L'EMPEREUR AU GÉNÉRAL FOREY
Fontaitiebleân, 3 juillet 186â.
a Mon cher général, au moment où vous allez partir pour le Mexique, chargé des pouvoirs politiques et militaires, je crois utile de bien vous faire connaître ma pensée.
(c Voici la ligne de conduite que vous avez a suivre : 1* faire, à votre arrivée, une proclamation dont les idées principales vous seront indiquées; 2* accueillir avec la plus grande bienveillance tous les Mexicains qui s'offriront à vous; *i* n'épouser la querelle d'aucun parti, déclarer que tout est provisoire tant que la nation mexicaine ne se sera pas prononcée ; montrer une grande déférence pour la religion, mais rassurer en même temps les détenteurs de biens nationaux; 4* nourrir, solder et armer, suivant vos moyens, les troupes mexicaines auxi-
liaires; leur faire jouer le rôle principal dans les combats; 5^ maintenir parmi vos troupes, comme parmi les auxiliaires, la plus sévère discipline; réprimer vigoureusement tout acte, tout propos blessant pour les Mexicains^ car il ne faut pas oublier la fierté de leur caractère^ et il importe au succès de Tentreprise de se concilier avant tout l'esprit des populations.
c Quand nous serons parvenus à Mexico^ il est à désirer que les personnes notables de toute nuance, qui auront embrassé notre cause^ s entendent avec vous pour organiser un gouvernement provisoire. Ce gouver Dément soumettra au peuple mexicain la question du régime politique qui* devra être définitivement établi. Une assemblée sera ensuite élue d'après les lois mexicaines.
« Vous aiderez le nouveau pouvoir i introduire dans Tadministration, et surtout dans les finan*cés^ cette régularité dont la France oCTre le meilleur modèle. A cet effet, on lui enverra des hommes capables de seconder sa nouvelle oi||;anisation.
ce Le but à atteindre n'est pas d'imposer aux Mexicains une forme de gouvernement qui leur serait
antipathique^ mais de les aider dans leurs efforts pour établir^ selon leur volonté, un gouvernement qui ait des chances de stabilité et puisse assurer à la France le redressement des griefs dont elle a à se plaindre.
« Il va sans dire que, s'ils préfèrent une monarchici il est de Tintèrêt de la France de les appuyer dans cette voie.
cf 11 ne nâ^iquera pas de gens qui vous demanderont pourquoi nous allons dépenser des hommes et de l'argent, pour fonder un gouvernement régulier au Mexique.
tf Dans l'état actuel de la civilisation du monde, la prospérité de TAmérique n*est pas indifférente à l'Europe; car c'est elle qui alimente nos fabriques et fait vivre- notre commerce. Nous avons intérêt à ce que la république des États-Unis sbit puissante et prospère^ mais nous n'en avons aucun à ce qu'elle s'empare de tout le golfe du Mexique^ domine, de là, les Antilles ainsi que l'Amérique du Sud, et soit la seule dispensatrice des produits du Nouveau Monde. Nous voyons aujourd'hui, par une triste expérience, combien est précaire le sort d'une industrie qui est'réduite à chercher sa matière première
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sur un marché unique, dont elle 6ubit toiites les yicissitudes.
ce Si, an contifaire, le Mexique. conserve son indé- ^ pendance et maintient l'intégrité de son territoire, â un gouvernement stable s*y constitue avec Tassistance de la France , nous aurons rendu à la race latine, de lautre côté de TOcéan, sa force et son prestige; nous aurons garanti leur sécurité à dos colonies des Antilles et à celles de TEspagne ; nous aurons établi notre influence bienfaisantu au centre de TAmérique^ et cette influence, en eréant des débouchés immenses à notre commerce, nous procurera les matières itidispensables à notre industrie.
oc Le Mexique^ ainsi régénéré, nous sera toujours favorable, non-seulement par reconnaissance, mais aussi parce que ses intérêts seront d*accord avec les nôtres, et qu'il trouvera un point d'appui dans ses bons rapports avec les puissances européennes.
a Aujourd'hui donc^. notre honneur militaire engagé, Texigence de notre politique, l'intérêt de notre industrie et de notre commerce, tout nous fait un devoir de marcher sur Metico^ d'y planter hardiment notre drapeau, d'y établir^ soit une monarchie; si elle n'est pas incompatible avec le sentiment na-
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tional du pays, soit ^out an moins un gouvpfnéaient qui promette quelque stabilité.