‹ L'intervention opératoire dans les fractures récentes et anciennes envisagée particulièrement au point de vue de l'ostéo-synthèse avec la description de plusieurs techniques nouvellesChapitre 6 sur 36 · OBJECTIONS ADRESSÉES AU TRAITEMENT OPÉRATOIRE · texte numérisé non relu

OBJECTIONS ADRESSÉES AU TRAITEMENT OPÉRATOIRE

de toutes les garanties. Toutes les opérations mal faites exposent à des insuccès ; il n'y a rien, ici, de particulier. D'ailleurs le même reproche doit être adressé aux bandages : une bande trop serrée peut amener le sphacèle du membre.

Ostéites et fistules consécutives. Retard de la consolidation par ostéoporose :

Ces inconvénients de la suture sont toujours dus à des techniques défectueuses ou à des fautes opératoires. L'ostéite fistuleuse reconnaît toujours pour cause l'infection, chose évitable. Les techniques pour la fixation des fragments seront examinées plus loin ; certaines d'entre elles exposent à la nécrose et doivent être abandonnées. Les soidisants retards de la consoHdation que l'on a attribués aux corps étrangers de la suture ne sont que des phénomènes d'ostéite raréfiante. Ils ne sont attribuables qu'à une mauvaise technique, telle que la suture classique. L'ostéo-synthèse rationnellement exécutée hâte la consolidation en plaçant la fracture dans les conditions d'une fracture sous-périostée sans déplacement.

Cicatrices :

On a objecté la question d'esthétique. Giordano (^) et après lui Bardenheûer (^) ont critiqué mon procédé d'ostéo-synthèse diaphysaire. Giordano (de Venise) se demande : " Si les dames, qui refusent de se faire vacciner sur la peau du bras par crainte de la cicatrice, seraient bien persuadées de se laisser appliquer, pour une fracture, cet appareil (fixateur). Aussi, continue Giordano, puisqu'il ne faut pas qu'une chirurgie soit bonne pour les pauvres, et mauvaise lorsqu'il s'agit de l'appliquer aux chirurgiens et aux riches, je continue à traiter mes fracturés avec les appareils (p. 138). „ N'en déplaise à M. Giordano, je prétends que la chirurgie des membres est très différente chez les pauvres et chez les riches ; traiter une belle dame pour une fracture et soigner un ouvrier ayant besoin de ses membres pour gagner son pain, n'est pas précisément la même chose. Quant aux chirurgiens combien préféreraient un bras guéri d'une fracture grave, avec " une correction parfaite de l'os „, mais avec quelque cicatrice sur la peau, à un bras à peau indemne et à fonctions compromises. Cette critique de Giordano ne doit d'ailleurs pas surprendre : il repousse toutes les interventions pour fractures récentes,

(') Congrès belge de chir., 1902.

(2) Archives intern. de chir., 1903.

même pour la rotule et l'olécrane, interventions que M. Berger accepte, lui.

La question des cicatrices doit certainement entrer en ligne de compte, mais seulement comme contre-indication particulière à certains individus, à certaines régions, j'ajouterai même à certaines techniques. Chez l'ouvrier, le grand intéressé, dans cette question du traitement des fractures ce détail est sans importance.

Danger de l'opération :

La seule objection sérieuse que l'on puisse opposer à l'intervention, c'est le danger que l'on peut faire courir au blessé du fait de l'infection. Ce danger a été très réel et il faut encore en tenir largement compte actuellement malgré les progrès de l'aseptie. Mais ceci n'est qu'une difficulté de pratique et comme les éléments qui entrent en jeu dans l'infection sont connus, la solution du problème ne peut être qu'affirmative.

La gravité de la suture osseuse envisagée en général est éminemment variable ; elle dépend d'ane foule de circonstances. On ne peut pas comparer par exemple la suture d'un métacarpien avec une suture de fracture de cuisse. L'âge, les tares organiques, l'adiposité du sujet doivent entrer en ligne de compte et créent souvent des contre-indications. Le danger, même pour tous les cas considérés en bloc, est en tous cas minime ; personnellement je compte deux décès sur 187 opérations. Ces deux décès sont survenus après des sutures du fémur, un seul est imputable à l'opéj-ation et est entouré de circonstances atténuantes (femme alcoolique, obèse, atteinte de lésions multiples : fracture de la cuisse droite, fracture de l'astragale, grande plaie suppurée de la cuisse gauche) ; cette malade indocile enleva son pansement et mourut d'infection ; l'autre décès est survenu chez un alcoolique à constitution délabrée, atteint de fracture double de la diaphyse fémorale ; la mort survint après trois semaines de suites favorables, par hémophilie (hémorragies nasales, intestinales, etc.).

L'ouverture d'un foyer de fracture n'est pas grave à condition d'éviter les interventions immédiates sur des tissus contus, meurtris, infiltrés de sang et tout disposés à se laisser envahir par les germes pyogènes. Ce qui crée surtout le danger d'infection ce sont les opérations mal faites, mal conduites où le chirurgien, peu sûr de sa technique, tâtonne et infecte longuement tous les recoins de la plaie avec les doigts. Ce danger est évitable et doit être écarté ; qu'avant de prendre le bistouri le chirurgien se prépare longuement à la lutte ; que son opération soit rapidement, mathématiquement conduite^ sans

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