‹ L'intolérance religieuse et la politiqueChapitre 25 sur 66 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Caracl('re de Claude, érudit et impopulaire. — Zèle pontifical de (Claude pour la religion nationale. — Sa tolérance envers les cultes étrangers. — Abolition des sacrifices humains et du sacerdoce druidique en Gaule. — Claude et les Juifs : la Judée érigée en royaume pour Hérode Agrippai '41-44). — Hérode persécute les chrétiens : martyre de Jacques le Majeur, incarcération de Céphas dit Pierre (44). — La Judée de nouveau province procuratorienne (44-66). — Troubles dans la juiverie de Rome, causés par la propagande chrétienne : e.\pulsion de Juifs et judéo-chrétiens. — Réorganisation de la Palestine : Hérode Agrippa II roi et administrateur du Temple.

Caligula n'avait pas trente an.s, et il avait déjà amassé sur sa tète autant de haines que le vieux Tibère. Les honneurs funèbres et le titre de Divus lui furent refusés. Le Sénat, dégoûté du régime impérial, songea même à rétablir l'ancienne constitution. Il ne restait plus de la descendance des Jules et des Claude qu'un frère cadet de Germanicus, Ti. Claudius Nero Germanicus, un simple d'esprit, croyait-on. dont rougissait sa famille, et qui n'avait jamais eu ni de sa mère, ni de ses sœurs, ni d'Auguste, ni de Livie, ni une caresse, ni un sourire, mais des semonces et des avanies. Il n'y avait qu'à le laisser dans l'obscurité où il avait vécu et où il était devenu une manière de savant, un sot érudit, ce qui achevait de le rendre

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ridicule. Les meurtriers de Galisula croyaient bien avoir l'c^staiiré « la liberté ». Mais les prétoriens ne reiilendaieiil |)as ainsi ; il lenr fallait nn eniperenr (M>ur reni[)la(er celui (|u'ils étaient seuls à rejjretter. Ils se saisirent de Claude et l'amenèrent tout tremblant dans leur camp. Le Sénat songea d'autant moins à résister que déjà surgissaient d'autres |)rétendants à l'empire, forme de gouvernement désormais inévitable. Il dut même laisser condamner à mort Chéréas el ses com[)liees.

Une fois revêtu de la pourpre, Claude montra des qualités qui auraient suffi pour rendre populaire un aulr(> homme que lui. Mais, à cinquante ans. sa répulati(»n était faite. On continua à se moquer de sa niaiserie, des naïvetés qui lui éeliapj»aient dans des moments de distraction, et à le tenir pour un parfait imbécile, incapable même de surveiller la conduite de sa femme Messaline, digne émule de Julie, dont il fut longtemps seul à ignorer les insolentes débauches. Cependant, l'empire ne fut peut-être jamais mieux ijfouverné. Si le mérite en revient aux généraux, aux administrateurs, aux jurisconsultes de l'époque, Claude eut au moins le bon sens de s'entourer d'hommes capables et de suivre leurs conseils.

Comme antiquaire, historien, nourri de lectures variées, il était peut-être plus compétent que personne en matière religieuse. Ses études sur les antiquités étrusques lui suggérèrent l'idée d'instituer un collège romain d'aruspices, chargés officiellement, au nombre de soixante, de conserver les traditions de la science divinatoire des Toscans, la seule qui pût soutenir la comparaison avec l'astrologie. La théorie des siècles faisait partie de l'aruspicine étrusque. Claude ne fut pas fî'iché de faire montre de son savoir en revisant les calculs d'après lesquels Auguste avait célébré les Jeux Séculaires en l'an 17 avant notre ère. Il trouva (|(i<' r.iiiiiée de son quatrième consulat (47 p. G.) cor-

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respondait au huitième centenaire de la fondation de Rome, et que, par conséquent, Auguste avait anticipé sur l'échéance. Il fit donc célébrer les Jeux Séculaires suivant le rite établi : mais tout chez lui [lorlait à rire. On se moqua de lui lorsque le héraut invita le peuple, suivant la formule traditionnelle, à des Jeux « que personne n'avait vus et que personne ne reverrait ». Il y avait encore des vieillards qui avaient assisté aux Jeux d'Auguste, et même, ajoute Suétone avec quelque exagération, des acteurs qui y avaient figuré et qui allaient remonter sur la scène. Claude n'y avait pas songé, ou il ne s'était pas permis de modifier In formule.

Il va sans dire que Claude prit au sérieux son rôhî de Pontife.

Pour le recrutement des collèges sacerdotaux, dit Suétone, il ne fit jamais de nomination sans avoir prêté serment; il prit grand soin, chaque fois que la terre avait tremblé dans la ville, de faire annoncer par le préteur au peuple assemblé des fériés expiatoires. Si un oiseau de mauvais augure se montrait au Capitole, il ordonnait des prières publiques, et, en sa qualité de Souverain Pontife, il en dictait le premier la formule au peuple du haut des Rostres, après avoir fait écarter les ouvriers et les esclaves.

Il rétablit de même, dans les traités passés à Rome avec les rois, les rites desfétiaux, le sacrifice de la truie et les formules traditionnelles.

A l'égard des religions étrangères, Claude se montra tolérant, mais en évitant de les encourager. Il eut le dessein de transporter de l'AttiqucàRome les mystères d'Eleusis, — c'est-à-dire, sans doute, d'y installer une succursale de l'établissement d'Eleusis, — mais ce n'était plus là une religion étrangère, et les Romains ne pouvaient que gagner à s'aifranchir du monopoh' athénien. Il fit reconstruire aux frais du peuple romain le temide de Vénus Eryeiiie en Sicile: mais la déesse avait protégé les Homains au temps d'llannibal,elelle

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