‹ L'intervention française au Mexique: accompagnée de documents inédits et d'un long mémoireChapitre 10 sur 41 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Médiation au Meaciqiia (1868 à 1800).

Les crimes commis au Mexique dans les haciendas de San Vicente et de Chiquonquaque, vers la fin de 1 856^ sur des sujets espagnols^ avaient obligé la légation i'Espagnei au Mexique, à quitter la capitale.

Par un concours de circonstances qu*il est inutile de développer ici, la France avait été appelée à examiner les difficultés qui s'étaient élevées entre le gouvernement de la reine d'Espagne et celui du Mexique. Mais ne voulant rien décider sans le concours de TAngleterre, elle consulta cette

puissance, et, d*un commun accord, les deux gou-

vernements de France et d'Angleterre offrirent leur médiation.

Le gouvernement espagnol déclina l'offre.

M. Mon avait été spécialement chargé de cette mission auprès de M. Walewski^ ministre des affaires étrangères en France.

Par une dépêche du 24 novembre 1 858, M. Mon rend compte d'une conversation qu'il a eue avec le ministre de l'Empereur qui a se plaint du refus de l'Espagne d'accepter la médiation; » et nous trouvons déjà à cette époque le premier germe de cette pensée funeste d'aller établir au Mexique un Gouvernement stable et durable.

En effet, dans cette conversation qui eut lieu entre ces deux personnages, il fut question de Tintérèt qu'il y aurait, pour la France et pour l'Espagne, d'établir un pouvoir fort dans ces contrées.

Les réfugiés mexicains avaient été écoutés !

L'intervention se faisait déjà pressentir dans cette entrevue, et M. Calderon - Collantes ^ ministre d'État en Espagne, le comprit si bien qu'il s'empressa de répondre^ le 9 novembre 1 858, au minis* tre d'Espagne à Paris :

a Je pense qu'une attitude résolue et persévérante

des trois Puissances suffira pour conjurer les périls. Sans se mêler dans les questions intérieures ni exercer un protectorat, sans faire un déploiement de forces qui donnerait occasion ou préteite de ressentiment à la susceptibilité la plus exagérée, la France^ TAngleterre et TEspagrie peuvent adopter une attitude telle qu'elle mette à couvert, avec toutes les garanties nécessaires^ Tintégrité de la république mexicaine et la conservation de sa nationalité.

a Caldbron-Collabitès. »

Il n'était pas pos3ible de décliner plus poliment, et pour des motifs plus honnêtes, des offres auxquelles la conversation qui avait eu lieu entre MM. Mon et Walewski donnait un sens fort élastique et des conséquences indéterminées^ mais, en tous cas, dangereuses.

Il fallait donc, au lieu d'une médiation qui tournait à l'intervention, se contenter de s'engager réciproquement sur le terrain « des bons offices ». C'est ce qui fut fait de part et d'autre et accepté sans difficultés.

Les choses en étaient là, lorsque M. Mon fut ac-

4 l'int£rv£:ntion française

crédité comme ambassadeur d'Espagne auprès du gouvemement impérial.

On marcha ainsi jusqu'en 1859.

Le 3 janvier de cette nouvelle année, M. Mon revient à la charge auprès de M. Calderon-Collantès pour arranger une médiation^ et il écrit :

« Ma pensée^ que je n*ai pas été assez heureux pour faire comprendre à Votre Excellence^ se réduirait à examiner s'il serait possible d'aider à former au Mexique un gouvernement qui, appuyé au début par les trois Puissances^ finirait par n'avoir plus

besoin d'aucune

tf Mon. »

Mais M. Collantes est exactement dans les mêmes idées qu en novembre 1858, et, le 10 janvier, il répond :

€ Pour atteindre ce but. le gouvernement de Sa Majesté pense que les moyens moraux et les discussions purement politiques sont suffisants. Il ne pense pas qu'il faille recourir à un déploiement de

forces

« Caldërom-Collantès. »

Cette réponse laissa tout en suspens jusqu'au moment où le traité Mon-Almonte fut signé, le 26 décembre 1859. Il était fait droit à toutes les réclamations de TEspagne.

Le gouvernement français n'était pas indifférent à cette question; il donnait, de son côté, des instructions à son ambassadeur à Madrid. En effet, M. Mon recevait les renseignements suivants du ministre d'État de la reine :

18 janvier 1860.

« M. Barrot m*a lu un extrait de ses dépêches où Ton témoigne, que les gouvernements de France et d'Angleterre sont disposés à combiner leurs efforts, afin d'obtenir qu'il s'établisse à Mexico un gouvernement qui soit reconnu par toute la nation.

« Galderon-Gollantès. a

La chose avait besoin d'être expliquée^ et c'est le ministre d'Espagne à Londres qui se charge de ce soin.

Londres, 27 avril 1860.

« L'Angleterre veut bien coopérer avec la France

ne

et FEspagne, à condition que l'emploi de la force doit pas entrer dans l'exécution.

«r IstOritz. »

Cette dépèche est le résumé fidèle de tout ce que l'Angleterre a écrit à ses agents, pour leur indiquer la conduite qu'ils avaient à tenir à Tégard du Mexique. Depuis le premier jour jusqu'au dernier^ elle ne s'en est pas départie un seul instant.

Après que^ par le traité Mon-Almonte, l'Espagne eut obtenu de solennelles promesses du Mexique^ le gouvernement de la reine se décida à envoyer^ à Mexico même, un ministre chargé de veiller à leur exécution ainsi qu*à la sauvegarde de ses nationaux.

M. Pacheco fut désigné dans ce but.

Il arriva à Vera-Cruz le 23 mai 1860. Il rendit compte immédiatement à son gouvernement de l'excellent accueil que lui avait fait Juarez àYera-Cruz, et de Tempressement qu'il avait mis à lui fournir un sauf-conduit et des escortes jusqu*aux avant-postes ennemis, afin qu'il pût se rendre à Mexico, où il allait reconnaître le gouvernement de Miramon, contre lequel luttait le président légal Juarez.

Trop d'histoires du Mexique ont ëté écrites pour que nous retracions ici la situation de Miramon par rapport à Juarez.

Nous allons seulement extraire quelques lignes de la dépèche de M. Pacheco à M. Galderon^ dans la-» quelle il lui annonce son arrivée sur le sol mexicain.

Vera-Grnz, 25 mai 1860.

a Au mouillage de Sacrifi îos et à bord d'un brick français, j'ai rencontré M. le vicomte de Gabriacy ministre de France, qui va pour quelques mois en congé en Europe. Il vint immédiatement me Yoir^ et pendant le cours de trois entretiens que nous eûmes pendant que je me trouvais à ce mouillage^ il m'informa dans les plus grands détails des affaires intérieures de cette pauvre république.

a II pourra exercer une influence salutaire sur les conseils de TEmpereur. Il a soutenu et soutient qu'une intervention concertée entre l'Angleterre, la France et l'Espagne, ou du moins entre ces deux Puissances, est nécessaire pour résoudre la ques-

R l'intervention française

tibn la plus grave qui se présente pour les temps à venir : la question de la suprématie^ d'abord ea Amérique^ puis dans le monde entier^ de ce peuple envahisseur et sans frein qui occupe le nord de ce nouvel hémisphère.

c Je crois qu*il sera bon, et je me hasarde à l'indiquer à Votre Excellence, que le sieur Mon se mette d'accord avec le sieur vicomte de Gabriac, qui le verra à son arrivée à Paris ^ afin qu'il contribue pour sa part au triomphe d'idées qui nous intéressent à un si haut point.

« J. F. Pacheco. »

C*est dans cette dépêche que nous retrouvons toute Texpédition du Mexique^ toutes les offres de médiation et d'intervention faites par la France^ et ce que l'Empereur a appelé u la grande pensée de son

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