‹ L'intervention française au Mexique: accompagnée de documents inédits et d'un long mémoireChapitre 31 sur 41 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Rappels da maréohal Tùfy «l d« M. <!• Sali^ny. — CtempagiM àm rintèriMir. — L'arohldoo MaTlmlHim aootpte la oonronna impèriala da KdJdqiM.

Voulant récompenser les services du général Forey pendant la dernière campagne , et désireux aussi de lui témoigner sa reconnaissance pour des services antérieurs, TEmporeur Napoléon l'avait nommé maréchal de France, et avait désigné pour son successeur le général Bazaine. M. de Saligny avait été également remplacé par M. le marquis de Môntholon^ homme d'une très-grande droiture d'esprit et d'une très-grande honnêteté.

Des questions d'intérêt personnel et un mariage projeté, qui devait se célébrer le 23 décembre à

Mexico, entre le ministre et Mademoiselle Luz Ortiz, ne permirent son départ de la capitale que le 25 décembre.

Le maréchal Forey avait remis son commande ment au général Bazaine, le T' octobre^ laissant une réputation d'intégrité que tous ont su également lui reconnaître, et à laquelle nous rendons le plus éclatant bommage. C'est donc au général Bazaine^ que le 17 août, M. Drouyn de Lhuys, avait fait connaître que le gouvernement français considérait le vote de l'assemblée des notables, « comme un premier indice des dispositions favorables du pays. »

Ces paroles étaient parfaitement conformes à la réponse que devait faire Tarchiduc Maximilien, le 3 octobre, à la députation mexicaine. Elles atténuaient un peu la marche des affaires, suivant le plan tracé par Santa-Anna à son ami Guttieiez Bstrada, mais elles ne Tentravaient pas. Grâce aux intrigues de ces derniers, un gouvernement national était installé à Mexico, comme ils l'avaient conseillé^ sous la présidence d'un Mexicain influent u qui préparait le terrain. »

Restait donc seulement à obtenir le vote de la nation entière, tel que le désirait Tarchiduc Maximilieo.

II était évident que ce prince ne pouvait se contenter de celui qu'émettraient les populations des points occupés par les troupes françaises.

Celles-ci occupaient à grand'peine quelques villes et villages qui se trouvaient sur la route de Yera-GRuz à Mexico.

Il fallait nécessairement se décider à poursuivre rexpédition, il fallait obtenir parles armes ce qu'on ne pouvait avoir l'espéranced'obtenîr pacifiquement. Et pourtant M.- Billault l'avait dit à la tribune :

(c On n'impose pas un gouvernement aux peuples par les baïonnettes étrangères. Les gouvernements ainsi faits sont sans force ni stabilité. »

Aussitôt en possession du commandement en chef, le général Bazaine fut donc obligé d'organiser la campagne de l'intérieur.

Si jamais général prit le commandement d'une armre avec la confiance et l'amour de ses soldats, ce fut bien le général Bazaine.

Les affaires du Pénitencier et de San Lorenzo, Tapparence d'une grande bonhomie, et surtout son courage sans égal^ n'avaient pas peu contribué à le rendre populaire.

Les Mexicains eux-mêmes avaient une grande

sympathie pour lui. Il parlait leur langue^ de sorte qu'ils allaient plus volontierB i lui qu*aa général Forey. Son accueil était toujours bienveillant.

Le parti libéral, surtout, avait fondé de grandes espérances sur lui, dès le début.

C'est ainsi que le nouveau commandant en chef put concevoir un instant la pensée d'attirer à lui le général Doblado et Tex-président Comonfort.

Il ne s'agissait de rien moins, pour réassir, que de jeter en bas Âlmonte et Salas, ou tout an moins le dernier^ afin de faire arriver au triumvirat les deux chefs du parti libéral.

On comprend les difficultés que ce projet présentait.

Un étranger fort distingué^ et qui vivait beaucoop dans l'intimité du général Bazaine, M. M...^ était chargé des négociations entre le général en chef et Doblado.

Il importait de se rapprocher de ce dernier le plus tôt possible pour achever de le séduire. Quant i Comonfort, il mourait, misérablement assassiné par une bande de guérilleros qu*on enrôla, trois ou quatre jours après^ dans la division du général Uiramon.

Dans les premiers jours de novembre^ les opérations commencèrent. La division Douay quittait Mexico et se dirigeait sur Queretaro, pendant que le général en chef^ avec la division de Castagny et le général Marquez, se dirigeait^ par Toluca, dans la direction de Morelia*.

Juarez se gardait bien d'attendre les troupes fran* çaises. Il avait établi le siège de son gouvernement à San Luis Potosi^ et il s apprêtait déjà à le porter dans la capitale de Tétat de Chihuhua.

La division Douay poursuivait donc sa route sans coup Férir jusqu'à Guanajuato, pendant que le général en chef, détachant provisoirement la brigade de Bertier pour appuyer Marquez qui allait s'établir à Morelia^ marchait sur Silao^ où il allait faire lui-même sa jonction avec le général Douay.

Les pourparlers avec Doblado allaient toujours leur train. Un jour tout était à l'espérance; le général en chef s'arrêtait, mais le lendemain on se croyait trompé^ et on l'était si bien !... Alors on faisait des courses précipitées. On marchait la nuit^ on marchait le jour.

Il avait été décidé, au début de la campagne, (^ue

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la division Douay irait à San Luis et la division de Castagny à Guadalajara.

Mais Doblado devait tout déranger. A Silao, une belle nuit, le général en chef lève subitement le camp^ et se précipite à la poursuite du fourbe général mexicain qui paraissait faire un jeu de lui. Il croyait le saisir à Léon. Mais, sans pouvoir l'atteindre^ il courut ainsi jusqu'à Âguas Calientes.

Là, il comprit que ses efforts étaient inutiles, et il se décida à abandonner sa chasse.

 Siko^ le général en chef avait appris que le général Uraga, avec un corps d'armée considérable, menaçait le petit corps de Marquez qui était enfermé à Moreliai et que le général de Bertier avait quitté, après l'y avoir installé, pour aller rejœndre son général de division, de Castagny.

Ce dernier était encore sur ta route de Maravatioà Silao. En le faisant appuyer sur la gauche^ vers Zamora, le général en chef pouvait faire observer Uraga. Ce mouvement était du reste, assez naturel, puisque le général de Castagny devait aller à Guadalajara. Ce changemeot de direction pouvait même, à la rigueur, diminuer la route qu'il aurait à faire pour se porter vers cette ville.

AU MBXIOUE. 207

Le général Douay pouvait ainsi» lui, marcher sur San Luis Potosi^ et rien n'était changé aux combinaisona faites avant ce départ. .

Nous cherchons en vain à nous expliquer pourquoi ces mouvements tout naturels ne furent pas faits.

La division Douay reçut l'ordre de se porter sur la route qui va de Léon à Zamora, et la division de Castagny, continuant sa marche sur Silao^ devait bientôt appuyer à droite et aller jusqu'à San Luis.

On se figure les. désordres que causaient toutes ces manœuvres, tous ces croisements de troupes.

Mais ce n'était là que le commencement de cette campagne qui a si fort étonné le maréchal Forey qu'il a^ nous assure-t-on^ écrit à son successeur, pour lui demander des explications sur le plan qui avait présidé à tous ses mouvements, à toutes ses marches.

Le général Mejia avait quitté le général Douay à Guanajuato pour marcher sur San Luis, et il s'^n était emparé, après un brillant fait d*armes, contre les troupes du général Negrete.

La division Douay était sur la route de Zamora^ pendant que le général en chef, avec le 3* zouaves,

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le 51* de ligne, de Tartillerie^ et une bonne parUe.de la cavalerie^ se-dirigeait sur Guadalajara. Legénénl de Castagnj allait à San Luis, et de là il devait se porter sur Zacatecas.

Le général en chef avait été bien informé. Uraga avait marché sur Morelia, mais après un Gombat opiniâtre^ et par suite d'une méprise, il ayait été obligé de battre en retraite devant les troupes de Marquez.

Le succès de ce général fut vraiment providentieL Mais si ^ conmie toutes les probabilités donnaient le droit de le croire^ Morelia avait succombé^ Uraga, avec ses 15 000 Indiens infatigables, eût marché sur Mexico, sans retard. 11 y serait arrivé en même temps que la nouvelle de son succès dans la capitale de Michoacan. Il y aurait trouvé le général Neigre qu'on y avait laissé avec un millier d'invalides. Sur sa route^ aucun obstacle ne pouvait Tarrêter. Tolaea n'était pas même gardé .militairement ponr prot^er la capitale. Aucune précaution n'avait été prise, dans l'hypothèse du succès d'Uraga, succès qu*a détruit le plus heureux des hasards.

Le général mexicain pouvait alors, par un hardi coup de main, s'emparer de la capitale. Mais oe

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fût-il parvenu qu'à faire camper ses troupes sous ses murs^ quel effet eût produit cette nouvelle en Europe, où les bulletins du général en chef l'annonçaient, faisant une brillante et rapide campagne dans Tintérieur, où il conquérait les votes des populations en faveur de Tarchiduc Maximilien?

Le maréchal Forey avait donc raison d'être étonné de cette marche imprudente qui attestait l'absence complète d'un plan mûrement conçu.

La nouvelle du succès de Marquez arriva bien vite au général Douay, qui était en observation près de la Piedad.

Ce général prit immédiatement la résolution de se jeter dans Zamora , pour couper la route à l'armée d'Uraga qui battait en retraite sur la route qui relie MoreUa à Zamora.

Il lui suffit d'une marche pour faire ce trajet. Cette opération réussit. Uraga fut contraint de chercher un refuge dans la montagne duMichoacan.

Le général Douay l'y poursuivit. Il l'obligeait, le r' janvier 4861 , à Uruapan^ à abandonner son artillerie et à fuir vers Colima.

Nous devons supposer qu'il reçut, après ce succès^ Tordre de cesser ses poursuites, car il revint à Za-

mora et alla camper à la Barea, sur les bords do Rio-Grande^ prêt à se porter^ soit à Guadalajara, soit sur un point quelconque.

Uraga était près de Golima^ à Coalcoman, où il avait sa fonderie, sa capsulerie, et son dépôt central d'armes et de munitions.

D'un autre côté, Ârtéaga se trou?ait, avec un certain nombre de troupes, sur la route qui conduit de Golima à Guadalajara, à un point fortifié appelé les Barrancas. Uraga devait aller ly rejoindre avec les débris de son armée.

Mais si la division Douay^ après avoir passé par Goalcoman, où elle aurait détruit l'entrepôt d'armes et la fonderie de canons, s'était portée sur la route de Colima à Guadalajara, pendant que le général Bazaine aurait suivi cette même route en sens inverse; non-seulement larmée d'Uraga eût été détruite , mais encore celle d' Artéaga ne pouvait manquer de se débander, en perdant la plus grande partie de son matériel.

Rien de tout cela ne devait se faire. Uraga pouvait, sans être inquiété^ rallier les débris de son armée, il pouvait rejoindre Artéaga aux Barrancas et, de là^ avec 1 2 000 hommes, dans une position redouta-

ble^ menacer Guadalajara pendant plusieurs mois après y avoir mis en échec le colonel Garnier, que le général en chef avait laissé, avec un régiment H pour garder la capitale du Jalisco.

Au moment où il apprenait que le général en chef quittait Guadalajara, en prenant le chemin de la Barca, qui était séparée de cette derniùre par quatre journées de marche, et où il était lui-même campé, le général Douay recevait Tordre de se porter à Zacatecas I

Il obéit I Quelle dut être sa surprise^ quand il arriva dans cette ville, d'y trouver le général de Castagny, qui y était entré la veille sans coup férir. (Quelques cavaliers mexicains avaient déchargé leurs armes sur Tavant-garde.)

Les deux généraux de division du corps expéditionnaire s'étaient donc croisés à Silao pour se retrouver à Zacatecas, après avoir fait bien du chemin ! Pourquoi ?

Nous avons en vain essayé de le comprendre.

Le résultat de toutes ces combinaisons fut : quo^ quatre jours après son arrivée à Zacatecas^ lorsqu'elle était encore fatiguée de la longue marche qu'elle avait faite de la Barca (à quatre étapes de

Guadalajara) à Zacatecas^ la division Douay recevait Tordre de se rendre à Guadalajara en toute hâte.

Le colonel Garnier était en face de Tarmée d'Uraga et il était tenu en échec par elle^ il fallait Tappuyer. C'était chose facile à prévoir depuis longtemps. La division Douay se remit donc en mouvement et se rendit à Guadalajara. Elle refit, en sens inverse^ la longue et pénible route que, quelques jours auparavant, elle avait faite si inutilement I

Il lui fallut aussi, plus tard, entreprendre une campagne sérieuse pour détruire Tannée d'Uraga. Elle n'eut ni le temps ni les moyens de la faire d'une manière complète, et cette armée non détruite a été toujours le noyau de toutes les bandes qui ont dévasté le Michoacan y sans qu'on ait jamais pu les disperser.

Pendant ce temps-là^ le général en chef marchait en toute hâte vers la capitale. Il y arrivait en février.

Il est temps d'expliquer maintenant comment od s'y prenait pour obtenir ainsi : l'expression libre et vraie de la nation, afin d'appeler Tarchiduc Maxi* milieu d'Autriche.

A mesure que les généraux et chefs de troupe entraient dans les villes^ ils avaient Tordre de nom-

mer une municipalité. On en recrutait, tant bien que mal^ les membres.

L'important était d'avoir leur adhésion à TEm- / pire^ et d*obtenir par eux des signatures. Le tout était reproduit dans le journal officiel de la capitale, quelques jours après. C'est au moyen de ce procédé qu'on put proclamer un nombre considérable d'adhésions.

Cette expédition du général en chef a été appelée fort justement par M. Thiers : la tournée électorale. Elle fit un empereur et un maréchal de France! Mais ce que n'a pas dit M. Thiers, c'est que, la veille de son départ de Mexico pour faire cette campagne, le général en chef avait fait publier c\ la quatrième page du Diario oficiai, sous le titre : (AVIS Â PUBLIER), un exposé de tous les motifs pour lesquels les Mexicains étaient passibles des conseils de guerre.

En vertu de cet AVIS, ils savaient qu'ils avaient à leur disposition vingt moyens de mériter la mort, sans compter ceux qui pourraient leur servir pour aller aux galères ou en prison.

C'est ainsi que les Français allaient chercher le vœu de la nation ! ! !

C'est ainsi que le général BazaineTa obtenu.

Il ne craignit pas pourtant d'écrire à l'empereur Napoléon, que la nation entière attendait avec impatience le jeune empereur que la Junte des notables avait acclamé.

Les résistances n'avaient plus de raison d'être^ de la part de Tarchiduc.

Le gouvernement français s'empressa de lui faire connaître à Miramar le résultat de la tournée du commandant en chef.

Mais il faut croire que cela ne satisfit pas complètement ce prince. Il hésitait encore. D'un autre côté, l'empereur d'Autriche n'était pas partisan de son départ. Il y consentait avec répugnance. Il imposait même à son frère des conditions assez dures, pour l'en faire se désister.

Il le privait, pendant six ans. de ses droits d'agnat.

Le gouvernement français s'était fort engagé et avait fait déjà des dépenses considérables. 11 ne pouvait rester avec le Mexique sur les bras.

L'empereur Napoléon fut très-ému de cette hésitation de l'archiduc.

Il envoya un de ses aides de camp, à Miramar

pour achever de décider Maximilien, et, en même temps, il lui écrivait personnellement des lettres pressantes pour appuyer cette démarche.

Il triompha, et enfin le 1 avril 1 864, Tarchiduc Maximilien d'Autriche plaçait sur sa tète la couronne de l'infortuné Iturbide. Ce même jour, il nommait le général Almonte, lieutenant général de Tempire.

Le bon droit succombait devant la conspiration!

La convention de Miramar fut signée par l'Empereur des Français Napoléon^ III^ et l'Empereur du Mexique^ Maximilien V.

Nous reproduisons la partie la plus intéressante de ce document :

a Les gouvernements de S. M. l'Empereur des Français et de S. M. l'Empereur du Mexique^ animés d'un désir égal d'assurer le rétablissement de l'ordre au Mexique et de consolider le nouvel empire, ont résolu de régler par une convention . . .

f Article 1*'. JiCs troupes françaises qui se trouvent actuellement au Mexique seront réduites le plus tôt possible au chiffre de 25 000 hommes, y compris la légion étrangère.

« Ce corps^ pour sauvegarder les intérêts qui ont inolivé r intervention, restera temporairement au Mexique, dans les conditions réglées par les articles suivants. .

a Art. 2. Les troupes françaises évacueront le Mexique, au fur et à mesure que S. M. TEmpereur du Mexique pourra organiser les troupes nécessaires pour les remplacer.

« Art, 3. La légion étrangère au service de la France, composée de 8000 hommes, demeurera néanmoins encore pendant six années au Mexique, après que toutes les autres forces françaises auront été rappelées, conformément à l'article 2. A dater de ce moment^ ladite légion passera au service et à la solde du gouvernement mexicain. Le gouvernement mexicain se réserve la faculté d'abréger la du rée de l'emploi au Mexique de la légion étrangère.

a Art. 10. L'indemnité à payera la France parle gouvernement mexicain pour dépense, solde, nourriture et entretien des troupes du corps d'armée, à partir du 1" juillet 186'*, demeure taxée à la somme de 1000 francs par homme et par an. »

L'archiduc Maximilien, répondant, le 10 avril, à

la députation mexicaiDe, au château de Miramar^ appréciait cette convention de la manière suivante :

(V Les garanties nécessaires pour asseoir sur des bases solides Tindépendance et la prospérité du pays sont également acquises, grâce à la magnanimité de l'Empereur des Français. »

Combien furent déçues ses espérances ! I

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