‹ L'intolérance religieuse et la politiqueChapitre 2 sur 66 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

les religions, ont-ils fait exception pour le christianisme? Tous les apologistes chrétiens ont posé la question et y ont répondu de la même manière. Le christianisme a été obstinément méconnu et injustement persécuté, sous des prétextes créés par d'atroces calomnies, qui entretenaient dans les masses populaires une haine aveugle et des préjugés opiniâtres chez les gouvernants : iniquité si criante qu'elle ne s'explique que par la suggestion des démons acharnés contre le Christ et son oeuvre.

Les historiens modernes ont bien senti pour la plupart que prendre pour motif unique des persécutions une haine engendrée par des calomnies dictées ellesmêmes par la haine, c'est tourner dans un cercle vicieux, d'où la tradition chrétienne ne sort qu'en alléguant comme cause initiale l'intervention des démons. Dom Ruinart lui-même concédait à Dodwell que les empereurs avaient pu douter du loyalisme des chrétiens et que leur erreur n'était pas sans excuse. Les philosophes du xviii" siècle et bon nombre d'érudits du XIX' ont reconnu qu'il y avait un antagonisme non seulement apparent, mais réel, entre le christianisme des premiers siècles et les institutions de l'empire. Ils ont tenu pour évident que tant d'empereurs n'avaient pu suivre à son égard une même ligne de conduite sans être guidés par des raisons politiques. De nos jours, Tolstoï a voulu réaliser l'idéal évangélique : que l'on dise si un Etat quelconque pourrait supporter longtemps que les institutions politiques et sociales soient ainsi sapées au nom de la perfection morale tournée en anarchie.

On aurait tort de croire que ce soit là un point acquis, mis hors de contestation. En 1835. le grave

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