LA RELIGION ET LES RELIGIONS A ROME
terme de ta carrière, tu descendras aux Enfers, — habitant les Champs Elyséens, tu m'adoreras souvent et me trouveras propice. Si par des hommaf^'es assidus et des ofiices religieux et de |iatienles abstinences tu mérites notre grâce, sache (pi'il m'est possible, et à moi seule, de prolonger ta vie au delà des limites assignées par le destin ».
La religion égyptienne ne put sans doute déployer toutes ses pom|)es (pie plus tard, au ii* siècle de notre ère, au moment de sa plus grande vogue; mais nous trouverons plus loin des textes contemporains d'Auguste et de Tibère qui prouvent (iirelle avait déjà pris sur les âmes inquiètes un empire assez fort pour pénétrer la conscience, pour y éveiller le souci de la pureté morale et corporelle. Elle avait ce qui maïupiuit aux religions civiques, un enseignement moral et des prêtres (pii n'étaient plus de simples sacristains, mais des théologiens et des directeurs de conscience. Les femmes surtout étaient ravies d'avoir en eux des confidents dont l'autorité s'imposait à leurs tuteurs et, acertainsjours.au nom de certaines abstinences, jusqu'à la vie conjugale.
Là était précisément le danger. On le vit bien plus tard, lorsqu'un scandale provoqué par ces relations féminines fit découvrir des abus criminels; mais le gouvernement romain jugeait sage de laisser libres toutes les religions qui i»ullulaient dans son vaste empire, et il ne voyait pas de raison de se montrer déliant à l'égard de celle-ci, qui ^tait alors une des plus répandues. La défiance lui vint pourtant, éveillée peut-être par des motifs poiitiijues. Il y avait longtemps que Rome avait mis l'Egypte en tutelle; mais les Alexandrins s'en étaient toujours sentis froissés dans leur orgueil et lésés dans leurs intérêts; ils méprisaient et chassaient parfois les rois trop com[)laisants j)Our l'ingérence romaine. Ainsi firent-ils pour Plolémée, dit Aulète, qui, vingt ans durant.
avait dû acheter à beaux deniers comi)tanls le droit de régner. Il l'ut expulsé au moment où les politiciens de Rome, qui puisaient à pleines mains dans sa caisse sous prétexte de défendre sa légitimité contestée par des compères, venaient enlin (59) de le reconnaître officiellement.
Les Alexandrins avaient secoué le joug et installé un gouvernement de leur choix (58). Les esprits étaient aigris de part et d'autre : c'était la guerre en perspective. Ce fut, en tout cas, une raison ou un prétexte d'interdire au moins la ville de Rome aux dieux alexandrins. Il faut avouer qu'ils avaient été bien indiscrets; ils s'étaient installés jusque sur le Capitole. « la curie des dieux », comme l'appelle Tertullicn. Les consuls de l'an 58, Pison et Gabinius, — ce Gabinius qui, trois ans plus tard, 'devait, malgré la défense des livres sibyllins, entrer à Alexandrie les armes à la main et restaurer Ptolémée Aulète, — expulsèrent du Capitole « Sérapis et Isis et Harpocrate avec son cynocéphale (Anubis) et abattirent leurs autels ». Cette exécution faillit provoquer une émeute dans le menu peuple. On s'aperçut alors que cette religion étrangère avait déjà pris racine sur le sol national et serait bientôt de taille à braver l'autorité. C'était un élément do désordre, ajouté aux luttes des factions qui menaient Rome à l'anarchie. Les conservateurs alarmés voulurent faire preuve d'énergie. En 53, le Sénat ordonna la destruction des chapelles ([ue des particuliers-avaient élevées à Sérapis et Isis; mais il dut les tolérer en dehors du pomerium. On s'eii tint ]>rol)ablement à la menace; mais les confréries d'Isiaques ne se laissèrent pas intimider, et il i)araît bien qu'elles avaient conservé ou rétabli leur culte sur le Capitole, où la chapelle d'Isis servit plus tard de refuge à Domitien. En 50, le Sénat jugea qu'il fallait on finir. Le consul L. Jilmilius Paulus fut chargé de raser les sanctuaires {fana) d'Isis et de