CHAPITRE X L'APOLOGÉTIQUE CHRÉTIENNE
Début de l'apologétique chrétienne au temps d'Hadrien : la tâche des apologistes, compliquée de polémique contre le paganisme.
g 1. Les Apologistes. — Apologie (aujourd'hui perdue) de Quadratus, adressée à Hadrien. — Les apologistes « philosophes » chrétiens. — Apologie d'Aristide, adressée à Antonin.
— .\pologies de Justin, adressées à Antonin et à Marc- AurMe. — L'apologiste Athénagore, sous Marc-Aurèle. — Le Discours satirique de Tatien. — Apologistes divers. — Apologies en langue latine : YOctavius de Minucius Félix.
— V Apologétique de TertuUien. — Les apologistes irritent les païens et ne satisfont point les gouvernants. — Les lois humaines et la loi de Dieu. — Les églises à l'état de sociétés secrètes organisées. — L'ascétisme chrétien et la législation sur le mariage. — Le culte impérial et les chrétiens. — L'antimilitarisme chrétien. — Le christianisme et les familles troublées par sa propagande.
g H. La Polémique entre chrétiens. — L'envers de la société chrétienne : manifestations de l'intolérance dogmatique ; Vodium theologicum. — La guerre acharnée au gnosticisme : accusations d'immoralité, d'athéisme, etc. — Hippolyte contre Calliste : TertuUien contre les psychiques. — Excommunications réciproques. — Imputation de griefs plus dangereux : accusations de magie, rendues vraisemblables pour les païens par les exorcismes et miracles chrétiens. — Inefficacité des apologies, au point de vue de la raison d'Etat.
J'ai (lil plus haut quo rapolog(''lique chrétienne commence au temps d'ÎIadrien. Le scepticisme même • le cet es|)rit ondoyant, lettré et philosophe amateur, (pi'on savait assez détaché des vieilles superstitions et
curieux de nouveautés, encourageait les clu-éliens à lui soumettre leurs doléances et à lui exposer leur foi, raisonnable et raisonnée, leurs prali(|n<'s religieuses, expression d'une morale irréprochable, enfin tout ce qu'on les accusait de cacher dans le secret de leurs conciliabules.
S'il y avait chance de rencontrer Hadrien en belle humeur, disposée à écouter de justes remontrances, c'était dans sa bonne ville d'Athènes. Là il dépouillait la toge et i)renait l'allure d'un bourgeois, convenablement initié aux mystères d'Eleusis, épris d'art et de littérature, fréquentant les écoles, se laissant nommer agonothète ou archonte, s'amusant à jouer en perfection le double rôle de citoyen et de potentat. Le potentat, émule de Thésée et de Périclès, bâtissait à grands frais une nouvelle Athènes, une Hadrianopolis, à côté de l'ancienne. C'est à Athènes, en effet, que le christianisme trouva ses premiers avocats, et il ^les trouva parmi les lettrés, sophistes ou [»hilosophes, qui commençaient à découvrir dans le christianisme ou à y introduire des rapports avec la sagesse antique, avec la morale de Socrate et de Platon.
Dès le temps de Tacite, la rumeur publique accusait les chrétiens de toute espèce d'infamies iftagitia). On ne peut que le répéter, ils étaient d'autant plus suspects qu'ils se cachaient davantage. Les apologistes ont voulu faire cesser cet état de suspicion en dévoilant, dans la mesure où ils étaient intelligibles aux païens, les mystères et observances qui caractérisaient la vie chrétienne, et en montrant que la vie chrétienne était la pratique de toutes les vertus. Tous ont cru devoir glorifier ces vertus et la religion qui les inspire en les opposant aux vices des païens et à l'immoraliié du j)olythéisme mytholotrique. C'est un thème dont S. Paul avait fourni le canevas dans VEpitre aux Komains et que les champions du christianisme développent avec complaisance, avec plus de zèle et de conviction
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tjue d'à-propos. Tous ont considéré comme une senlonce sans appel le réipiisiloire le i)lus violent et le plu.s injurieux (pii ait jamais été fulminé contre la société des infidèles. S. Paul a été le grand génie, mais aussi, à ce point de vue, le mauvais génie du christianisme. L'apùlre de la charité est aussi celui de rintolérance. La condamnation portée {)ar lui a fait loi depuis : elle a mis, elle mcl encore hors la morale cpiiconipie n'adhère pas à la foi, et l'on ne s'étonne pas que, sous ce fouet cinglant, l'opinion publique ait réagi avec une violence égale contre une minorité aussi agressive.