CHAPITRE VII
Arrivée de Lenrs lla]«8tè0 A If ezloo. — Événements divers. — /Mis sion dn baron Saillard. — Ultimatiun iirésentè à l'empereur Kazimilien. — Départ de l'impératrioe Charlotte. — Bon arrivée en Europe. — Long mémoire remis par Sa Majesté à l'empereur Napoléon. en réponse A l'nltlmfttam.
Avant de s'embarquer pour le Mexique, le nouvel empereur se rendit auprès du Saint-Père, à Rome, pour y recevoir les bénédictions de Sa Sainteté. On affirme même que Pie IX lui fit la promesse solennelle de lui venir en aide pour terminer toutes les questions relatives à TÉglise, questions qui , pendant la régence, avaient donné lieu, à Mexico même, à des scandales fort regrettables.
Aucun obstacle ne s'opposait plus à son départ. 11 partit, persuadé qu'il était appelé, désiré ardemment par toute une nation malheureuse.
2lî0 L'INTERVENTION FRANÇAISE
Otte illusion avait pénétré dans son esprit^ arec d'autant plus de facilité, qu*il avait une âme élevée et ehevalei*esque,el que la seule pensée qu'il pouTait participer à raccomplissement d'une grande ceufre Texaltait facilement.
Cette ambition fut peut-être la seule qu'il eût jamais I !
Il avait, par ailleurs , des goûts fort simples et qb grand amour du travail , mais il ne possédait ni l'intelligence, ni l'énergie suffisantes pour mener à bonne fin une entreprise de la taille de celle qa'ii osait entreprendre. Bien entouré, bien conseillé, il aurait pu peut-être, non pas fonder un empire durable, c'était impossible, mais rendre au Mexique l'immense service de le sortir du chaos dans lequel il était plongé depuis cinquante ans. En lui donnant l'ordre, il lui eût donné le bonheur et b richesse.
Il se serait fait ainsi pardonner peut-être sw origine^ et s'il n'avait pu rester jusqu'à la fin empereur du Mexique, au moins aurait-il acquis, après sa chute, des droits à la reconnaissance, non-seulement du peuple mexicain, mais aussi du monde entier. Ainsi, son entreprise que l'histoire appellera
une aventure^ aurait pu être considérée, auconlraire, comme une œuvre de désintéressement^ comme Un acte d'humanilé. Elle n'est restée que comme un exemple terrible I
L'empereur Maximilien et l'impératrice débarquèrent à Vera-Cruz, le 28 mai 1864. Le premier accueil ne fut pas favorable, mais Tenthousiasmo que Leurs Majestés trouvèrent sur la route effaça bien vite une première impression mauvaise.
Jusqu'à Mexico ce ne fut que cris d allégresse et entbousiasme.
La capitale entière s'était portée à la rencontre des jeunes souverains.
Ils souriaient à tous avec une grâce et un abandon qui témoignaient bien de la joie de leurs cœurs.
Ils avaient foi déjà, sans doute, dans l'avenir !
Maximilien s'aperçut bien vite^ après son arrivée dans la capitale, de Tétat déplorable dans lequel la régence lui laissait les afiEaires. On n'avait rien fait^ rien n'était préparé.
Il ne put cacher sa surprise et son mécontentement, et le général Âlmonte dut subir une sorte de disgrâce.
Il fut complètement éloigné des affaires. 11 ne
222 L'INTERVENTION FRÂNÇA.ISE
pouvait cependant pas être mis absolument de coté, et il dut accepter le poste de grand maréchal da palais. C'était de l'ingratitude de la part de Tempereur de blesser ainsi un homme qui lui avait rendu d'incontestables services. Si Almonte n'avait rien bit, il faut dire que sa situation comme régent était fort délicate. Il avait su, malgré tout, prendre vis-à-vis du clergé une attitude énergique, et défendre ainsi, avec un courage qui lui fait honneur, les principes libéraux que l'intervention française prétendait iqiporter au Mexique.
Almonte était un de ceux qui avaient fait 1 empire. Mais l'empereur ne lui pardonnait pas saos doute d'avoir signé le traité de cession provisoire de la Sonora à la France, traité dont rabrogation fut une des conditions de son acceptation de la couronne. Il commit alors l'immense faute de prendre pour son ministre M. Ramirez, dont la haine pour tout ce qui était français, dont 1 incapacité la plus notoire et la fourberie la plus habile Tout conduit au bord du précipice où il a trouvé la mort. De tous les conseillers qui ont entouré ce malheureux prince, M. Ramirez est de beaucoup celui qui lui a été le I plus funeste.
Les fleurs^ les cris d'allégresse avaient pu étourdir UD instant le jeune souverain, mais après Tenivrement il fallait revenir à la réalité.
Il fallait régner, en un mot ! !
Ici devait se terminer notre récit, nous avions pensé, nous pensons encore, que le moment n*est pas venu d'écrire l'histoire de Tempire du Mexique.
Pour accomplir cette tâche avec impartialité , nous voulions attendre la publication de documents qui ne peuvent tarder de paraître. Toutefois, plusieurs publications récentes ont été faites, et comme elles nous ont paru incomplètes et peu concluantes, nous nous sommes décidé à publier un document curieux qui répond en détail, à une grande partie de ce qui a été écrit. Cette pièce historique a été remise à l'empereur Napoléon^ à Saint-Gloud^ par l'impératrice Charlotte. Nous ne ferons donc qu'esquisser à longs traits les événements importants qui nous séparent du mois d'août 1866, pour expliquer comment^ et à la suite de quelles circonstances, Maiimilien fut conduit à rédiger ce travail.
Tout d'abord, les aCTaires de l'Église préoccupèrent le nouveau souverain. Elles avaient à ses yeux une importance capitale.
22(i L'INTERVENTION FRANÇAISE
Il attendait un nonce apostoliquepour les trancher.
Ne voulant rien entreprendre avant Tarrivée de ce prélat, il se décida à faire un voyage dans Tintérieur du Mexique. L'accueil qu*il rencontra partout fut le même que celui qu'on lui avait préparé depuis Vera-Cruz jusqu'à Mexico.
On couvrait sa route de fleurs, on ne lui faisait entendre que des cris d'allégresse et de reconnaissance. Il put, à coup sûr, se croire Télu de la nation. L*iUusion est le lot de tous les souverains. Us n*eDtrevoient l'abîme que le jour où ils y sont précipités!
Le retour à Mexico donna lieu à un nouveaa triomphe. Tout paraissait marcher suivant le désir de Tempereur. Le général Bazaine venait d^ètre nonuné maréchal de France.
Maximilien avait appris sa nomination pendant son voyage, et il s'était empressé de l'en féliciter. Il lui écrivait même de Penjamillo^ le 6 octobre 1864:
(c Une seule chose pourrait diminuer la joie que « nous apporte cet heureux événement, ce serait le « cas où il aurait pour conséquence de vous faire « quitter notre patrie.
c( Màuiiiubn. >
Le commandant en chef s'était rendu à Toluca, a la rencontre du souverain^ avec Timpératrice Charlotte.
La bonne entente régnait encore entre tous.
Pourquoi devait-elle être troublée sitôt ! !
On a prétendu que la faute en a été à M. Eloin, un conseiller de Tempereur, que le roi des Belges lui avait recommandé. Qui était ce personnage? D*où venait-il ? Quel était son passé politique ? Nul ne pouvait le dire. Nous ne savons comment il put semer la mésintelligence entre le souverain et le maréchal.
Ce qui était notoire à Mexico , c'est que le con^ seiller de l'empereur était fort influent^ et qu'il avait pour les Français et pour leur chef une sorte d'horreur qu'il ne savait pas dissimuler.
D'autres se chargeront de faire connaître, mieux que nous ne le pourrions ici, ce personnage qui a été la cause de presque toutes les fautes commises, au Mexique, par l'empereur^ et qui, par son inertie et par son manque d'intelligence des affaires, a été un arrêt fatal pour tout ce qui pouvait être progrès.
Comment donc le roi Léopold avait-il pu se faire le patron d'un pareil conseiller?
Mais il est juste de dire que H. Éloin ne doit pas assumer seul la responsabilité de ce désaoeord funeste.
Dans l'entourage de rempereur, il y eut d'autres personnes qui réussirent à faire prendre par le sooverain la défense de leurs passions personnelles. Parmi eux^ Te général comte de Thun, qai commandait le corps autrichien , fut^ dès les premiers jours, en lutte avec Tautorité française. Il voulait être indépendant. Le maréchal eut le tort de ne pas être assez énergique à son égard, et de ne pas réprimer tout d'abord ses prétentions.
L'empereur prit parti pour son compatriote. Et cela ne contribua pas peu à entretenir une animosité dont les conséquences devaient être fatales. Ed somme, nous le répétons en toute conscience, il y a eu des torts de la part du souverain, comme il y en a eu de la part du maréchal. Ce dernier ne comprit pas malheureusement les conséquences de cette lutte dangereuse. C'est là surtout, que nous trouvons les motifs de ses fautes. Combien mieux il eût fait de be retirer dès le début 1 Combien mieux eût £ait le gouvernement français, qui connut cette lutte à son ori!;ine^ de la terminer par le rappel du maréchal!
A la fin de Tannée 1864^ le nonce arriva enfin.
Les espérances qu'on avait fondées en lui devaient promptement s'évanouir.
Il arrivait sans instructions, avec la résolution de défaire tout ce qui avait été fait.
Rien ne fut capable de vaincre son inerlic. Il refusait catégoriquement toute transaction.
Il fallut agir sans lui.
Le nonce se retirait en juin 1865. On était déjà à cette époque sur le bord de Tabîme. L'attitude des États-Unis faisait diminuer la confiance de tous, et l'emprunt mexicain était descendu à la Bourse de Paris, au 5 mai, de 50 fr. à 46 fr., comme si Juarez était à la veille d'entrer à Mexico. Pourtant Maximilien était loin de croire à une crise aussi prononcée. Pendant qu'on avait des difficultés avec le pape, la question militaire semblait le rassurer. Le général Douay avait des succès dans le Michoacan, il battait Tannée d'Uraga. Le général Brincourt avait fait une brillante campagne dans Tétat de Oajaca contre Porfirio Diaz. La capitale de cet état n'était pas fortifiée; le général Brincourt était sur le point de s'en rendre maître, quand il dut revenir sur ses pas, en vertu des ordres qu'il reçut
du maréchal. Cette résolution si étrange De pouvait s'expliquer que par le désir du commandant en chef d'aller lui-même se mesurer avec Porfirio Diai. C'était donner ainsi le temps à l'ennemi d^élever des fortifications^ de préparer à l'armée française un nouveau siège de Puebla. Mais la perspective d'un siège avait probablement un secret attrait pour le brave vainqueur de San Lorenzo; et les chances presque certaines d'un succès qui donnerait un éclat de plus à la gloire militaire qu'il avait acquise pendant cette expédition, acbevèreDt de le décider.
Il n'oubliait^ dans son ardeur guerrière, que les dépenses énormes auxquelles il soumettrait ainsi le budget mexicain.
Les troupes françaises quittèrent Mexico dans les premiers jours de décembre, sous les ordres du général de division Courthois d'Hurbal, pour aller observer Porfirio Diaz.
Cet officier français dut vaincre bien des difficultes pour arriver jusqu'à Etla, en vue de Oajaca. II lui était prescrit de s'arrêter dans cette position; et de n'attaquer sous aucun prétexte.
La prescription était pénible pour lui^ car, peo-
dant qu'il était condamné à Timmobilité, Porfirio , enfermé dans la ville avec une année dont les ofTi* ciers étaient^ presque tous^ les amnistiés de Puebla, élevait des fortifications, à la vue même de Tarmée française. Il en prévint le maréchal qui arriva en toute hâte, pour diriger le siège de la place.
Le général d'Hurbal se vengea le jour de l'ouverture du feu, de Tordre rigoureux qu'il avait reçu^ en donnant à l'armée française le spectacle d'une bravoure et d*un sang-froid qui feraient envie aux plus braves.
A Texemple de Puebla, Oajaca capitula sans conditions. La garnison entière mit bas les armes, et \ Porfirio Diaz eut pour prison le fort de Guadalupe^ • 1
à Puebla.
Le maréchal revint à Mexico^ fier de son triomphe.
Il écrivit à Paris : que le dernier rempart de la résistance venait de s*écrouler à Oajaca, et qu'il ne restait plus que des bandes dont on aurait faci^ l V lement raison.
Et pour justifier ses écrits, il renvoya en France la brigade du général l'Hériller et l'artillerie de la garde.
Ce premier départ réveilla dans Tesprit de TEm-
pereur une des prooccupations qui, on le comprend aisément, devait le tourmenter : c'était Torganisation de son armée.
Le terme fixé pour l'évacuation des troupes françaises approchait. L'insurrection durait toujours; il fallait Télouffer.
Déjà, à Orizaba, le général Forey n'avait rien fait pour cette organisation. On avait bien, depuis, habillé des hommes , formé quelques semblants de régiments et de compagnies.
Mais aucune instruction ne leur était donnée, aucune administration ne fonctionnait. Les troupes se recrutaient de vauriens; elles touchaient leur solde, comme sous les régimes précédents, par quinzaine et d'avance. Les désertions étaient le résultat de ce désordre.
Rien n'était réellement organisé.
Des commissions s'étaient réunies déjà, mais tout était sur le papier, et le temps s'écoulait de la sorte, sans résultats. Il devait s'écouler ainsi, jusqu'à l'heure fatale où les efforts suprêmes devinrent impuissants !
Maximilien souffrait beaucoup de tous ces retards. Il s'en plaignait hautement.
La foi qu'il avait^ le 7 octobre 1864, dans le maréchal Bazaine^ était-elle déjà éteinte?
Tout porte à le croire. i
Sans parler des circonstances qui purent occasionner ce brusque changement dans Tesprit du souverain, nous constatons un fait.
Nous sommes aux premiers jours de février 1 865. Le général WoU venait de s'embarquer sur le paquebot anglais qui avait quitté Vera-GrUz^ le 2 du même mois.
Cet aide de camp de Maximilien se rendait en Europe, et il était chargé d'une mission secrète auprès de Tempereur Napoléon. Elle n'était autre, qu une demande de rappel du maréchal Bazaine. Nous ne savons pas si ce dernier a jamais connu cette mission. Nous pouvons lui apprendre, de la façon la plus certaine, que le général WoU était porteur d'instructions écrites extrêmement catégoriques , en ce sens, pour le cabinet des Tuileries. Nous ajouterons que cette première demande, restée sans succès, fut suivie de plusieurs autres demandes du même genre, sans compter celle que fit personnellement Timpératrice Charlotte^ auprès de l'empereur Napoléon, en août 1866.
232 L'INTERVENTION FftÂNÇAISB
Pourquoi le gouyernement français s'obstina- t-il à conserver le maréchal Bazàine? C'est ce que nous ignorons.
Il n*est pas douteux pour nous aujourd'hui qu il a lieu de le regretter.
Comme malgré tout l'élément généreux prédominait dans sa nature essentiellement faible^ Maximilien oubliait le ressentiment de la veille, en présence du moindre bon procédé du lendemain.
De là^ ces contradictions constantes dans sa conduite avec le maréchal.
Ainsi ^ que fait-il le jour du mariage du commandant en chef dont il avait demandé le rappd avec instance ? 11 songe à lui donner un hôtel magnifique, avec le beau mobilier que la municipalité avait acheté pour meubler précédemment le général Forey. Âlmonte est chargé du message; le maréchal refuse. Mais la maréchale peut accepter sans crainte.
La nuance était légère. — L'empereur fit le don, et il était royal ! ! !
Le maréchal devenait, de ce jour, le locataire de la maréchale, et un locataire princier, car le prix de la location était de 60 000 fr. par an que la muni-
cipalité a payés régulièrement jusqu'au dernier jour.
A Tacte de donation était jointe la lettre suivante :*
Mexico, 26 juin 1867.
c< Mon cher maréchal Bazaine, a Voulant vous donner une preuve d'amitié personnelle ainsi que de reconnaissance pour les services rendus à notre patrie j et profitant de l'occasion de votre mariage^ donnons à la maréchale Bazaine, le palais de Buena-Vista, y compris le jardin et le mobilier^ sous la réserve que le jour que vous retournerez en Europe^ ou si, pour tout autre motif, vous ne vouliez plus rester en possession dudit palais pour la maréchale Bazaine, la nation.reprendra le domaine, le gouvernement s*obligeant, en pareil cas^ à donner à la marécha'e, comme dot^ la somme de cent mille piastres. » Votre très-aiTectionné
(cMàXIMILIEN.
« Gastuxo. Almonte. »
1. Le palais vient d'être venda par le gouvernement de Juarez à M. Pape Rincon Gallardo, au profit du trésor pu-
Ces générosités de l'empereur n'arrangeaient en rien les affaires de l'État.
Les événements des États-Unis s'étaient succédé contrairement à toutes les prévisions. Les confédérés venaient de succomber, et le Nord vainqueur, promettait à Juarez de le secourir, plus que jamais, dans la lutte qu'il soutenait avec persévérance.
On a parlé, comme d'une combinaison habile, de la possibilité qu'il y aurait eue alors^ de recevoir, sur le territoire mexicain , les confédérés battus qui demandaient asile à Tempereur.
Cette question, toute simple en apparence, était fort complexe. Nous espérons pouvoir la traiter bientôt avec des documents authentiques.
Disons, pour le moment, que, pour donner une preuve de son bon vouloir, l'empereur chargea le célèbre commodore Maury et le général Magruder de tout ce qui concernait la colonisation au Mexique.
Il pensait arriver ainsi^ sans froisser les suscep-
blic. Quant aux beaux meubles, vases de jardin dont la mui nicipalité avail orné le palais pour le maréchal Forey, ils
ont été vendus par le maréchal Bazaine, avant son départ, pour la somme de 17 000 piastres.
tibilités du cabinet de Washington, aux résultais qu'il n'avait pas osé tenter d'obtenir par une mesure trop précipitée.
Malgré toutes ces précautions^ les États-Unis protestèrent contre le^ nominations faites en faveur d'ennemis, et Maximilien se vit dans la nécessité de les démettre de leurs fonctions.
Un incident assez grave, qui s'était produit au Mexique, avait eu un retentissement fâcheux à Washington, et avait excité de nouveau les États Unis à se montrer plus hostiles envers Maximilien.
Un certain docteur Gwin, sénateur au congrès pour l'état de la Californie, était arrivé à Mexico, porteur d'une lettre de M. Conti, chef du cabinet de l'empereur Napoléon, pour le maréchal Bazaine. Par cette lettre que nous avons lue, le comn^andant en chef était prié d'appuyer les opérations de colonisation que le sénateur confédéré voulait faire dans la Sonora.
Le maréchal fit preuve, en cette circonstance, de beaucoup de tact et de finesse.
Il comprenait la gravité de cette entreprise et il en prévoyait déjà les conséquences II hésita pour gagner du temps.
Toute cette affaire était porraitament connue à Washington et à Mexico.
L*arrivée de M. Gwin coïncidait parfaitement avec des nouvelles venant de France^ au sujet de la Sonera.
Le cabinet de Mexico s'en émut, et Tempereor se vit obligé de protester publiquement.
Un journal américain^ VEoopress, avait annoncé que M. Gwin irait s'établir à Arispe, en Sonora, et qu'il serait appuyé par des troupes du maréchal Bazaine. L'excuse donnée par ce journal^ i ce projet^ était : que le plan du sénateur américain augmenterait beaucoup les ressources du Mexique, et que le gouvernement pourrait ainsi payer les dettes qu'il avait contractées vis-à-vis de la France.
Le World j de New- York, et le London Times faisaient, à ce sujet, des révélations importantes.
Le Diario oficial de Mexico^ du 26 juin, protesta énergiquement, dans un long article, contre pareil dessein. Il déclara que non-seulement le gouvernement n*en était pas le complice, mais qu'il s'y opposerait de toutes ses forces.
On lira plus loin, dans la défense de Tavocat
Ortega, à Queretaro^ en faveur de Maximilien^ un passage qui a trait à cet incident.
La protection que Tempereur Napoléon accordait à M. Gwin compliquait les choses^ et leur donnait une gravité qui n'échappait pas aux Mexicains^ qui désiraient conserver leur absolue indépendance. Aussi provoqua-t-elle des articles très-violents de la petite presse de la capitale, et le maréchal Bazaine dut intervenir. Cet affaire eut du retentissement en France, car, dans le journal la Presse (de Paris), en avril 1865, nous trouvons les lignes suivantes :
« D'un autre côté, la petite presse de Mexico ne cessait de répandre des bruits alarmants sur la fausse supposition d'une cession de la Sonora, sur l'attitude des États-Unis à Tégard du Mexique; en un mot, elle s'appliquait à soulever Tanimad versoin populaire contre les étrangers , et à déverser, au moyen de caricatures, lè ridicule sur les troupes européennes, le mépris sur les choses les plus dignes de respect.
(( Il est facile de comprendre qu'une pareille situation ne pouvait, ne devait se prolonger sans danger. Le 22 mars, les éditeurs et les rédacteurs
238 L'INTERVENTION FRANÇAISB
de tous les journaux de la capitale forent priés de se rendre au quartier général* Le coIoDei Boyer, chef du cabinet du maréchal Bazaioe^ après leur avoir rappelé les devoirs des organes de la preste, dont la mission consiste à calmer les passions au lieu de les exciter et de les envenimer, blâma b conduite des journaux satiriques^ et finit par dé clarer, au nom du gouvernement impérial et do maréchal^ que le décret du mois de novembre 1 Sfô^ qui établissait Tétat de siége^ n'avait pas été révoqué, et que, par conséquent, les écrivains qui se rendaient coupables d'excitation à la discorde et de propagation de rumeurs alarmantes, devaient comparaître devant les conseils de guerre. Aussitôt fut décidée Tarresiation de M. Manuel Villegas, éditeur de la « Orquesta » {V Orchestre) , et de M. Franco, administrateur de la a Sombra » (ÏOmbre), qui furent sans retard conduits en prison; ils y étaient encore aux dernières dates. Le rédacteur ou Téditeur de la « Cuchara » (VÉcope) a été également arrêté, et Ton était à la recherche du gérant du « fiuscapié » (le Quolibet). »
Le journal la Presse était-il autorisé à dire que
la supposition d^une cession de la Sonora était fausse ?
'Nous soutenons le contraire, en parfaite connaissance de cause. Voici ^ en peu de mots, ce que nous saTons à ce sujet.
M. Gwin avait vu, à différentes reprises, à Paris, TEmpereur Napoléon.
il lui avait exposé son projet d'activer Témigration des confédérés américains du sud, et de la fixer en Sonora^ par des concessions exceptionnelles fautes aux colons.
Ce que réclamait, au-dessus de tout, M. Gwin, c'était la présence du drapeau français dans cette province, drapeau qui devait les garantir ; et c'est là ce qui explique, comment le sénateur américain put obtenir de M. Conti une lettre pour le maréchal Bazaine.
Il voulait constituer ainsi une sorte de protectorat qui couvrirait et les colons étrangers et les Mexicains
La Sonora restait province mexicaine, c'est vrai, mais, pendant une quinzaine d'années, elle était placée sous la protection immédiate et souveraine de la France qui payait au gouvernement mexicain
une redevance de 10 pour 100^ sur TeiporlatioD des métaux précieux.
Cette combinaison^ proposée par le sénateur américain , mettait le gouvernement mexicain en mesure de solder, au moyen de •cette sorte d'hypothèque^ la dette dont le Mexique était redevable à
la France.
Pour compléter son projet, et dans le but de créer une défense, en Sonora^ contre les agressions possibles des Américains du Nord, M. Gwin proposait de donner aux soldats du corps expéditionnaire, lors de Texpiration de leur congé, une ce^ taine quantité de terrains à exploiter, ou un intérêt dans Texploifation des mines.
C'est dans ces termes que fut signée la convention Arroyo-Montholon, convention qui se trouve aujourd'hui, aux archives du ministère des affaires étrangères, à Paris.
C'est pour la Taire ratifier que le gouvernement français voulait imposer à Maximilien, avant qu'il n'acceptât la couronne du Mexique, de reconnaître tous les actes signés par la régence Almonte.
1/archiduc s'y était refusé. Pouvait- il donc revenir sur cotte prudente décision, lorsque M. Gwin
AU M£XIQU£. 241
arriva à Mexico pour réclamer l'appui du maréchal auprès du Gouvernement impérial ?
On le voit y la petite presse de Mexico avait quelques raisons pour protester^ et les menaces du colonel fioyer^ ainsi que les rigueurs des conseils de guerre à Tégard de ses susceptibilités et de ses articles^ étaient au moins fort sévères !
Au milieu de toutes ces complications, Targent commençait à devenir rare. M. Langlais avait été envoyé par Tempereur Napoléon pour mettre de Tordre dans les finances. Mais la guerre absorbait tout. La mort vin^ du reftte^ empêcher M. Langlais de terminer une œuvre qu'il avait habilement commencée, et à laquelle il s'était consacré de toutes ses forces.
Déjà, a cette époque^ le cabinet de Washington pressait le gouvernement français de retirer ses troupes du Mexique, et la chute de Maximilien était imminente!
Les dissidents, enhardis par les promesses d'appui des États-Unis, se multipliaient partout^ lorsque le baron Saillard arriva à Mexico. L'empereur était alors àCuernavaca avec un ou deux de ses ministres.
L'arrivée du diplomate français le surprit. Il
voulut^ avaut de le recevoir^ connaître quel pouvait être le but de sa mission.
Il sut bientôt, à n'en pas douter, que le baron venait lui demander de vouloir bien faire savoir à Tempereui* des Français, 1 époque à laquelle il pourrait se passer de Tappui du corps expéditionnaire.
Son premier mouvement fut de la colère» et il songea à ne pas recevoir le baron. De sages conseils le firent changer d^avis.
On comprend déjà d'avance que la mission de M. Saillard ne pouvait avoir de résultats favorables. Maximilien pouvait^ à la rigueur, se résigner à apprendre par ce diplomate que Tempereur des Frao-
çais condamnait à mort Tempire du Mexique,
mais il est évident qu'il ne pouvait pousser la complaisance jusqu'au point de fixer lui-même la date de Texécution. Le baron partit donc sans avoir reçu la réponse qu'il désirait^ mais il emportait^ à sa place, des documents du quartier général et de la légation française qui devaient hâter les décisions du cabinet des Tuileries.
En effet, trois jours après Tarrivée de M. Saillard à Paris^ le Moniteur universel annonçait que les troupes françaises rentreraient en France par trois
détachements^ et qu'au printemps 1867 l*armée entière aurait quitté le Mexique.
En outre, les caisses du Trésor français étaient désormais fermées à l'empereur du Mexique.
Le ministre des finances mexicain était aux abois. Les douanes étaient insuffisantes pour subvenir aux dépenses^ grâce à la générosité de la France qui prélevait 24 pour 100, pour payer les réclamations anglaises et espagnoles.
On ne pouvait continuer à marcher qu'en ayant recours aux grands moyens. Il répugnait à Maximilien de les adopter. Pour la première fois^ il eut un instant la pensée d*abdiquer. Cette pensée fut de courte durée dans son esprit. Il revint bientôt à Tespérance. Toutefois il était urgent d'agir.
li convoqua aussitôt le maréchal , le ministre de France^ le commissaire des finances, et il finit par obtenir d'eux ^ qu'une somme mensuelle d'un demi-million de piastres lui serait prêtée, jusqu a la fin de 1867, pour subvenir aux dépenses de l'armée.
On pouvait bien faire cela pour lui, qui n'avait pu réussir à toucher plus de 40 millions sur les deux emprunts mexicains'
2kk L'iNTERVtNTlON FRANÇAISE
Cependant, lé gouvernemenl français crut oe pa^ devoir approuver la concession précédente!
L'empereur eut en même temps recours, encore une fois, aux talents du maréchal, pour se faire organiser une force capable de le défendre quand Tarmée française aurait évacué le Mexique.
C'est à cette époque que fut décidée la création des batailloas de cazadores de Mexico, de la formation desquels furent chargés le général Osmont et Tintendant Priant.
Quant à Tarmée mexicaine^ tout était à faire encore^ pas un seul bataillon mexicain n élait jéeUement organisé!
L'empereur réunit à son palais le maréchal Bazaine, Uraga^ le général Osmont, l'intendant Friant. 11 présida lui-même plusieurs séances. Mais on n'aboutit à rien.
I On ne pouvait aboutir à rien.
Le maréchal, à la première séance^ développa un
' plan qui eût été tout au plus applicable en Europe,
mais qui ne pouvait l'être au Mexique. Il parla
de conscription^ et même d'une caisse de dotation
de l'armée.
Sur ce terrain, on ne pouvait c|u'cchouer.
Ces conférences avaient lieu en juin 1860. Soronsnous donc taxé d'injustice et de partialité, si nous osons dire que jamais l'armée mexicaine n*a élé organisée ?
Pendant que l'empereur Maximilien cherchait en vain à se constituer un appui, en formant une force armée^ les États-Unis envoyaient au gouvernement français des dépèches dont le ton, presque menaçant, causait de véritables inquiétudes au cabinet des Tuileries.
D'une autre part, l'horizon s assombrissait du côté de l'Allemagne et de TAutriche; il importait de précipiter les événements.
Goûte que coûte, il fallait que Tarmée française retournât le plus vite possible en Europe.
Les promesses de Miramar étaient bien loin déjà!
Dans les derniers jours de juin, Maximilien reçut une lettre autographe de l'empereur des Français. Elle était très-courte^ nette, précise. Elle annonçait que le traité de Miramar était déchiré, et que le ministre de France était chargé de présenter un ultimatum.
«L'empereur se trouva tout d'abord en proie à une agitation extrême, puis, comme affaissé sous le
poids d*une décision suprême, il retomba morne et silencieux sur son Cauteuil.
Il sentait la royauté s'écrouler sous ses pieds, et, avant de voir sa couronne lui échapper à tout jamais, il songeait à la déposer entre les mains de ceux dont il Tavait reçue. 11 abdiquait!
L'impératrice fut consternée quand elle connut la résolution de son mari. File chercha vainement d'abord à la combattre.
L'abdication devait avoir lieu le 7 juillet, jour de la fête de l'empereur ; mais, dès les premiers jours de ce mois, l'impératrice Charlotte avait déjà décidé Maximilien à se désister de son projet. Elle s'engageait à partir elle-même. Elle promettait d'arranger tout. L'empereur fut-il convaincu de la réussite de la mission qu'elle lui proposait d'accomplir avec toute l'énergie et toute la persévérance dont elle était capable, ou fit-il une simple concession à une femme qui le suppliait d'avoir foi en ses promesses?
Nul ne le sait^ sans doute.
Conmie le lui avait annoncé l'empereur Napoléon, un ultimatum lui fut remis par le ministre de France.
Kl oVst dans un moment aussi critique que le
AU MEXIQUB.
maréchal Bazaine s'éloignait de Mexico, sous prétexte d'aller faciliter le mouvement de retraite du général Douay^ qui n'avait certes pas besoin de lui ! Il devait évidemment opérer ce mouvement en vertu des ordres récents qu'il avait reçus de Paris. Nous croyons même qu'il les avait reçus en conséquence! II partit de Mexico dans les premiers jours de juillet. Il était tellement convaincu que l'empereur abdiquerait et partirait mème^ qu'il laissa l'ordre au général d'Hurbal de donner au souverain toutes les escortes possibles, jusqu'à Yera-CruZy pour pro-
téger sa retraite.
Bien que nous tenions ce détail d'une personne très-exactement informée sur toutes les questions qui regardent l'empereur du Mexique, nous le donnons sous toutes réserves.
En tous cas^ ces précautions^ si elles furent prises, devinrent inutiles^ car le malheureux empereur accepta l'ultimatum avec toutes ses rigueurs^ et^ le 30 juillet, il signait la convention qui lui laissait pour unique ressource le produit des douanes de Vera-Cruz, produit déjà très-fortement entamé. En efTet, les Anglais et les Espagnols continuaient à percevoir les 24 pour 100 qui leur étaient accordés par
£48 L'rNTFRVRNTTON FRANÇAISE
la générosité du gouveroement français. Celui-ci prenant le 50 pour 1 00 de ce qui restait au Mexique^ le gouvernement de Maximilien ne pouvait donc plus percevoir que 38 pour 100, pour subvenir à toutes ses dépenses.... Et encore ne les percut-il jamais !
Dans son entourage, quelques personnes avaient engagé énergiquement Tempereur à persister^ mal* gré les conseils de Timpératrice, dans ses projets d'abdication.
Ainsi^ dans deux lettres qui lui furent écrites, les 6 et 7 juillet^ par une personne attachée jusqu'alors à son service particulier, nous lisons :
Mexico, 6 juillet 1S66.
Il n>st plus possible de se faire iUuuon. . . . La chute de Votre Majesté est conjurée, arrêtée, pnWue» Votro Majesté peut fonder des espérances dans la rôsistance, dans la lutte. Je les crois inutiles: plus que cela« je les crois dangereu-