‹ L'Intervention Du Médecin Légiste Dans Les Cas De Séparation De Corps Et De Divorce: Précedé De Notions Très Succinctes Sur La Séparation De Corps Au Point De Vue De La LoiChapitre 15 sur 31 · PT PT PR PE D TT TE LS MICUR · texte numérisé non relu

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EN

selle Anne B..., alors âgée de 26 ans et ornée de tous les charmes féminins. Le jour même du mariage, loin de se montrer empressé à remplir ses devoirs conjugaux, il reconduit sa femme sous le toit paternel. Si plus tard il la reçoit dans son domicile, il ne se livre pourtant à aucun commerce avec elle. Dix mois après le mariage {certificat du D' Wimbach), la dame B... est encore vierge. En raison de ce fait et argüant l'impuissancs présumée de son mari, elle intente contre ce dernier une action en nullité de mariage fondée sur l’erreur dans la personne. Le Tribunal du 3 arrondissement de la Moselle est appelé à statuer, et par jugement en date du 29 août 1868 déboute la dame B... de sa demande. Celle-ci intente alors contre le sieur B... une action en séparation de corps, alléguant l'injure constituée à son égard par le mépris ou toutaw moins l'indifference de son mari.

Le Tribunal ordonne qu’il sera procédé à une enquête. La Cour de Metz, sur l'appel interjeté par la dame B..., qui veut obtenir la séparation de plano, est saisie de l'affaire.

Le 27 avril 1869, deux médecins de Metz, Mahu et Dieu, procèdent à un nouvel examen de la dame B..., examen duquel il résulte .que près de deux ans après son mariage elle est encore vierge. Ils constatent que la membrane hymen n’a jamais été atteinte et que la dame B... n’a jamais dû être l’objet d’une tentative de défloration.

La séparation de corps fut prononcée. (Arrêt du 25 mai 1869.)

Question médico-légale.—L'intégrité de l’hymen n’estpas une preuve absolument incontestable de virginité.

L’hymen est, comme on le sait, une cloison transversale mince située au fond de la vulve, derrière les nymphes; il ferme le vagin et est constitué par un repli de la membrane muqueuse ayant la forme d’une portion considérable de circonférence fort rétrécie et même interrompue par le haut et entourant un orifice étroit qui donne dans le vagin.

La conformation et la structure de l’hymen sont sujettes à d'assez fréquentes variations, et l’imperforation complète de cette membrane est . loin d’être rare.

L'hymen, dit Cuvier, ne prouve ni la pureté ni même absolument la virginité de la personne qui le possède, pas plus que son absence ne prouve absolument du désordre dans sa conduite. Il n’en est pas moins vrai que dans la règle, les vierges ont un hymen et le conservent, et qu'on l’a trouvé dans des filles de tout âge.

Nous allons rappeler, continuent les membres de la Commission, un

Ts fm certain nombre de cas dans lesquels on a vu cette membrane persister chez des femmes enceintes jusqu'au terme de la grossesse et parfois même mettre obstacle à l'accouchement.

Dans un premier ordre de faits, la fécondation avait eu lieu, bien qu'il n’y ait pas eu copulation ; l’approche avait été très incomplète, et cependant la projection à distance de la liqueur séminale avait suffi pour la faire pénétrer dans la vulve, dans le vagin et jusqu'aux ovaires.

Dans d’autres cas, la copulation a eu lieu; mais, soit par suite du grand diamètre de l'orifice de l’hymen, soit en conséquence de la mollesse et de la flexibilité de cette membrane ou de la conformation du pénis, cet hymen avait fléchi sans se rompre pendant le coït, et, au moment de l’accouchement, on avait pu le retrouver intact, au moins en apparence, et n’offrant aucune lésion de continuité.

Enfin les auteurs ont signalé de curieux exemples de membrane hymen d'une consistance ferme, à peu près imperforée, qui, sous l'influence des assauts répétés de la copulation, s'était distendue et avait soutenu, sans se déchirer, tous les efforts des derniers temps de l’accouchement, lequel n'avait pu être terminé que par la division artificielle de cet ob-

stacle.

Baudelocque en cite un cas chez une femme qui s'était mariée depuis

un an.

On trouve dans Fabrice de Hilden l'observation suivante.

« Un orfèvre de Paris, quand ils’approchait de sa femme, lui causait et éprouvait lui-même de grandes douleurs ; après quelques mois de mariage, bien qu'elle se crût enceinte, il poursuivit sa séparation d’avec elle ; il y eut consnltation et inspection des parties et l’on put constater l'existence d’une membrane dure et calleuse qui fermait le col de l’utérus; cette membrane était percée cà et là de petits pertuis très étroits, par lesquels s’écoulait le sang des règles ; on en fit l’incision et on appliqua des pessaires appropriés. Chose rare et merveilleuse, dit l’auteur, six mois après l'opération, la femme accoucha d’un enfant plein de santé et bien à terme; puis il ajoute: Tanta enim in coïtu matricis aviditas attrahendofuerat ut etiam sperma per exœigua illa foraminicula attraæerit.

Riolan (Anthropographia, lib.IT, cap. XXXII) raconte qu’une femme

imperforée accusa devant les juges son mari d’impuissance et de froideur ; soumise à la visite des matrones, elle fut trouvée enceinte.

rn,

Le D' Martinelli (Union médicale du 18 avril, n° 46, pag. 560, 1872 fut appelé pour assister une femme en travail.Cette femme, âgée de 30 Ms se trouvait enceinte pour la première fois, après dix ans de mariage. ‘

Au toucher, on constata l'existence d’un cul-de-sac à 3 ou 4 centim. de la vulve. L’exploration la plus attentive ne fit découvrir aucune ouverture ; cependant il devait en exister une, puisqu’une partie des eaux de l’amnios s'était écoulée.

Enfin, par suite du progrès du travail et des efforts d'expulsion, la tête de l’enfant vint proéminer à l’orifice de la vulve, coiffée entièrement par la membrane hymen.

On put alors y découvrir deux petites perforations : l’une presque centrale, du digmètre d’une lentille, et l’autre, plus étroite en arrière et à gauche, et distantes entre elles d'environ 3 centim. On incisa, et l’accouchement se termina sans difficulté. Dans ce cas, l’hymen imperforé avait été refoulé peu à peu par les assauts longtemps répétés de cohabitation.

Ces jugements reposent, comme on le voit, sur les rapports médicaux ; toutefois, comme l’ontsi bien prouvé Giraldès, Guérard et Rothschild, on ne peut pas conclure qu'il n'y a pas eu tentative d'introduction par cela seul qu’il y a intégrité de l’'hymen.

Le médecin légiste doit donc user d’une grande prudence el ne pas s’aventurer à la légère dans des questions aussi obscures et aussi difficiles.

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