‹ L'intervention française au Mexique: accompagnée de documents inédits et d'un long mémoireChapitre 34 sur 41 · L. Détroyat · texte numérisé non relu

L. Détroyat

Pourquoi ces sages avis n'ont-ils pas été écoutés?

Pouvait -on, en effet, douter un seul instant de Tirrévocabilité des décibions du gouvernement français^ quand^ après avoir lu la lettre de l'empereur Napoléon , on connaissait le document qui suit :

Paris, 31 mai 1866.

a Le général Almonte a remis à l'Empereur les lettres de S. M. l'empereur Maximilien, et s'est acquitté des communications dont il était charge pour le gouvernement français. Sa Majesté a le

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regret de devoir exprimer ici la surprise que lui ont causée ces communications.

tt Depuis plus d*un an, les instructions adressées aux agents français au Mexique^ inspirées par le sentiment des devoirs et des obligations réciproques que nous avons contractés, avaient pour objet de faire parvenir au gouvernement mexicain des conseils dictés par les intérêts des deux pays, non moins que par la sincère amitié que Sa Majesté porte à Tempereur Maximilien.

« Ces conseils ne semblent pas avoir été compris. Les propositions formulées par M. le général Âlmonte l'indiquent assez, en même temps qu'elles révèlent la méconnaissance complète d'une situation, sur laquelle on ne peut pas différer d'éclpirer la cour du Mexique.

« 0:1 n'a pas à rappeler l'origine de Te^pédition française ; sa légitimité ressortait de nos griefs. Obligés de nous faire justice^ l'expérience du passé nous commandait de rechercher pour Tavenir^ des garanties contre le retour des actes qui avaient si souvent attiré sur ce pays, au prix d'expéditions onéreuses^ des répressions sévères, mais toujours inolKcaees. Os garanties devaient surtout résulter

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de la fondation d'un gouvernement régulier^ as^e/ fort pour rompre avec les traditions de désordre que s'étaient léguées des pouvoirs éphémères. Quelque désirable que fût l'établissement d'un tel gouvernement, moins que tout autre, nous pou* liions songer à l'imposer^ et nous avons toujours désavoué hauten^ent un pareil dessein.

« Nous n'avons pas voulu croire^ cependant, que les éléments d*une régénération politique indispensable fissent défaut à la société mexicaine, et nous nous étions permis de seconder tous les efTorts qui seraient tentés par le pays lui-même pour Tarracber à l'anarchie qui le dévorait. Cette entreprise avait sa grandeur; elle a séduit l'empereur Maximilieu. A Tappel de la nation mexicaine, sans se laisser arrêter par les difficultés et les périls de la tache, il s'y est courageusement dévoué. Il pensait, comme l'empereur Napoléon, que de grands intérêts de conciliation et d'équilibre se rattachaient à l'indépendance du Mexique, à l'intégrité de son territoire garanties par un gouvernement stable et réparateur, et il savait que notre appui ne lui manquerait pas pour l'aider à réaliser une œuvre profitable au monde entier.

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ce Les devoirs de TEmpereur envers la France lai commandaient toutefois de mesurer à Timportance des intérêts français engagés dans cette entreprise, rétendue du concours qu*il lui était permis d'offrir au Mexique pour en assurer le succès. C'est à cet effet qu'a été conclu le traité de Miramar.

fc Or, du contrat qui avait établi nos droits et nos obligations, la France a largement acquitté les charges qu'elle avait acceptées, et elle n'a reçu que bien incomplétetnent du Mexique les compensations équivalentes qui lui étaient promises. C'est un fait que nous devons constater^ parce qu'il ne dépend pas de nous d'en supprimer les cooséquences.

(c Nous sommes loin de méconnaître les obstacles et les difficultés de toute nature contre lesquels S. M. Tempereur Ma&i milieu a eu à lutter. Si nous avons déploré souvent que ses loyales intentions ne fussent pas mieux secondées, nous avons toujours applaudi à son active sollicitude et à sa généreuse initiative.

« Les résultats ne répondaient pas à nos espérances^ malgré Tbabiie el énergique direction du

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maréchal et le dévouement d'une armée que rien ne lasse.

« Le gouvernement français facilitait la conclusion d'emprunts qui venaient en aide aux embarras du trésor mexicain^ et cependant nos charges n'étaient compensées que par des règlements de compte illusoires. Des conseils amicaux ont été donnés ; mais la résistance systématique des conseillers de Sa Majesté se manifestait sur tout ce qui touchait les intérêts de la France. Doit-on rappeler au prix de quels efforts la légation de France a pu obtenir enfin une insuffisante réparation des dommages subis par nos nationaux, alors qu*étaient réglées sans conteste les réclamations anglaises; alors qu'on trouvait des ressources pour acquitter^ sans délai et argent comptant , des créances douteuses et non exigibles. Nous avons vu contester le principe même des réclamations françaises^ reconnues cependant, par le traité de Miramar^ comme la cause déterminante de notre expédition^ et qui^ à défaut de toute stipulation^ auraient constitué une dette d'honneur irrémissible et indiscutable.

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M Après avoir, en toutes circonstances^ sigoult au gouverrement mevicain la nécessité de pouryoir par lui-même à sa propre conservation, et lui avoir maintes fois déclaré que le concours que nous lui prêtions ne serait maintenu qu'autant que les obligations correspondantes^ contractées vis-à-vis de nous, seraient strictement remplies^ nous lui avoDs fait exposer les impérieuses considérations qui ne nous permettaient plus de demander à l^n^Fi'ance de nouveaux sacrifices et qui nous décidaient à rappeler nos troupes.

« En prenant toutefois cette résolution, nous avons prescrit d'apporter dans son exécution les délais el les précautions nécessaires pour éviter les dangers d'une trop brusque transition. Nous avons dû nous préoccuper, en même temps, de substituer aux stipulations, désormais sans valeur, du traité de Miramar d'autres arrangements destinés à assurer la sécurité de nos créances. Le ministre de l'Empereur à Mexico a reçu, en conséquence, des instructions pour conclure, à cet effet, une nouvelle convention.

» (les instructions sont, conune tous les actes de rcnipereur Napoléon, inspirées par les sentimeotb

naturels qui rattachent à l'empereur du Mexique, et par son désir sincère de concilier les intérêts qu'il ne veut pas séparer.

« Il a apprécié les raisons qui ont déterminé ses réprésentants à ne pas presser la conclusion immédiate des arrangements qui leur étaient indiqués; mais il a regretté de voir le cabinet mexicain profiter de leur condescendance pour transportei à Paris le siège d'une négociation qui ne peut être utilement suivie qu*à Mexico.

A L*empereur Napoléon a surtout regretté de trouver libellées dans le projet de traité soumis à son gouvernement, par le général Almonte, les propositions déjà formulées, et que^ chaque fois qu'elles se sont produites, les plus puissantes raisons nous ont Forcé de décliner. Le séjour des troupes devrait être prolongé au delà des termes assignés, de nouvelles avances nous sont demandées dans la prévision de Tinsuffisance des ressources du trésor mexicain, etle'Vemboursement en est ajourné à des époques indéterminées ; aucun gage ne nous est offert^ aucune garantie n'est stipulée pour la sûreté de nos créances. Après les explications franches, loyales et complètes du gouvernement français, on a peine à

86 rendre compte de la persistance des illusions qui ont présidé à la conception de ce projet.

il II est impossible d'agréer les propositions apportées par le général Almonte, et d'en autoriser la discussion. Il faudra consentir à une nouvelle convention.

c Si les combinaisons qui lui seront proposées sont agréées par S. M. Tempereur Maximilien, les termes fixés pour les départs suceessirs des troupes françaises seront maintenus, et le maréchal Bazaine arrêtera, de concert avec Elle^ les mesures nécessaires pour que l'évacuation du territoire mexicain s'effectue^ dann les conditions les plus favorables au maintien de Tordre et à la consolidation du pouvoir impérial.

« Si^ au contraire, nos propositions n'étaient pas acceptées^ on ne doit pas dissimuler que^ nous considérant comme libres désormais de tout engagement^ et ferniement résolus à ne pas prolonger roccu(>âtion du Mexique, nousprescririons au maréchal Bâiâine de proctHler, avec toute la diligence possible, au rapairiemont de larmee, en ne tenant compte que de« convenanoes militaires et des considérations technique^^ dont il serait le aeul juge. Il aurait i

aviser^ en même temps, à procurer aux intérêts français les sécurités auxquelles ils ont droit.

<c L'empereur Napoléon a la conscience d'avoir aidé à Tceuvre commune. C'est au Mexique, désormais, qu'il appartient de s'affirmer. La tutelle étrangère, en se prolongeant^ est une mauTaise école et une source de dangers; au dedans, elle habituée ne pas compter sur soi-même et paralyse l'activité nationale; au dehors, elle suscite des ombrages, elle éveille des susceptibilités. Le moment est venu^ pour le Mexique, de répondre à tous les doutes, et d'élever son patriotisme à la hauteur des circonstances difficiles qu'il traverse. Au dedans comme au dehors, les attaques dirigées contre la forme des institutions quMl s'est données, s'affaibliront sans doute graduellement quand il sera seul à les défendre, et demeureront impuissantes contre l'union des peuples et de son souverain cimentée par les épreu ves courageusement acceptées et supportées en commun. Ce sera l'honneur de S. M. l'empere^jr Maximilieu et de la nation mexicaine, d'avoir ainsi accompli l'œuvre civilisatrice que nous serons toujours fiers d'avoir encouragée et protégée à son début. »

Rien ne manquait à cet ultimatum. Il apportait les plus sanglants reproclies^ les plus dures menaces.

L'impératrice Charlotte devait quitter Meiico le 8.

Maximilien lui remit toutes les pièces qui lui étaient nécessaires pour entreprendre sa difficile mission I et, parmi elles, un long mémoire qu elle devait remettre à Tempereur Napoléon:

Elle emoortait également une lourde caisse rem* plie de documents qui serviront à écrire Tbistoire du Mexique, et qui ont été déposés à Miramar.

On a raconté bien des cboses sur le voyage de n'ito courageuse femme. Nous ne voulons ici ni les dnirmer ni les démentir.

Tout c^ que nous dirons i ce sujet, nous le savons do U fa\\^n la (Jus exacte.

NmI no (KHiYail $ attendre on Europe a 1 énergique %looish>n %W rini{^\'«lhc^ Charlotte.

AIhkhiIo^ oopondanl*. pro^sealait que les rumeurs ^ui otiv^Uio;it 4 rtms. dass ks [iremîers jours du

fciiS X'Jiiwitx îsîr 'jtr-ttvi^ do crtto jeune souveraiae,

étaient vraies, car il se trouvait à Saint-Nazaire à Tarrivée du paquebot, et! il se rendait à son bord pour se mettre à ses ordres.

A peine arrivée, l'impératrice Charlotte fit savoir à l'empereur Napoléon qu'elle venait de débarquer sur le sol français.

L'Empereur était précisément malade. Il était à Saint-Cloud^ obligé de garder le lit. Il fit connaître immédiatement à l'impératrice le regret qu'il avait Je ne pouvoir aller la recevoir, mais il espérait^ disait il^ a la voir à son retour de Bruxelles. »

Or, de Bruxelles il n'avait été nullement question dans la dépêche de Timpératrice. Elle crut comprendre que l'Empereur se servait d'un prétexte pour ne pas la recevoir.

Anxieuse, elle passa la nuit à Nantes et envoya des personnes de sa suite en avant, afin d'être informée exactement par elles^ à son arrivée à Paris, si réellement l'Empereur était malade. Elle apprit, à n'en pouvoir douter, que sa maladie était parfaitement vraie. Elle fut un peu rassurée. Les trains de Nantes arrivent successivement à la gare de Montparnasse et à la gare d'Orléans. Le malheur voulut que l'aide de camp envoyé par l'Empereur allât

recevoir l'impératrice, justement à celle où elle ne devait pas arriver^ de sorte qu'elle se rendit aa Grand- Hôtel^ bouleversée, et ceux qui la connaissent peuvent dire humiliée ; mais Terreur lui fut expliquée, quelques minutes après.

Peu de jours après son arrivée, elle reçut la visite de l'impératrice Eugénie. Les deux souveraines s'embrassèrent avec effusion. Instinctivement leurs pensées à toutes deux les reportaient à trois années en arrière.

Que de changements depuis 1864! !

Aucune question importante ne fut traitée dans cette première entrevue. L'impératrice Charlotte rendit la visite à Saint -Cloud, et elle put pénétrer, après bien des instances, auprès de l'Empereur.

Mais ce Fut réellement, le 24 août, que la solution de la question mexicaine fut résolument posée à l'Empereur, dans une dernière visite. L'impératrice * avait remi^ le mémoire de son mari. Elle avait même trouvé le moyen de donner à TEmpereur les copies de deux lettres écrites par lui les 1 8 et 28 mars 1 864, lettres qu'elle considérait comme une garantie absolue (I une union indissoluble entre les deux souve-

rai 08 de France et da Mexique. Elle espérait avoir, par ce moyen^ modifié les dispositions prises.

A la sortie de cette entrevue, elle avait perdu toute illusion.

Elle n'avait plus qu'une seule chance de réussir.

Cette chance était à Rome, et, le 29 août, elle quittait Paris, déjà fort exaltée, dans le train impérial qu'on avait mis à sa disposition.

C'est devant le Saint-Père lui-môme qu'elle devait donner les premiers signes certains de sa cruelle maladie.

Voici maintenant 9 sans qu'aucun mot ait été changé, omis ou ajouté, le mémoire que Timpératrice Charlotte a remis à l'empereur Napoléon.

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