CHAPITRE II
Grossesse antérieure au mariage.
S’ilest quelque chose de déloyal de la part d'une femme, c'est de contracter mariage en étant enceinte d’un tout autre que de celui qu’elle épouse et de le tromper en s’introduisant sous le toit conjugal avec le fruit de ses œuvres antérieures.
Le mariage, dit le législateur, est basé sur le consentement mutuel et libre de chacun des conjoints. Nous ajouterons que ce n’est pas seulement la liberté, mais encore la loyauté qui doit présider à cet acte important.
Si l'époux est trompé et gravement outragé, il a le droit de s'adresser aux Tribunaux pour réclamer sa liberté et pour défaire autant que possible ce qui a été fait.
- L'instance étant présentée, le magistrat requiert le médecin légiste et lui confie la mission délicate d'examiner:
10 Si la femme contre laquelle il y a instance est enceinte ?
2° Sielle est enceinte, à quelle époque remonte la grossesse ?
Ici se pose pour le médecin expert une question de la plus haute importance.
Le Tribunal requiert le médecin pour procéder à l'examen de la femme contre laquelle l’instance est dirigée ; la femme résiste et refuse de se soumettre à la visite. |
Le Tribunal, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, emploie des mesures de rigueur pour l’y contraindre. Le médecin doit-il, en présence du refus obstiné et catégorique de la femme et proftant de la force que lui offre le magistrat, accomplir la mission dont il a été chargé? Jamais; et nous sommes étonné de trouver dans Legrand du Saulle la réponse suivante: «Et pourquoi pas ? »
A) Dès que la femme refuse de se soumeltre à la visite, le médecin légiste doit user de persuasion, et si la persuasion n’aboutit pas, il n’a qu'à prendre acte de son refus, décliner sa mission
etse retirer, sans jamais, nous le répétons, profiter de la force ni de la violence *.
1e QuEsTIoN : Cette femme est-elle enceinte ? — Si la visite est acceptée, il n’y a plus qu'à résoudre une question de diagnostic. Ici, la mission du médecin devient délicate et difficile. Il faudra qu'il use d’habileté dans l’interrogatoire qu’il fera subir à la femme, car il doit s’attendre à être induit en erreur.
La suppression des règles signale presque toujours le début de la grossesse, et on sait que l’on compte le début de la conception à partir du moment où se sont montrées les dernières menslrues. Mais outre que la grossesse peut aussi bien exister chez une femme qui n’a jamais été réglée, l'absence des règles ne suffit pas à elle seule pour caractériser une grossesse, car il peutarriver, par d’autres raisons, que les règles viennent à manquer pendant un temps plus ou moins long. D'un autre côté, on a observé assez fréquemment la persistance des règles, même dans des cas de grossesse.
La femme coupable s’étudie d’ailleurs à dissimuler ; elle niera par conséquent les divers symptômes, et au besoin elle présentera des linges tachés de sang pour simuler ses règles.
Casper-Liman raconte deux cas où l’on s'était servi à cet
-usage de sang d’oiseau, que l'examen microscopique permit de
reconnaître. Hoffmann eut à faire un rapport sur un cas d’infanticide dans lequel la mère ne s’était pas aperçue de l’état de sa fille parce que celle-ci donnait tous les mois une chemise ensanglantée à laver ; il fut prouvé que la fille emprantait chaque fois la chemise d’une compagne.
1 Leçons de M. le professeur Jaumes, 2 Hoffmann ; traduit par le Dr E. Levy (Médecine légale), pag. 115.
Modifications de l'utérus. — Le changement qu’éprouve l’utérus, c’est son augmentation progressive entraînantcelle du ventre, augmentation qui devient sensible, non seulement pour la personne même, mais encore pour son entourage. L’utérus gravide ne peut être senti par la main au-dessus de la symphyse pubienne que dans le quatrième mois; le volume du ventre devient de plus en plus sensible et est tel au neuvième mois que la grossesse peut difficilement être cachée, du moins à un entourage observateur. Cependant nous savons que l’augmentation de volume pendant la grossesse a une marche très diverse selon la grossesse du fœtus et selon la quantité de liquide amniotique, et que, par un costume approprié et d’autres circonstances individuelles, la grossesse peut être cachée mêmeau neuvième mois.
L'augmentation de volume du ventre ne prouve pas, par ellemême, l’existence d’une grossesse, car les maladies de l'utérus, ainsi que les affections des autres organes abdominaux, peuvent avoir le même résultat.
Les modifications du col de l’utérus sont d’une grande valeur pour le diagnoctic. Dans la première période de la grossesse, il s’allonge et est plus facile à atteindre qu'auparavant, et, ce qui est très important, il devient mou et comme boursouflé ; celte modification se montre d’abord à l'orifice du col et, gagnant de proche en proche en allant de bas en haut, elle envahit tout le col au cinquième mois.
Dans la seconde moitié dela grossesse, il se déforme de plus en plus, parce qu’il se raccourcit par l’abaissement du cul-de-sac antérieur du vagin et parce que finalement sa partie antérieure s’efface complètement.
On observe en même temps des changements dans l'aspect et la largeur de l’orifice.
À ces symptômes se rattachent, dans la seconde moitié de la grossesse, la percoption des mouvements el des bruits du cœur du fœtus et la sensation des parties fœtales à la palpation. On ne