CONVENTION PRÉUMINAIRE DE LA SOLEDAD
conclue entre le gouvernement mexicain d'une pari, et les plénipotentiaires de l'Espagne^ de la France et de la Grande-Bretagne ^ d'autre party le 1 9 /ct;rîer1862.
Article premier. — Le gouvernement constitu* tionnel qui est actuellement au pouvoir dans la république mexicaine, ayant informé les commissaires des Puissances alliées, qu'il n'a pas besoin de l'assistance offerte par elles avec tant de bienveillance au peuple mexicain, parce que ce peuple contient en lui-même les éléments suffisants de force pour se
préserver de toute révolte intérieure, les alliés auront recours à des Traités , pour présenter toutes les réclamations qu'ils sont chargés de faire au nom de leurs nations respectives.
Art. 2. — Dans ce but^ et les représentants des Puissances alliées protestant qu'ils n*ont nullement l'intention de nuire à la souveraineté et à Tintégrité de la république mexicaine, des négociations seront ouvertes à Orizaba^ où les commissaires des Puissances alliées et les ministres de la république se rendront, à moins que des délégués ne soient nommés par les deux parties d'un consentement mutuel.
Art. 3. — Tant que dureront ces négociations^ les forces des Puissances alliées occuperont les villes de Gordova, Orizaba et Tehuacan.
Art. 4. — Afin qu'il ne puisse être, en aucune façon^ supposé que les alliés ont signé ces préliminaires dans le but d'obtenir leur admission aux positions fortifiées^ maintenant occupées par l'armée mexicaine, il est stipulé que, dans le cas où malheureusement les négociations seraient rompues, les forces alliées se retireront desdites positions et prendront position en ligne devant lesdites fortifications sur la route de la Vera-Gruz, les points ex-
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trèmes étant le Pasa Ancho^ sur la route de Cordova, et le Paso de Oveja, sur la route de Jalapa.
Art. 5. — Dans le cas où malheureusemeiit les négociations seraient interrompues et les alliés se retireraient dans les lignes ci-dessus indiquées, les hôpitaux des alliés resteraient sous la sauv^arde de la nation mexicaine.
Art. 6. — Le jour où les alliés commenceront leur marche pour occuper les points mentionDés dans Tarticle 3, le drapeau mexicain sera hissé sur la ville de la Yera-Cruz et sur le fort de Saini*Jsaii d'Ulloa.
Signé : comte de Reuss, Manuel Doblado, Léonox^ Wykci Hugh Dunlop, A. de Saligoy, E. Jurien.
La SoIeda(}, le 19 février 1862.
Que s'était-il passé en Europe depuis le dépari des troupes ? Comment chacune des Puissances accueillait-elle l'attitude prise par ses représentants i Vera-Cruz ?
Quel effet produisit sur les gouvernements alliés la nouvelle des préliminaires de la Soledad ? Nous allons examiner successivement ces difTérents points.
Après le désaccord qui surgit dans la quatrième conférence^ les plénipotentiaires rendirent immédiatement compte à leurs gouvernements respectifs, de la décision qui avait été prise^ contrairement à ce que stipulait la convention de Londres.
M. Thouvener fit immédiatement connaître au ca« binet de Saint-James toute la surprise que lui causait la conduite de sir Charles Wyke :
a 11 n'a jamais été entendu, que chacun des représentants eierce un contrôle sur les demandes de ses collègues. Une communication était admissible^ mais à titre de simple information.
o On ne peut comprendre l'objection de sir Charles Wyke^ qui parle de régler seulement les réclamations^ en vertu de traités ou de conventions.
« Thouvenel. »
Malgré toute l'éloquence du ministre français et toutes 1^ excellentes raisons qu'il pouvait faire donner à lord Russelly celui-ci approuvait cependant la conduite du représentant anglais à Vera-Cruz; et^ bien qu'il déclarât qu'on s'était écarté de la convention de Londres^ il n'en croyait pas moins de-
voir faire savoir à M. ThouveneU qu'il était de ravi» de sir Charles Wyke : « que laffaire Jecker ne devait pas donner lieu à une protection telle, qu'on pût en faire l'objet d'un ultimatum. Il comprenait da reste^ que sir Wyke eût [lU trouver cette réclamation extravagante. » Mais quand la nouvelle des préliminaires de la Soledad arriva en France, oh ! abrs ce fut bien autre chose. On se souvient encore do blâme qui fut infligé au brave et au loyal officier, Tamiral Jurien de la Gravière. Ce blâme était cruel.
Le Moniteur du 2 avril 1 862 l'enregistra en tète de ses colonnes } M. Billault vint plus tard le n^h peler au Corps législatif^ et, pour l'expliquer^ il s'écriait du haut de la tribune :
ce II est, Messieurs^ dans la vie des nations^ comme dans celle des hommes, des situations impérieuses, où, quoi qu'il arrive, il ne faut transiger ni avec Thonneur, ni avec le devoir. » Paroles vite oubliées par M. Rouber^ et qui n'empêchèrent pas les fitats-Unis de presser, par des dépèches presque insolentes^ le retour des troupes françaises, du Mexique.
Quant à l'Angleterre et à l'Espagne, ai elles blâmèrent quelques détails de forme, elles n'en approuvèrent pae moins leurs représentants^
AU MiOIUUfi. 99
Lq gouyeraement français fut donc seul à infliger au sien un blâme public et officiel.
Il ne pouvait en être autrement^ du reste La convention de la Soledad replaçait les choses, dans une certaine mesure, au point de vue de la convention d'octobre. Cela ne pouvait convenir au gouvernement français qui, bien qu'il ait apposé sa signature au bail de cette dernière, ne pensait pas, qu'à aucun priX; on dût traiter avec le gouvernement existant de fait, à Mexico.
^ L'Espagne elle-même qui^ nous en sommes persuadés, espérait encore, au moment où elle la signait^ que la convention de Londres lui servirait pour favoriser des projets analogues à ceux que le gouvernement français nourrissait, TËfipagne s'était séparée de la France^ soit qu'elle eût reconnu qu'elle poursuivait une chimère^ soit qu'elle eût compris qu'elle ne pouvait lutter contre son alliée.
Elle dut se convaincre de tout cela, en effet, lorsqu'elle vit le gouvernement français prendre, le 18 janvier, la détermination d'envoyer au Mexique le général Lorencez^ avec trois à quatre mille hommes, sous le prétexte que la précipitation du maréchal Serrano avait pu faire naître des difficultés.
Lord John Russell, qui ne pouvait plus douter qu'on ne marchât sur Mexico^ fit exprimer ses regrets à M. Thouvenel de cette mesure inattendue^ et il déclara au ministre français : « qu'il ne devait pas compter sur l'Angleterre^ pour donner la main à créer, au Mexique, un gouvernement par les baïonnettes. »
Néanmoins, le départ du général Lorencez eut lieu. Les troupes furent expédiées, et le général Almonte quittait l'Europe, pour arriver avec elles à Vera-Cruz.
Le général mexicain, on s'en souvient, avait pris part à toutes les intrigues qui avaient eu lieu a Paris^ à Madrid et à Miramar.
C'est ainsi qu'il fut désigné pour aller préparer le terrain au Mexique^ et obtenir l'appel de Maximilien. Revenons, pour un moment, en arrière de quelques années.
Quand, en octobre 1 840, don José Maria Guttierez Estrada publia sa célèbre brochure sur la nécessité d'établir une monarchie au Mexique, les autorités mexicaines s'empressèrent de protester contre cet écrit. Une des premières protestations fut envoyée au Président de la République par le commandant général don Gabriel Valencia.
Le ministre de la guerre, général Almonte, répondit à cette protestation y par une lettre dont nous donnons un passage intéressant :
« Le gouvernement suprême a vu avec satisfaction les sentiments d'indignation et de patriotisme que vous manifestez^ dans la note que vous me soumettez^ à propos d'un écrit récent. Il vous répond que le président abonde dans vos idées^ non-seulement à cause du poste élevé qu'il occupe, poste auquel il est lié par le serment solennel de soutenir le système républicain, mais encore pour marquer sa grande satisfaction d'avoir contribué à Tindépendance nationale. Si nous venions à être privés de ce bien précieux, si, par impossible , nous venions à ressentir le^ effets d'un projet antiîiational tendant à établir dans notre pays, une monarchie gouvemée par un prince étranger qui arrivât appuyé par une armée; que les Mexicains aient de nouveau à combattre cette armée pour reconquérir l'indépendance et la liberté qui leur ont coûté tant de sacrifices, la situation ne serait pas douteuse, car si le héros d'Igualada, avec tous ses titres à la gratitude nationale, a couru à une terrible catastrophe
lors de la mémorable journée de Pftdilla, combien plufi de raisons de vengeance n'aurions-noos pas contre tout autre! On peut cMurer que jamais le Mexique ne serait pacifié s'il venait à être gouverné par un roi y et surtout par un roi étranger. Son trône serait toujours combattu par les républicains du pays et par tous ceux du continent.
« Almontb.
« Mexico, 22 octobre 1840. »
Voilà l'homme qui, vingt-deux ans plus tard^ débarquait, le 1^' mars, à Vera-Cruz, pour patrons une monarchie au Mexique^ avec l'appui des baïonnettes françaises ! . . .
Lorsqu'on apprit à Mexico l'arrivée du général Lorencez, qui était suivi d'Âlmonte^ Haro-Tamariz, Miranda et autres promoteurs du parti monarchique, la consternation fut générale.
D'un autre côté^ des journaux français annonçaient ouvertement que l'expédition n*avait d'antre but : que de renverser Juarez, et de nommer Maximilien empereur du Mexique.
Le gouvernement mexicain adressa immédiate-*
ment une note aux repréaentants alliés, leur annonçant sa ferme résolution d'user de son droit, en faisant poursuivre et châtier les ennemis de la nation qui, se trouvant proscrits, pénétraient au Mexique avec des intentions coupables.
Sir Charles Wyke et le général Prim étaient seuls à Orizaba.
Dès qu'ils reçurent cette dépêche, ils renvoyèrent à Tamiral Jurien et à M. de Saligny, leur faisant savoir que, dans leur opinion, le gouvernement de Mexico était fondé en droit et en justice, et ils leur demandaient l'autorisation de répondre en ce sens. Voyons d'abord ce qui s^était passé depuis le débarquement d'Almonte.
Lorsque le général avait débarqué à Vera-Cruz, il avait fait une visite au comte de Reuus et au Commodore Dunlop) et il leur avait avoué, qu'il comptait sur l'appui des trois puissances, pour établir une monarchie au Mexique, sous le sceptre de Tarchiduc Maximilien.
Le général Prim avait déclaré formellement au général Âlmonte que les troupes espagnoles n'appuieraient pas une œuvre, qu'il croyait parfaitement antipathique aux Mexicains, et qui était con-
traire à Tordre de choses constitué depuis quarante ans^ au Mexique.
Mais le général mexicain lui avait répondu qu*il était certain de Tappui des troupes françaises.
En effet, quelques jours après^ Âlmonte^ Haro- Tamariz^ le père Miranda, arrivaient à Cordova, sous la protection d'un bataillon de chasseurs à pied, avec le général Lorencez.
Dès que le départ^ pour Cordova, des émigrés mexicains, à la suite et sous la protection du général Lorencez^ fut connu du commodore Dunlop qui se trouvait à Yera-Cruz avec M. de Saligny, le commodore adressa des représentations au ministre de France.
Celui-ci répondit que, pour ce qui concernait le général Âlmonte^ le général Lorencez agissait, en vertu d'ordres directs reçus de l'Empereur.
Ici^ il y a confusion en tout de la part des représentants français.
Lorsqu'ils connurent la réponse du ministre de France au commodore Dunlop, le général Prim et sir Charles Wyke allèrent voir le général Lorencez, a son passage à Orizaba, et lui représentèrent que sa conduite était une violation du traité de Londres.
Le croirait-on? Le général ne dit pas un mot dos ordres de l'Empereur dont avait parlé M. de Saligny. Loin de là^ il proposa de renvoyer Almonte et ses amis à Vera-Cruzl !
Or, dans l'intervalle^ Tamiral Jurien, informé, sans doute, par M. de Saligny, que le général Lorencez agissait conformément à des ordres reçus avant son départ, avait écrit au général Prim que le général Âlmonte était placé sous la protection de la France. Que conclure de tout cela?
Il était désormais évident qu'on voulait en finir, qu'on avait des ordres dans ce sens.
C*est, par un pareil début, que le gouvernement français allait apporter la civilisation chez un peuple qu'il qualifiait de barbare !
C'est pourquoi le général Prim écrivait à son gouvernement, if les représentants de la cour de France avaient perdu tout oubli de la considération et de la courtoisie , qui étaient dues à leurs collègues d'Angleterre et d'Espagne. »
N'eût-il pas mieux valu déclarer hautement et tout de suite qu'on était décidé à rompre ?
L^amiral Jurien^ on le comprend, fut fort embarrassé par la demande d'explications que lui
adressèrent le général Prim et sir Charles Wyke; il ne savait que répondre .
C'est alors que le comte de Reuss se décida le 23 à écrire à l'amiral :
Orizaba, 23 mars 1862.
(c Mon cher amiral et noble ami, votre lettre d'hier me fait de la peine, car je vois que c*est tin parti pris, soit d'après les ordres de votre gouvernement; soit d'après vos propres inspirations et celles de M. de Saligny^ c'est un parti pris, dis-je^ de briser la convention de Londres^ de ne pas garder les considérations qui sont dues aux puissances âgnataires et de n'avoir pas le moindre égard envers vos collègues dMci; et je vous assure, mon ami, qu'une pareille perspective ne me sourit pas le moins du monde.
ce L'acte de conduire les émigrés politiques dans l'intérieur du pays, pour qu'ils y organisent la conspiration qui, un jour, devra détruire le gouvernement existant, ainsi que le système politique actuel; un pareil acte, quand vous avancez en amis et quand vous attendez le jour fixé pour les conférences, n'a pas d'exemple, et je n'en reviens pas.
a Si VOUS avez reçu des ordres de votre gouvernement à cet égard^ j'avoue que je ne reconnais plus la sagesse, la justice ni la grandeur de la politique impériale, comme Je ne reconnais pas non plus le haut esprit de conciliation de l'empereur envers TAngleterre et TEspagne. Car je suis désolé de vous le dire, mon ami^ mais il le faut^ la politique que vous vous proposes de suivre au Mexi-> que^ au mépris de la conférence, puisque vous n*avez pas le devoir de la consulter dans une affaire aussi grave^ donnera le fâcheux résultat^ d'après mon avis^ de refroidir les relations amicales de l'Angleterre et de l'Espagne envers la France, et personne au monde n'en sera plus peiné que moi^ parce que personne au monde n'a plus de vénération et de respect que moi pour l'Empereur, ni personne ne lui est plus noblement attaché, ni personne n'aime davantage la France et les Français.
« PRm. »
Dans l'entrevue qu'avalent eue, à Orizaba, les plénipotentiaires anglais et espagnols avec le général Lorencez, ils avaient cherché à le convaincre
que nul parti monarchique n'existait dans le pays. Mais le général ne trouvait qu'une seale chose à leur répondre, c^est que ses informations, et celles de son gouvernement, étaient tout à fait contraires à celles qu'ils pouvaient avoir prises eox-mèmes!
Ne voulant rien épargner pour empèdier le Gouvernement français, et surtout l'Ëmpereiir^ pour kquel il avait une affection toute particulière, de s'engager dans une affaire si problématique et si pleine de périls , le général Prim se rendit à Tehuacan, le 27, pour y conférer avecTaoïiral Jorien et le général Lorencez.
Toutes ses paroles^ toutes ses prières furent inutiles.
Les ordres venus de Paris étaient formels.
Almonle avait raison : il avait Pappui des troupes françaises.
L'illusion était si grande chez Tamiral Jurien, qu'il ne craignit pas , à Tehuacan mème^ d'affirmer aux représentants d^Angleterre et d'Espagne, qu'ik recevraient, dans très-peu de temps^ des ordres formels pour s'associer au plan français.
C'est dans cette illusion qu'on doit trouver l'explication de la conduite de ce loyal officier, incapable d*une fourberie.
Trop intelligent pour ne pas comprendre la gravité des nouvelles mesures prises^ soucieux de mettre son honneur à l'abri de toute attaque^ et comprenant fort bien que, dès lors, toutes les conventions étaient déchirées^ l'amiral annonçait son intention de reprendre les positions qu'il avait, avant la signature des préliminaires de la Soledad. Il n'agissait cependant ainsi qu'avec regret et avec répugnance sans doute.
Ces sentiments de Tamiral ressortent évidemment des ({uelques mots suivants, que nous trouvons dans sa dépêche, datée du 24 mars^ adressée à S. Ch. Wyke et au comte de Reuss :
a. En vertu d'instructions directement transmises au général commandant le corps expéditionnaire ^ ces hommes {les émigrés) ont obtenu la protection de notre drapeau.
a Le soussigné ne peut que ratiûer ce qui a été fait à cet égard, sans sa participation. Jurien. »
C'était plus qu'une excuse, on le voit clairement, c'était l'expression d'un regret.
Cette brusque décision de l'amiral de revenir ù
110 L'INTERVENTION FRANÇAISB
Paso del Macho , sans avoir consulté tea collègues , était de nature à tout compromettre.
Il fallait aviser aux moyens da sortir de cette situation intolérable.
Les ministres anglais et espagnols proposèrent une conférence dernière à Orixabai pour qoe obacuD sût à quoi s'en tenir, et adoptât des mesures convenablesy suivant la nouvelle tournure que prendraient les cboses.
Cette conférence eut lieu le 9 avril, si^ jours a^ant le terme fixé par la convention d^ la Soledad, pour traiter avec lé gouvernement mexicain I
Un procès-verbal très-cirçonstancié de cette séance a été dressé et publié.
On sait que l'embarquement d^s Espagnols et des Anglais y fut décidé.
Du reste, le gouvernement anglais, qui prévoyait déjà ces complications^ dans le courant du mois de mars, envoyait, par dépèohe du 11 de ce mois, l'ordre d'embarquer sur leurs vaisseaux les quelques soldats de marine doot elle avait autorisé le débarquement.
L'influence de M. de Saligny l'avait emporté!
Rien ne lui avait coûté pour cela.
AU MBXIQUE. 111
Il n'avait pas craint de faire croire, qu'il avait failli être victime d*une tentative d^assassinat \ et, pour donner plus de poids à son accusation^ il avait fait constater l'attentat par quelques membres complaisants du corps dipbmatique.
Du reste, M. Wagner^ ministre de Prusse^ ne lui écrivait-il pas à Vera-Cruz :
ce Les Français ont bâte de voir occuper la ville^ et ridée de voir établir une monarchie sous un prince étranger gagne rapidement du terrain.
a Wagner. »
Est-ce que Juarez a été chassé de Mexico, quand la brigade du général de Bertier en était séparée par deux étapes?
Est-ce qu'il y a eu une seule émeute à Mexico, contre le gouvernement même, après la chute de Puebla et lors de la marche des Français sur la capitale?
1 . Une enquête sérieuse a été faite par le gouvernement mexicain. Il en ressortit que M. de Saligny n'avait été roiH jet d'aucune attaque.
Cette enquête a été publiée en 1861 chez M. Dentu sous le titre : Enqttéte et sentence judiciaire sur la plaint» de M. de ScUigny,
Combien plus véridique était M. Corwin^ le ministre américain y qui écrivait :
a Juarez est la personnification du principe, pour le maintien duquel le gouvernement libéral a combattu pendant trois ans. COEWIN. »
Or, la position de M. Corwin était bien plus considérable, au Mexique, que celle de MM. Wagner et de Saligny.
Veut-on savoir comment le ministre de France calculait le montant de ses réclamations, et pourquoi sir Charles Wyke ne pouvait les admettre?
Lisons la dépèche du ministre anglais au comte Russell :
19 janvier 1862.
« M. de Saligny fixe le montant des réclamations non réglées à 1 2 millions de dollars, en disant qu'il ne les avait pas examinées, comme il aurait dû le faire il y a un an.
(c Mais son gouvernement lui ayant donné Tordre d'indiquer quelques sommes... Il avait indiqué la somme ci-dessus mentionnée, comme étant celle
qu'il considère comme approximative de leur valeur, à un ou deux millions près.
n Maintenant, il est évident quec*est une manière très-libre de traiter des questions comme celles-ci^ d*autant que la demande porte que cette somme, ainsi que d'autres sommes réclamées, soient payées sans discussion par le gouvernemeot mexicain.
a C. Wykb. »
C'est ainsi qu'on établissait les griefs qui devaient causer une intervention armée au Mexique; c'est là, pour nous servir du langage même de M. Thouvenel, ce que les armes françaises allaient y venger, et l'objet de la convention du 30 octobre n'était pas autre 1
Âlmonte avait su persuader si bien l'empereur Napoléon de la nécessité de son envoi au Mexique, que Sa Majesté écrivait^ en juin 1862, au général Lorencez, les lignes suivantes :
<c Vous avez bien fait de protéger le général Almonte, parce qu'il est en guerre avec le gouvernement actuel du Mexique. Napoléon. »
Comment expliquer alors que Tamiral Jurien^ à la séance du 9 avril, ait pu dire : que le général Almonte^ qui partageait Topinion générale en Europe^ qu*on poussait à la guerre au Meiique, venait pour prêcher la concorde entre les partis hostiles.
Et d*abordy de quel droit venait41 accomplir une mission dont s'étaient chargées trois puissances, sans avoir reçu de chacune d'elles un mandat en règle?
U ne fallait pas livrer les réfugiés mexicains. Là n'était pas le rôle des représentants français. Mais si Ton ne trouvait pas plus sage de les renvoyer hors du territoire mexicain, au moins était-il convenable de les laisser à Yera-Cruz, jusqu'au jour où il eût été prouvé qu'ils ne venaient pas troubler Tordre que les alliés cherchaient à établir.
Dans la séance du 9 avril j le ministre de France avait déclaré qu'on ne pouvait plus croire aux promesses du gouvernement mexicain^ parce qu*il venait (ïassassiner le général Robles. Quelle était la valeur de cet argument? C'est ce que nous allons examiner avec impartialité.
Le général Robles, considéré comme homme privé, était un des hommes les plus honorables que le Mexique possédât. Il jouissait de l'estime générale.
Mais l'homme politique attentait contre la sûreté de son pays. Il était en correspondance secrète avec M. de Saligny, il tramai t, avec ses amis Almonle et Miranda^ la chute du gouvernement existant.
Le général Zaragoza le prit, au moment où il allait se joindre à ceux-ci au camp français, pour les aider à renverser Juarez.
Le général mexicain le fit fusiller à San Andres Chalchicomula.
La lettre suivante démontrera avec quelle inconséquence on s'est servi du terme d* assassinat^ pour faire connaître la fin d'un général qui s'apprêtait à aller combattre ses concitoyens, à faire couler dusang^ pour le profit d'un ordre de choses chimérique, et au détriment de celui que la nation mexicaine reconnaissait comme légal.