‹ L'intervention française au Mexique: accompagnée de documents inédits et d'un long mémoireChapitre 25 sur 41 · M. DE LA FUENTE A M. THOUVENEL · texte numérisé non relu

M. DE LA FUENTE A M. THOUVENEL

PariSy ce 7 mars 1862, « Monsieur le ministre,

M Ce n'est qu'après un long délai, et par suite des obstacles qu'a rencontrés la correspondance directe de cette légation ayec le gouvernement mexicain, que j'ai risçu les instructions demandées par moi au sujet de ma règle de conduite yis-à*vis du gouvernenient de l'empereur. Son Excellence a non-seulement approuvé l'acte par lequel j'ai suspendu les relations diplomatiques avec le gouvernement français, — relations qu'il avait lui-même rendues impossibles, — mais elle a même reconnu la justice de mes observations, sur le déshonneur qui résulterait pour la république, à maintenir dans ce pays une légation réduite à écouter en silence les plus atroces insultes et les plus humiliantes déclarations dirigées contre le gouvernement et le peuple du Mexique ; une légation qui ne pouvait agir en rien pour le rétablissement de la bonne intelligence, entièrement détruite, quand la paix devint impossible, par suite de la résolution prise de renverser les institutions républicaines au Mexique, et de leur

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substituer une monarchie au bénéfice d*un prince étranger. Un tel dessein apparaissait clairement, avant d'être confirmé par les documents officiels publiés récemment à Paris et à Londres. Quand je fus convaincu de la vérité de ces rumeurs, j'aurais dû immédiatement demander mes passeports à Votre Excellence^ si je n'avais pas été retenu par le louable espoir que nourrissait encore mon gouvernement de pouvoir conclure une convention avecM. de Saligny^ et, plus tard, par la proclamation lancée par Son Excellence le président, à cause de l'inique invasion du territoire de la république faite par les Espagnols^ en violation de toutes les r^les de la loi des nations. Par cet acte public, Son Excellence offrit d*accéder à toutes les propositions raisonnables que pourraient faire les agresseurs, s*obligeant elle-même à résister, par tous les moyens possible$« à toutes celles qui seraient injustes ou bumilianios pour la république. Cette politiqoe m'a prouva que, mèiue jusqu^au boot, mon gouvernemont )ji laissé la \oie ouverte aux négociations. Ce n était |vi$ à moi de la fermer par quelque acte qui uie fût pro|>i^.

« Mai;$^ U rv^ <ik ma cM^imle officieUe est main-

tenant fixée, et^ me conformant aux ordres exprès de mon gouvernement, je déclare par la présente à Votre Excellence que je dissous la légation mexicaine en France^ et que la protection des sujets mexicains est confiée aux bons offices de S. E. M. GalveZ; ministre du Pérou à la cour de Tempereur des Français. Je vous serai donc obligé, n^onsieur le ministre^ de vouloir bien me procurer des passeports pour quitter la France, pour moi^ pour mon second secrétaire, M. Marceline Orozco^ et les membres de ma famille.

M Par respect pour la justice et la dignité de mon gouvernement, je dois faire quelques observations concernant cette détermination, qui a été si longtemps justifiée, qu'elle pourra paraître plutôt tardive que précipitée.

« La France a cru devoir employer la force contre le Mexique ; dès lors la diplomatie n'a rien à faire dans cette question.

u Toutefois, si l'on demande quelle a été la cause du commencement des hostilités, on peut répondre que les motifs ouvertement énoncés ne sont pas les véritables^ et qu'il faut aller plus loin p>our rechercher le premier mobile de la rupture.

(c Dès le principe^ M. de Saligny assigna, comme un motif pour rompre les relations avec le gouvernement mexicain, la loi qui décida de suspendre pendant trois ans le payement de la dette étrangère Mais le gouvernement mexicain ne nia pas ses obligations; il différa seulemeut leur aQ^ompJisseiQent sous la pression d'une impérieuse nécessité reconnue par tous, même par M. de Saligny, comme cela est prouvé par ses dépèches à Votre ExceUence. On n'eut recoyrs à l£^ suspension des payements , que quand furent épuisées toutes les sources ordiniaires et ei^traordinaires de la richesse publique. Oa n*en vi^jit enfin à cette dure extréoûté^ qu'i^rès avoir offert aux créanciers étrangers un arrangement que ceux-ci crurent satisfaisant, et qui ne fut pas oiis à exécution, par la seule raison que des obstacles furent interposés par M. de Saligny^ w nom des créanciers Français, ce qui prouve qu'il ^tait^ résolu de toute façon à garder^ dans ses propres mains, le pouvoir de rompre avec le gouvernemeot mexicain.

« L'abrogation de cette loi fut la seule condition imposée par M. de Saligny pour la reprise des relâr lions diplomatiques avec le gouvernement de la république. Etait-il donc nécessaire d'en venii: à de

telles extrémités^ et d'exercer une telle rigueur en traitant une nation ruinée par la guerre civile ? Quel puissant intérêt la France avait-elle au payement, par versements successifs de moins de 200060 dollars^ du montant de sa dette reconnue? A-t-elle agi ainsi envers d'autres nations qui sont bien loin de se trouver dans une situation! aussi déplorable que celle du Mexique ? Et n'eût-il pas mieux valu, n'eût-il pas été plus en conformité avec les principes de justice et d'équité, d'accorder un peu de répit à une puissance amie adonnée à l'œuvre de sa régénération sociale et de l'extermination du brigandage ; œuvre de profond intérêt aussi bien pour les Mexicains que pour les étrangers? Dans quel but pouvait on juger équitable de rallumer une guerre civile, désastreuse au commerce et aux intérêts des sujets français au Mexique^, en ayant pour objet le renversement du gouvernement et la ruine de ses entreprises dignes d'éloges? Une telle animosité, pour des motifs pécuniaires, contre une nation épuisée, renferme quelque chose de si excessif, de si inusité^ qu'on doit imaginer une autre raison^ afin de justifier l'expédition. Si l'on doit ajouter foi à de récents rapports otliciels^

ce qui était dû aux sujets français et dont le payement était réservé par la loi de suspension, tire son origine de la réparation des préjudices commis contre leur personne et leurs intérêts.

« Mais personne ne sait mieux que Votre Excellence, monsieur le ministre^ que notre dette envers la France a été payée par le gouvernement de M. Juarezy même quand la France reconnaissait M. Miramon comme président du Mexique (situation peut-être unique dans Tbistoire, où le titreetl honneur sont accordés à un parti, tandis que les frais sont à la charge de Tautre). Vous savez qu'au milieu d'une guerre civile allumée par le gouvernement reconnu parla France, le président constitutionnel^ M. Juarez (le chef du gouvernement non reconnu), a payé la dette française avec une ponctualité telle, et ce même payement était si avancé, qu'il ne manquait plus qu'environ 200 000 dollars pour acquitter la dette, et que^ par conséquent, le gouvernement constitutionnel méritait quelques égards lorsque, cédant à une insurmontable et évidente nécessité, il suspendit le payement pour un temps» Y eût-il même quelques plaintes à énoncer sur cette dette relative à la France, on ne pourrait

nier encore, d'après les considérations ci-dessus éniimérées, que cette suspension n*était pas une raison pour pousser les choses à de telles eiltrémilés. — Mais qu'il me soit aussi permis de vous témoigner^ monsieur le ministre, que la dette en question^ comprenant^ suivant les conventions et des déclarations postérieures^ toute espèce de responsabilités, même des affaires d'agiotage^ il n'était ni loyal ni juste de l'assigner comme la seule source de ces iniquités et de ces préjudices.

« Qu*il me soit permis^ monsieur le ministre, d'exprimer mon étonnement, en apprenant de vous que le gouvernement de Tempereur a des millions à réclamer de celui du Mexique. Mais à quel titre ? Sur quelles preuves ? Personne n'en sait rien. Nulle discussion ne peut avoir lieu sur ce sujet, faute de données précises, et cependant la guerre commence. Mon gouvernement nie avoir contracté avec M. de Saligny l'engagement verbal dont parie ce ministre pour le compte des 40 000 dollars de la convention Penaud ; et ce n'est pas la première fois que des contradictions ont surgi dans les relations de M. de Saligny avec le gouvernement mexicain. Je voudrais bien supposer, que les mauvaises dispositions de

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M, de Saligny contre ce ^uvernement ne doivent pas être prises en considération, et j'ai déjà eu rhonneur d'indiquer à Votre Excellence ces mauvaises dispositions, qui, très-prononcées dans sa correspondance avec vous^ le sont encore bien plus dans sa correspondance avec le gouvernement mexicain. Je suis tenu de supposer que ses assertions sont jugées par vous dignes de crédit, comme le sont par moi celles de mon gouvernement; mais il en résulte que le Mexique ne peut plus désormais cultiver des relations amicales avec ce ministre, en voyant que celles-ci deviennent impossibles, quand l'une des deux parties a porté contre l'autre une accusation de fausseté. Dans un tel cas. Votre Excellence doit le savoir^ la simple considération due au gouvernement d'une puissance amie exige le rappel du ministre.

<x Toutefois, il est vrai que quand on désire mettre fin à toutes relations amicales, par une rupture et par la guerre , les considérations pacifiques sont hors de saison.

a Dans ces documents on assigne à la guerre dautrès motifs, basés sur le manque de sécurité pour les sujets français résidant au Mexique, et M. de

Saligny a fourni une listé de vingt-trois outrages commis sur leurs personnes et leurs propriétés, durant l'espace d'environ neuf mois. .

« Un mot au sujet de cette liste. La plupart des crimes signalés peuvent seulement être imputés aux bandes réactionnaires^ contre lesquelles le gouvernement est activement en guerre. Dans le rapport de ces excès, il manque clairement un fait essentiel, le détail des circonstances qui pourraient entièrement changer ou modifier le cas. On ne sait pas à quelles sources le ministre a puisé son information, ce qui ne manque pas d'importance dans une question d'actes commis à de si grandes distances. 11 n'y a pas la moindre preuve ni les plus vagues indications, qu'on ail exigé du gouvernement mexicain de donner satisfaction, dans des cas où elle était due, suivant la loi des nations, et on ne prétend pas qu'elle ait jamais été refusée. Il n y a rien qui autorise Une pareille supposition, le gouvernement ayant toujours montré sa disposition à faire ce qui est juste dans des demandes de cette nature.

« Dans un différend si déplorable, je ne me lasserai pas d'invoquer les principes et les usages qui guident les relations internationales de toutes les

nations^ à Tégard des crimes en question, quoique je puisse m'apercevoir que ces usages ont été mis de côté, en ce qui regarde le Mexique. Toutefois, ce n'est pas seulement un droite mais bien un devoir de prolester contre Temploi de la force comme remplaçant de la raison et de la justice. Ces dernières peuvent souvent se faire entendre dans les conseils des gouvernements qui les négligent. En tous cas^ elles exaltent le caractère d'une nation qui peut les reconnaître et se battre pour elles. Ainsi donc, monsieur le ministre^ étant donnés ces règles et ces usages, il est clair qu'en employant tous ées efforts, comme fait le gouvernement mexicain, pour empêcher et punir de tels crimes, nul gouvernement n'en subit la responsabilité ni sa réputation n'en souffre, et le poids de la guerre ne peut en aucune façon tomber sur lui ni lui être imputé. Avec quelle justice peut on accuser le gouvernement de violer les lois de l'humanité, quand la nation qu'il gouverne, étant troublée par la guerre civile, il se commet certains méfaits dans son territoire contre la sécurité des naturels du pays et des étrangers ? Assurément, le gouvernement italien n'a été ni si durement qualifié ni soumis à d'aussi hostiles pro-

cédés, à cause du cruel et barbare brigandage de Naples^ entretenu par la faction réactionnaire et combattu par le gouvernement, comme c'est le cas au Mexique.

ce En France mème^ où la nation jouit d*une paix profonde^ et où le gouvernement exe'rce un pouvoir qui lui permet d*agir comme il lui plaît et avec tout Tà'propos du moment, n*avons^nous pas vu une longue série de crimes découverts^ qui avaient été commis par un seul individu pendant huit ans?

a En outre, les dépêches de M. de Saligny prouvent que le gouvernement avait pourvu avec promptitude à la sécurité des habitants de la capitale^ matière qui avait auparavant donné lieu à des plaintes.

« A regard de Tattentat commis sur la vie de M. de Saligny^ que Ton fait figurer parmi les causes de la guerre, j'ai Thonneur d'informer Votre Excellence que l'enquête judiciaire^ dont je vous ai remis un rapport, explique pleinement l'erreur dans laquelle est tombé ce ministre, et démontre que les prétendus cris de mort étaient en réalité des acclamations de sympathie en faveur de la France, et de réprobation contre les assassins d'étrangers. I^es groupes^ d'où partaient ces cris, se composaient de

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Mexicains et de Français fraternisant dans leurs sentiments. Qui aurait jamais pu imaginer que de tout ceci se seraient élevés des accusations et des motifs de guerre?

a Réellement^ monsieur le ministre, quand je pcDse aux calomnies, aussi atroces qu'absurdes^ que bien des journaux de France, d'Angleterre et d'Espagne se sont permis d'enregistrer contre les Mexicains^ leur société et leur gouvernement; quand je vois qu'en France^ même dans les hautes régions du pouvoir, on dénonce mon gouvernement comme étant sans scrupule^ et mes compatriotes comme des barbares; quand je trouve la bonne volonté et les cris amicaux de ces derniers envers la Franee tourner contre eux en acte d'accusation, je ne puis qu'entretenir la conviction que des antipathies nationales se trouvent plutôt en Europe que parmi les habitants de Mexico.

« J*ai deux observations à faire au sujet de cette prétendue tentative d'assassinat. D'après vos dépêches, déjà publiées, il paraît que vous n'attachez aucune croyance à Tinvestigation et à la sentence judiciaire que j'ai eu l'honneur de vous communiquer. Toutefois, le témoignage rendu devant les

tribunaux est assurément le meilleur moyen, là comme partout ailleurs, d'arriver à la vérité^ aussi bien dans les cas de cette nature que dans ceux appartenant à la juridiction criminelle. Le gouvernement devait s'arrêter à ce résultat^ et était tenu d'accepter le verdict qu'on a toute raison de croire comme étant le véritable.

c La seconde remarque que j'ai à faire est que votre dépèche dit : a Dans d'autres circonstances^ nous aurions aussi demandé une enquête complète^ et^ dans le cas de ne pas Tobtenir, une réparation convenable. Dans Tétat présent des affaires^ nous pouvons seulement ajouter ce fait à tous ceux qui nous imposent la nécessité d'avoir recours à l'emploi de dures mesures contre le Mexique. » Ainsi donc^ une matière qui^ selon votre aveu même, mérite une enquête, matière dont la vérité d'exis^ tence reste à prouver^ vous n'hésitez pas à Ténumérer parmi les motifs de votre ressentiment et de vos hostilités. Je crois donner dans cette occasion, monsieur le ministre, une rare preuve de modération^ en m'abstenant de commentaires sur ces énonciations.

u Les révolutions du Mexique sont jetées à la face

du gouvernement. Pourquoi donc se taire sur d*aatres bien plus désastreuses et plus sanguinaires? Était-ce à cause de Ténormité des torts qui les avaient occasionnées, et de la grandeur du bienfait qui aurait suivi leur suppression? Or^ j'ai la ferme persuasion que peu de nations dans le inonde ont souffert autant de maux que le Mexique de la domination étrangère, et il y a bien peu de républiques qui aient dû soutenir comme nous d^ausaî cruels combats de la part des classes privilégiées. Avee lios révolutions, nous avons conquis Tindépendance nationale ; la liberté des esclaves ; la destruction de notre oligarchie cléricale et militaire qui multipliait les séditions et menaçait incessamment Texistenee de la république; la liberté de conscience; le mariage civil; Tamélioration de la condition civile des étrangers, qui ont été placés sur la ligne d*égalité avec les Mexicains; la liberté civile et politique; Télévation et la fraternité des races que le gouvernement espagnol avait longtemps gardées dans un état d'abjecte dégradation et même d^antagonisme perpétuel. Et puisqu'il est question d intervenir et d'imposer au Mexique une monarchie étrangère^ il convient d'ajouter que nous comptons l'établisse-

ment des institutions républicaines parmi les bienfaits que nous avous retirés de nos révolutions. Ces institutions^ le Mexique les aime autant que la France aime son empire, et, aGn de maintenir la république^ nous avons fait et sommes résolus à Taire toute espèce de sacrifices.

« Anarchie et mauvais gouvernement , tels sont les reproches gratuitement adressés au Mexique et qui servent de prétexte à Texpédition des puissances alliées. Mais ces récrimiDations se rapportent plutôt à rintervention politique qu'au motif avoué de la triple alliance, c'est-à-dire aux demandes de répV ration^ de garanties, puisque cette réparation et ces garanties pourraient être acceptées par le gouvernement mexicain, et que la guerre serait alors sans objet. Mais on emploie évidemment ce langage pour empêcher un arrangement avec le gouvernement mexicain. Il est vrai que Tamiral Jurien de la Graviëre a affirmé, si je suis bien informé, qu'il est inutile de traiter avec Vanarchie. En outre, avant toute chose, la nation mexicaine a pris sur ellemême de répondre à ces attaques. La guerre est terminée, laissant au plus sur le vaste territoire de la république trois ou quatre bandes réaction-

nairesy faibles et incessamment poursuivieB^ et Tod n'aperçoit même pas Tombre de ce grand parti (pie l'on disait être favorable à l'interveation et à la monarchie étrangères. Les États de la confédération mexicaine^ que l'on prétendait être en désaccord avec le gouvernement fédéral, fournissent un contingent plus nombreux que celui qu'on leur demandait; la plupart des chefs rebelles ont fait leur adhésion au gouvernement, et sollicitent Thonneur de se battre contre les envahisseurs de leur pays. Le Mexique s'est levé comme un seul homme pour défendre. ses libertés.

« Non^'je le répète^ monsieur le ministre, aucune des causes assignées n'explique ni ne justifie la violence de l'agression; et même sans la loi de suspension des payements^ qui a^ dit-on, usé la patience de la France^ le Mexique n'aurait pas été mieux traité de sa part. Ceci n'est pas «ne simple supposition, c'est une vérité sans réplique, démontrée par les faits antérieurs et postérieurs à cette loi. Cette loi, en effet, n'existait pas quand H. de Saligny, même avant d'être accrédite auprès du président, se permit, en débutant dans ses fooctiens, de traiter la nation mexicaine avec un mépris

sans exemple^ et d'entraver personDellement l'action des autorités locales, sous prétexte de protéger les sœurs de charité» que personne n'attaquait, qui ne sont pas Françaises^ et avec lesquelles la nation française n'a rien à faire. Cette loi n'existait pas quand ce même ministre menaça le gouvernement et la nation de ruine certaine, si Ton n'admettait pas les propositions de M. Jecker^ une opération financière conclue avec le soi-disant gouvernement de M. Miramon.

« Ce fut alors, comme j'ai déjà eu Thonneur de le dire à Votre Excellence, que M. de Saligny écrivit au ministre des affaires étrangères que^ se sachant protégé par la France^ M. Jecker sentait qu'il pouvait tout entreprendre. Cette loi n'existait pas encore quand, dans notre première entrevue^ Votre Excellence m'informa que votre gouvernement s'était entendu avec celui d'Angleterre pour traiter le Mexique avec rigueur; et vous vous souviendrez que vous assignâtes (comme explication de ces menaces et de Faccord vérifié par les deux États, ainsi que de cette affaire Jecker et d'autres arrangements financiers proposés par M. de Saligny et refusés par le Mexique) des motife» qui assurément n'ont

rien de commun avec la loi des nations et les devoirs de rbumanité, que Ton accuse le Mexique de violer. Cette loi n'existait pas alors, et Votre Excellence opposa à ma réception régulière et officielle des raisons que^ subséquemment, vous n'avez pu ni voulu soutenir.

« Depuis la promulgation de cette loi. Votre Excellence s'est formellement refusée à écouter les explications que mon gouvernement voulait que j'offrisse à celui de TEmpereur^ comme si les aioments consacrés à donner au moins une apparence de justification et d'amour de la paix^ étaient pour la France un intolérable sacrifice de son teoips. Depuis l'adoption de cette loi, le gouvernement des États- Unis a offert à celui de l'Empereur de payer Tiotérèt de la dette française du Mexique, et comme cette dette ne produit aucun intérêt et devait être payée par échéance, Tintérêt, offert par les États- Unis^ était une compensation raisonnable pour le délai dans le payement de cette dette due^ et un bénéfice gratuit sur ce qui reste à payer ; mais le gouvernement de l'Empereur refusa cet engagement. •

a Si cette loi était, en effet, la vraie cause de la rupture et des hostilités, pourquoi^ au lieu de les

suspendre par suite de son abrogation , augmentat-on les préparatifs de guerre?

« Depuis son abrogation, un changement essentiel a eu lieu dans la politique des puissances alliées contre la république.

a Les torts, les satisfactions et les garanties sont maintenant des considérations secondaires^ et le motif réel s'est révélé. G'est^ en effet, une question d'intervention politique au Mexique^ ayant pour objet, de lui imposer par la force un prince étranger pour roi. Cette révélation explique tout. Le gouvernement français ne désirait pas la paix avec le Mexique. Longtemps ce gouvernement, soit par son chef, soit par ses agents, n'a pas dit un mot ni écrit une ligne sur la République qui ne fût inspiré par la colère et le dédain^ et ceci au mépris de la raison et du décorum. Telle est la paix qu'il a laissée au Mexique, une misérable paix; et, quoi qu'on en dise^ c'est le Mexique et non la France qui a donné des preuves réitérées d'une patience exemplaire. Les sympathies de la France sont depuis longtemps réservées à ce gouvernement éphémère qui a exercé son pouvoir à Mexico, qu'elle s'est hâtée de reconnaître et qu'elle a soutenu efficacement, laissant à

la charge du gouveroement actuel les risques et la responsabilité) qui^ même^ fussent-ils justes, ne pourraient être imputés qu'à ses adversaires. Ses sympathies sont encore pour les partisans de cette faction au Mexique^ ainsi que pour ses agents venus en Europe pour conspirer contre leur patrie et en gager le gouvernement français à l'envahir, conune firent jadis les Grecs mécontents à Suze, et les émigrés français à Coblentz.

oc II est évident^ monsieur le ministre, que pour expliquer l'interyention politique et FimportatioD d*une monarchie étrangère au Mexique^ au moyen d'une expédition combinée, on prétend qu'on n'emploiera pas la force, mais qu'on consultera et qu'on respectera les volontés des Mexicains. On a lancé également une proclamation invitant les Mexicains, au nom des puissances alliées , à s'adonner une bonne fois à l'œuvre de leur régénération politique. Mais, même en supposant que cette déférence pour l'opinion publique fût sincère, qui ne voit clairement que ce manifeste» émanant des forées cwibinées , est déjà le commencement d'une intervention politique? Qu'est donc devenu le respect dû à la souveraineté et à l'indépendance des nations^

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avec cet acte mettant en question et soumettant au ballottage un gouyernement que le Mexique a choisi par le sui&age universel de ses concitoyens ?

ce Cet appel illégal est non-seulement une intervention dans les affaires de la Qatipn^ mais une flagraiite incitation à la révolte^ à l^queUe qn accorde upe faveur, up appui qui nen din)inue pas loffense, pour être seulement d'un caractère moral; mais je n'hésite pa9 à supposer que du copsentement et de la sympathie on devra passer à lusage de la violence, puisque la marche de l'expédition vers la capitale est déjà décidée , et Tultimatum serait ainsi de nature à ne pouvoir être accepté; en outre, cpwme les chefs des forces envahissantes pourraient qualifier à leur fantaisie la volonté nationale , ce serait eux-niêmes qui imposeraient au Mexicjue la forme et la constitution du gouvernement.

« Nous vîmes, en 1 81 4, les puissances alliées contre la Fjrance protester ^près Tinvasion qu'elles n'intervenaient pas dans la question du gouvernemeqt national. Alors aussi apparurent des pétitions et des délibérations officielles, qui semblaient être d'un caractère spontané, en faveur des Bourbons^ et les

alliés paraissaient céder à l'opinion publique. Mais Votre Eicellence le sait mieux que moi , la France ne souffi*it jamais qu*on la trompftt par ces apparences^ eij pour elle^ la Restauration fut toujours l'œuvre de l'étranger.

« Le Mexique ne se laissera pas plus persuader, par l'excitation des alliés, sur un changement quelconque de gouvernement amené par la présence et la manifestation d'une force étrangère.

« n a fallu supprimer l'histoire^ n^liger des preuves sans nombre et démentir des relations journalières y pour arriver à la conclusion que le gouvernement mexicain est sans scrupules et le pays te barbare » ; et cependant ceci se fait dans quelquesuns de vos documents officiels. Il a fallu agir ainsi^ car de quelle autre manière pouvait-on justifier l'énorme outrage qu'on allait commettre, en ouverte violation des grands principes de la nor -intervention , regardée comme l'une des plus précieuses conquêtes des nouvelles lois des nations? Cette loi a été violée par le commencement des hostilités et Toccupation de Yera-Cruz, au nom des trois puissances alliées contre le Mexique^ sans avoir adressé au gouvernement aucune demande , réser-

vant celle-ci pour une période postérieure. Impossible qu^une cause soit juste ou qu'elle ait un semblant de justice^ quand ses défenseurs ont recours à de tels moyens. Quelle est la raison de ces infractions et de ces torts commis délibérément et sans nécessité? La faiblesse du Mexique. Mais il n'est pas aussi faible que TEspagne du temps de Napoléon P'. Le Mexique pourra être conquis, mais non soumis; et il ne sera pas conquis sans avoir donné des preuves du courage et des vertus qu*on lui nie. Le Mexique y après avoir secoué la domi nation monarchique de T Espagne, domination séculaire et profondément enracinée; le Mexique^ qui ne voulut même pas son libérateur pour roi; le Mexique, enfin, qui vient de sortir victorieux d'une révolution servile contre les restes d'une oligarchie qui pesait sur sa démocratie , n'acceptera jamais, à aucun prix , une monarchie étrangère. Cette monarchie, très-difficile à créer, sera encore bien plus difficile à maintenir. Semblable enti*eprise, ruineuse et terrible pour nous, le sera encore davantage pour ses promoteurs. Le Mexique est faible sans doute, en comparaison des puissances qui envahissent son sol y mais il possède la conscience do

ses droits outragés, le patriotisme qui multipliera ses efforts y et les hautes convictious qû^eil soutenant avec honneur cette lutte périlleuse^ il lui sera donné de préserver le beau continent de Christophe Colomb du cataclysme dont on le menace.

« Je proteste hautement^ monsieur le ministre^ au nom de mon gouvernement , que tous les maux qui s*ensuivront de cette guerre injustifiable , causés directement où indirectement par Faction des troupes et des agents de la France, retomberont exclusivement sur la responsabiUté de son gouvernement. Du reste^ le Mexique n'a rien à craindre si la Providence protège les droits d*un peuple qui les maintient avec dignité.

tf J'ai l'honneur^ etc., etc. De La FtJKirrB. •

Tout ce que ce diplomate écrivait, en 1862, s*est accompli à la lettre, et ce document pourrait vraiment être considéré comme apocryphe^ s'il n^existait dans les archives du ministère des afibires étrangères.

Toutefois^ en dépit de ces sages avis, l'ordre était donné, le 30 juillet, au général Forey, de quitter Cherbourg, sur le vaisseau le Turenne, pour devancer

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les troupes à la tête desquelles 11 deyait aller venger Taffront qu'avaient essuyé les armes françaises sotis les murs de Puebla.

Avant sou départ^ il avait reçu de rËm|)ereur la lettre suivante : •

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