‹ L'intervention opératoire dans les fractures récentes et anciennes envisagée particulièrement au point de vue de l'ostéo-synthèse avec la description de plusieurs techniques nouvellesChapitre 3 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Justification de rintervention opératoire.

Les données générales que nous possédons sur les résultats du traitement des fractures par les moyens classiques sont très insuffisantes. La plupart des statistiques publiées sur ce sujet sont sans valeur, car elles ne sont pas étayées sur des preuves matérielles, tangibles pour le lecteur. On a, en général, confondu consolidation avec guérison, et pourtant combien ces deux termes sont souvent peu d'accord ! Dans d'autres catégories de faits, les guérisons sont représentées par les blessés qui ont échappé à la mort (fractures compliquées).

Si l'on en croyait ces statistiques trompeuses, on s'étonnerait, à juste titre, que l'on cherchât à substituer des opérations difficiles, voire dangereuses, aux méthodes anodines de nos ancêtres.

Les absences de consolidation sont, en effet, rares et actuellement on ne meurt plus guère d'une fracture, même ouverte. Est-ce la fièvre opératoire, ou le besoin de chercher du " neuf „ qui poussent certains chirurgiens dans la voie opératoire, ou y a-t-il vraiment des raisons de changer notre vieille routine en ce qui concerne les fractures?

A vrai dire les résultats fonctionnels éloignés fournis par les traitements classiques, le vrai rendement thérapeutique des anciens traitements sont volontiers passés sous silence, ou exposés de façon vague et équivoque. Que faut-il penser des chirurgiens qui affirment, par exemple, qu'ils guérissent toutes leurs fractures de cuisse sans raccourcissement! Qui veut trop prouver ne prouve rien, dit le proverbe. Dans l'occurrence ces affirmations sont ou du parti pris, ou de la mauvaise foi scientifique, ou de Yignorance honnête des résultats réels. Quoi qu'il en soit, elles sont sans valeur quand on les met en regard avec l'opinion d'auteurs tels que Hamilton qui affirme, en se

basant sur des observations exactes et nombreuses, que toutes les fractures avec chevauchement sont irréductibles par les moyens non sanglants.

Les affirmations ex-cathedra des conservateurs seraient sans importance, si elles n'étaient régulièrement servies dans les discussions scientifiques. Elles font sourire ceux qui ont l'expérience de la chirurgie traumatique, mais par contre elles sont de nature à ébranler les idées des médecins pratiquants qui rencontrent de loin en loin des fractures non comparables entre elles.

•- Les comptes rendus des congrès de ces dernières années, où le traitement des solutions de continuité des os a été discuté, sont lamentables à ce point de vue. On n'y relève que des faits non démonstratifs, des affirmations gratuites et tel professeur déclare au nom de sa vieille expérience qu'un chirurgien qui sait convenablement appliquer et suivre un appareil à fracture n'aura jamais besoin de pratiquer d'emblée une opération pour une fracture... (^). " J'ai toujours pu réduire et contenir les fractures que j'ai eu à traiter, „ déclare Delorme (^). Inutile de multiplier ces extraordinaires déclarations et venons-en aux travaux qui méritent créance.

Depuis l'antiquité rirré.ductibilité des fractures avec chevauchement est admise : parlant du fémur Hippocrate dit : " les os du fémur ne se peuvent contenir étant rompus, quoique l'on les bande après une forte extension „. Pour Celse, le fémur fracturé ne peut jamais être réduit dans son premier état.

Benjamin Bell (en 1801) déclare que " l'absence d'une méthode efficace de contention pour les fractures obliques des extrémités et surtout de la cuisse, constitue peut-être un des plus grands desiderata de la chirurgie „.

" A une époque fort rapprochée de nous, écrit Malgaigne (^), Desault prétendait guérir toutes les fractures sans raccourcissement, et son journal en contient plusieurs exemples. A l'imitation de Desault, nombre de praticiens ont varié, corrigé, perfectionné les appareils à extension permanente, et ont dit en avoir retiré des succès aussi complets. Je dois donc déclarer ici de la manière la plus formelle que je n'ai jamais rien obtenu de semblable, soit en usant d'appareils à moi propres, soit en appHquant ceux des autres, soit en invitant même plusieurs inventeurs d'appareils à les appliquer dans mon service. J'ai examiné plus d'une fois des sujets qu'on déclarait guéris sans raccourcissement, et toujours le raccourcissement était

(M Berger, Congrès chirurgie, Paris, 1895, p. 605.

(2) Thèse (le Dujarier, Paris, 1900, p. 12.

(^) Traité des fractures et des luxations. Paris, 1842, p. 723-724.

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