JUSTIFICATION DE L INTERVENTION OPERATOIRE
fracturés, prouvent que les traitements par les appareils et par l'extension continue ont donné ce qu'ils pouvaient et que toute une série de cas ne peuvent guérir complètement par ces moyens. C'est à ces cas que s'adresse l'intervention opératoire. " C'est pure folie, dit A. Lane, de continuer les méthodes actuelles de traitement, surtout si nous avons à notre disposition des méthodes plus efficaces. „ Nier la nécessité ou même seulement les avantages de la réduction mathématique des déplacements dans les fractures, est tout simplement contraire au bon sens ;m.eiire du parti pris dans ce débat est coupable et sera sévèrement jugé par nos descendants. Le temps n'est peut-être pas loin, oii le chirurgien qui aura estropié son malade, faute de soins appropriés (diagnostic radiographique et si besoin est os téo-syn thèse) sera civilement responsable; en tous cas la responsabilité morale (la seule que les médecins doivent reconnaître) est actuellement engagée puisque l'intervention permet d'arriver à des résultats que ne peuvent donner les traitements classiques.
Ce qui a arrêté et entrave encore actuellement l'évolution de cette branche si éminemment utile de la chirurgie, ce sont les extrêmes difficultés que l'on rencontre en pratique. Il est bon d'insister sur ce point et je suis d'accord avec le Professeur Berger lorsqu'il déclare " que la réduction et la contention d'une fracture par l'opération sanglante ne pourront jamais passer dans la pratique ordinaire „ ('). On pourrait en dire autant de beaucoup d'interventions comptées parmi les plus utiles. Pour ce qui concerne l'ostéo-synthèse, il ne faut pas se faire illusion, c'est un des côtés les plus difficiles de la chirurgie. Elle réclame impérieusement des qualités toutes spéciales du chirurgien : aux nécessités d'une aseptie extrême se joignent de grandes difïicultés techniques; il faut que le chirurgien soit adroit de ses mains, qu'il soit en quelque sorte doublé d'un mécanicien et qu'il puisse à l'occasion faire appel à son ingéniosité. C'est ce qui explique que la suture osseuse, qui est vieille comme le monde, soit restée à l'état embryonnaire. En pratique chirurgicale difficulté veut souvent dire danger. Est-ce une raison suffisante pour déclarer que tout est au mieux dans le meilleur des mondes? Je ne le pense pas; l'ostéosynthèse deviendra une chirurgie recommandable et d'usage courant lorsqu'elle sera aussi anodine qu'efficace; elle ne peut acquérir ces qualités que par une étude approfondie de tous les éléments qui entrent en jeu dans son application. Lorsqu'on sera parfaitement outillé, que tous les détails de technique auront été fouillés, on rendra parfaitement innocentes et absolument efficaces des opérations qui
(1) Congrès de Bruxelles, 1902, p. 136.
actuellement soulèvent de presque unanimes critiques (sutures du fémur). C'est d'ailleurs l'éternelle histoire de toutes les conquêtes de la chirurgie, la plupart des opérations qui sont acLuellement admises par tous, ont soulevé à leurs débuts des tollés d'indignation. Ce fait devrait rendre circonspects dans leurs critiques les adversaires irréductibles de la chirurgie opératoire des fractures.
Objections adressées au traitement opératoire.
On ne ménage pas les critiques au traitement sanglant, et si depuis de longues années l'ostéo-synthèse a eu des défenseurs convaincus (tels que Bérenger-Féraud), ils ont toujours eu devant eux une légion d'adversaires acharnés. Actuellement le débat se précise, les interventionnistes gagnent du terrain dans tous les pays et c'est avec des documents cliniques irréfutables qu'ils peuvent défendre leurs idées.
Examinons rapidement les principales critiques adressées à l'intervention et voyons quelle est leur valeur.
Inutilité :
La première objection, qui emporterait à elle seule le jugement, si elle était fondée, c'est que l'opération serait inutile dans tous les cas. Cette assertion est tellement extraordinaire que l'on peut s'étonner que des chirurgiens sérieux (?) aient osé la formuler encore récemment ; l'absolutisme de leurs affirmations est contraire au bon sens et est la marque d'un parti pris évident. Je ne crois pas nécessaire d'insister autrement sur ce premier point.
Difficulté de l'intervention :
Cette objection est bien peu humaine : si on devait s'arrêter devant une difficulté il n'y aurait plus de progrès possible ; il n'y a d'ailleurs de difficile que ce qu'on ne connaît pas. La difficulté doit être vaincue par la connaissance, par l'étude.
Insuccès fréquents :
Ce fait est la conséquence de la difficulté de l'intervention. Il ne prouve qu'une chose, c'est que la suture osseuse ne doit pas être pratiquée à la légère et qu'il ne faut l'entreprendre qu'en s'entourant