MÉMOIRE DE L'EMPEREUR MAXIMIUEN A L'EMPEREUR NAPOLÉON
a M. le ministre de France à Mexico a fait parvenir à l'empereur Maximilien la lettre de S. M. l'empereur Napoléon, et le mémoire qui y était joint.
ce La lecture attentive de ce mémoire n'a pas laissé que de surprendre douloureusement l'Empereur, non pour sa conclusion, mais pour la nature des mo-
tifs que l'on a cru devoir allouer pour justifier cette conclusion.
« On lit tout d'abord dans le mémoire que « la a France a acquitté loyalement les charges qu'elle c avait acceptées dans le traité de Miramar. »
« On ajoute « qu'elle n'a reçu que bien incomplètement du Mexique les compensations équivalentes qui lui étaient promises. »
« Il importe de fixer son attention sur ce point. Le traité de Miramar conférait Tautorité de commandant en chef de Tarmée mexicaine au commandant du corps expéditionnaire, et l'investissait ainsi du pouvoir, et, par conséquent, de l'obligation de pacifier le pays. La raison refuse d'admettre que le gouvernement de S. M. Tempereur Napoléon, qui déclare encore aujourd'hui que son appui était acquis pour la fondation d'un gouvernement régulier et fort an Mexique, la raison et l'équité refusent d*admettre, qu'il crût qu'un gouvernement pouvait devenir régulier et fort au Mexique, c'est-à-dire acquitter ses charges réciproques, sans que la pacification fût effectuée. Sans la paix, en effet, il est bien clair qu'on ne peut espérer ni budget en équilibre, ni augmentation des ressources financières. Les fonds
provenant des deux emprunts ont été engloutis en grande partie dans cette guerre civile, et il faut en imputer les conséquences au commandant en chef de Tarmée franco-mexicaine qui, par son inaction d'une année, a fini, il faut le dire, par laisser les dissidents se rendre maîtres aujourd'hui de plus de la moitié du pays.
a Personne n'ignore, qu*au Mexique^ les douanes maritimes sont Télément le plus productif des recettes. Or, ces douanes sont ruinées depuis un an^ par suite de l'interruption des communications avec les marchés de Tintérieur^ et ces communications sont occupées par les dissidents. En ce moment même, les douanes de Matamaros^ Minatitlan, Tabasco, La Paz, Huatulco, sont aux mains des ennemis de l'empire, celles de Tampico, Tuxpan, Guaymas, Mazatlan, Acapulco, sont improductives^ car ces ports sont étroitement bloqués par les juaristeS| et les commerçants désespérés sont réduits à s'expatrier. Peut-on raisonnablement obtenir l'équilibre des recettes et des dépenses quand^ à mesure que la guerre civile se prolonge, les ressources diminuent? Le gouvernement, réduit à la seule douane de Vera-Cruz, peut-il faire face aux lourdes charges
que lui assigne le traité de Miramar? Ce serait faire injure à l'esprit d'équité du gouTemement français et douter de sa bonne foi^ que de le supposer; car^ sur un budget de recettes de dix-neuf oiillions de piastres (1)^ on sait que les douanes maritimes doivent fournir onze millions.
(( Oui, sans doute, par la convention de Miramar, le Mexique s'est engagé à payer l'entretien du corps expéditionnaire^ ses frais de guerre et d'occupi^tion^ mais il n'entendait nullement que cette occupation fût seulement du tiers ou de la moitié du pays, et il ne pouvait pas prévoir que les seuls transports de guerre à la suite des colonnes qui ont quatorze fois occupé^ puis évacué le Michoacan,