‹ L'intolérance religieuse et la politiqueChapitre 15 sur 66 · LA. REIJGION ET LES RELIGIONS A HOME · texte numérisé non relu

LA. REIJGION ET LES RELIGIONS A HOME

Sérapis, mais aucun ouvrier no voulut nicllro le premier la main à l'œuvre : il fallut que le consul luimême, déposant sa loge prœtexte, saisit une hache et la plantât dans la porte d'un de ces temples. A (|uoi bon, du reste? Deux ans après, tout était à recommencer (48). On visa du même cou{) le culte de la Bellone cap])adocienne. et le bruil courut qu'on avait trouvé dans une cachette « des vases remplis de chairs liumaines ». Elaient-ce des olTrandes sanglantes que les fanntici prélevaient sur leur propre corps ou des attestations de forfaits clandestins? Dion (lassius oublie de nous le dire. Mais le moment était i)ien mal choisi pour intéresser l'opinion à ces sortes d'affaires. La guerre civile battait alors son plein. Qui songeait à autre chose qu'à la tuerie de Pharsalo. à la mort de Pompée, là-bas en Egypte, où César allait bientôt se délasser dans la voluptueuse société d'une « nouvelle Isis », fort agréablement incarnée?

César en revint avec des souvenirs qui ne le j)ortaient pas à proscrire les divinités égyptiennes, et Cléopâtre, (|ui vint tenir sa cour à Rome, sourit sans doute de préférence aux flatteurs (|ui associaient son nom à celui d'isis. Du couji. la religion égyptienne devint à la mode dans le parti césarien, si bien que. César mort, les triumvirs, en mémoire du dictateur, « décrétèrent la construction d'un temple à Sérapis et Isis» (43), Mais ils avaient, pour l'instant, des soucis plus pressants : le [irojef ne fut j)as mis à exécution. Bientôt, du reste, l'héritier de César eut de bonnes raisons pour réagir contre cet engouement et pour signaler comme traître à la patrie son rival, l'amant de Cléopâtre, (|ui, victorieux, humilierait les dieux nationaux devant le couple trônant au Sérapéum alexandrin.

Maître enfin de l'empire, le nouveau César se préoccupa de rétablir l'ordre/lepuis si longtemps troublé

et de restaurer, si faire se pouvait, les mœurs antiques, dont tout le inonde et lui-même sY'fait déshabitué. Il y pensait depuis longtemps, cherchant des moyens d'agir sur l'opinion, de prêcher le retour à la vie champêtre et à la piété des ancêtres. Son confident. Mécène, proposa à Virgile, qui venait de publier les Bucoliques, le sujet des Géorgiques. Le poète se mit à l'œuvre vers l'an 37. et mit, dit-on, sept ans à l'achever. César dut être content. L'éloge de la vie rurale, laborieuse et tranquille, était ciselé en vers immortels, qui allaient pénétrer dans les écoles et serviraient désormais de texte sacré aux apôtres de la paix. Virgile suivait, comme plus tard en composant V Enéide^ un plan de régénération sociale; mais il se berçait de ses propres .souvenirs et, différent en cela de ses protecteurs, il croyait luimême à l'idéal qu'il révélait de si harmonieuses couleurs.

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