribué à aucun autre corps qu'au mien. Si l'on devait vous affecter une autre place dans l'ordre de bataille, vous devriez tout mettre en oeuvre pour la refuser; les raisons les plus importantes à faire valoir ne devront pas seulement être tirées de la nécessité de songer, le cas échéant, à la sûreté de la Galicie conjointement avec le corps de réserve, mais encore des moyens de faire rejoindre le plus facilement et par le chemin le plus court,
(1) Le Roi de iSaples à Reynier, £4 déceinbie ^A. ]S. A. F. IV; 1643. — Publié par Reboui., I, 454 y
(2) Roi de Naples à l'Empereur, 29 décembre. (A. N. A. F. IV; 1643.)
138 L'IMEl'.VENTION DE L'AUTUICHE
les renforts en liommes, chevaux, armement et équipement. Vous devez vous en tenir à cet ordre, et dans le cas où il vous faudrait battre en retraite derrière la rive {Tanche de la Yistule, vous devrez prendre votre direction de marche le long de ce fleuve (1). »
En transmettant cette lettre, Metternich y joignait un commentaire : « Vous aurez donc, mon prince, à ne rien négliger pour pousser votre argumentation en faveur de la position désirée, même assez loin pour que la seule rupture de Talliance, qui n'entre nullement dans les vues de Sa Majesté Impériale, servît de borne à votre insistance (2) . "
Ces instructions ne font que confirmer le feld-maréchal dans l'idée qu'il se fait des désirs de sa cour; elles ne peuvent que lui faire continuer à suivre la voie dans laquelle il s est engagé depuis quelque temps, puisqu'en agissant comme il l'a fait, il est approuvé et par le commandement français, et par l'Empereur son maitre; il peut donc aller de lavant sans scrupule et sans arrièrepensée.
Cependant il faut jouer dignement le rôle qui lui est ainsi dévolu; aussi de Pultusk se rend-il à Varsovie. Dans cette capitale, il se sait sujet à observation; les Polonais critiquent une retraite, qui fait abandonner sans combat des régions sur lesquelles ils comptaient pour la conscription (3) ; ses soldats donnent partout lieu à des plaintes (4) . Aussi sent-il la nécessité de se justifier, et dans ce but convoque-t-il en conseil le général Dutaillis, le général Ileynier et le prince Poniatowski.
Schv^arzenberg reconnaît sans difficulté que les mesures qu'il a prises laissent la région ouverte à l'ennemi, mais
(1) L empereur François à Sclnvarzenbcrg, iO décembre. (K. A. 898. F. A. 1812; XII.) Nous n'avons pas trouvé l'annexe dont il est question.
(2) Metternich à Schwarzenherj;, 20 décernlire, chiffre. (H. II. S. A. 305. Frankreich. W'eisunjjen an Schwarzenberg, 1812; IV-XII )
(3) Poniatowski au ^lajor Général, 31 dccendire. (A. G. Correspondance^ 1812; XII.)
(4) Bulletin de Varsovie, 1"^ janvier. (A. E. Polo[;ne, 331.)
l.A lîETUAITE DU CORTS AUXILIAÏKK 139
déclare qu il a été forcé d'agir ainsi qu il la fait, puis- (ju il doit couvrir Varsovie et ne pas fatiguer ses troupes. Il annonce que les Russes lui ont proposé un armistice, mais qu'il l'a repoussé. Reynier de son côté fait savoir qu'il a envoyé à Sacken des propositions qui n'ont pas été acceptées, le général russe voulant auparavant attendre des ordres à ce sujet, tout en consentant à ne pas l'attaquer avant huit jours. Poniatowski, au nom des Polonais, demande qu'on évacue le moins de terrain possible. Après cet écliange de vues, on se sépare sans rien décider.
Cependant, à la sortie de cette conférence, Reynier et Schwarzenberg déclarent à Poniatowski qu'ils « conserveront leurs positions actuelles tant qu'ils ne seront pas menacés par des forces supérieures " . Reynier annonce que, dans le cas d une retraite, il se retirerait derrière la Vistule, » ajoutant cependant qu'avant sa retraite, il irait à la rencontre de I ennemi pour le rejeter aussi loin que possible " . Schwarzenberg fait connaître que dans le même cas il prendrait position entre Modlin et Varsovie. Le feld-maréchal reconnaît cependant que, pour le moiTient, il n a rien à craindre, parce qu'il n'a devant lui que les bataillons de chasseurs attachés à la division Tzaplitz (l), mais que la prudence lui conseille de prévoii" la possibilité de l arrivée " d'une force réelle et considérable sur la ligne occupée par son corps d armée; et il ne voit ni Tutililé, ni la nécessité de livrer une bataille à Pultusk " , aussi préfère-t-il se retirer entre Modlin et Varsovie, et dans cette position accepter le combat « si les Russes viennent 1 attaquer (2^ » .
(1) ^ y a-t-il pas confusion? La division Tzaplitz faisait partir de 1 avantgarde de Tschitseliakov : le 3i elle est signalée à Kaukirch dans la Prusse orientale, c est-à-dire loin des Autrichiens, elle est ensuite sur la route Stallupôhnen Gundjinnen Darkehnen ?vodenburg. (Pi.otiio, I, 25.) Il s'agit peut-être simplement de détachements faisant partie de celte division, et battant la campagne. Quoi qu'il en soit pendant cette période, les documents autrichiens la signalent sur ce théâtre des opérations sans ([u'il soit possible do savoir si elle v était réellement.
(2) Hignon à Kassano, 31 décembre (A. E. Pologne, 332 . — Lajard à
140 L'KNTEIIVENTION DE L'AUTRICHE
A la sortie de celle conférence Schwarzenberg écrit à l'empereur François; il lui accuse réception de sa lettre du 20, et lui rend compte des mesures qui vienuent d'être arrêtées. Il ne perdra pas de vue les instructions impériales, mais il ajoute : " Ma situation est des plus désag^réables, je ne puis .»uère abandonner ma position de Pultusk, avant d'y avoir été contraint par des forces supérieures, sans m'exposer aux reproches qu'on m'a faits : 1" d'avoir encouragé les progrès de l'ennemi par une retraite effectuée en toute hâte devant de simples avantgardes; 2" d'abandonner à l'armée adverse les importantes ressources du département de Plock ; 3' d entraîner par mon mouvement de retraite précipitée tous les corps occupés à se rassembler et à se réorganiser sur la rive droite; 4° de donner par une mesure de cette nature toute latitude à l'ennemi de porter ses forces principales vers le Nord, et en particulier contre le corps de Macdonald déjà compromis dans une retraite difficile. Toutes ces raisons m'ont déterminé à tenir aussi longtemps que possible au moins le Narew; il en résultera de grands sacrifices, car les troupes au lieu de jouir d'un vrai repos devront être tenues constamment sur lequi-vive (I). » Cette réponse doit prouver à l'Empereur que le feld-maréchal sait garder les ménagements et sauver les apparences.
Malheureusement pour lui, à ce moment les Russes semblent \ouloir compromettre les Autrichiens; trouvant que le procédé de parlementer à propos de chaque position fait perdre trop de temps, ils émettent la prétention soit de cantonner au milieu du corps auxiliaire, soit de faire traverser ses cantonnements à leurs colonnes. Ces prétentions paraissent au général Zechmeisler inadmissibles; aussi ayant appris la convention de Frôhlich et du colonel Gzienski, envoie-t-il le major Noslitz auprès de Wassilts-
Bassano. Varsovie, 2 janvier. — 1<1., 2 janvier au soir. (A. E. Pologne, 333.)
(1) Schwarzenberg à 1 empereur François. Varsovie, 2 janvier. (K. A. 924, F. A. 1813; 1.)
LA RETHAITE DU CORPS AUXII^IAIRE 141
chikov pour tâcher d'obtenir pour sou corps un arranfl^ement semblable (1). Ce dernier pour toute réponse demande une conférence avec le feld-maréchal.
Cette conférence est fixée au 6 janvier à Ostrow , au lieu de Wassiltschikov. Schwarzenbergf trouve au rendez-vous un conseiller d'Etat russe, le baron d'Anslett, " qui a le grade de général » . Anstett excuse Wassiltschikov que son accident empêche encore de revêtir un uniforme; puis il parle des " arrangements à prendre pour éviter les désordres qui pèsent sur les malheureux habitants des contrées, que parcourent les deux armées " . Il s'étend longuement sur les ressources des Russes, sur les efforts qu'ils ont faits jusqu'à présent, sur l'enthousiasme qui les soutient, sur les renforts qui vont leur arriver. Schwarzenberg riposte en traitant cet exposé d'exagéré, il prétend, au contraire, que si les opérations se continuent, » l'armée russe sera au printemps suivant hors de combat; il ne m'a pas été difficile, continue-t-il, d'apercevoir qu'Anstett n'aurait pas demandé mieux que d'entrer dans des négociations tendant à stipuler un armistice séparé avec le corps d'armée d'Autriche, mais il y renonça voyant la manière dans laquelle j'avais placé la question » . Ainsi le feld-maréchal qui a des ménagements à garder, ne veut pas profiter du blanc-seing que lui a donné le Roi de Naples; il répond qu'il « ne peut être question que d'un armistice commun à toute l'armée française (2) " .
Telle était la version envoyée au Major Général, la seule que les Français dussent connaître. A Vienne Schwarzenberg envoie un récit plus détaillé. Il raconte qu'Anstett, après lui avoir remis deux lettres de l'empereur
(1) Zechiiieister à Siliwarzcnberg. Iribna, l^"', 2, et 3 janvier. (K. A. 924, F. A. 1813; I.) En l'absence du fcld-niaiéchal, l'état-major blâma Zechnieister : les Autrichiens « n'en sont pas au point de mendier aux Russes un armistice " . (A Zechmeister, 3 janvier, id j
(2) Schwarzenberg au 3Iajor Général. Pultusk, "janvier. (A. G. Corrcspnmlaiirc, 1813; 1. — K A. 924, F. A. 1813; I. — Publié par Reboui,, f, 458.) — Lajard à Hassano. Varsovie, 9 janvier. (A. E. Pologne, 333.)
142 L'INTEllVENTION DE L'AUTRICHE
Alexandre, l'une pour l'Empereur d'Autriche, l'autre pour lui-même, avait repris toutes les considérations que les généraux russes avaient exposées si souvent. Il avait énuméré les avantages que l'Autriche trouverait à se détacher de la France; il avait laissé entendre qu'il v avait des communications secrètes entre les cabinets de Saint-Pétersbourg et de Vienne. II avait certifié que la Russie verrait sans déplaisir l'Autriche redevenir maitressc de toutes ses anciennes provinces, et qu'elle n'avait <Tucun désir de reconstituer la Pologne; il avait donné l'assurance qu'elle ne visait à aucun changement dynastique en France. Enfin, il avait « produit, continuait la lettre, un plein pouvoir signé d'un prince Kutusov, qui l'autorisait à conclure avec moi un armistice pour trois mois; il me montra une instruction qui lui permettait de fixer le San, mais en affectant un grand abandon (I). Il me dit, en m'en montrant une seconde qu'il appelait secrète, qu'on m'offrait d'occuper les anciennes limites, Lublin et Cracovie même, que les armées russes ne toucheraient pas alors ces provinces, et qu'elles nous prêteraient le flanc pendant leur mouvement en avant, ce qui devait nous servir d'une preuve Incontestable de la confiance qu'elles avalent dans les intentions du gouvernement de l'Autriche, que cet armistice ne pouvait être que partiel, c'est-à-dire qu'avec l'armée française, on n'en conclurait pas même sur l'Oder » . L'offre était tentante, mais Schwarzcnberg, qui commandait également le VU" corps, ne pouvait traiter pour lui seul, et abandonner Reynler à son sort ^2) : <i Je répondis à M. d'Anstett qu'il devait voir en moi le commandant d'une armée faisant partie de celles que commande l'empereur Napoléon... ; que c'était le devoir, l'honneur, et non le sentiment qui
(1) .Sans doute comme ligne de démarcation : le San est un des affluents de la Vistule.
(2) Les auteurs autrichiens profilent de ce détail poui faire un mérite à Schwarzenlierg de sa manière d'agir. (I'eokksch, Denkiviirilicjkeiten nus <lcm Lehrii des Felrlmarschnllit Fiirsten Karl zii Sclnvafzenbcrg, 161.)
LA R ET II An E DU CORPS AUXILIAIRE 1V3
traçait la conduite d'un militaire... ; que j étais dépourvu des moyens de traiter d'un armistice partiel; et que ma position était telle, que je devais me borner à chercher <les moyens qui, sans compromettre le moins du monde la réputation de l'armée que je commandais, offriraient cependant des facilités à éviter les complications qui sans amener aucun résultat réel en faveur des alliés ne serviraient qu'à verser le sang inutilement. » Ces déclarations faites, Schwarzenber^; avait ajouté qu'il allait demander des instructions à son Souverain, et invitait les Russes à » arrêter tous leurs mouvements... jusqu'au retour du présent courrier... " .
« Si Sa Majesté m'y autorise, continuait-il, j'exécuterai le passage de la Yistule, dans le cas où me voyant tourné par une forte colonne qui se dirig^erait de Grodno sur Plock, dans le même moment où le général Revnier se verrait menacé et obligé de se concentrer à Praga ; me trouvant alors entre Varsovie et Modlin, il me serait facile de me porter vers la Bielica, si des partis russes menaçaient de se porter par la haute Vistule vers Random. Ce mouvement se trouverait alors suffisamment motivé, et les partis se retirant à mon approche, je serais alors le maître d'occuper ce pays pour y prendre des quartiers d'hiver. Je répétais qu il était bien entendu que ce ne pourrait être seulement que lorsque j'y serais autorisé, que je donnerais cette direction à mon propre corps d'armée. »
En terminant sa lettre, Schvsarzenberg faisait remaiquer l'avantage d'une convention tacite qui conserverait son corps, tout en le rapprochant de la Galicie, et qui, par II la réunion de nos forces placées ainsi dans le dos même des Russes » , donnerait à l'Autriche «une attitude assez imposante pour inspirer des ménagements qui pourraient tourner à l'avantage des alliés (I) " .
(1) Schwarzenbcig à Mt ttcinich. Pultusk, 8j.Tn\ier, n" 1, (II. II. .S. A. -V90, Kriegs- Aclcn, Reiichlo von Schwarzenberg, 1813. — Publié par O.no KKN, I, 427.)
144 L'INTEP.VEINTION DE L'AUTRICHE
En même temps que cette lettre officielle, Schwarzenberg envoyait à Metternicli une lettre particulière demandant une prompte réponse : " Cette armée-ci ne peut absolument plus être compromise. « Aussi, continuait-il, s'il venait à l'idée du Roi de Naples d'ordonner une grande bataille devant Varsovie, » j'aurais une rude besogne, car je commencerais par des raisonnements, mais je finirais par refuser net... Je suis bien pénétré de la nécessité de concentrer nos forces, ce n'est qu'ainsi que l'Empereur pourra tenir le langage qui doit rendre à l'Autriche un nouveau lustre >» . Le feld-maréchal ne pense donc plus à la bataille qu'il avait promis de livrer sous Varsovie, à cette bataille dont il avait entretenu Murât ainsi que le conseil de guerre du 2 janvier, il ne pense plus qu'à l'armistice, et cherche le moyen de le signer (I) .
Schwarzenberg communiquait au ministre, par le même courrier, la réponse qu'il faisait au Tzar. Après s'être excusé d'avoir parlé à Anstett " avec une franchise toute militaire sur les moyens qui lui paraissaient les plus propres à éviter toute complication fâcheuse, sans cependant compromettre l'honneur du corps d'armée d'Autriche " , il lui demandait « de donner des ordres à ses armées, afin qu'il [Schwarzenberg] ne soit pas forcé de prendre un parti quelconque, avant le retour du courrier qui lui portera des ordres positifs (2) " .
Pendant ce temps le VÎT corps avait, lui aussi , opéré son mouvement de retraite; Reynier après avoir quitté Rujana s'était dirigé sur Novi-Dwor et sur Brest-Litowski; mais ayant appris en route que Sacken avait occupé cette der-
(1) St'hwarzenherg à Mettcrnifli. Puhusk, 8 janvier, n» 2. (H. H, S. A. 490, Riiogs-Acten, Bcriclite von Schwarzenberg, 1813.)
(2) Schwarzenberg à l'empereur Alexandre. Pultusk, 6 janvier. (H. II. S. A. 490, Kriegs-Acten. Rerichte von Schwarzenberg, 1813.) La même lettre datée du 8. [K. A. 924, F. A. 1813; I.) -^ Dans sa lettre à l'empereur François, l'empereur Alexandre faisait les déclarations qu'Anstett avait été chargé de faire à Schwarzenberg (H. II. S. A. Russland Varia I, Hof Korrespondenz 1807-1813, Vilna, 17^29 décembre. Publié par Licrualoï, 373 )
nière ville, il s'était avancé seulement jusqu'à Kamenetz, il avait ensuite obliqué à l'est sur Semiatycze où il était arrivé le 23 et le 2i. Dans cette position il était à la hauteur (le Bialystock et croyait pouvoir y demeurer quelque temps; mais Schwarzenberg avait déjà abandonné cette région, il avait donc été obligé de continuer son mouvement, il avait passé le Bug, et s'était établi le 28 et le 29 autour de Siedlce (1).
Quant à Sacken, il avait marché sur Brest-Litowski, où il était arrivé le 25 décembre, puis couvert par le Bug il avait cantonné le S janvier à Granno. Derrière lui se trouvait, mais loin en arrière, Essen. Ce dernier était séparé de son chef depuis le 29 novembre, c'est-à-dire depuis le moment où il avait reçu l'ordre d'aller renforcer Tschitschakov sur la Bérézina. N'ayant pu exécuter cette jonction à temps à cause de l'occupation de Minsk par les Autrichiens, il avait rebroussé chemin pour rejoindre Sacken, mais avait passé le commandement de son corps au général prince Wolkonski H. Ainsi cette division au commencement de l'année 1813 était encore en pleine Volhynie; elle ne devait être à Brest-Litowski que le 12 janvier. A l'extrême droite Muffin Puschkin se rapprochait, lui aussi, du haut Bug, menaçant Zamosc; et devant lui les troupes polonaises de Biala et de Ghelm se repliaient petit à petit. Tous ces mouvements se faisaient très lentement.
Aussi lente était la poursuite dirigée contre Schwarzenberg. Après le départ des Autrichiens, Wassiltschikov était entré à Bialvslock, puis avait marché sur Visna, et avait envoyé quelques cosaques à Menczenin; Tutschkov, Knorring, Ratt étaient encore loin à Goniondz.
Ainsi, au commencementde janvier, les premiers corps russes sont arrivés jusqu'à la frontière du Duché, mais à ce moment ils s'arrêtent, il y a de l'hésitation dans le
(1) Schwarzenberg au gt5néral Reynicr, i2 déoeiiil)re; — au Major Général, 14- décembre ; — Revnicr à Poniatowski, 3 janvier; — au Roi de Naples, 8 janvier. (A. G. Correspondance, 1812; XII-1813; I). — Journal de marche du général Reynier (A. G.)
146 I.l NT EU VENT ION DE 1/ AUTRICHE
mouvement en avant. Sans doute les Russes ont réussi à séparer les Prussiens des Français, mais ils n'ont pu par contre obtenir le même résultat avec les Autrichiens, et cet échec rend leur marche incertaine. Kutusov est indécis; il reste surplace mal(jré l'arrivée du Tzar à Vilna le 2;i, malgfré les ordres antérieurs et formels qu'il a reçus : «Toutes les troupes, aussi bien celles de la Grande Armée que celles de l'amiral Tschitschakov et celles du comte Witt(Tensteln, avait écrit l'Empereur dès le 13 décembre, doivent poursuivre sans arrêt 1 ennemi et prendre des directions telles, qu elles arrivent non seulement dans l'intérieur, mais même en dehors de mes frontières à couper ses communications, et à le séparer de ses renforts (I). » Mais comment exécuter ces ordres? Comment avancer en l^russe en laissant sur ses derrières les Autrichiens, les Polonais et les Saxons.'' De plus l'armée russe, elle aussi, a besoin pour cette marche en avant d'une orfjanisation différente, plus appropriée à cette nouvelle tâche.
Si les corps de Witt^jenstein, de Tschitschakov, de Sacken p-ardent leur ancienne composition, celle de l'armée principale est modifiée; cette dernière est Iractionnée en quatre corps distincts : ceux de \Vit/infj;crode, de Miloradowitsch, de Tormassov, et de Dochtorov.
Par ce remaniement, le corps du colonel Da\vydov est supprimé et incorporé dans celui de Witzinj^erode ; celui du colonel Ozarowski est dissous, et ^ses éléments sont répartis entre les autres corps; celui de Wassiltschikov s'aur;men(e de quatre ré[[iments de cosaques, et d'une demi-batterie (2j .
Cependant la lettre de Schwarzenberg du 2 janvier était arrivée au Major Général, et avait mis en émoi le quartier (général français. Les lettres de Poniatowski n'étaient d'ailleurs pas faites pour le rassurer. Elles défi) TnELKNFFLD, 118, publié d'après Hogdanowitscii.
(2) Ce corps se trouve couiposé fie 2 bataillons, 12 escatlions, 5 régiments de cosaques, 1 batterie, soit 2 200 lioinmes, 12 canons.
LA IIETRAITE DU COUPS ADXILIAIUE 147
ploraient celte marche rétrograde, qui diminuait les ressources du recrutement polonais (\), elles prêtaient à Schwarzenberç et à Heynier le projet de passer " sur la rive gauche de la Vistule, et de se borner à défendre cette rivière (2) » .
Le Roi de Naples reçoit ces nouvelles au moment où il semble se ressaisir et reprendre un peu de confiance dans Tavenir, au moment où il ordonne au maréchal Macdonald de s'arrêter et de faire tête sur la Passarge (3) ; aussi ne peuvent-elles que le mécontenter : « Mon cousin, écrit-il, au Major Général, j'ai vu par la lettre du prince de Schwarzenberg, qu'il avait le projet d'établir ses quartiers d'hiver sur la rive gauche de la Vistule, que cependant il n'avait encore devant lui que quelques cosaques. Je vous prie de lui écrire qu il est bien à désirer qu'il continue à garder ses cantonnements actuels au moins jusqu'à ce qu il soit forcé de les abandonner devant des forces évidemment supérieures. Répétez-lui ce que vous lui avez déjà écrit, qu'il n'est pas présumable que l'ennemi soit en état de rien tenter contre son corps et celui du général Reynier, qui présentent une masse d'au moins 40 000 hommes. Je désire que vous écriviez dans le même sens au général Reynier, le mouvement sur la rive gauche de la Vistule serait extrêmement malheureux, puisqu il agirait sur l'esprit des Polonais et qu'il les priverait de grandes ressources, en laissant une grande partie de leurs provinces au pouvoir de l'ennemi (4.). »
Ces recommandations qui semblent un reproche, froissent Schwarzenberg. Le feld-maréchal proteste aussitôt : sans doute, il a annoncé dans sa lettre du 2 qu'il avait le
(1) Poniatowski au Major Général, 31 décembre (A. G. Correspondance, 1812; XII.)
(2) Poniatowski au Major Général, 3 janvier. (A. G. Correspondance, 1813; I )
(3) D'U.ssKL, 134.
(4) Roi de jNaples au Major Général Elhing, 7 janvier. — Le Major Général à Reynier, 7 janvier. (A. G. Correspondance, iSVi; I.) — Jd., à Schwarzenberg, 7 janvier. (K. A. 924, F. A. 1813; I.)
148 L'INTERVE^TION DE L'ADTRICHE
projet de repasser la Vistule, mais « Votre Altesse observera dans cette lettre que les divisions avaient ordre de défendre leurs cantonnements et de ne se retirer que dei>a?it des forces supérieures ; j'y dis encore : Je dois, en évitant tout combat sérieux, me borner à arrêter V ennemi dans ma position actuelle, aussi longtemps qu'il ne m'oppose pas des forces considérables. Veuillez donc, Monseigneur, assurer Sa Majesté que le projet qu'elle me suppose de vouloir abandonner mes cantonnements pour quelques cosaques, m'a toujours été et me sera toujours parfaitement étranger " . Cependant il avoue que, dans les circonstances actuelles, les restes de la Grande Armée ne pouvant, "jusqu'à l'arrivée des renforts, qu'observer la plus stricte défensive, il est évident que toute opération partielle ne servirait qu'à détruire les corps qui l'entreprendraient » ; et il termine par cette insinuation : « Si l'ennemi poussait un corps de 10 000 à 12 000 hommes sur la haute Vistule qui se trouve entièrement dégarnie de troupes, il inquiéterait beaucoup mes communications avec la Galicie et menacerait mes dépôts d'artillerie que je ne puis enlever faute de moyens de transport (1). »
" J'ai reçu votre lettre du 12, répond le Major Général Le Roi n'a pas voulu s'exprimer comme vous le croyez, il vous connaît trop bien, mon prince. " Et ainsi l'incident était clos (2) .
Sur ces entrefaites, le feld-maréchal autrichien recevait une lettre de l'Empereur son maître. Ce dernier y rappelait ses instructions du 20 décembre, et faisait savoir en même temps qu'il ne pouvait admettre, conformément aux termes du traité, que son corps fût fractionné, ou qu'il servît de garnison aux places de Praga et de Modlin : « Si vous deviez être forcé, continuait la lettre impériale, d'évacuer Varsovie, vous devriez prendre votre ligne de retraite sur Cracovie. V^ous ne devez pas manquer de
(1) Schwarzenberg au Major Général, Varsovie, 12 janvier. (K.. A. 924, F. A. 1813; I.)
(2) Major (Général à Schwarzenberg, 16 janvier. (Ici .J
LA RETllAITE DO COUPS AUXILIAIRE 149
boncies raisons pour justifier cetle direction (1) . » Répondant le jour même à cette lettre de l'Empereur, Schwarzenberg fait savoir qu'il exécutera les ordres reçus (2). Par le même courrier, il communique à Metternich une lettre d'Anstett qui lui apprend la défection des Prussiens : « Tout cela va bientôt s'éclaircir, pense-t-il. » En tout cas, il ne perdra pas de vue que le principal objectif de son corps est sa liaison avec celui de Galicie. Pour atteindre ce but, il se servira auprès du commandement français non seulement d'arg^uments militaires, mais encore du traité, i' en déclarant que le corps auxiliaire est indivisible, et ne saurait jamais servir à défendre les forteresses " à moins qu'il ne soit " poussé à bout » . il Quand toute la marche sera eng^renée, continue-t-il, la communication deviendra plus difficile avec le g^rand quartier général, et j'avoue qu'il sera même utile d'avoir à la tète de ce corps un homme qui, en observant strictement les ordres qu'on lui donne, ne se compromette pas ni lui, ni sa cour, n'étant pas censé être initié, et que l'on peut par conséquent facilement désavouer quand on le juge à propos. Je ne vous cacherai pas que c'est là encore un des motifs qui me font désirer de m'absenter pour quelque temps jusqu'à ce que cela soit débrouillé un peu (3) . "
La situation allait, en effet, se débrouiller; vers le 11 janvier l'activité reprenait sur toutes les lignes russes. Les différents corps recommençaient leur mouvement en avant, et se rapprochaient de leurs rideaux d'avantgardes.
Wltzingerode (4) est le 14- à Goniondz, où après
(Ij L empereur François à Schwarzenberg, 6 janvier, arrivé le 14. (K. A, 924, F. A. 181.3; I.)
(2) Schwarzenberg à l'empereur François, 14 janvier, fid-j
(3) Schwarzenberg à Metternich, 14 janvier. (H. H. S. A., 490, Kriegs- Acten, Bcrichte von Schwarzenberg, 1813.)
(4) Corps de Witzingcrode : général-lieutenant et aide de camp, baron Wltzingerode.
Avant-garde général-major Lanskoï : 2 bat. Ci" I)""] ; 20 escadrons
150 L'INTERVENTION DE L'AUTHICHE
sa liaison avec Tutschkov il se voit à la tête de IG500 hommes et 09 canons. 11 se porte sur Kolno et Chorzèle, filant en Prusse à travers le Grand-Duché. Derrière lui marche Miloradowitsch (l), qui après avoir reçu l'ordre de laisser sous le commandement de Dochtorov une partie de ses troupes, arrive avec 4 200 hommes et 60 canons à Ghudeka par Goniondz, Radzilowo, Petit- Plock. Plus en arrière Tormassov (2) s'ébranle, lui aussi, le 13 il passe le iNiémen à Merecz.
(16 de hussards, 4 de chasseurs de Liwonie); 5 R'' de cosaques (4 du Don, 1 de l'Oural); 1 hatt. à cheval.
Corps de Dawydov : 3 11'* de cosaques (du Don, du Bug); 30 hussard» et 70 cosaques de divers R'*.
IP corps de réserve, général-Iieulenant Tulschkov : 2 bat. (9° D"") ; 18 bat. de dépôt (6 de la 12," D°°, 5 de la lô'' D"", 5 de la 18" D°", 2 de la 26'' D"") ; 4 bat. de recrues (8" D"°), équipage de pont, 4 batt.
IP corps d'infanterie, général-lieutenant duc Eugène de Wurtemberg : 6 bat. (3« D™): 8 bat. (^4" D°°) ; 3 baU.
Cavalerie, géncral-niajor et aide de camp, prince Troubetzkoï : 8 escad. de uhlans; 12 escadrons de réserve (5 de hussards, 1 de chasseurs, 2 de hussards lithuaniens, 4 de dragons); 2 IV' de cosaques (Ukraine).
Soit 16 537 iioniuics, 69 canons.
(1) Corps de Miloradowitsch : général d'infanterie Miloradowitsch.
IV" corps d'infanterie, général-lieutenant comte Osterman-Tolstoï : 6 bat. (11" D""); 2 bat. (3" D""); 4 batt. (2 lourdes, 2 légères).
VII" corps d'infanterie, général-lieutenant Rayewski : 5 bat. (12" D"°) ; 5 bal. (26' 1)""); 3 batt. (1 lourde, 2 légères).
II" et III" corps de cavalerie, général-lieutenant et aide de camp, baron v. Korff : 1 II' de cuirassiers; 2 R'' de uhlans; 2 R'* de dragons; 2 batt. à cheval.
Détachement du général-major comte Pahlen : 2 R" de dragons; 3 R'* de hussards; 2 batt. à cheval.
Cosaques : 4 R'' du Don; 1 R' teptiair; 1 R' tulasche, 1 R' baschkir.
Corps du général-major prince Schtscherbatov : 2 bat. (11" D"") ; 12 escadrons (2 R'* de dragons, 1 R'' de hussards, 1 R' de uhlans) ; 5 R'* de cosaques (3 du Don, 1 de Poltawa).
Soit 11 800 hommes, 120 canons.
(2) Corps de Tormassov, général de cavalerie comte Tormassov.
IIP corps d'infanterie (grenadiers^, général-Iieulenant prince Ciiarles de Mecklendjourg : 6 bat. (!'" D"° de grenadiers); 6 bal. (2" D"" de grenadiers) ; 4 batt. (3 lourdes, 1 à cheval).
V" corps d'infanterie (garde), général-lieutenant Lawrov : 13 bat. de la garde; 4 bail. (2 lourdes, 2 légères).
Cuirassiers, général-Iieulenant prince Gallilzin V (2" I)"") ; 2 batt. (batt. à cheval de la garde).
l.A R ET H AI TE DU C01U»S ALTXILIAIIIE 151
En face des Aulrlchiens, Schtscherbatov, qui remplace ^Vassiltschikov• toujours indisponible, esta Lonza. Le 21 soit qu il en ait reçu Tordre, soit qu il ag^isse de sa propre autorité, il menace à Miastkowo les avant-postes de la bri.'jade Frohlich. Ce dernier a pour instructions de se replier sur Hozan, mais seulement aj)rès avoir parlementé avec les Russes, et leur avoir lait remarquer Il que c'est ar;\v en ennemis que d envoyer des troupes de cavalerie contre des avant-postes » pour en obtenir l'évacuation, qu'il est beaucoup plus amical de procéder par des entrevues (1) Le colonel Latour en même temps se rend au quartier général russe, pour signifier aux généraux ennemis que par ces procédés ils n'obtiendront plus rien, « tant que les Autricbieos n'auront pas l'ordre de quitter leurs positions actuelles (2) » . Mal'^ré tout cependant, le 21 Miastkowo est évacué pendant la nuit, et le 25 c'est Ostrolenka qui est abandonné dés que l'on sait que Miloradowitscli occupe Gbudeka; les avantpostes autrichiens sont ainsi refoulés sur la ligne Ostrow, Brock. A Ostrolenka Schtcherbatov opère sa jonction avec les cinq régiments de cavalerie du comte Pahlen, et passe sous les ordres de ce dernier (3). Il est suivi par Dochtorov qui a échangé le commandement des Vl'" et VIIF corps d'infanterie, contre celui du VIP corps et du reste de la cavalerie de Pahlen (4) , et qui avec ces troupes se trouve sur la route de Goniondz à Lonza.
Division de cavalerie léfjère : 5 escad. des {jardes du corps. Cosaques, j;énéral-iiiajor Karpov II : 4 II'' du Don, 1 du Bu». iSoit 17 100 honiuies, 112 canons.
(Oste.n-Sackkn, I. 510).
(1) Scliwarzcnberg à Fiuhlicii. Pultusk. 20 et 21 janvier. (K. A 92'f V. A. 1813; I )
(2) Colonel Latour à Reynier. Pultusk, 2V janvier. (A. G. Correspondance, 1813; I.)
(3) Ce corps ainsi constitué compte 3 400 hommes et 36 canons.
(4) Les VP et VIII'' corps étaient restés en Lithuanie connue avant des effectifs trop faibles.
Corps de Dochtorov : VIP corps (sauf 1 hatt.); 2 U'< de iihians; 4 W' de cosaques.
Troupes restées sous le commandement de Miloradowitsch : le IV'" corps ;
i52 L'INTEUVKNTION I»E L'AUTRICHE
Sur le front gauche russe, à la suite d'ordres reçus antérieurement cl l'entrevue d'Anstett et de Schwarzenber^j, Sacken avait, lui aussi, amorcé un mouvement. Le l 1 , son avant-garde sous le général Lissaniewitch avait forcé les avant-postes saxons à évacuer leurs positions; mais ce résultat acquis, son corps était de nouveau resté slationnaire, tandis que Reynier concentrait ses troupes entre Dobre et Praga, ses avant-postes occupant le front Raluszyn, Dobre, Salejow (1),
Telles sont les positions des Russes au 2G janvier : telles sont à la même date les positions des chaînes d'avant-postes des corps autrichiens, saxons, polonais et français.
Toujours sans réponse des Russes, Schwarzenberg était perplexe : cependant en tout état de cause il prenait ses dispositions. Au reçu de la lettre de 1 Empereur d'Autriche du G janvier, il était allé visiter Modlin avec Poniatowski et Reynier : u Nous avons été peu satisfaits de cette visite, écrit ce dernier. » La place aurait besoin d'une nombreuse garnison pour pouvoir être défendue, et elle en est dépourvue. Comme elle n'a pas de gouverneur, les ouvrages sont inachevés ou insuffisants. Schwarzenberg ne veut pas l'occuper avec des Autrichiens; le Vil'' corps est trop faible pour pouvoir y détacher une garnison; les Polonais y ont envoyé trois régiments lithuaniens, mais avant un mois ils ne pourront plus Y envoyer d'autres troupes. Ces considérations font juger à Reynier la situation du Duché comme très compromise. L'évacuation de Modlin par les Bavarois en même temps que celle de Plock par le YI' corps, ont ouvert le long de la Vistule une longue trouée vers laquelle les Russes se dirigent. " On voit que toutes les troupes
élu VII' corps 1 l)att.; du II' corps de cavalerie (i 11' de cuirassiers, 2 R'* de tiragons); 3 R'" de cosaques; 2 hatt. à cheval.
Sous le commandement de Pahlen : du IP corps de cavalerie (1 R' dragons) ; du III'' corps (1 R' de dragons, 3 R'* de hussards): 2 hatt. à cheval.
(1) Ostk>-Sacren, I, 204. Rkboil, II, 221.
ennemies sont en marche, et veulent pousser leurs succès » ; à moins que tous ces mouvements ne soient qu'un trompe-l'œil qui cache une diversion sur Varsovie. « Les Autrichiens, pense le commandant du VIP corps, feront bonne contenance, et tâcheront d'en imposer aux ennemis pour les arrêter aussi long^temps que leurs communications ne seront pas trop exposées, mais ne risqueroiit rien... Alors il faudra laisser Modlin à lui-même avec la garnison ([u'on aura pu former... Ma position sera alors très pénible, si je ne reçois pas d'instructions. La retraite sera alors fort inquiétée, et je devrai peut-être me diriger sur la Galicie avec les Autrichiens. Cependant je tâcherai d'aller plutôt vers Gzentoschau, de gagner l'Oder vers Glogau, et de faire prendre la même direction au prince Schwarzenberg. jNous sommes convenus de rester dans nos cantonnements en avant de la Yistule afin de protéger les armements du (jrand-Duché de Varsovie, jusqu'à ce que quelque grand mouvement des ennemis sur nos flancs ou notre front nous oblige à nous retirer sur Varsovie et Modlin... Si la Vistule continue à être gelée, nos ennemis nous détermineront à quitter Varsovie avec des forces peu supérieures, mais si le dégel vient, nous aurons beaucoup plus de moyens de prolonger notre séjour (1) . "
Les jours suivants Schwarzenberg confirme au Major Général et à Reynler les mouvements des Russes sur la Vistule; de ces mouvements il tire les conclusions suivantes : «Je m'attends à recevoir des nouvelles qui m'annoncent que les avant-gardes auront atteint Plock dans trois jours. (Les Russes) semblent observer soigneusement eurs échelons pour ne pas s'exposer à être coupés. Ils seraient toujours les maîtres de se replier dans la direction du nord, tandis que les partis que j'enverrais dans leurs flancs seraient pris eux-mêmes en flanc par les
(1) Reynicr au Major Général, Varsovie, 19 janvier. (A. (1. Concspoiiclance, 1813; I. — Publié par Reboul, II, 464.)
154 T/INTEIIVENTIUN DE I/AUTUICIIK
troupes qui suivent les avaiit-j'jarties. Si raniiée continue son grand mouvement sur Plock ou 'iliorn, il est nécessaire que je prenne la résolution tFabandonner mes cantonnements, et de les prendre entre Modiin et Varsovie. Il me semble que j'y serai forcé sous peu de jours (1). "
A la suite de ces mouvements, des nouvelles plus ou moins exactes circulaient à Varsovie. On y était dans la consternation, l'abattement était {^énéral, et de plus en plus on avait des doutes sur la sincérité des Autrichiens. « Cette bataille, qu'il faudrait peut-être hasarder, dùt-on la perdre pour sauver Varsovie, écrivait Big^non, on ne la perdra point, car il est j)resquc sur qu'on ne la livrera pas » ; et un autre jour il ajoutait : « Le prince Schwarzenber^i^ voyant ï*lock abandonné par nous, Plock occupé par les llusses, et quelques corps ennemis plus ou moins forts en sa présence, met en avant son allégation éleruelle qu'il va être débordé, tourné, et que dans cette crainte il est obligé de concentrer tous ses moyens afin de pouvoir opj)oser une plus grande masse à l'ennemi... Ses allégations sont encore plausibles jusque-là, mais c'est là surtout que l'inquiétude devient plus vive. La question est de savoir si tout en étant concentré à Varsovie, et l'ennemi se présentant avec des troupes dont on épargnera le nombre, le prince Schwarzenberg ne dira pas encore dans cette nouvelle position, qu'il va être tourné (2). » Ainsi au grand quartier général français on était au courant de toutes les craintes du fcldmaréchal.
Sur ces entrefaites. Murât avait abandonné le commandement de la Grande Armée, et l'avait remis au Vice-
(i) Sclnvarzenbeig à Reynier, Pultusk, 20 janvier. (A. G. Correspondance, i8i3: I.) « .le ne pense pas que le mouvement de l'ennemi puisse être aussi prompt; mais enfin il parait certain qu'il s'opère, et qu'il «lirijjc de grandes forces sur Varsovie ; et je doute qu'on puisse compter sur l'énergie de l'armée autrichienne pour la bien défendre. » (Dutaillis au Major Général, 21 décembre, id ) — Schwarzeni)erg au Major Général, Pultusk, 21 découd)re. (Id.)
(2) Bignon à lUissano, 25 janvier. (A. E. Poloj;no, 333 )
LA r.ETUAlTE DU COUPS AUXILIAII'.K 155
Roi d Italie. Ce dernier en annonçant le 18 cet événement à Schwarzenberg^ lui communiquait sa manière de voir. Gomme le Roi de Naples, il ne croyait pas à la continuation des opérations. Il estimait qu'il fallait laisser de bonnes {jarnisons à Dantzi^j et à Modlin, et que des colonnes mobiles vers le bas Oder, ainsi qu'un corps d observation entre Posen et Tborn étaient su disantes pour maintenir l'ennemi. En tout cas, il faisait approvisionner les places de l'Oder, surtout Gustrin et Glog^au. Il terminait sa lettre en demandant au feld-marécbal quelles étaient ses opinions sur ces divers points (I) .
Dans sa réponse, Schwarzenberg déclarait qu'il croyait indispensable de ménager les vieilles troupes. « En partant de ce principe, il faudra éviter tous les combats en rase campagne, puisqu'il n'en résultera que des pertes considérables et difficiles à réparer, qui ne se trouveront nullement compensées par la conservation de quelques lieues de terrain... Il me parait donc que l'intérêt général exige que le corps autrichien que je commande, ainsi que le VIF corps commandé par le général Reynier, ne doivent s'attacher à défendre ces contrées qu'autant que cela peut s'effectuer sans entraîner la destruction d'une aussi bonne troupe. " Modlin ne peut servir de centre de résistance, à cause de l'insufrisance de ses moyens de défense; la tête de pont de Praga ne peut être défendue quand la Vistule est gelée; reste Varsovie : « Si Varsovie était suffisamment pourvue de magasins, le meilleur parti à prendre pour les deux corps serait de s'y concentrer. » Malheureusement Varsovie manque de magasins; et alors il n'y a plus que la retraite, c'est la conclusion qui s'impose, mais que SchA\arzenber.o- n'ose pas encore formuler (2) .
Gette idée de concentration dans Varsovie même, le
(1) LeVicc-Roi à Scliwarzenherjj, Posen, il) janvier. (K.. A. 924. F. A. 1813; I. — Publié par IIkboll, II, 462.)
(2) Sch\varzenl>eig au Vice-Roi, 22 janvier, (K. A. 92'i- F. A. 1813; I. — Public par RKiiOiL, II, 469.)
156 I/INTERVENTION DE L'AUTUICHE
feld-maiéchal en parle à l'empereur François. « Pour défendre Varsovie, écrit-il, le général Reynier et moi sommes d'avis que, comme la Vistule est gelée, il n'y a pas d'autre position à prendre que d'occuper Varsovie même avec toutes les trou[)es puisque la ville est sur la rive dominante, et qu'on prolile de l'avantage d'avoir toutes ses troupes réunies, tandis que l'ennemi devrait bivouaquer. " Toute la question est de savoir si le gouvernement du Grand-Duché pourrait entretenir lougtemps ces rassemblements de forces (I).
Schwarzenberg écrit par le même courrier à Metternich uue lettre particulière, dans laquelle il ne cache pas son opinion sur le désarroi du commandement français. u Le commandement de l'armée passe de main en main, bientôt il n'y aura plus d'amateur : de l'Empereur, c'est venu au Roi, nous voilà déjà au Vice-Roi. Il faut avouer que la besogne est peu séduisante » (2j .
Gomme il écrivait ces lignes, il recevait un courrier de Vienne lui apportant deux lettres de l'empereur François. La première était une réponse à celle qu'il avait écrite le iî janvier, lorsqu'il avait reçu toute latitude du Roi de Naples pour signer un armistice. L'Empereur rappelait les directions de marche qu'il avait données précédemment; et quant à l'idée d'un armistice, il l'approuvait entièrement. Schwarzenberg devait donc essayer de conclure un armistice soit avant, soit après l'évacuation de Varsovie.
La seconde lettre était une réponse à celle du 8 que le feld-maréchal avait écrite après l'entrevue d'Anstett, iSchwarzenberg n'était autorisé à signer un armistice qu'autant qu'il y comprendrait le corps de Reynier. La durée du temps nécessaire à sa dénonciation devait être calculée sur l'éloignement du corps auxiliaire de la
(i) Sch\varzenl)er(; à l'empereur François, Pultusk, 23 janvier. ^K.. A. 924, F. A. lSi;5; I.)
(2) Sclnvarzenbcrf; à Metternich, I*ullusk, 23 janvier. (H. H. S. A. 490, Kiiegs-Acten, Berichte von Sdiwarzenherg, 1813.)
LA RETI'.AITE DU CORPS AL'XILlAlllE 157
Grande Armée; plus la Grande Armée serait éloi{}née, plus cette durée pourrait être lonjjue. Il ne fallait pas prendre comme li^ne de démarcation le Bug et la Pilica, parce que ces rivières formaient autrefois les limites de la Galicie, et que ce choix ferait supposer que TAutriche avait l'intention de s'emparer de cette province. La lig^ne de démarcation devait partir de la Vistule, franchir la Pilica, comprendre Czentoschau, et aller aboutir en un point à déterminer de la frontière de la Silésie. Schwarzenberg devait en outre faire passer le corps de Reynier de l'aile droite à l'aile gauche, de manière à ce qu'il soit plus rapproché de ses approvisionnements (1).
Au moment où il recevait ces lettres, le commandant autrichien en recevait une d'Anstett. Le conseiller russe lui apprenait qu'il était de nouveau aux avant-postes. (i On peut conférer dans l'intimité de choses que n'admet point la correspondance toujours exposée » , disaitil : c'était une invitation à venir en user, Schvvarzenberg ne pouvait la refuser (2).
Aussi, muni des dernières instructions de son souverain, Schwarzenberg rencontre-t-il le lendemain Anstett à Wiskow. Pendant la conversation, il lui déclare qu'il est autorisé à signer une convention d'armistice. Il soumet en même temps à 1 envoyé russe un plan de retraite pour son corps d'armée. D'après ce plan, les Autrichiens devaient abandonner leurs positions sur le Narew et être cinq jours plus tard, le 3 février, à Varsovie; le lendemain, ou le surlendemain (4 ou 5 février), ils devaient quitter cette ville et se mettre en marche vers la Pilica; l'exécution de ce mouvement exigeait huit jours. Les Autrichiens auraient en ce moment besoin d'un nouveau délai de six jours pour évacuer leurs hôpitaux et leurs dépôts; le 19 février seulement ils reprendraient leur
(1) L'empereur François à Scliwarzenberg, 10 janvier, arrivé le 23 : n" i et n" 2. (K. A. 924. F. A. 1813; I.)
(2) Lettre d'Anstett. Meznic, 5/14 janvier. (H. H. S. A. 4',)0. Kriegs- Actcn, Rerichtc von Sch\varzenl)erjj, 1813.)
158 L'IINTEHVK^■TION DE LAUTUICHE
marche : 11 leur faudrait dès lors huit jours pour arriver derrière la ligne Josefow, Kunow, Bodzecin, Lapuschno, Malog^ov, Zarnovicz, qui serait adoptée comme li^jne de démarcation. Les Autrichiens seraient donc derrière cette lig^ne le 27 février. Pendant toute cette retraite, il était entendu que les corps russes « détacheraient des postes ù la poursuite des corps autrichiens, mais sans presser leur marche dont la régule serait analog^ue à celle de la saison, c'est-à-dire trois milles par jour, et un jour de repos sur trois marches, c'est-à-dire le quatrième jour » .
Six jours plus tard la convention était signée par Kutusov; elle comprenait deux articles : le premier déclarait qu'il existait un armistice entre les llusses et les Autrichiens, que cet armistice était illimité quant à sa durée, et que, dans le cas où il viendrait à être dénoncé, il ne pourrait l'être qu'au bout de quinze jours. L'article 2 incorporait dans la convention le plan de retraite proposé par Schwarzenberg ( 1 ).
Dans cette convention il n'était pas question du VU'" corps. Ainsi le point de vue russe avait triomphé, Schwarzenberg avait passé outre aux instructions impériales. Les Russes venaient donc de remporter un succès diplomatique; désormais ils peuvent être pleinement rassurés malgré la position sur leur flanc du corps auxiliaire; ils doivent bien augurer de 1 avenir.
Depuis que le Vice-Roi avait pris le commandement de la Grande Armée, le corps auxiliaire était pour lui un sujet de préoccupation. Il se rendait complc que, pour les mouvements qu'il méditait, les Autrichiens étaient les
(i) Sclmarzenherg à Metternich, Talenti, 2 février, n" i, n° 2, n° 3. <Ii. H. S. A. i(l.) — Résumé de la conversation du 18/24 janvier. (K. A. 1)24. F. A. 1813; I.) — La convention publiée dans Maktk.ns, Ht, 89.
LA RKTr.AlTE DU CORPS AUXILIAIRE 159
seules troupes capables de fijjurer encore honorablement sur un champ de bataille ; aussi dès les premiers jours de son commandement, s"était-il mis en rapport avec le feldmaréchal; il s'était fait montrer la correspondance du Roi de Naples et du prince Schvvarzenberg^, il avait été ainsi mis au courant des tendances autrichiennes, or ces tendances l'inquiétaient. Il ne pouvait s'en cacher à l'Empereur. (1 Dans le cas, écrivait-il, où le prince Schwarzenbergf serait forcé dans sa position en avant de Varsovie, <Iois-je l'engager à rester dans le système de la Grande Armée et à se replier sur l'Oder, ou dois-je le laisser se retirer en Galicie (l)'?" Il songeait, en effet, à un mouvement en avant, et voulait savoir s'il pourrait compter sur les Autrichiens, car il pensait déboucher derrière JSchwarzenberg : " Si la division Grenier arrêtée à Berlin avait pu m'arriver, écrivait-il encore, je 1 aurais placée en arrière de Thorn, et je me serais porté avec tout ce que j ai de disponible en arrière de Schwarzenberg ("2). » En tout cas, il se met en rapport avec le feld-maréchal, il lui communique tous les renseignements qu'il a recueillis sur les Russes. « Si ces mouvements sont réels, continue-t-il. 1 ennemi ne peut avoir que deux intentions; c'est de s'établir sur la basse Vistule pour se reposer cet hiver dans le bon pavs de Prusse, et s'occuper peut-être de Danzic. ou bien obliger par de grands mouvements les corps (jui couvrent Varsovie à quitter leur position. Je pense que, dans ces suppositions, il est sage d attendre <jue l'ennemi ait démontré clairement ses projets, et voici le mouvement que je suppose le plus raisonnable pour votre corps, prince, et pour celui du général Reynier. Les mouvements de 1 ennemi pouvant être considérés comme un grand changement de front, il serait raisonnable, en tenant la même attitude nienaçante, de le suivre dans ses mouvements, ce serait donc de faire vous-même un chan-
(i) Lo Vice-I'oi à 1 Kinpereiii-, l'usen, 17 janvier. (A. N. A. F., IV, l()51 )
(2) 1(1 , iV janvier. (Id.)
160 L'INTERVENTION DE L'AUTHICHE
gement de front ayant la droite à Pultiisk et la (jauche à Plock; le corps de Reynier continuerait à être sur le bas Bujj. » Ce changement de front en imposerait à l'ennemi, et dans cette nouvelle position que craindrait le corps auxiliaire à l'abri de la Vistule, la droite à Modlin, la gauche à Gombin? Si même l'ennemi essayait de tourner sa gauche, il suffirait d'accuser ce changement de front, la droite restant appuyée à Modlin, la gauche viendrait à Lowicz. Dans aucun de ces cas, l'ennemi ne pourrait songer à couper sa ligne de retraite avant d'avoir occupé en force Posen, et même dans cette dernière hypothèse, la retraite sur Cracovie serait toujours possible (1).
Ces ordres sont nets et précis, ce ne sont plus les instructions vagues de Murât. Eugène a pris le commandement et entend l'exercer effectivement, il veut agir; aussi la situation de Schwarzenberg devient-elle embarrassante, et ce dernier ne peut-il en sortir qu'en « finassant " . Il va donc commencer par déclarer tous les projets du Vice-Uoi irréalisables, il va soulever des objections, et si cela ne suffit pas, il opposera la force d'inertie; il oubliera qu'il est feld-maréchal commandant en chef du corps auxiliaire, j)our ne plus se souvenir que de sa quahté d'ambassadeur à Paris. Il va opérer avec la retenue et la prudence du diplomate, au lieu de la franchise et de l'allant du militaire.
A la lettre du 22 il répond le 2G. Il confirme les mouvements des Russes dont il a déjà parlé précédemment. L'armée de Kutusov est en marche sur la Ylstule, elle file derrière le Nare^v; Sacken que l'on croyait devoir suivre la même direction, inquiète les avant-postes de Reynier; Wassiltschikov, Pahlen, Korif (2) se sont avancés jusqu'à
(1) Le Vicc-l\oi à Scluv;irzenl)crg, Posen, 22 janvier. (K. A. 924, F. A. 1813; II. — Publié par KKBori-, IF, 4(57 ) — Toutes ces pièces sont aussi aux A. N., A. F. IV, 1652, clans un dossier communiqué par Butina, et aux A. G. '^correspondance).
(2) Il ne scmljle pas que Korff fût à ce iiiomcnl-là auprès de Wassilt»cliikov.
LA RETUAITE DU COUPS AUXILIAIUE 161
Ostrolenka; Wilzinjjerode est à Ghorzele et à Prassnitz; les Autrichiens ont donc évacué Ostrolenka. " Je ne puis attendre Tatlaque dans cette attitude. Il serait inutile, je crois, de démontrer combien il serait absurde de faire un mouvement offensit dans cet état d isolement contre une armée bien supérieure en nombre, sans moyens de soutenir les avantagées qu'on pourrait remporter, et sans aucune sortie en cas de détresse. " Aussi va-t-il s'établir entre Modiin et Varsovie (1).
Les mêmes nouvelles sont confirmées par Reynier. Ge dernier ajoute : « D nprès les rensei{}nements, les ennemis pourront, lorsque nous serons concentrés à Varsovie et à Modiin, nous présenter environ 50 000 hommes sans compter les troupes qui peuvent suivre en arrière. Ils enverront aussi de la cavalerie sur nos flancs et nos communications. Nous n'aurons à opposer que 27 000 Autrichiens présents sous les armes, et 13 000 hommes du VIP corps, dont je devrai détacher 2 000 à Modiin. Si le dé^el venait promptement et rompait la Vistule, nous aurions des movens de manœuvrer et d'arrêter les ennemis, mais le froid est toujours très vif (2) . >»
Le lendemain Reynier donne de nouveaux détails, il raconte que le feld-maréchal est venu le voir pour lui faire part de ses intentions. Il lui aurait déclaré que le mouvement projeté par le Vice-Roi n'était possible que si les forces principales des Russes marchaient sur la basse Vistule; or tout démontrait que c'était vers la Vistule moyenne que ces forces se dirigeaient, on ne pouvait donc manœuvrer sans « achever de ruiner les troupes » . D'ailleurs Miloradowitsch et Sacken semblaient avoir Varsovie comme objectif, c'est pourquoi les Autrichiens avaient été obligés de se concentrer entre Modiin et Varsovie " qui est le seul point, où nous puissions nous
(1) Schwarzenberg au Vice-Roi, Varsovie, 26 janvier. (K. A, 924, F A. 1813; H. — A. N., A. F. IV, 1652. — Publié par Rebodi., II, 472.)
(2) Reynier au Vice-Roi, Varsovie, 24 janvier. (A. G. Correspondance, 1813; I )
mettre à couvert» . Revenant sur Tévaluation des forces russes faite dans sa lettre de la veille, Reynier ajoutait en terminant : « L'évaluation de ces forces est peut-être un peu exagérée, tandis que d'un autre côté les rapports que l'on reçoit avec peine des Polonais les diminuent trop (1) . 1)
Bien que de toutes ces lettres Eugène n'eût encore reçu que celle de Schwarzenberg du 22, il annonçait cependant le 16 la probabilité de son mouvement et écrivait : a Je vous engage à tenir ferme dans la position que vous occupez en avant de Modlin, sauf à suivre par des conversions les mouvements que l'ennemi pourra faire. Je persiste à croire que cette marche de flanc qu'a faite l'ennemi, n'avait pas pour but de marcher sur vous, mais seulement de chercher à vous intimider, pour vous faire quitter votre position. Si l'ennemi n'était pas en force pour vous attaquer venant de Bialystock, pourquoi le serait-il en venant de Willenberg? » Le Vice-Roi fondait cette opinion sur le fait que la colonne de Tschitschakov, qui le 14 était dans la Prusse orientale à Guttstadt, marchait sur la basse Vistule au lieu de se diriger vers Plock. « Ce qu'il faut, concluait-il, c'est beaucoup d'ensemble dans les mouvements de nos deux corps; il faut être bien instruit des mouvements de l'ennemi ; il faut que j'occupe assez le corps qui sera devant Thorn, pour qu'il ne se porte point sur vous, et il faut que vous suiviez assez l'ennemi, pour qu'il ne puisse pas, en ne vous laissant qu'un rideau de: troupes, se porter avec toutes ses forces sur le point important de Thorn (2), »
,Et le lendemain il ajoutait : " Je ne puis que vous répéter que l'Empereur attend de vous que vous ferez tout ce qui vous sera possible pour couvrir et défendre Varsovie. " Il confirmait de plus son mouvement sur Thorn, puisfju'il
(1) Reynier au Vice-Roi, Varsovie, 25 janvier. (A. G. Correspondance, 1813; 1.)
(2) Le Vice-Roi à Schwarzenberg, Posen, 26 janvier. (K. A. 924, F. A. 1813; II. — A, N., A. F. IV, 1652. — Publié par Rebokl, II, 471.)
allait recevoir des renforts, et annonçai! qu'il allait pousser une division sur sa droite, pour se lier aux Autrichiens (1 ) .
Ce projet ne peut convenir à Schwarzenberjy qui va soulever des objections Par Ta^jent autrichien à Varsovie Baum, il sait tout ce que les Polonais pensent de lui; il a appris qu'ils doutent de son » zèle, de sa sincérité " , qu'ils critiquent « son allégation éternelle d'être tourné, débordé " , qu'ils supposent « tous ses mouvements combinés avec ceux de l'armée russe » , qu'ils accusent son état-major d'être « antitrançais el antipolonais (2) " , et comme sa conduite future ne pourra que confirmer ces opinions, il éprouve le besoin de se justifier. Les sentiments qu'on lui prête sont faux : u Je pardonne aux Polonais les plans extravapants qu'ils for{jent sans cesse, et dont ils me destinent l'honneur et l'exécution; mais je ne saurais jamais leur pardonner les jugements téméraires qu'ils se permettent sur ma personne. " Le corps autrichien a fait une campagne de huit mois, aujourd'hui il ne se trouve plus en état de la continuer, il est « isolé, se croit donc sacrifié » , il est " démoralisé » . D'ailleurs il compte « beaucoup d'hommes mutilés par le froid, et beaucoup d'autres attaqués par une fièvre nerveuse " . Son commandant en chef ne doit donc pas l'engager inutilement. Aussi, a-t-il déjà commencé un nouveau mouvement de retraite, et ses divisions vont-elles passer le Bug. D'ailleurs, que le Vice-Roi ne se méprenne pas; les mouvements des Russes sont logiques, leurs troupes, n'ayant jamais été en force à Bialyslock, ont marché par échelons, en tournant la gauche autrichienne : « C'était le moyen le plus sûr de me forcer à replier cette aile aventurée; et de me faire craindre pour mes communications. " Quant aux corps réunis à Guttstadt. leur
(L) Le Vice-Roi à Sthwarzenberg , Posen , 27 janvier (K. A. 924, F. A. 1813; II. —A. N., A. F. IV, 1652)
(2) Rignon à Rassano, 24 et 25 janvier. — Ruiletin de Varsovie, 28 janvier. (A. E. Pologne, 333.)
164 L'INTEliVENTIOlN DE I/ADTRICHE
objectif était la poursuite du Roi de Naples; un mouvement sur Plock les eût détournés de cet objectif, il était donc naturel qu'ils ne fissent aucune démonstration contre cette ville. Le reste de la g^rande armée russe suit ses avant-gardes, et manœuvre de manière à obliger les Autrichiens soit à battre en retraite, soit à attaquer. Cette dernière éventualité n'aurait d'autre résultat que de les rejeter sur Sacken. D'ailleurs o ils n'ont pas besoin je crois, continue Schwarzenberg, de forcer un passage [de la Vistule]; ils choisiront un ou deux points favorables, où ils établiront des têtes de pont, et lors du dégel ils auront soin d'y jeter des ponts (1) » .
Tels sont les arguments de Schwarzenberg; aux ordres si précis qu'il reçoit, si conformes à l'honneur militaire, il ne peut faire de sérieuses objections, il n'en oppose que de spécieuses; il produit des renseignements destinés à impressionner, il prévoit toutes sortes de difficultés. Dans une seconde lettre, il exagère les forces des Russes et l'importance de leurs mouvements (2).
Ces mouvements étaient réels néanmoins, Witzingerode se dirigeait sur Wloclaweck pour passer la Vistule ; Tormassov par Mlawa, Radzanowo, Drobin, marchait sur Plock; Miloradowltsch renforcé par Pahlen et Schtscherbatov était à Prassnitz, Docbtorov à Lonza, Sacken à Wengrow, Wolkonski à Siedlec. Muffin Puschkin se rapprochait du Niémen pour couper la retraite aux Autrichiens.
Depuis le 28, Schwarzenberg occupait la région Gora, Sierok, Radzynin, ayant la brigade de Wrède à l'extrême gauche à Wrona, et les avant-postes de Frôhlich et de Zechmeister à Pultusk et à Golymin. Reynier était tout contre Varsovie à Praga, prêt à passer de l'aile droite à l'aile gauche et à traverser la Vistule. En prévision de ce mouvement la division Siegenthal appuyait sur la droite pour relever les avant-postes de Gablentz sur la route
(1) Schwarzenberg au Vice-Roi, Zegrz, 29 janvier. (K. A. 924, F. A. 1813; II. — A. N., A. F. IV, 1651. — Publié par Rkboul, II, 474.)
(2) Ibid., 31 janvier. [Ibid.)
LA U ET U Al TE DU COUPS AUXILIAIUE 1G5
d'Okuiiiew. Le 30, Wrède passait la Vistule cl s'établissait à Babice, Sieg^enthal se rapprochait de Prajja, Krohlich et /echmeister rétrog^radaient à Sierok et iNowemiasto. Diirutte et Sahr traversaient Varsovie, Lecoq était sur la rive gaiiche de la Vistule à Willanow, les ] 400 Polonais de Hodkiawicz étaient à Karezew (I) .
Sur ses entrefaites Schvvarzenberg recevait une lettre de l'Empereur d'Autriche; ce dernier lui Faisait savoir qu'à la suite du départ du Roi de 2^aples, il supposait le corps auxiliaire en marche sur Gracovie; il lui ordonnait de prendre cette direction, s'il ne l'avait déjà Tait, et ajoutait : " Vous devez soigneusement éviter d'abandonner cette direction, dussiez-vous même recourir à une suspension temporaire d hostilités. « Celte suspension d'hostilités doit permettre de couvrir la plus grande partie du Duché, elle doit être applicable au corps du général Reynier, et assurer la conservation du corps autrichien (2).
En même temps que cette lettre, Schwarzenberg en recevait une du Vice-Roi : « Je m'empresse de vous faire savoir (jue l'Empereur, à qui j'ai rendu compte de votre position, m écrit le 23 janvier qu'il espère que vous serez assez fort pour empêcher les Russes de passer la Vistule, et de s emparer de Varsovie; mais que si, contre son attente, vous étiez réduit à abandonner cette ville. Sa Majesté entend que vos troupes ainsi que le V et le VIF corps se retirent sur Posen par Kalish (3). "
Le lendemain, arrive une nouvelle lettre annonçant que
(1) Journal de Reynier (A G.) Oste:<-Sacker, I, 209-211. Heboul, II, [>3.
(2) L'Empereur d'Autriche à Schwarzenberg, 24 ja^^ic^. (K. A. 924, . A. 1813; I.) — Publié par O^CKE^, I, 408.
(3) Vice-Roi à Schwarzenlierg, 30 janvier. (K. A. 924, F. A, 1813; I.) u Ecrivez au prince Schwarzenberg et au général Reynier pour qu'ils gardent Varsovie aussi longtemps que possible; s'ils étaient obligés de l'évacuer, le prince Schwarzenberg, le général Reynier ainsi que le prince Poniatowski devraient marcher sur Kalish. » (A Eugène Napoléon. Fontainebleau, 24 janvier. Coirespoudance, 19500.)
166 LIMERVENTIO>i DE L'AUTRICHE
les t/ois divisions du XP corps qui étaient à Berlin se dirigent sur Poseu, et que Tune d'elles va être chargée d'assurer la liaison avec les Autrichiens (l).
A ces lettres, Schwarzenberg répond évasivetnent. 11 fait connaître le changement de position du VIP corps, puis continue : « Nous occupons le terrain entre Varsovie et Lowicz pour observer les projets ultérieurs des armées russes. Si je me trouvais forcé de quitter cette position, je tacherais de me rapprocher le plus possible de la direction de Kalish; mais Votre Altesse Impériale ju.oera que le grand mouvement de l'armée russe rendra la marche de mon corps sur ce point très pénible, puisque l'ennemi se trouve sur une ligne plus courte (2) . »
Euf^ène n'a pas encore reçu cette lettre, il ne sait au juste quelle va être la réponse du feld-maréchal, mais ses aides de camp en passant par Varsovie voient Bignon et Poniatowski; par eux il apprend les inquiétudes du ministre de France et des Polonais, il connaît leurs doutes sur la fidélité du corps autrichien, il sait même que le bruit court d'une entente entre les Russes et les Autrichiens. Aussi voulant être fixé écrit-il le 2 : « Je vous prie de me donner une réponse catégorique à la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser, et dans laquelle, après vous avoir représenté, prince, ce que l'Empereur attendait de vous pour la défense et le salut de Varsovie, je vous prescrivais de vous retirer sur Kalisli, dans le cas où vous seriez contraint par des forces supérieures d'abandonner votre position de Varsovie (3). "
(1) Le Vice-Roi à Schwarzenherg, Posen, 31 janvier. (R. A. 924, F. A. 1818; II. — A. N., A. F. IV, 1652. — Publié par Rkboul, II, 479.) Ces faits sont confirmés par une lettre particulière du Major Général à Scliwarzenberg, 31 janvier. (H. H. S. A. 490, Kriegs-Acten, Rericlitc von Schwarzenberg, 1813.)
(2) Schwarzenberg au Vice-Roi, Varsovie, 3 février. (K. A. 924, F .A. 1813; II. —A. N, A. F. IV, 1652.)
(3) Le Vice-Roi à Schwarzenberg (R. A. 924. F A. 1813; H. — A. N., A. F. IV, 1652. — Publié par Rkhocil, II, 479.) : « Tous vos efforts doivent tendre à garder Varsovie. » (L'Empereur à Eugène Napoléon, 26 janvier. Correspondance, 19517.)
Une fois la convention sig^née avec les Autrichiens, Kutusov song^e à accélérer la rapidité de sa marche; le 4 fé\rier, il écrit à Miloradowitsch : « Après votre passage de la Vislule, vous vous arrêterez à IStruzkow (?) ; et après votre réunion avec le général Sacken, le prince Wolkonski et le comte Pahlen, vous enverrez un détachement coalre Varsovie, de manière à vous assurer si Reynier ne s'est pas séparé des Autrichiens, et n'est pas en marche sur la route de Posen par Sochaczew et Lowicz. Vous détacherez contre lui un corps de 15 000 hommes qui, aussitôt qu'il l'aura rejoint, ne le poussera pas vigoureusement, de manière à donner le temps à Tormassov et à Dochtorov (?) d'avancer sur Klodawa et sur Kutno, qui sont sur la route de Posen. Notre objectif principal est de manœuvrer de manière à couper Reynier du prince SchAvarzenberg, et à le placer entre deux feux; 10 000 hommes seront affectés à la garnison de Varsovie, mais ils n'y entreront pas avant que les habitants ne vous en aient remis les clefs. Le reste de ces troupes doit suivre le prince Schwarzenberg, et de plus vous devez bloquer Modlin, dont la garnison ne dépasse pas 5 000 hommes (1). »
Conformément à ces ordres, Miloradowitsch passe le 6 la Vistule, et prend position à Struzkow; Sacken arrive devant Roza, détachant un corps contre Modlin, et Witzingerode marche sur Kalish. Ces mouvements forcent les Autrichiens à accélérer leur retraite : Ziegenthal abandonne Praga, Trautenberg Bielony, Bianchi Varsovie, Zechmeister et Frôhlich les bords de la Vistule, et l'aile gauche du VIP corps (la division Gablenz) la région de Hlonie (2;.
Le 3, Reynier écrivait au Major Général pour lui signaler l'arrivée de son avant-garde à Lowicz, et lui annoncer qu'il se porterait plus loin jusqu'à Warta pour dégager la
(1) Osten-Sackes, l, 217. — A propos de Dochtorov il doit v avoir une erreur; car ce dernier était dans la direction de Lonza
(2) OsTEs-S.\cKK>, I, 216-218
168 L'I^TEUVEiNTI01N DE 1/AUTUICHE
route de Kali&h, et tâcher d'y prévenir les ennemis. 11 espérait, si ceux-ci ne continuaient pas leur mouvement en avant, pouvoir s'arrêter entre Lenczyre, Pelrikau, Warta et Kalish pour <i permettre aux Autiichiens de faire prendre une autre diieclion à leurs réserves, et à tout ce qu'ils attendent j)ar la route de Varsovie (1) « .
Le lendemain Schwarzenberg prévenait le commandant du VIP corps, que les mouvements de l'ennemi se confirmant, il allait abandonnei- Varsovie, et " s'appuyer dans le commencement vers le cercle de Radom, pour reprendre à droite quand il serait plus éloigné de la Vistule (2) .. .
Aussi le 6, Reynier connaissant les intentions des Autrichiens communiquait-il au Vice- Roi les dispositions qu'il prenait; il se faisait j)rotéger par des flanqueurs le long de la Vistule, et allait passer la Warta : " Les hussards autrichiens suivront ce mouvement par Glovvno et Strykow, et continueront à se lier à ma gauche jusqu'à Warta. J'ai eu l'honneur de dire à Votre Altesse, qu'on ne pouvait espérer que le prince Schwarzenberg abandonnât toutes ses communications et toutes les ressources qu'il attendait pour remettre ses troupes en état de faire la campagne prochaine. Il croit que tout ce que nous tenterons dans ce moment pour arrêter l'ennemi supérieur et disputer des pays ouverts, nous ferait éprouver des pertes très nuisibles à la réorganisation de notre armée. " En terminant Reynier croyait « qu'il faudrait engager le prince Schwarzenberg à cantonner ses troupes entre la Pilica et la Warta (3) » .
Malgré l'optimisme apparent que reflétait cette lettre, Reynier était loin d'être tranquille sur les intentions de Schwarzenberg, car il conliait au secrétaire de légation M. de Panât, détaché auprès de lui, que, malgré les ordres
(1) Reynier au Major Général, 3 février. (A. G. Correspondance, 1813; II.)
(2) Schwarzenberg à Reynier, 4 février. (/'/)
(3) Reynier au Vice-Roi, 6 février (Id)
LA RETHAIT1-; HU COUPS AIIXILIAIIIK 169
du Vice-Roi, il crnig^nait de voir Schwarzenberg^ ne faire qu'un simulacre de mouvement dans sa direction (1).
Et il avait raison, puisque ce jour-là Schwarzenberg écrivait au Vice-Roi. Les réponses équivoques n'étaient plus possibles. Il annonçait que par suite de la marche des Russes il était oblijjé d'évacuer Varsovie, et qu'il envoyait un parlementaire au quartier g^énéral ennemi pour négocier une capitulation conformément aux usages de la guerre, puis qu'il se dirigerait en deux colonnes vers Petrikau, et s établirait entre Petrikau et Radom. « Ce n'est que de cette manière que je puis sauver mes hôpitaux, mes grands dépôts d'artillerie que j'ai dû évacuer de Varsovie, mes nombreux convois de vêtements pour les troupes; tous ces objets précieux sont encombrés dans le cercle de Radom faute de moyens de transports suffisants. J'espère donc que 8a Ma|esté l'Empereur Napoléon ne désapprouvera pas ce mouvement, d'autant plus que la marche de flanc vers Kalish dans la position actuelle serait trop dangereuse. Je pourrais me trouver poussé vers la Silésie, où le passage me serait probablement interdit. Je n'oserais jamais me flatter d atteindre la route militaire de Glogau, l'ennemi par sa position actuelle ayant déjà gagné plusieurs marches sur moi (2). »
Telle était la réponse de Schwarzenberg à la demande catégorique du Vice-Roi. Désormais, il n'y avait plus de doute à avoir, les Autrichiens refusaient de se replier sur la Grande Armée, ils s isolaient, et le commandement français n'avait plus à compter sur eux.
D'ailleurs quelques jours auparavant, Schwarzenberg avait déjà répondu au général Glfflenga, envoyé par le prince Eugène, que la retraite des Autrichiens n'était que la conséquence du mouvement en avant de l'ennemi et que la direction de Cracovie était la seule possible,
(1) Bignon à Bassano, 8 février (A. E Pologne, 333.)
(2) Schwarzenberg au Vice-Roi, Falenti, 6 février. (K. A. 924, A. F. 1813: IT — A. M., A. F. IV. 1652.)
170 I/INÏEKVENTION DE I/AUTKICHE
puisque les Russes débordant son aile gauche coupaient sa ligne de retraite sur l'Oder (1).
('ette réponse faite à son aide de camp et rapprochée de la lettre du feld-maréchal ne pouvait plus laisser de doute à Eugène. « J'ai reçu la lettre que vous m'avez adressée, et qui m'a annoncé que vous évacuez Varsovie. Je n'ai rien à ajouter à ce que je vous ai mandé dans mes deux dernières lettres. J'ai ordonné au général Reynier de se retirer sur Kalish, je désire que vous protégiez son mouvement, de manière à ce qu'il repasse la Warta sans être entamé. Je vous renouvelle l'assurance de mes sentiments. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde. — Eugène Napoléon (2). "
Schwarzenberg venait donc d'obtenir le résultat désiré. Il ne cachait pas sa joie à Metternich : « Avouez, mon ami, que ce pauvre Vice-Roi est désolant avec ses misérables nouvelles et ses pitoyables raisonnements, et l'empereur Napoléon qui de Fontainebleau espère que je couvrirai Varsovie jusqu'à l'arrivée des cohortes, et que dans le cas d'une retraite je me dirigerai sur Kalish' Je vous avoue qu'il n'y a pas le sens commun là dedans. Je ne vous cache pas que j'ai manœuvré de manière à m'en glorifier. J'ai escamoté le VIP corps, et les Russes en ont beaucoup d'humeur (3). »
Le 7, à dix heures du matin, Siegenthal évacuait Varsovie. Les Autrichiens auraient voulu signer une convention militaire, les Russes s'y étaient refusés, alléguant que Varsovie était une ville ouverte, et que ses habitants devaient se fier aux proclamations du Tzar (4.) . Ce même jour Siegenthal arrivait à Nadarczyn, Zechmeister et
(1) Scliwaizcnber}; à l'eiiipereur François, 7 février. (K. A 924, F. A. iSlo; II. — A. N., A. F. IV, 1652.) — GifUenga à Eugène, 31 janvier. (A. N., A. F. IV, 1651. — Publié par Reboii., Il, 477.)
(2) Le Vice-Roi à Sclnvarzenbcrg, 7 février. (R. A. 024, F. A. 1813; II.)
(3) Schwarzenberg à Metternich, 7 février. (H. H. S. A. 490. Kriegs-Acten, Berichte von Schwarzenberg, 1813.)
(4) Schwarzenberg à l'Empereur d'Autiiche, en marche, 7 février. (A N., A. F. IV, 1652.) Rkiioui., II, 266.
LA l'.ETIlAlTE DU COUPS A U X 1 1. 1 A 1 U E 171
Frôhlich à Grodzick et à Lowicz. Ainsi la capitale du Grand-Duché passait entre les mains des Russes.
La retraite des Autrichiens et la possession de Varsovie étaient pour les Russes des événements de la plus haute importance, puisqu'ils étaient débarrassés des craintes qu'ils pouvaient encore avoir d'un mouvement autrichien sur leur flanc, et que la réorg^anisation de l'armée polonaise était considérablement entravée. La convention de Tauroggen leur avait permis de passer la Vistule, la prise de Varsovie va leur permettre de passer l'Oder. Ils étaient d'autant plus fiers de ce résultat, qu'ils l'avaient obtenu sans elfort. « La prise de Varsovie, disait sire Robert Wilson, commissaire anglais au quartier général russe, est due entièrement à la diplomatie. Les moyens militaires de prendre cette ville n'existaient plus depuis la marche fatale de Minsk sur Vilna (l). "
Deux jours après l'évacuation de Varsovie, Schwarzenberg quittait le corps auxiliaire et en laissait le commandement au général Frimont. Il lui donnait pour instruction de le consulter sur tout incident qui pourrait surgir entre lui et le quartier général Français; il lui rappelait les lettres de l'Empereur qui spécifiaient que le corps devait former l'extrême droite de l'armée, et prendre le long de la frontière de Galicie des cantonnements tels, qu'il put être rassemblé en quinze jours (2).
Ces recommandations faites à un homme aussi " exact et sévère » que Frimont, Schwarzenberg pouvait quitter son commandement en toute tranquillité : son rôle avait été joué jusqu'au bout avec beaucoup d'habileté. La comédie était terminée.
(1) Sir Robert Wilson, Private diary, I, 278.
(2) Schwarzenberg à Frijhlich, 9 février. (K. A. 924, F. A. 181:}; II.)