I\T0LÉKA\CE KEIJGIELSE ET LA POI.U IQIJE
l'Arabe Sylliï'us, rclx'llo à la circoncision, Drusilla. une soHir plus jeune de Bérénice, avait manqué un inaria^^*' avc(- Epiphane, fils du roi de Commag^ne Antiodius. (|ui. au dernier moment, avait reculé devant le couteau sacré; après quoi, son frère lui avait l'ait é|)ous(^r Aziz, le roi d'Euièse, dûment circoncis, dont elU; se s(''|)ara bientôt pour devenir la femme du procurateur Félix, lequel, Claude aidant, sut vaincre ses scrupules. Grâce aux libéralités de Claude, qui, on l'a vu. i>ortait affection aux llérode Agrip[)a père et lils, les princesses de la dynastie étaient fort riches, et (-'est bien, dit Josèphe, ce qui avait tenté Polémon. Mais, j)Our Bérénice, Polémon, même circoncis, n'était qu'un pis aller, un figurant momentanément utile, et il s'en aperçut à bref délai. Bérénice le quitta « à cause, a-t-on dit, de son intempérance (àxoÀa7''av) ». De quel jL^enre d'intempérance, Josèphe ne le sait sans doute pas. Le moins qui ait pu arriver au délaissé fut de passer pour un ivrogne. Il fut plus ridicule encore en cessant, aussitôt divorcé, de pratiquer les mœurs juives : c'était avouer qu'il ne s'était converti que pour mettre la main sur la dot.
Bérénice retourna donc auprès de son frère et reprit avec lui la vie commune qui avait donné lieu à tant de commérages. C'est en sa compagnie qu'elle alla saluer le procurateur Festus à Césarée et qu'elle assista à un interrogatoire de l'apôtre Paul, en l'an 60. Elle approchait de la quarantaine quand la guerre amena en Judée Vespasien et son fils Titus, alors âgé de vingthuit ans. Les Flaviens étaient d'une famille obscure. Le père de Vespasien était un petit employé des finances, et lui-même avait épousé une affranchie. Suétone a vu le galetas — « une chambre toute petite et mal éclairée, dans une maison sordide » — où est né Titus. Grâce à la protection de Narcisse, Titus fut élevé à la cour de Claude, en camarade de Britanuicus. Il avait épousé en premières noces la fille d'un officier,
' LA DVXASTIK DES l'LAVIENS 107
Arrecina Tcrtulla. Xc.uï do bonno lioiirc. il avait fait un nuiria^'c j)lus rolovô. Mais Marcia Fiiniilla. sa roiiimc « de haute naissance », ne lui rendit pas la vie agréable. Le divorce rojupit cette union, d'où (Hait u('e une (ille. •lulia. Vespasien. soil dit à sou honneur, ne s'était pas enrichi dans ses caui|)agues de Bretagne et son gouvernement d'Afritjue. Terui à l'écart |)ar Agrippine. qui détestait eu lui l'ami de feu Narcisse, il vivait uKMne depuis lors d'expédients qui, s'il en faut croire Suétone, ne turent pas tous honnêtes. C'est dire qu(^ Titus, aussi légtM' d'argent, frayant avec Agrippa et JJi'rénice en un moment où il n'était encore qu'un simple légat de légion, dut être ébloui autant par l'opulence que [)ar les beaux yeux de Bérénice. Fut-il réellement amoureux, comme le dit Tacite, ou l'idée d'épouser une reint^ richement dotée, comme avait fait avant lui le procurateur Félix, entrait-elle pour q'uehiue chose Mans sa passion, c'est sur quoi il est inutile de faire des lonjectures. Nous ne savons pas s'il promit le mariage à Bérénice, et si ce n'est pas peut-être à ce moment (jue. pour être libre, il répudia Marcia F'urnilla. (7esl déjà dépasser les textes que d'affirmer que Bérénice fut alors sa maîtresse. On sait seulement qu'elle était jalouse de la beauté de sa Jeune sœur Drusilla, ce qui indi(|ue qu'elle n'avait pas renoncé à plaire, et que Tacite la donne comme « à la fleur de l'âge et de la beauté, agréable même au vieux Vespasien par la magniticence des présents qu'elle lui offrait ».
Ce qui est certain, c'est qu'à partir du moment où Vespasien fut empereur et Titus général en chef, la bello reine dut ne rien épargner pour s'attacher le jeune homme <|ui tenait en ses mains le sort des assiégés et qui pouvait l'c'lever elle-même au-dessus des rois. Titus, de son côté, n'était pas fait jjour ilé'plaire. et il aimait à mener joyeuse vie. Il y eut donc sans doute, de part et d'autre, un mélange de calcul et de passion {)lus ou moins sincère.
168 l'intolkrance religieuse et i.a politique
Titus victorieux, saluô imperator, héritier \m'(\somptif. n'était plus lo Jouno hoinmo en quête <le bonnes fortunes. Il est probable que l'idée d'épouser une princesse juive ne lui souriait [)lus autant, et (|U('. s'il avait donné sa parole à Bérénice, il commençait à le regretter. L'orgueil lui était venu avec le succès; il prenait déjà des allures d'empereur, au point qu'on le soupçonna d'avoir eu un instant le projet de supplanter son père, et que l'on a de[)uis soupçonné Agrippa et Bérénice de le lui avoir conseillé. Il n't'tait pas malaisé de prévoir que Vespasien, surtout maintenant que la guerre de Judée avait notablement diminué les ressources du couple fraternel, s'opposerait au mariage, et personne n'était plus intéressé que Bérénice à brusquer une décision qu'elle se croyait sûre d'obtenir de Titus mis hors de tutelle et maître de ses actions. Titus sut concilier ses devoirs envers son père et les égards qu'il devait à Bérénice.
Bérénice et Agrippa le suivirent à Rome ou l'y rejoignirent peu après. Bérénice fut logée au palais impérial et vécut avec Titus sur le pied d'une femme légitime. Mais, comme jadis au temps où Gléoi)àti'e était venue à Rome pour exploiter l'amour de Jules César, l'orgueil romain se souleva contre l'étrangère, la Juive, ([ui prétendait entrer j>ar les justes noces dans la famille impériale. Le passé de Bérénice, sa réputation de femme incestueuse, son âge, tout prêtait aux sarcasmes et se réunissait pour ameuter contre elle l'opinion publique. On ne savait pas mauvais gré à Vesjtasien d'avoir une cimcubine^ une femme sans prétention; mais c'était l'honneur national qu'olfensait la maîtresse du 111s. Les premiers qui se permirent de l'injurier publiquement reçurent un châtiment exemplaire : des deux cyniques dont Di<ni Cassius cite les noms, l'un. Diogène, fut passé |>ar les verges, l'autre, Héras. fut déca|tité. Ces rigueurs ne faisaient qu'augmenter la ré'probation pojuilaire,
LA DYNASTIE OES FLAVIENS
qui devenait dangereuse pour la dynastie encore mal assise. Il ne manquait pas d'ambitieux (pii jalousaient la fortune de ces [)arvenus, et Cjvcina, qui avait naguère trahi Vitellius. se mit à conspirer. Titus l'invita à sa table, et le fit tuer « à peine sorti de la salle à manger ». Bien qu'on eût la preuve écrite de sa culpabilité, il se trouva des gens |)our dire que Titus l'avait fait égorger |tar jalousie, parce (pi'il le soupçonnait d'avoir séduit Bérénice. Qui sait si Calcina lui-même, pour mieux discréditer le ménage équivoque de Titus, ne s'était pas vanté d'avoir eu les laveurs de Bérénice? Titus devint positivement odieux : on disait tout haut que ce serait un autre Néron. « On ne citerait gm"»re de prince ». dit Suétone, « qui soit arrivé au pouvoir avec une réputation plus-mauvaise, et plus contre le gré de tout le monde ». C'est ainsi qu'on jugeait aliu's celui qui devait être plus tard « les délices du vf'nre humain ». Il fallait que ce conflit avec tout le monde prit fin. Le renvoi de Bérénice fut décidé. Suétone dit que Titus, devenu empereur, u la congédia malgré lui, malgré elle {invitus invitam) » : mais ce doit être une inadvertance d'un compilateur <l'anecdotes qui n'a aucun souci de la chronologie. Il n'est [tas possible que le manège de Bérénice ait duré huit ans. et Dion Cassius fournit la |)reuve (jue Bérénice se crut expulsée, non par Titus, mais par Vespasien. En efTet. lorsqu'elle fut informée de la nu»rt do Vespasien. elle accourut à Rome, espérant sans doule que Titus, enfin libre, l'épouserait. Elle oubliait, entre autres choses, (ju'elle avait cinquante ans. L'illusion dans Laquelle elle avait vécu jusque-là et que l'amabilité, sinon l'amour, de Titus avait entretenue, fut bientôt dissipée. Titus fut inflexible.
En sortant de Rome. Bt'rénice sort de l'histoire. On sait que son frère Agri|)pa. dont le royaume, élargi [»ar Vespasien, fut réduit à la portion congrue par honiilifii. vécut JMS(pi'à soixante-treize ou soixante-
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(|ual<)rz(' ans (f 100 \). C); mais il iicsl plus fail ine/ilioii (le Bérénice. Je ne snpjxjse [)as (pie les AIlK-niens, (jui s'entendaient à placer leurs éloges, aient choisi le moment où elle était délaissée et aj)panvrie pour lui élever une statue avec une inscri|ition oi'i on l'apj)e]le « la grande reine Julia Bén-nice ».
Ainsi linit ce roman d'amour (pie la littérature .1 idéalisé et élevé pour toujours au-dessus de l'oubli.
Le principat de Titus (23 juin 79-13 sept. 81) continue celui de Vespasien. En si peu de temps, distrait par des calamités comme l'éruplion du Vésuve (79) et l'incendie de Borne (80). la peste même. Titus n'eut pas l'occasion d'innover en matière religieuse. Que les chrétiens et les Juifs, les Juifs surtout, aient vu dans ces malheurs et dans la mort prématurée du prince un châtiment providentiel, cela est [)lus (pie probable; mais, comme je l'ai remanjué i)lus haut, on ne dit pas (pie l'opinion publi(pie elle-même ait cherché à l'incendie de la ville une cause humaine et soupçonné quehpie vengeance.
^ Il